DÉPIQUAGE ET MANÈGES




Dépiquage et Manèges



Longtemps, les manèges étaient partout : dans la meunerie et les boulangeries, comme instruments de levage dans la construction ou dans les mines, de broyage des grains comme des minerais, actionnant les roues élévatoires d’eau et les pompes aspirantes, dans les huileries, brasseries et autres tanneries, dans l’industrie textile, les carrières, le forage des puits, dans l’imprimerie, les scieries, la métallurgie, les industries d’armement mais aussi dans le broyage des argiles, dans l’industrie rurale des tuileries et briqueteries, dans les petits ateliers de poterie, de porcelaine et de faïence. L’énumération qu’on peut en faire est impressionnant .

Souvent, il s’agit d’équipements fixes, mais parfois, ils sont constitués d’appareils portatifs. Ils ont coexisté avec l’hydraulique puis avec les machines à vapeur, coûteuses, délicates d’emploi et parfois dangereuses. Au contraire, le manège, facile à construire et à réparer, apportait une énergie sûre et rassurante, parfois complémentaire ou transitoire. Il était mis en œuvre par des compétences locales, souvent issues du monde paysan, dont le savoir reposait sur l’observation et l’empirisme.

Le machinisme agricole est l’un de ses domaines de prédilection, qu’il s’agisse de l’irrigation, de l’asséchement ou du battage des céréales. Existaient aussi des « équipements cousins » du « moulin à sang », qui font sans doute encore davantage violence aux bêtes : la trépigneuse ou tapis roulant, l’animal avançant sur un tablier qui ne cesse de se dérober et fournissant ainsi un travail plus harassant que celui de la ronde ; ou encore, l’épuisante roue à chiens.

Il existait aussi une autre technique de dépiquage.

Sur une aire de terre, tassée et très propre, les agriculteurs déchargeaient les gerbes de blé, écartaient les épis sur le sol pour former un matelas d’au moins 20 cm d’épaisseur puis les chevaux ou mulets entraient en action et tournaient sur l’aire en tirant un rouleau de pierre très lourd. Sous leur poids, les épis se désintégraient et les grains accompagnés de leurs enveloppes tombaient sur le sol .

A intervalles réguliers, avec une grande fourche en bois recourbé, les épis étaient secoués et retournés afin que les nouveaux passages du rouleau soient productifs.

Lorsque les épis étaient vides, les animaux quittaient l’aire, la paille secouée une dernière fois à l’aide de la fourche était évacuée vers la grange ou empilée à l’extérieur pour confectionner le « paillé » de forme circulaire ou rectangulaire. Les grains et leur enveloppe sont alors balayés en un tas, généralement au milieu de l’aire, avant d’être passés au ventoire (vannoir, tarare).

 



Au XIXe siècle, les particuliers ne disposaient d’aucun moteurs. Dans une usine, on pouvait n’avoir qu’un seul gros moteur, roue hydraulique ou machine à vapeur. L’énergie était distribuée par des arbres de transmission garnis d’une foule de poulies entraînant les machines par des courroies. Dans l’agriculture, en France, où la propriété était très morcelée, faute de capitaux, nous en avions beaucoup moins. Et ces machines étaient utilisées surtout pour le battage des céréales.
Cependant, nos campagnes avaient besoin de petits moteurs car elles manquaient de bras. Ces moteurs, c’étaient les manèges. Les manèges sont employés dans presque toutes les exploitations rurales, dans quelques-unes cependant, ils tendent à disparaître pour être remplacés par les locomobiles à vapeur .

 

1 – Manèges fixes à axe vertical, en l’air


Le plus connu des manèges est celui où les bêtes tournent autour d’un axe vertical. Voici un des plus anciens manèges en bois . C’est un manège « en l’air », où la transmission se fait au-dessus des bêtes. Il est entraîné par des chevaux. Les bêtes travaillent mal parce que l’épaule intérieure travaille plus que l’autre. L’entraînement par un palonnier est préférable.


 

 



Le manège à corde est aussi un manège en l’air. Les points d’attelage des bêtes ne sont pas représentés. Ce manège entraîne une batteuse où la gerbe est introduite en bout. Par la suite, ce système a été abandonné car il brise la paille.



Un manège à corde.

 



2 – Manèges fixes à axe vertical, au sol

 

Ici, la transmission est faite au sol, et les chevaux tirent sur des palonniers.

 




Un autre : Le manège dit à platines.


 

 

3 – Manèges locomobiles

 

 




Les manèges précédents étaient fixés au sol. Les déplacer d’un lieu à un autre n’était pas aisé. De même qu’on a inventé la locomobile à vapeur, que l’on pouvait déplacer là où l’on en avait besoin, on a construit des manèges mobiles que l’on appelait aussi « manèges locomobiles ».


4 – Les trépigneuses

 

Les manèges à axe vertical prenant beaucoup de place, un autre système a été aussi utilisé. Les manèges à tablier, ou trépigneuses. La trépigneuse inventée par Émeric Lesix en 1859, elle est destinée à mettre en mouvement des machines agricoles à poste fixe. Son faible encombrement et sa mobilité justifient le succès qu’elle connut en France entre 1850 et 1910, accompagnant facilement l’entrepreneur de battage qui passait de ferme en ferme au moment des moissons (ou plus tard dans la saison).

Les trépigneuses, appelée aussi « tripotin », « tripoteuse » ou encore « manège à plan incliné », peuvent être conçues pour un ou deux chevaux (ou bœufs), le tapis est alors plus large. On les utilise principalement pour entraîner des batteuses. Elle consiste en un plan incliné à tablier (tapis roulant) qui se déroule sous les pieds du cheval et transmet la force nécessaire au fonctionnement de la machine.


 





Les trépigneuses seront remplacées à partir de 1910 par des machines à vapeur et disparaîtront complètement du paysage rural après la seconde guerre mondiale.


 

 

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