Culture du chanvre au XIXe siècle

Le chanvre est l’une des premières plantes domestiquées par l’homme, au Néolithique. Il a ensuite accompagné migrations et conquêtes pour se répandre sur tous les continents.
En 1840, en France, les surfaces de chanvre couvraient à peu près 176 000 hectares dix fois supérieures à celles d’aujourd’hui. Le chanvre, reconnu pour sa grande longévité dans l’eau, approvisionnait très largement la marine à voile en cordages et voiles. Il fournissait nombre d’équipement de travail (ficelle, corde) et d’extérieur (toile de tente), du papier, Il était aussi largement utilisé en linge de maison et habillement dans les couches populaires, sa fibre étant plus rustique que celle de lin. Plus tard, il servira à la fabrication du papier, des billets de banque et même on le retrouvera également dans le tissage des premiers jeans Levis.
Le chanvre demande une terre légère, profonde, fraîche et abondamment fumée ; des labours fréquents, à la charrue ou à la pelle, sont indispensables pour détruire l’herbe et donner le guéret nécessaire. C’est une plante dioïque. On la sème en mai pour la récoler en septembre : le cultivateur l’arrache brin à brin et l’attache en poignées ; cela terminé, on procède à l’érussée. Un homme assis par terre lient deux petits bâtons (fig. 1), entre lesquels il pince la poignée que lui présente une femme également assise; et chacun tirant à soi, ils dépouillent la tige des feuilles et de la semence, nommée chènevis; de cette graine on extrait une huile employée pour la peinture.
Autrefois, les amis se réunissaient, la besogne faite ; on mangeait la millée, on dansait, et à minuit chacun regagnait son logis. Dans quelques fermes, on bat simplement le chanvre ou on l’érusse avec un instrument garni de pointes de fer comme un râteau (fig. 2).
La plante, une fois privée de ses feuilles, est transportée dans le routoir, ou rouissoir, fosse alimentée par une eau courante. Là elle est déposée en couches attachées par des perches et chargées de pierres pour la maintenir sous l’eau ; elle reste ainsi huit ou dix jours. Cette immersion aide à séparer l’écorce, qui est le chanvre. Une fois roui, on le retire; les poignées sont écartées et mises debout afin de les bien faire sécher; puis on les réunit en bottes, qui sont empilées dans un four légèrement chaud; elles y restent huit ou neuf heures : cela rend le bois extrêmement cassant, et le broyage devient plus facile. Pour cette opération, on a recours à une machine fort simple nommée broie (fig. 3 et 4). Saisissant la poignée entre ses mâchoires de bois, elle la brise; puis, en l’agitant, l’aigrette ou chènevotte tombe, et il ne reste dans la main que la partie textile.
Dans quelques contrées, lorsque le chanvre est trop gros on le teille, c’est-à-dire que l’on casse chaque brin avec la main ; ce moyen est lent et peu usité. Le chanvre se met en paquets de 7 kilogrammes et demi, et se vend, selon les années, 70 centimes et 1 franc le kilogramme.
Pour le rendre propre à être filé, on le dépose dans la pile (fig. 5), grosse bille de bois de 2 mètres de circonférence, creusée dans une profondeur de 15 à 20 centimètres. Avec le pilon (fig. 6), on le frappe à coups redoublés pour l’assouplir et faciliter le peignage ou sérançage. Le séran (fig. 7) est une brosse de 0 m 30 à 0 m 40 de long, munie de pointes de fer au lieu de crins, et dans laquelle on passe et repasse la filasse pour la diviser en brins et en gros. Lorsqu’il est ainsi préparé et mis en poupées ou quenouilles, on le donne à la fileuse, laquelle, avec le rouet (fig. 8), le réduit en fil, puis le met en écheveau sur le travoi (fig. 9). le brin coûte 1 franc par kilogramme à faire filer, et le gros 60 centimes ; une femme peut en fabriquer une livre par jour
Le fil, étant blanchi à la lessive, est confié au tisserand qui le dévide, l’ourdit et enfin le monte sur le métier.

Les outils