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Paris au 15e siècle

Le Paris des derniers siècles du Moyen Age, c’est le Paris des grands Capétiens, celui des XIIe et XIIIe siècles, que rappellent quelques hauts lieux comme Notre-Dame ou la Sainte-Chapelle. La ville où s’affrontèrent les princes des fleurs de lis, la ville-forteresse longtemps fidèle à Bedford et toujours à Louis XI, mais fermée à Jeanne d’Arc comme plus tard aux ligueurs du Bien public.
De 1380 à 1500, c’est une vague qui déferle sur la capitale. Après la fragile prospérité des années 1400, c’est le grand bouleversement que jalonnent l’assassinat du duc d’Orléans, l’aventure cabochienne, la terreur, l’occupation, les sièges. Quand on ne parle pas du ravitaillement difficile ou des prix qui flambent, on ne parle que d’émeutes, complots, bannissements, confiscations, exécutions. L’Université y a sa place à part, ville dans la ville, société dans la société, aussi particulière par son essence qu’emportée par l’occasion dans le mouvement général.
Capitale sans roi, Paris est un gigantesque marché de consommation aux ressources fragiles, productrice qui dévore sa production et qui n’y suffit pas, telle est la ville. C’est un carrefour artificiel autant que contingent, une métropole religieuse autour d’une cathédrale qui n’est pas métropolitaine, un centre intellectuel qu’illuminent les audaces novatrices.
Le contexte historique
La France et l’Angleterre sont en guerre depuis 1337. La guerre de Cent Ans a des racines féodales. Le roi d’Angleterre ne peut accepter d’être le vassal du roi de France pour la Guyenne. Il espère toujours récupérer le duché de Normandie, perdu en 1204. Elle a aussi des racines dynastiques. Édouard III est le plus proche parent par les femmes du dernier Capétien direct, les Valois ne sont que des cousins du dernier roi mais plus proches parents par les hommes. Le roi d’Angleterre réclame donc la couronne. A la fin du XIVe siècle, le conflit s’était provisoirement apaisé avec la reconquête de Charles V et les trêves signées avec Richard II. Celui-ci épousait Isabelle de France et devenait le gendre de Charles VI.
Mais en 1392, le roi de France était atteint de folie. Les crises intermittentes encourageaient l’indiscipline des princes. Les frères de Charles V (Anjou, Berry et Bourgogne) voyaient grandir l’ambition du jeune frère de Charles VI, Louis d’Orléans. La reine Isabeau hésitait entre les clans qui déchiraient le Conseil et les petits dauphins (Louis de Guyenne puis Jean de Touraine) allaient tous mourir fort jeunes. Le pouvoir était à prendre et Louis d’Orléans avait la stature et la légitimité nécessaires. En 1405, il évinçait son cousin Bourgogne du gouvernement (et des pensions indispensables au budget de ce dernier). Aux abois, Jean sans Peur le faisait assassiner le 23 novembre 1407. La France basculait dans une guerre civile intermittente coupée de paix fourrées où chaque parti vaincu allait faire appel aux Anglais. A un gouvernement Orléans (1407-1408) succède un gouvernement bourguignon (1413), puis un gouvernement armagnac (1413-1418) et enfin un retour des Bourguignons alliés aux Anglais.
En effet en Angleterre, Henry de Lancastre, appuyé sur le baronnage, avait en 1399 détrôné son cousin Richard II. Le règne d’Henry IV fut trop agité pour qu’on pût penser à une intervention sur le continent. L’avènement d’Henry V en 1413 changeait les données du problème. Excellent administrateur et stratège compétent, le prince allait refaire l’unité du baronnage par des victoires continentales. Le désastre d’Azincourt (1415), suivi en 1416 et 1417 par la conquête de la Normandie, faisait du roi d’Angleterre l’arbitre des luttes de partis en France.
En 1418, les Bourguignons étaient entrés dans Paris et y avaient massacré leurs adversaires. Le dernier fils de Charles VI, âgé de treize ans, avait échappé de justesse à l’émeute et s’était réfugié à Bourges. Devant la menace anglaise, on discutait. Lors de l’entrevue de Mon tereau, en 1419, les gens du dauphin assassine Jean sans Peur. Leur rancœur était compréhensible, mais c’était une grosse erreur politique. Le nouveau duc de Bourgogne Philippe le Bon n’avait plus qu’à s’allier à Henry V. Le traité de Troyes de 1420 divisait la France en trois: la France bourguignonne autour de Paris, la Normandie et les pays de conquête cédés à l’Angleterre et le royaume de Bourges que les alliés espéraient rayer de la carte. Henry V épousait Catherine de France et devenait l’héritier de son beau-père, le jeune Charles en étant exclu « pour ses horribles crimes et délits ». Là-dessus mouraient à trois mois d’intervalle Henry V et Charles VI.
Une situation nouvelle était créée. Le nouveau roi d’Angleterre avait six mois. Le pouvoir était confié pour le continent à Jean, duc de Bedford, qui épousait une princesse bourguignonne et s’installait à Paris. A Londres, il était partagé entre Humphrey de Gloucester et Henry Beaufort, cardinal de Winchester, respectivement frère et oncle du prince décédé. On croyait la victoire proche. Les succès anglais de Cravant et de Verneuil (1423-1424) semblaient l’annoncer. Mais l’enfant roi de Bourges avait plus de ressources qu’il n’y paraissait. Jeanne d’Arc délivrait Orléans en mai 1429 et faisait sacrer son dauphin en juillet. En face, l’entente anglo-bourguignonne était troublée par les prétentions continentales du duc de Gloucester et Philippe commençait à négocier avec Charles VII. La disparition d’Anne de Bedford puis du duc lui-même en 1435 sonnait le glas de l’alliance anglo-bourguignonne. Le traité d’Arras en 1435 fournissait une solution acceptable au roi comme au duc de Bourgogne.
Désormais, la situation était délicate pour l’Angleterre. Privée de généraux compétents, elle se voyait forcée à de très lourds frais pour maintenir une présence continentale qui fondait progressivement. La majorité d’Henry VI se révéla catastrophique. Le roi fut le jouet des factions qui au conseil royal s’opposaient sur la politique continentale. Certains comme Suffolk pensaient qu’il aurait été plus réaliste de traiter avec Charles VII, tandis que la majorité s’y refusait. Ces hésitations furent très préjudiciables à l’Angleterre. Sur le continent, faute de paix, Paris fut perdu en avril 1436 et les trêves de Tours n’empêchèrent pas la reconquête française de la Normandie en 1450 et de la Guyenne en 1453. Sur l’île, l’incapacité du gouvernement d’Henry VI amena à penser au retour au pouvoir des York (descendants plus directs de Richard II). L’Angleterre allait connaître avec la guerre des Deux Roses, dans la deuxième moitié du XVe siècle, une situation très comparable à celle de la France dans la première moitié du siècle.
On est donc plongé dans une époque troublée où se mêlent guerre civile et guerre étrangère. En outre, la grande dépression économique qui a commencé vers 1330 n’est point encore terminée. Prix très irréguliers et chômage sont le lot des populations urbaines qui ont de la peine à survivre. Enfin, les épidémies, dont le retour spectaculaire a été annoncé par la grande peste de 1348, continuent à frapper régulièrement, empêchant toute reprise démographique. Comme tous ses contemporains, on voit surgir les quatre cavaliers de l’Apocalypse, la guerre, la peste, la famine et la mort.
L’ environnement des Parisiens
On peut penser que le temps de la paix, de la joie et de la prospérité est derrière soi. Les règnes de Saint Louis et de Charles V sont des paradis perdus. A l’inverse, cette époque-là est troublée, elle précède la fin des temps et l’Antéchrist est peut-être déjà né à Babylone. Alors, le Bien et le Mal se livrent un combat inégal, en deux camps nettement distincts. Dieu répand sa colère sur le monde pécheur. Quel est le péché originel qui a provoqué la colère de Dieu et la fureur de la Fortune? Si on était armagnac, on dirait : le meurtre du duc d’Orléans. On s’en tient à l’imprécision: lascivité et négligence des princes qui prennent le jour pour la nuit et préfèrent les jeunes conseillers à ceux d’âge mûr. Dieu les punit en les laissant mourir sur le champ de bataille d’Azincourt ou dans les émeutes parisiennes de 1418. Le meurtre de Montereau lui fournit après 1419 un péché originel plus crédible. Les Armagnacs n’arrivaient à rien et perdaient toutes les batailles à cause du meurtre de Montereau. Lorsque le sort de la guerre change, on n’en conclut pas que Dieu pardonne aux Armagnacs, mais que les Anglais ont commis une autre faute originelle, en pillant le sanctuaire de Cléry. Le sort des guerres est donc soumis globalement au jugement de Dieu, même si les caprices de la Fortune peuvent temporairement en brouiller le dessin. Les camps du Bien et du Mal se reconnaissent au premier chef par des noms. Ceux qu’ils se donnent eux-mêmes et ceux qu’on leur donne ne coïncident pas obligatoirement. Les « autres » sont d’abord les princes, les seigneurs de France (1405-1408), les gens du duc de Berry (1410), ceux qui portent la bande (1410), ceux de la bande (1410). L’expression « les Armagnacs» apparaît dès 1411, agrémentée de qualificatifs variés dont le plus sympathique est « faux traîtres ». Après les émeutes de 1418, il adopte « les Armagnacs» sans autre précision jusqu’en 1434 où, brusquement, apparaît le nom que les autres se donnent (« ceux qui se disaient Français »). En 1434-1435, on hésite entre « Armagnacs » et « Français ». En janvier 1436, on parle des « Français ou Armagnacs ».
Leur chef passe par les mêmes phases de discrédit puis de reconnaissance progressive. En 1416, le jeune comte de Ponthieu assiste aux obsèques de son aîné Louis de Guyenne. Il est qualifié de « un autre » . Lors des émeutes de 1418, il est « le dauphin », mais pas pour longtemps. Si le meurtre de Montereau ne fait pas disparaître sa qualité de dauphin, il n’est plus après le traité de Troyes en 1420 que le « soi-disant dauphin ». Les négociations s’ouvrent en 1431. Il est alors « Charles qui se dit roi de France » et l’expression « le roi Charles » ou « le roi de France » ne réapparaît qu’avec l’entrée dans Paris. Côté bourguignon, c’est plus simple. Le duc de Bourgogne est toujours « le duc de Bourgogne » ou le « bon duc ». Le terme « bourguignon » n’apparaît que très tardivement, en 1417.
Ces questions de dénomination ne sont pas sans importance. On sait que les noms d’Armagnacs et de Bourguignons sont à l’origine de la guerre civile, qu’ils symbolisent l’éclatement en deux partis de la communauté du royaume qui a perdu son union et sa concorde. Être dans un parti (une bande, une faction), c’est en soi mal, c’est pour cela que les Armagnacs commencent tandis que les Bourguignons sont un parti sans le vouloir. Le nom des premiers, qui rappelle les mercenaires brutaux et parlant le languedocien qui entourent le connétable, signifie brute, meurtrier, etc. Il est considéré à Paris comme une injure grave, même sans qualificatif péjoratif à la clef. Éclatement visuel de la collectivité nationale. Les Armagnacs portent l’écharpe ou la bande blanche de l’épaule à la hanche. Leur couleur est le violet, leurs insignes multiplient les croix droites, les lys et les étoiles. Ils se réunissent dans la confrérie de Saint-Laurent-des-Blancs-Manteaux. Les Bourguignons portent soit les chaperons blancs des villes de Flandre, soit le chaperon pers (proprement bourguignon). Leur insigne est la croix rouge en X de saint André et leur confrérie à saint André dans l’église Saint-Eustache distribue lors de sa fête des chapeaux de roses au lendemain des massacres de 1418.
Éclatement réel aussi: d’un côté les bons et de l’autre les méchants sans nuance. Les Armagnacs sont « cruels tyrans », « larrons de bois », « meurtriers « , « pires que païens ou que Sarrasins ». On trouve aussi « loups enragés », « créatures du diable » ou « membres d’Antéchrist ». Ils ne font qu’incendier (les églises de préférence), violer (les pucelles et les religieuses de préférence), tuer (surtout les faibles, les clercs, les femmes et les enfants). L’adversaire est diabolisé sans exception aucune. Les Bourguignons en revanche sont des modèles de toutes les vertus, du bon duc Jean à Philippe, que la Vierge sauve à Boulogne, au soldat de base qui aime le pauvre commun et ne prend rien sans payer! Le Bien contre le Mal mais aussi les puissants contre les faibles, les nobles contre les non-nobles, les riches contre les pauvres. On dit et on le croit peut-être. C’est pourquoi on s’efforce de présenter les Armagnacs comme des princes ou des nobles entourés de poignées de soudards. Au contraire, Bourgogne est suivi par les gens de Paris « qui tant l’aimaient », l’Université et le pauvre commun. On voit une partie de l’Université changer brutalement d’avis en 1413 ou les milieux d’affaires de Paris soutenir les Armagnacs (il est vrai qu’ils sont riches!). Les textes de propagande bourguignons de cette époque sont prompts à exalter les milices urbaines et les mérites du commun.
Sur le fond du conflit, les deux partis veulent le pouvoir, le contrôle de la personne royale (malade, sorte de pion que l’on se passe ou se repasse) qui donne celui de l’armée et des finances. Le pouvoir soit, mais qu’en faire ?
D’une manière très symptomatique, on sait à peu près ce que les Bourguignons réclament : réduction du nombre des officiers ou de leur salaire, paix avec l’Angleterre, quel qu’en soit le prix, diminution des impôts. Le problème des officiers est minime, la nécessité de la paix et surtout la fiscalité (qui ruine les pauvres et provoque leur fuite ou leur suicide, qui attente aux privilèges des clercs et des universitaires). Quant à ce que les Armagnacs voudraient faire du pouvoir, on n’en sait peu. Ils lèvent de lourds impôts pour faire une guerre où ils se font battre. Rien sur la Pragmatique Sanction, les ordonnances sur l’armée et les finances.
On meurt dans les guerres, on y perd son corps et son âme (car qui meurt dans la colère n’a pas accès au paradis). On meurt pour l’argent des soldes et on est ainsi amené à tuer des hommes qu’on ne connaît pas et qui viennent d’ailleurs.
On peut noter en général une hostilité aux paix fourrées qui amènent des rabibochages et des trêves temporaires qui empêcheraient la victoire totale. Le peuple serait assez favorable au massacre des prisonniers et hostile aux « compositions » qui permettent aux garnisons vaincues de rentrer chez elles moyennant rançon. Tout cela ne fait que prolonger les guerres. Les exécutions sommaires ne choquent pas vraiment. Frémainville est exécuté sans procès (pour avoir, en fait, tenté d’enlever Bedford), battu sur les marches de l’échafaud, pendu sans succès, puis rependu, la colonne vertébrale brisée. Les grandes émeutes de mai-juin 1418, avec plus de 1 500 morts, massacrés au hasard dans les rues ou dans les prisons comme bêtes à l’abattoir et les cadavres abandonnés dans les rues où la pluie, plus compatissante que le cœur des hommes, lave leurs blessures.
Le roi Charles VII est accusé de passer son temps ailleurs qu’à Paris (ce qui est vrai) et d’en conclure qu’il ne fait rien (ce qui est faux). Il est pris à partie ensuite de la lourdeur des impôts qui contraste avec les lenteurs de la guerre et de la remise en ordre. Le roi est manœuvré « comme un enfant en tutelle». Il a des maîtresses telle Agnès Sorel qui apporte à cette cour un souffle nouveau et une mode avant-gardiste qui mettent en émoi l’austère entourage du roi.
On assiste à la montée de la misère et de la marginalité à l’intérieur d’une collectivité jadis prospère et fière de son rôle politique et économique.
La peur est omniprésente à Paris. La ville est assiégée, ses voies d’accès routières ou fluviales sont coupées, la guerre rôde autour de ses murs. L’insécurité quotidienne, l’impression d’être enfermé à jamais provoquent par épisodes de violents défoulements où le meurtre de l’autre cache pour un temps la peur d’être tué soi-même. Ce malaise et ce trouble que la conjonction de la guerre, de la famine et de l’épidémie suscite dans l’âme des hommes se fixent arbitrairement sur des groupes minoritaires qui servent de boucs émissaires. S’il n’y a plus en fait de juifs à Paris à cette date, l’imagination des Parisiens est toujours aussi sensible à l’antisémitisme le plus vulgaire. Le miracle des Billettes en fait foi ( https://fr.wikipedia.org/wiki/Miracle_des_Billettes ). Les Tsiganes ne sont guère mieux vus à leur arrivée à Paris en 1427. Ils vident les poches et leurs femmes lisent les lignes de la main, ce que l’Église interdit. Boucs émissaires encore, les loups qui apparaissent en 1421 déterrant les morts des cimetières. En 1420, à Meaux, ils mangent la mère et l’enfant pas encore né. A cette date, ils viennent à Paris toutes les nuits par la Seine et tuent femmes et enfants aux carrefours. On donne des primes à la bête tuée pour s’en débarrasser. On expose les cadavres pendus par les pattes dans les rues. En 1439, le loup Courtaut atteint même la célébrité. Capturé, il est promené par les carrefours et la quête fait une grosse recette.
Ce monde peu sûr est plein de signes que l’homme ne sait pas déchiffrer. En 1421, une source de sang coule à la porte Saint-Honoré durant plusieurs jours. Il fallut en interdire les accès. En 1429 naissent à Aubervilliers deux siamoises, et un veau à deux têtes à Paris. Le 15 août 1431, le pain des boulangers parisiens est couleur de cendres. Tout cela est mauvais présage pour la société civile. La foudre qui s’abat en 1409 sur l’image de Notre-Dame du couvent Saint-Lazare, en 1428 et 1449 sur le clocher des Augustins, en 1444 sur celui de Saint-Martin-des-Champs, est plutôt de mauvais augure pour l’état de l’Église. Il y a aussi des présages heureux, mais il faut bien les chercher. En 1436, les cierges de la procession qui suit l’entrée à Paris des Français ne s’éteignent pas malgré le vent et la pluie battante. C’est la répétition d’un motif de la légende de sainte Geneviève, patronne de la ville : un diable voulut éteindre son cierge que Dieu protégea. Il signifie ainsi l’approbation divine aux événements de 1436.
Mais la joie et la fête ont aussi leur place dans les rues de la ville médiévale. Notre clerc signale peu de pratiques superstitieuses ou folkloriques (l’Église y est hostile): pour savoir l’avenir, on se fait lire les lignes de la main. Pour être riche, on garde chez soi bien emmaillotée (autrement nulle efficace) une racine de mandragore. On célèbre le mai en allant le cueillir au bois de Vincennes. Le 24 juin, les feux de la Saint-Jean illuminent Paris. Qui le saute se mariera dans l’année. Les cendres en portent bonheur. Le principal feu de Paris se trouve au pied de la croix de la place de Grève. En 1438, il fut allumé conjointement par Richemont et Marie de France. Devant la montée des eaux, il fallut le déménager précipitamment au fond de la place.
Les spectacles de rues non suspects aux yeux de l’Église tel, en 1426, quatre aveugles munis de bâtons furent enfermés dans une sorte de ring avec un cochon. Celui qui le tuerait aurait la viande. Évidemment, les coups plurent partout sous les quolibets des spectateurs. La même année, on dressa rue Quincampoix un mât de cocagne bien lisse et graissé. Au sommet, un panier contenait une oie bien grasse et une bourse pour qui saurait grimper jusqu’en haut ! Ou encore, un chevalier du guet original se fait accompagner dans ses tournées nocturnes de ménétriers (pour prévenir les voleurs).
Les grands spectacles politiques que constituent les entrées, les obsèques royales, les Te Deum après une victoire, les processions d’actions de grâces sont décrits avec précision. En général, ces fêtes solennelles, régies par un cérémonial rigoureux, sont connues les textes. Lors de l’entrée et le sacre du jeune Henry VI en décembre 1431, le banquet du sacre qui fut donné au palais. La foule envahit la salle et s’assit d’autorité. Les honorables maîtres de l’Université furent bousculés et durent finalement s’asseoir au milieu des moutardiers et des sauciers. La nourriture avait été cuisinée par les Anglais, elle était immangeable, même de l’avis des malades de l’Hôtel-Dieu qui mangèrent les restes. Les feux de joie coûtèrent les yeux de la tête, car on manquait de bois, et on ne donna que de petites joutes minables! Pour tout dire, ce sacre fut un fiasco. D’ailleurs, qu’attendre d’autre de gens « dont nous ne comprenons pas ce qu’ils disent » !
Le monde parisien vit ; la neige y tombe, les enfants jouent à la soule dans les rues tandis que les grands s’entretuent !
Le calendrier liturgique parisien
Janvier : 1er – Octave de la Nativité.
6 – Épiphanie.
Février : 2 – – Purification de la Vierge, Chandeleur.
22 – – Chaire saint Pierre.
Mars : 5 – Jeûne des Quatre Temps.
25 – Annonciation.
Avril : 22 – Invention saint Denis.
23 – Georges.
25 – Marc.
Mai : 3 – Invention de la Sainte-Croix
6 – Jean Porte Latine.
8 – Michel.
Juin : 4 – Jeûne des Quatre Temps
24 – Jean-Baptiste
29 – Pierre et Paul.
Juillet : 4 – Translation saint Martin
25 – Jacques.
29 – Anne.
Août : 10 – Laurent
15 – Assomption
24 – Barthélémy
29 – Décollation de saint Jean-Baptiste.
Septembre : 8 – Nativité de la Vierge.
14 – Sainte Croix
17 – Jeûne des Quatre Temps.
21 – Matthieu.
27 – Cosme et Damien.
29 – Michel.
Octobre : 1 – Rémi.
9 – Denis.
18 – Luc.
25 – Crépin et Crépinien.
28 – Simon et Jude.
Novembre : 1 – Toussaint.
11 – Martin.
23 – Clément.
30 – André.
Décembre : 1 – Éloi
6 – Nicolas.
8 – Conception de la Vierge.
17 – Jeûne des Quatre Temps.
21 – Thomas apôtre.
25 – Noël.
26 – Étienne.
28 – Innocents.
Il s’y ajoute une série de fêtes mobiles dont la date dépend de celle de Pâques. Pâques est fixée chaque année au premier dimanche après la pleine lune de l’équinoxe de printemps. L’Ascension est 40 jours après Pâques, la Pentecôte 60 jours.
Pâques est précédée de 40 jours de Carême. Le dimanche avant Pâques est celui des Rameaux (Pâques fleuries). Il ouvre la Semaine Peineuse (Semaine sainte). Le Jeudi saint se nomme Jeudi absolu. Le dimanche qui suit Pâques est le dimanche de l’Octave ou de Quasimodo.
Les processions pour les récoltes des Rogations ont lieu trois jours avant le jeudi de l’Ascension. Le dimanche de la Trinité suit celui de l’Ascension (dimanche de l’Octave). La Fête-Dieu se trouve le jeudi après le dimanche de la Trinité.
Toute fête liturgique comprend au Moyen Age non seul ment le jour même mais aussi la veille (vigiles) et les trois fériés qui le suivent. Elle se clôt le dimanche suivant par l’Octave de la fête.
Les monnaies
Monnaies de compte
On utilise conjointement une monnaie de compte et une monnaie réelle. Le système de compte, d’origine carolingienne, est partout le même :
1 livre = 20 sous = 240 deniers
1 sou = 12 deniers.
Monnaies réelles
Inversement, les monnaies réelles sont multiples. Jusqu’au milieu du XIIIe siècle, le système monétaire fut basé sur le monométallisme argent. Ne circulaient que les deniers d’argent avec leurs dérivés: le demi-denier (obole ou maille) et le double.
A partir de la réforme monétaire de Saint-Louis, en 1226, on frappa :
— des pièces lourdes en argent: le gros = 12 deniers = 1 sou; en 1365, s’ajoutèrent deux nouvelles variétés; le petit blanc qui valait 5 deniers et le grand blanc qui en valait 10;
— des pièces d’or réservées aux paiements internationaux : la plupart des pièces mentionnées dans le texte précédent ont été crées au XIVe siècle : le lion, frappé en 1338, pèse à l’origine 4,7 g, l’écu, créé en 1336, pèse 4,4 g. Tous deux valent en principe 30 sous tournois. Le mouton, créé par Jean II, pèse 4,6 g. En 1360, on crée le franc qui pèse 3,88 g et vaut 20 sous tournois. Cette pièce connaît un succès fantastique, car elle permet un rapport simple à la monnaie argent et à la monnaie de compte: 1 franc-or vaut 1 livre.
Mutations monétaires
En pratique, le cours d’une pièce n’est pas indiqué sur celle-ci et il connaît de nombreuses variations. Celles-ci s’expliquent par des raisons commerciales (prix de l’or et de l’argent, variations de leur rapport) et par des raisons politiques. Un état peut pour des raisons internes ou externes (guerres monétaires) faire varier sa monnaie. Une mutation monétaire est de toute façon bénéfique pour les caisses royales. Il suffit de faire varier le cours officiel de la pièce par ordonnance, ou de modifier la pièce elle-même en jouant sur son aloi (le pourcentage de métal précieux; une pièce d’or pur fait 24 carats, une pièce d’argent pur 12 deniers) ou sur son poids (le nombre de pièces taillées dans l’unité monétaire, le marc d’argent ou d’or qui pèse 244,7 g.). Le XVe siècle, qui rechigne à l’impôt, utilise beaucoup la dévaluation sur le continent, alors que la monnaie anglaise reste stable.
Circulation monétaire
Par ailleurs, il convient de savoir qu’il n’y a pas de monopole de la monnaie royale dans le royaume. Circulent en effet dam le Bassin parisien :
– les deux monnaies royales: le tournois et le parisis.
4 deniers tournois = 5 deniers parisis.
– les monnaies bourguignonnes ou flamandes:
1 lubre argent = 1 blanc ;
1 plaque argent = 8 doubles tournois ;
1/2 plaque ou 1 gros de Flandre = 4 deniers tournois
Le dorderes frappé à Dordrecht est une monnaie or faible
– les monnaies anglaises.
Les pièces d’argent (le denier sterling et le shilling ou sou) circulent peu.
1 denier sterling = 6 deniers tournois.
Le noble d’or est le dollar du XVe siècle. Il vaut 50 sous tournois ou 64 sous parisis.
3 nobles = 1 livre sterling.
– les monnaies de la double monarchie émises en France au nom d’Henri V ou d’Henri VI.
Le salut or pèse 3,8 g. Il vaut un demi-noble d’Angleterre et 25 sous tournois ou 32 sous parisis.
Poids et mesures en vigueur à Paris.
Poids
La livre vaut de 380 à 522 grammes.
1 livre romaine = 12 onces
1 livre parisis = 16 onces
1 once = 20 esterlins
Longueur
1 pouce = 0,027 m
1 pied = 0,324 m = 12 pouces
1 aune = 1,18 m = 3 pieds 7 pouces
1 toise = 1,95 m = 6 pieds
1 lance = 3,60 à 4,50 m = 12 à 15 pieds
1 lieue = 4,400 km
Surface
1 arpent de Paris = 34,17 ares = 100 perches carrées
Capacité
Elles varient avec ce qu’on mesure.
– Blé: 1 setier = 1,56 hl = 12 boisseaux
1 boisseau = 13 l
1 muid = 12 setiers
– Avoine: 1 setier = 16 boisseaux = 2,73 hl
– Vin : 1 tonneau = 2 queues = 4 poinçons = 804 l
1 muid = 1 tiers de tonneau = 288 pintes = 268 l
1 setier = 1/16 de muid
1 chopine = 1/2 pinte
1 queue (ou caque) = 402 1
1 poinçon = 201 1
1 pinte = 0,94 1
– Pain: jusqu’en 1439, on distingue la denrée (qui vaut un denier), le doublel (pain de deux deniers) et la demie (qui vaut un demi-denier). Le prix du pain est fixe, mais son poids varie en fonction des fluctuations du prix des céréales. Le pain rétrécit si le prix du blé monte. Le poids normal du pain est de 12 onces la demie, 16 onces la denrée et 24 onces le doublel.
Le pain se distingue aussi suivant les qualités. Le pain mollet ou de froment est blanc, le pain bourgeois et le pain faitif sont des catégories encore bonnes mais déjà du pain bis. Le pain noir est appelé pain de retrait. Un pain noir de 24 onces vaut le prix d’un pain faitif de 16 onces et d’un pain blanc de 12 onces.
Après 1439, le système change. Le prix du pain varie suivant le prix des céréales lequel fait l’objet de la tenue d’un» mercuriale officielle.
– Objets en vrac: ils sont vendus au sac ou au quarteron Cette dernière mesure vaut le quart d’une autre mesure. le quarteron de pommes signifie 25 pommes (le quart de 100), le quarteron de suif vaut probablement le quart d’une livre.
– Bois: les bûches de bonne qualité se vendent par molle. Une molle équivaut en principe à 50 bûches assez grosses. Pour le petit bois, l’unité est le cent de costerets.
Liste des élus à la prévôté et à l’échevinage

1. Denis de Saint-Yen était mort le septembre. — 2. Pierre Gencien avait quitté Paris. — 3. Révocation des Cabochiens et de leurs partisans — 4. Révocation d’Espernon. — 5 Démission de Guillaume d’Auxerre. – 6 Démission de Pizdoc.— 7 Les bourguignons étaient rentrés dans Paris le 29 mai.

1 – Thiessart était mort en fonction. — 2 Le roi avait demandé, par lettres, le maintien de P. des Landes. — 3. Le roi avait demandé le maintien de Luillier et la Fontaine. — 4. Luillier avait été élu clerc et receveur de la ville. — 5. Il y eut un débat pour décider du retour à la date ancienne de l’élection, le 16 août, et du maintien d’une condition essentielle de l’éligibilité, la naissance à Paris.

Officiers et fonctionnaires à Paris
A – Capitaine de Paris
Il a la charge militaire de la capitale et commande la garnison. En période de guerre, son rôle est très important et on y nomme de grands seigneurs qui ont la confiance du parti au pouvoir. Si le gouvernement change, le capitaine est remplacé.
1405 – ducs de Berry et de Bourbon. ■
1408-1410 – Pierre des Essarts.
1410-1411 – Waleran de Luxembourg.
1413 – Elyon de Jacqueville.
Août 1413 – Jean de Berry.
1415 – Waleran de Luxembourg.
1416 – Charles de France dauphin.
1418- 1419 – Charles de Lens.
1419- 1420 – Philippe comte de Saint-Pol.
1420- 1421 – Thomas de Clarence.
1421 – Thomas d’Exeter.
1421 – Jean de La Beaume Montrevel.
1429-1433 – Jean Villiers de L’Isle-Adam.
1436 – Louis de Luxembourg.
1436 – Arthur de Richemont.
B – Prévôts du Roi
Le prévôt de Paris est un officier royal nommé qui joue le rôle d’un bailli ou d’un préfet actuel. Ses attributions sont multiformes : administrer, juger ou prélever l’impôt.
1401-1408 – Guillaume de Tignonville, chambellan.
30 avril 1408 – 8 novembre 1410 — Pierre des Essarts, maître d’hôtel.
8 novembre 1410 -11 octobre 1411 — Bruneau de Saint-Clair, maître d’hôtel.
11 octobre 1411-12 mars 1412 — Pierre des Essarts.
12 mars 1412-22 septembre 1413 — Robert de La Heuse, chambellan.
4 août 1413-11 août 1413 — Tanguy du Châtel, maréchal de Guyenne.
22 septembre 1413-19 février 1415 — André Marchand, conseiller au Parlement.
23-24 octobre 1414 — Tanguy du Châtel.
19 février 1415-30 mai 1418 — Tanguy du Châtel.
Mai 1418 — Jean Villiers de L’Isle-Adam (intérim).
30 mai 1418-3 février 1419 — Guy de Bar, chambellan du duc de Bourgogne.
19 août-10 octobre 1418 — Jacques de Semeuse (intérim).
3 février 1419-décembre 1420 — Gilles de Clamecy, maître des Comptes.
16 décembre 1420-10 mars 1421 — Jean du Mesnil, maître d’hôtel.
10-14 mars 1421 — Gauchet Jayet (intérim).
14 mars 1421-5 mai 1421 — Jean de La Beaume Montrevel, chambellan du duc de Bourgogne.
Mai 1421 — Pierre de Marigny, maître d’hôtel.
1421 — Hugues Restoré.
3 Juillet 1421-janvier 1422 — Jean Le Verrat, écuyer du roi.
3 février 1422-1er décembre 1422 — Simon de Champluisant, bailli de Vermandois.
1er décembre 1422-13 avril 1436 — Simon Morhier, maître d’hôtel d’Isabeau.
13 avril 1436-23 février 1437 — Philippe de Ternant, chambellan du duc de Bourgogne.
23 février 1437-24 mai 1446 — Ambroise de Loré.
26-29 mai 1446 — Jean Dauvet (intérim).
29 mai 1446-28 mars 1447 — Jean d’Estouteville, chambellan de Charles VII.
28 mars 1447-août 1461 — Robert d’Estouteville, chambellan.
Le prévôt de Paris est assisté de deux lieutenants, l’un au civil et l’autre au criminel. L’ensemble de ses services est installé au Châtelet.
La municipalité
Paris n’a, à proprement parler, ni commune ni municipalité reconnues. C’est la Hanse des marchands de l’eau, qui a le monopole du commerce sur la Seine, qui en tient lieu. Le prévôt des marchands et les quatre échevins de l’eau sont des élus qui ont peu à peu acquis officieusement le rôle d’un conseil municipal. Mais, en cas d’émeutes, le roi s’empresse de les supprimer. Cela avait été le cas en 1383 à la suite de l’émeute des Maillotins. Le prévôt royal administra donc seul la ville de 1383 à 1389. En 1389, le roi fit une concession en nommant à côté du prévôt royal un « garde de la prévôté des marchands pour le roi ». Se succédèrent :
Jean Jouvenel des Ursins (1389-1400);
Jean Aillembourse ;
Charles Culdoe ;
Pierre Gentien.
En janvier 1412, sous l’influence bourguignonne, l’élection du prévôt des marchands ainsi que de l’échevinage fut rétablie.
Évêques, Chapitre et paroisses
Les évêques de Paris
Paris est un diocèse qui dépend de la métropole de Sens. En pratique, l’évêque de la capitale est indépendant de son métropolitain. Il est élu par le chapitre cathédral, mais ce dernier don tenir compte des desiderata du pouvoir politique sous peine il» voir son élu n’être pas confirmé par le roi. Une fois confirmé, l’évêque doit aussi être consacré et reçu officiellement dans sa cathédrale. Cela implique la bienveillance du pape. Un évêque doit donc être bien vu à la fois du chapitre, du pape et du roi Ce ne fut pas le cas de tous dans la première moitié du XVe siècle.
Pierre d’Orgemont : 19 janvier 1384 – 16 juillet 1409.
Gérard de Montaigu : 24 juillet 1409 – 25 septembre 1420.
Jean Courtecuisse : élu mais non confirmé. En juillet 1421, transféré par le pape à Genève.
Jean de La Rochetaillée : 16 juin 1421 – 12 juin 1422.
Jean de Nanton : 26 juin 1423 – 7 octobre 1426.
Nicolas Fraillon : élu.
Jacques du Chatelier : 7 octobre 1426 – 17 février 1438.
Denis du Moulin: 1439-1447.
Antoine du Bec Crespin : élu.
Guillaume Chartier: 1449-1472.
Le chapitre Notre-Dame
Le chapitre est constitué par le collège des clercs qui assistent l’évêque. A Paris, il comprend 51 chanoines, une centaine de chapelains et tout un personnel mineur. Les chanoines en sont l’aristocratie. Ils sont nommés par l’évêque sur proposition du roi ou du pape. Presque tous originaires de France du Nord ou du Bassin parisien, nobles ou non, ils ont presque tous des grades universitaires. Seuls, ils sont soumis aux obligations de vie en commun, à l’assistance régulière aux offices et ans chapitres (3 chapitres hebdomadaires, 4 chapitres généraux). Ils sont logés dans les maisons canoniales autour du cloître Notre-Dame et vivent des prébendes de la mense (dotation) du chapitre. Ils cumulent éventuellement avec d’autres bénéfices dans le clergé parisien. La plupart d’entre eux sont promis à de belles carrières ecclésiastiques (25% deviendront évêques) et laïques (beaucoup d’entre eux font conjointement une carrière au Parlement, aux Comptes ou à la chancellerie). Les chapelains sont de plus petits personnages. Entretenus par des fondations, ils ont la charge des messes quotidiennes dans les 32 chapelles de la cathédrale et des besoins spirituels des confréries qui y ont leur siège: confréries de dévotion ou de métier sans compter la célèbre Confrérie aux Bourgeois qui réunit l’élite aristocratique et financière de la cité. Parmi le petit personnel, on peut citer la maîtrise dont les chœurs sous la direction du chantre furent parmi les premiers à promouvoir les subtilités de l’« ars nova » (période qui recouvre communément l’ensemble de la musique polyphonique européenne du XIVe siècle).
Le chapitre joue un rôle important. C’est un grand propriétaire exempté de nombreuses taxes. Il a le contrôle des écoles, dans la mesure où le chancelier de Notre-Dame reste responsable de la collation des grades. Il est responsable pour une part de l’assistance. En effet, l’Hôtel-Dieu lui appartient, il le gère et en dirige le personnel. Le chapitre pouvait donc être tenté de sortir de son rôle. Face à l’évêque, il pouvait arguer de l’exemption qui le rattachait au pape, face au prévôt du roi, il défendait pied à pied son indépendance et ses pouvoirs juridictionnels. Aucun pouvoir ne pouvait se désintéresser du chapitre dont l’appui ou du moins la neutralité était indispensable.
Paris compte 21 paroisses dont un assez grand nombre dans la Cité et sur la rive droite dépendent du chapitre. Quelques grandes abbayes bénédictines fort anciennes y ont aussi des édifices et des patrimoines importants: Saint-Germain-des-Prés, Sainte-Geneviève, Saint-Victor, Saint-Martin-des-Champs ou Saint-Magloire. Au XIIIe siècle s’y sont ajoutés des couvents mendiants : les Jacobins, les Cordeliers, les Carmes et les Augustins. Au XIVe siècle, Charles V a créé et favorisé les Célestins. La ville a la réputation d’avoir cent clochers.

« La ville au cent clochers »


Chronologie
1405 : Septembre: Berry et Bourbon capitaines de Paris où l’emporte Jean sans Peur. Les troupes de Louis d’Orléans assiègent la ville.
9 octobre : émeute suscitée par la peur du retour du duc d’Orléans.
1406 : Retour au pouvoir du duc d’Orléans ; Jean sans Peur est exclu du gouvernement et des pensions.
1407 : 23 novembre: assassinat de Louis d’Orléans par des séides de Jean sans Peur.
1408 : 23 septembre: bataille d’Othée.
Novembre : le parti Orléans se replie sur Tours avec le roi et le dauphin par peur des émeutes parisiennes.
1409 : 9 mars: paix fourrée de Chartres.
17 mars: retour de Charles VI à Paris.
25 juin : élection du pape Alexandre V.
7 octobre: arrestation de Jean de Montaigu; la ville redevient bourguignonne.
17 octobre : exécution de Montaigu ; les princes quittent Paris.
Hiver : épuration bourguignonne dans tous les rouages de l’État.
1410 : 15 avril: ligue de Gien, naissance du parti armagnac.
Été : les armées des deux partis pillent la région de Paris.
2 septembre : manifeste des princes.
2 novembre : paix de Bicêtre, retour à un gouvernement mixte pour l’hiver.
1411 : Juillet: manifeste de Jargeau; défi des Armagnacs à Jean sans Peur.
Fin août : rencontre de Montdidier.
Fin septembre: retour des milices flamandes en Flandre.
Octobre : opérations des Armagnacs autour de Paris. Fin octobre : retour de Jean sans Peur à Paris avec des mercenaires anglais.
9 novembre: reprise par les Bourguignons de Saint Cloud et Saint-Denis.
13 novembre: siège d’Étampes, excommunication des Armagnacs.
1412 : Traité d’alliance entre les Armagnacs et l’Angleterre.
Fin mai : départ de l’armée royale vers le sud.
11 juin -12 juillet : siège de Bourges.
22 août : paix fourrée d’Auxerre.
23 octobre : retour du roi et des princes à Paris.
1413 : Février : trahison des princes.
30 janvier-13 février: états généraux, épuration pro bourguignonne.
28 avril : émeute contre Louis de Guyenne ; arrestation du duc de Bar.
Mai: les Cabochiens s’emparent de Paris; Guyenne, Berry et la reine sont virtuellement prisonniers.
22 mai : émeute contre l’entourage d’Isabeau.
26-27 mai : promulgation de l’ordonnance cabochienne.
Juin : exécutions sommaires à Paris.
1er juillet: exécution de Pierre des Essarts.
28 juillet : paix de Pontoise.
4 août: retournement de l’Université; libération des princes, exil des Cabochiens, épurations.
29 août : fuite de Jean sans Peur.
31 août: rentrée des princes à Paris.
5 septembre : abolition de l’ordonnance cabochienne.
1414 : Janvier-février : Bourgogne devant Paris.
17 février: bannissement de Jean sans Peur.
23 février : condamnation par l’Université des thèses de Jean Petit.
Février-mars : épidémie de coqueluche.
Mai : prise de Soissons par l’armée royale.
Juin : siège d’Arras.
4 septembre : paix d’Arras.
1415 : Août : débarquement d’Henri V.
25 octobre : désastre d’Azincourt.
18 décembre: mort de Louis de Guyenne.
1416 : Gouvernement du connétable d’Armagnac.
Mars : visite de Sigismond.
13 mai: suppression de la Grande Boucherie.
15 juin : mort du duc de Berry.
1417 : 4 avril : mort du dauphin Jean de Touraine.
Avril : mort du duc d’Anjou.
Novembre : Jean sans Peur récupère Isabeau réfugiée à Tours.
Excommunication solennelle des Bourguignons. Conquête de la Normandie par les Anglais.
1418 : 29 mai : entrée des Bourguignons dans Paris : massacres et fuite du dauphin Charles.
14 juillet : arrivée de Jean sans Peur à Paris.
20-21 août: nouveaux massacres.
Août : épidémie de petite vérole.
Septembre : création du parlement de Poitiers.
Traité de Saint-Maur.
1419 Janvier : prise de Rouen par les Anglais.
Juillet : entrevue de Pouilly.
10 septembre: assassinat de Jean sans Peur à Montereau.
Décembre : alliance anglo-bourguignonne.
1420 : 21 mai: traité de Troyes.
Juin : mariage d’Henri V et de Catherine de France à Troyes.
Été : Melun et Montereau pris par les Anglais.
1er décembre : entrée de Charles VI et Henri V à Paris.
1421 : Printemps : famine.
Automne : mortalité.
5 décembre : naissance d’Henri VI.
1422 : Janvier-mai : siège de Meaux.
Juin : épidémie de vérole.
31 août: mort d’Henri V à Vincennes.
21 octobre: mort de Charles VI.
11 novembre: obsèques du roi; prise du pouvoir par Jean de Bedford.
1423 : Février : serment de fidélité à Bedford.
Avril: entrevue d’Amiens, Bedford épouse Anne de Bourgogne.
3 juillet : naissance du futur Louis XI.
31 juillet: Cravant.
1424 : 15 août: désastre de Verneuil.
8 septembre : entrée de Bedford à Paris.
Novembre: campagne d’Humphrey de Gloucester en Hainaut.
1425 : Danse macabre du cimetière des Innocents.
7 mars : Richemont connétable de Charles VII.
Réouverture des portes de Paris.
1427 : Avril : retour de Bedford.
Siège du Mont-Saint-Michel.
Août : arrivée des Tsiganes à Paris.
5 septembre : Anglais battus à Montargis.
Automne : épidémie de grippe (la dando).
15 décembre: exécution de Sauvage de Frémainville
1428 : Mai : opérations autour du Mans.
21 juin: dîner offert par Bedford aux universitaires.
Novembre : mort de Salisbury devant Orléans.
1429 : 12 février: journée des Harengs.
Avril : prêches de frère Richard à Paris.
8 mai : libération d’Orléans par Jeanne d’Arc.
Juin : dédicace du nouveau chœur de Saint-Laurent.
16 juillet : sacre de Charles VII
8 septembre : échec de Jeanne devant Paris.
Fin septembre : Bedford en Normandie, Philippe le Bon à Paris.
1430 : 24 mai : capture de Jeanne devant Compiègne.
1431 : Mai : fête du Saint-Sacrement.
Consultation de l’Université sur Jeanne d’Arc.
31 mai: mort de Jeanne d’Arc.
2 décembre : entrée d’Henri VI à Paris.
13 décembre: trêve de 6 ans entre Charles VII et Philippe le Bon.
16 décembre: sacre d’Henri VI à Notre-Dame.
1432 : Avril : prise de Chartres par Charles VII.
Novembre : épidémie.
13 novembre: mort d’Anne de Bedford.
1433 : 20 avril: remariage de Bedford avec Jacquette de Luxembourg.
Juin : négociations à trois.
Mars-novembre : épidémie de bosse.
1434 : Octobre: ouragan.
Décembre : retour de Bedford à Paris.
1435 : Printemps : Philippe le Bon à Paris.
Mai : défaite anglaise à Gerberoy.
Été : négociations à Arras.
21 septembre: traité d’Arras; réconciliation entre Charles VII et le duc de Bourgogne.
24 septembre : mort d’Isabeau de Bavière.
1436 : 13 avril: entrée de Richemont dans Paris.
Décembre : rétablissement du parlement à Paris ; amnistie.
1437 : 7 février: libération de René d’Anjou.
Octobre : prise de Montereau.
12 décembre: entrée de Charles VII à Paris.
1438 : 7 juillet: pragmatique Sanction de Bourges.
21 août: épidémie; mort de Marie de France.
1439 : Ordonnance sur l’armée et les écorcheurs.
12 août: prise de Meaux.
Novembre : capture du loup Courtaut.
1440 : Été :Praguerie.(*)
Fausse Pucelle à Orléans.
1441 : Janvier : libération de Charles d’Orléans.
Juin-septembre : prise de Pontoise.
1442 : 31 janvier: mort de Marguerite de Richemont.
Juin : dédicace de Saint-Antoine-le-Petit.
1443 : 14 août: prise de Dieppe.
Août-décembre : grève universitaire.
1444 : 28 mai : trêve de Tours avec l’Angleterre.
Juin : reprise de la foire du Lendit.
Septembre : nouvelle grève universitaire.
1445 : Août : retour des reliques de Saint-Denis.
Août : épidémie.
Création de l’armée permanente.
1446 : Printemps : visite de Fernand de Cordoue.
26 mars : l’Université est soumise à la juridiction du Parlement.
31 décembre: naissance de Charles de France.
1447 : Mai et septembre : pèlerinage au Mont-Saint-Michel.
1448 : Visite d’Agnès Sorel à Paris.
1449 : Printemps : reprise de la guerre avec l’Angleterre.
19 octobre: entrée de Charles VII à Rouen.
(*) La Praguerie:
Révolte féodale menée en 1440 (février-juillet) contre le roi de France Charles VII par quelques princes, comme les ducs Charles Ier de Bourbon, Jean II d’Alençon, Jean V de Bretagne, le roi René d’Anjou, comte de Provence, Jean IV d’Armagnac et Jean de Dunois. La petite et la moyenne noblesse soutinrent le mouvement, soucieuses de défendre leurs prérogatives contre les empiétements des officiers royaux et, pour cette raison, inquiètes de la ferme reprise en mains de la monarchie par l’ancien roi de Bourges. La conjuration visait à destituer le roi et à confier la régence au dauphin, le futur Louis XI, alors âgé de seize ans. Une révolte du duc de Bourbon avait déjà été matée en 1437. De même, le roi et Richemont réprimèrent-ils sans peine une première insurrection, en Auvergne et en Poitou (févr. 1440). La réconciliation du dauphin avec son père, en présence du duc de Bourbon, est actée par le traité de Cusset (24 juillet 1440) qui met fin à la Praguerie. Les complots ne prennent pas fin pour autant. L’intervention du duc de Bourgogne Philippe le Bon et de Charles d’Orléans – à peine revenu de sa captivité en Angleterre – mit au contraire la royauté en péril. À l’assemblée de Nevers (févr. 1442), à laquelle il n’avait pas été prié, Charles VII fit jouer ses conseillers au plus fin. En dosant ses concessions et surtout ses subventions financières de manière aussi habile qu’inéquitable, il dissocia la coalition. Celle-ci fut qualifiée de « Praguerie » par comparaison avec les récentes révoltes de Bohême.
L’un des facteurs déterminants du succès royal fut le loyalisme de la plupart des villes et la fidélité intéressée de l’administration. La nouvelle noblesse, née des profits de la justice et des finances royales, fit cause commune dans la prudence avec la bourgeoisie marchande. Quant à la petite noblesse d’origine militaire, qui avait suivi dans la révolte les princes, elle vit avec amertume ceux-ci tirer seuls les avantages de la réconciliation avec le roi ; de l’opposition du dauphin Louis jusqu’à la ligue du Bien public, les mouvements d’insoumission ne trouvèrent désormais plus dans cette petite noblesse la force militaire grâce à laquelle ils auraient pu limiter les progrès du pouvoir monarchique.
Les Capétiens directs et les Valois

Les rois de France, d’Angleterre et ducs de Bourgogne



La région parisienne aux XIV°-XV° siècles

La « ville forte »
Les premières fortifications parisiennes ne couvraient que l’île de la Cité. Au XIIIe siècle, la ville s’étendit rapidement et Philippe Auguste décida de faire construire une enceinte. Cette première enceinte de Paris ne couvrait que la rive droite, marchande et riche. Elle subsiste en partie (porte Barbette, porte Baudoyer). Charles V, à cause des dangers de la guerre de Cent Ans et de l’agrandissement de la capitale, fit construire une nouvelle enceinte qui couvrait cette fois les deux rives (la rive marchande comme la rive universitaire) et était beaucoup plus étendue. Elle avait treize portes et comportait à l’intérieur de la ville des fortifications d’appui, principalement la Bastille, Saint-Antoine et le Louvre.

Résidences de l’aristocratie
Ces résidences sont très influencées par la proximité des palais royaux. Jusque vers 1350, le roi réside dans l’ancien Palais dans la partie ouest de File de la Cité. Sous Charles V, il abandonne le bâtiment aux services administratifs (Parlement, Comptes, archives) et fait rénover le Louvre où il installe sa librairie. Une série de résidences nobiliaires se crée autour du Louvre. Puis, Charles VI s’installe à l’hôtel Saint-Pol, provoquant un déplacement vers l’est des résidences princières.
- Charles VI : hôtel Saint-Pol ;
- Isabeau : hôtel des Tournelles ;
- Bourgogne: Ancien et nouvel hôtel de Bourgogne;
- Armagnac: hôtel d’Armagnac ;
- Bedford : hôtel de Bourbon ;
- Richemont : hôtel de Clisson.

Les Universités et collèges
Les universités, qui succèdent aux écoles monastiques au début du XIIIe siècle, n’ont à l’origine aucun bâtiment propre. Elles utilisent ceux des anciennes écoles (Saint-Victor, Sainte-Geneviève) ou des couvents mendiants. Entre 1250 et 1350 furent créés des collèges pour les étudiants pauvres qui fournissaient à ceux-ci logement, vivres et répétitions. La Sorbonne et le Collège de Navarre sont les plus prestigieuses de ces nouvelles institutions.


Les collèges parisiens aux XIIe et XIIIe siècles

Les collèges parisiens à la fin du Moyen Âge
L’approvisionnement
Une ville de 200000 habitants nécessite des approvisionnements lointains. Le blé et le vin arrivent principalement par eau (Seine, Oise, Marne), le bétail à pied, par la route. La ville est donc très vulnérable si routes et fleuves sont aux mains de l’ennemi.

Les dévastations
La carte confirme beaucoup de dégâts en Hurepoix, dans la région de Saint-Denis et dans la vallée de l’Oise. Elle est plus pessimiste encore en ce qui concerne la Brie.

Au début du Moyen Âge, Paris est une petite ville mal organisée : seuls deux ponts enjambent la Seine, un immense cimetière trône au beau milieu des habitations de bois et les rues ne portent pas de nom. Mais durant les dix siècles qu’ont duré le Moyen Âge, du Ve au XVe siècle, la capitale devient l’une des plus grandes métropoles d’Europe et connaît un très grand essor démographique et économique. Paris devient la capitale et principale ville du royaume au XVIe siècle. Elle est la première ville d’Europe, avec 150 000 habitants en 1500, 300 000 en 1560. Le réseau routier français rayonne déjà largement à partir d’elle et draine un flot de victuailles, de voyageurs et de migrants. Avec la fin de la guerre de Cent Ans (1337-1453) et l’installation du pouvoir royal dans le val de Loire, s’annonce la Renaissance.
