LES MENUISIERS ET LES ÉBÉNISTES D’AUTREFOIS

 





Les menuisiers et les ébénistes d’autrefois






Dans l’univers de l’artisanat, chaque métier possède son propre héritage, ses nuances et son histoire fascinante. Les menuisiers, ces artisans ont façonné avec précision et délicatesse le mobilier qui orne nos espaces de vie depuis des siècles.

La menuiserie est le travail du bois destiné au bâti et à l’agencement : portes, fenêtres, escaliers, parquets, placards et boiseries. Cet artisanat remonte à l’Antiquité et a évolué des outils manuels au façonnage assisté par machines numériques. Il se distingue de l’ébénisterie, centrée sur la fabrication et l’ornementation du meuble.

  • la menuiserie traite les ouvrages de bois liés à la construction et à l’aménagement
  • ses origines sont anciennes, avec une transmission longtemps organisée par les corporations
  • les techniques sont passées de la main-d’œuvre artisanale aux machines à commande numérique
  • menuisier et ébéniste sont deux métiers proches mais distincts

La menuiserie représente l’un des plus anciens savoir-faire artisanaux de l’humanité. De la simple fabrication d’objets rudimentaires aux créations sophistiquées d’aujourd’hui, ce métier a traversé les siècles en se transformant, s’adaptant aux nouvelles technologies tout en préservant ses valeurs fondamentales.

Contrairement aux charpentiers, qui manipulent le bois de construction et s’occupent des structures principales, les menuisiers excellent dans la manipulation des petites pièces. Surnommés les « charpentiers de petite cognée », leur expertise réside dans la création d’œuvres minutieuses et délicates qui embellissent nos intérieurs.

Dans l’Antiquité, la distinction entre menuisier et charpentier n’existait pas encore clairement. Les artisans du bois maîtrisaient un ensemble de techniques leur permettant de travailler ce matériau sous toutes ses formes. Les premières civilisations ont développé des méthodes ingénieuses pour façonner le bois, créant aussi bien des éléments structurels que des objets du quotidien. 

Les Romains emploient déjà la menuiserie pour la construction intérieure des bâtiments. Ils fabriquent portes, parois, boiseries, ornementations en utilisant certains outils que l’on retrouve encore en usage aujourd‘hui : le maillet, le ciseau, la hachette, le rabot etc.

À l’origine, ces métiers étaient intimement liés car ils partageaient les mêmes connaissances fondamentales du travail du bois. Les artisans devaient comprendre les propriétés des différentes essences, maîtriser les techniques d’assemblage et savoir utiliser les outils rudimentaires à leur disposition. 

Au fil du temps, le métier de menuisier s’est parfois confondu avec d’autres disciplines artisanales telles que l’ébénisterie ou le lambrissage. Cependant, dès 1280, des distinctions étaient établies entre les différents spécialistes : les huchers (ou huchiers) pour les meubles, les huissiers pour les portes et fenêtres, et les lambrisseurs pour les revêtements muraux et plafonds.

C’est au Moyen Âge que la spécialisation a véritablement commencé. Alors que certains artisans se tournaient vers les ouvrages de grande taille et les structures porteuses, d’autres se consacraient aux pièces plus fines et délicates. Le terme « menuisier » vient d’ailleurs du latin « minutiarius », celui qui travaille des objets menus, par opposition aux ouvrages plus imposants. 

Cette évolution historique fascinante révèle toute la richesse et la diversité du

métier de menuisier, qui a su traverser les époques en s’adaptant aux besoins et aux tendances de chaque époque. Ainsi, que l’on parle de l’ornementation d’un château médiéval ou de la conception d’un meuble contemporain, les menuisiers continuent de laisser leur empreinte dans notre quotidien, marquant ainsi de leur talent l’histoire de l’artisanat.

 

Atelier du sieur Jadot menuisier – Chenu Pierre – « Paris Musées »  http://parismuseescollections.paris.fr/.



Ancien Régime

Durant l’Ancien Régime, les menuisiers étaient intégrés à la prestigieuse corporation des charpentiers, témoignant ainsi de l’importance et du prestige accordés à leur métier au sein de la société.

Selon la Taille de Paris de 1290, la ville comptait 25 maîtres huchers. A cette date, des premiers statuts leur fut donnés :   

  • interdiction de travail la nuit, 
  • un seul apprenti par atelier, 
  • de se livrer concurrence entre maîtres pour s’attacher les services d’un ouvrier
  • de travailler pour plusieurs maîtres.
  • 6 jurés
  • réalisation des cercueils réservée uniquement au maître. 

 

Jusqu’au XIVe siècle « les charpentiers de la grande cognée » et « les charpentiers de la petite cognée » selon qu’ils faisaient les gros travaux de charpente ou les petits travaux intérieurs ne formaient qu’une corporation sous le nom de « charpentiers huchiers ». Mais à la suite d’une requête envoyée par ces derniers en 1371 à Hugues Aubriot, Prévôt de Paris ils furent détachés du corps des charpentiers et formèrent la communauté des « huchiers », on les nommait aussi « huissiers » du mot huis qui signifie porte.

Ce n’est que quelques années plus tard, par une sentence de Hugues Aubriot, rendue le 4 septembre 1382, que les huchiers reçurent le nom de « menuisiers » parce qu’ils amenuisent et rendent les bois menus au moyen d’outils tranchant comme la varlope le rabot etc.

La réforme de la communauté va donner plus de pouvoir aux maîtres en place.Cette réglementation plus stricte se met ainsi en place afin d’assurer un meilleur contrôle des matériaux, du temps de travail, de la qualité globale de fabrication. Le non-respect de ces nouvelles règles entraîne des amendes et la saisie des outils.

Ces nouveaux statuts font l’objet de réclamation de la part des ouvriers. En effet, une partie d’entre eux, tout en acceptant les 6 années d’apprentissage, réclamait la possibilité de s’établir librement maître ensuite, sans avoir à présenter un chef d’œuvre et être accepté par le reste de la communauté. En effet, ils souhaitaient que continuent à s’appliquer des principes qui se pratiquaient du temps d’Étienne Boileau. Mais la volonté de contrôle de la corporation était trop forte et les plaignants n’obtinrent pas gain de cause. Le Parlement de Paris confirma les statuts en 1382.

Ces statuts obligent à 6 ans d’apprentissage, tout en dispensant les fils de maître, requièrent 12 livres pour l’obtention de la maîtrise. L’apprentissage s’organise entre maître et apprenti avec une relation quasi filiale entre les deux. Pour devenir maître, la réalisation d’un chef d’œuvre (objet unique) est indispensable. Le nombre de juré diminua à 4.

Selon leur réglementation, les huchers fabriquaient un nombre important d’objets : châssis à portes et à fenêtres, porches, portes et fenêtres, tables, bancs et dressoirs, coffres, trappes, huches, cages treillagées pour fenêtres, lambris, chambres et armoires, comptoirs, tréteaux, bancs de taverne. 

Comme on peut se douter, les textes s’attardaient sur la qualité du bois utilisé : chêne, hêtre, noyer…

En 1467, les huchers formèrent à eux seuls une bannière pour défendre Paris. A cette date, Louis XI leur donna de nouveaux statuts. En effet, le roi souhaite réduire les amendes de moitié. 

C’est vers la fin du XVe siècle que la communauté change progressivement de nom : des huchers, en lien avec les huches, petits coffres qu’ils réalisaient, ils deviennent les menuisiers. Menuisiers, car il s’agissait d’ouvriers du bois qui travaillaient avec beaucoup de délicatesse, par opposition aux charpentiers grossiers.

 

La Renaissance

 

La Renaissance a marqué un tournant majeur pour la menuiserie. Les artisans italiens, puis français, ont élevé ce métier au rang d’art véritable. Le mobilier s’est transformé en véritables œuvres d’art, avec des marqueteries complexes, des sculptures délicates et des formes élégantes. Les corps de métiers se sont structurés en corporations, garantissant la transmission des savoirs et la qualité des réalisations. 

C’est à cette époque que la menuiserie s’est diversifiée en plusieurs spécialités : 

  • La menuiserie en bâtiment (portes, fenêtres, escaliers) 
  • L’ébénisterie (mobilier de luxe) 
  • La marqueterie (assemblage de bois précieux) 
  • La sculpture sur bois (ornements architecturaux)

En 1486, les jurés obtiennent la possibilité d’élargir leurs contrôles. En effet, ils soupçonnaient beaucoup de travail clandestin et furent autorisés à entrer dans toutes maisons où ils suspectaient un travail de menuiserie. Toutefois, ils ne purent empêcher que des bourgeois parisiens emploient d’eux même des ouvriers menuisiers. Ainsi, les fripiers se virent condamner en 1542  et en 1544 lorsqu’ils cherchèrent à vendre des objets de menuiserie neuve. 

C’est après la Renaissance que menuisiers du bâtiment et menuisiers de mobiliers se distinguent. Les compétences se spécifient avec l’arrivée du bois précieux, à la fin du XVe siècle, et le métier d’ébéniste apparaît.

 

XVIe – XVIIe siècles

 

La réforme de 1580 marque l’âge d’or de la menuiserie à la Renaissance.

Les autorités de ville donnèrent de nouveaux statuts. 62 articles pour ce nouveau texte de 1580. Il s’agit alors de fixer les modalités de menuiserie, notamment des églises, en cette période faste pour cette activité : stalles, pupitres, balustrades, tables d’autel, chaires, jubés, bancs d’œuvre, marqueterie… Bien sûr furent mentionnés également les ouvrages pour le commerce (fermetures de boutique, vitrines…), pour la maison (meubles, manteaux de cheminée…), pour les armes (arquebuses, mousquets…), pour le transport (voitures, coches…). 

Bien sûr un tel métier prestigieux avait son coût : 1 écu pour le roi, 0,5 écus pour les jurés (qui étaient 4), 6 écus au métier, 1 écu pour la confrérie… lors de la réception à la maîtrise.

A cette date, on distingua deux catégories : les menuisiers d’assemblage, travaillant le bois plein et ceux de pièces de rapport et de placage.

En 1637, les tapissiers furent autorisés à vendre des lits mais aussi des meubles. Aussi, les maîtres menuisiers durent déposer leur marque au Châtelet pour pouvoir revendiquer leur travail.

La communauté donna 2 000 livres pour l’avènement de Louis XIV, en demandant de nouveaux textes de statuts. Ces derniers furent publiés en 1645. Les conditions d’accession à la maîtrise se durcirent : obligation d’être français. Ensuite, 6 jurés furent désignés pour réaliser des contrôles plus poussés. Enfin, la corporation fut autorisée à réaliser des sculptures en bois, partie du monopôle des imagiers.

Toutefois, l’augmentation du nombre de jurés ne fut pas du goût des menuisiers. En effet, elle s’accompagne d’une hausse des charges de visites, de chef d’œuvre, sans amélioration de la situation. Aussi, ils demandèrent en 1655 à revenir à 4 jurés.

Depuis 1673, la confrérie dédiée à Sainte Anne était installée au Saint Sépulcre. Elle venait de déménager alors des Billettes. 

 

Un exemple de statuts des maîtres-menuisiers en 1614

 

(Document Eric Detoisien – https://lyonnais.hypotheses.org/6185)

A partir de 1614, les règlements et statuts des maîtres menuisiers de Lyon seront revus, corrigés et augmentés régulièrement jusqu’à la réforme des communautés d’arts et métiers de Lyon de l’édit de janvier 1777 et enfin jusqu’à leur disparition avec la loi du 2 mars 1791.

 

Règlements et statuts des maîtres menuisier de la ville de Lyon de 1614

 

Du mardy vingt troisiesme jour de septembre l’an mil six cens quatorze apres midy en l’hostel commung de la ville de Lyon, y estans

Ordonnances, statutz et reiglement faictz sur lestat des maistres menuisiers de la ville de Lyon.

A tous ceulx qui ces presentes verront, Nous Prévost des marchans et eschevins de la ville de Lyon, Scavoir faisons que sur la remontrance des maistres menuisiers de cette ville a ce deputez par les aultres maistres dudict mestier assemblés en grand nombre ainsy quil nous est apparu par acte de procuration du XXIe aoust 1614, receue Guyton notaire royal et veu les articles entre eulx deliberez pour le reiglement et police de leur mestier et obvier aux abbus, malversations et entreprinses qui se commettent journellement au prejudice et interestz tant du public que du particulier, n’ayant le dict mestier esté jusques a present regi et gouverné que par certaines bonnes coutusmes ausquelles ceulx qui ont leur inclination portée au mal contreviennent d’aultant plus facilement que l’observation d’icelles n’est ordonnée soubz aucunes peynes qui serve de mordz et de retenue a leur mauvaise volonté. Pour ce est-il que nous avons pour le bien de paix et utilité de cette dicte ville et communauté jugé neccessaire de moderer et arester les ditcz articles soubz le bon plaisir touteffois de sa Majesté esperans par ce moyen apporter quelque ordre ou les discordances complexions et humeur d’une populace n’apportent que desordre et confusion.

Premieremen

Que nul ne pourra ouvrir ny tenir bouticque du mestier dans la ville et faulx bourgs, faire travailler en bouticque ou chambre par compaignon et apprentif qu’il n’ait faict apparoir de son apprentissage aux maistres jurez qui seront lors en charge sy ce nest les filz de maistre qui ne seront tenus en faire aucung qu’avec leurs peres.

Les deux maistres jurez dudict mestier qui sont esleuz tous les ans par le consulat rapporteront en icelluy au commencement de chasque moys de decembre le roolle de tous les maistres dudict art pour d’iceulx estre choisis ceulx qui seront jugez capables pour l’année suivante pour estre maistres dudict mestier.

Nul ne fera besongne dassemblaige huis enchassillez portes fenestres comptoirs placards tournoyemens tables chassis a verre et manteau de cheminée ou il y ait du boys cuit vert molu et pourry soit en battans soit en panneaux soit en joincture et en lieu qui puisse porter prejudice a peyne de six livres et confiscation de la besongne applicables comme dessus.

Que en huys fortz et portes faittes dais avec assemblaige seront mises des languettes et gojons ou des clefs à chascun joinct sur les mesmes peynes.

Que en bancs garderobbes buffetz et harmoires de cinq a six piedz de long sera mise une barre et ou ilz porteroient plus grande longueur deux barres pour mieulx entretenir le fondz avec un petit pied par voye sans aucung boys cuit vermoulu ou pourry et sans cloux perduz. Et seront faictz les assemblaiges a tenons et mortaises bien et deuement sur les mesmes peynes.

Que en coffres a queue d’ironde et aultre facons ny aura du boys a neu qui passe oultre et que les fondz soient aussy larges et longs quen remplissent les reynures.

Que nul ne puisse farder ou vernir besongne vielle de quelques boys quelle soit pour estre vendue sur les mesmes peynes.

Que nul ne mecte en besongne boys de fayard en paneaux et assemblaiges evidens ny noircir et mectre en coleur de noyer ledict boys de fayard ny aultres de sapin en aucune piece d’oeuvre fors qu’au fondz de lict, sur les mesmes peynes.

Que nul ne face manteau de cheminée qui ne soit de bon boys et que en mollures tant dessus que dessoubz seront apposez des onglettes et clefs coullez audict manteau et des pignons aux ongles des mollures avec trois queue d’irondes en l’assemblage du manteau sur les mesmes peynes.

Que nul ne fasse huiset fenestres de boys de chesne ou il y ait daubier et quilz soyent a leur droict bien suffisamment sur les mesmes peynes.

Que aucung maistre ne pourra tenir que deux apprentifz et ne les prendra a moings de quatre ans sinon que ce soit enfans de l’aumosne de Lyon et dont il sera tenu d’en advertir les maistres jurez a peyne de dix livres applicable comme dessus.

Que aucung compaignon ne pourra faire besongne neufve pour soy et l’exposer en vente sy ce n’est aux bouticques des maistres et pour iceulx maistres, a peyne de confiscation de la dicte besongne et de troys livres d’amende pour la premiere foys applicable comme dessus. Bien pourra travailler a journées pour les bourgeois et citoiens dans leurs maisons et ailleurs ou bon luy semblera pour refaire et accomoder et faire de la besongne.

Que nul chappuis ou charpentier ne pourra faire ou faire faire menuiserie tant portes, fenestres, manteaux de cheminées que pieces d’oeuvre comme coffres, buffetz, garderobbes et aultres de boys noyer ny entreprendre cœur d’esglise de boys de noyer ny prendre ou tenir des compaignons dudict mestier pour ce faire sous luy comme aussy les dictz menuisiers le mestier de chappuis ou charpentier s’il n’a faict ou font apprentissaige des dictz mestiers a peyne de confiscation de l’oeuvre  en son nom propre et de trente livres d’amende applicable moitié au Roy et l’aultre moitié a l’aumosne générale.

Et pour l’observation du present reiglement que les deux maistres jurez auront le droict et pouvoir de visitation sur tous les ouvraiges dudict mestier tant en la ville que faulx bourgs, pourront en tous temps ensemblement ou l’ung d’iceulx visiter les bouticques et maison des aultres maistres et com-paignons. Et leur sera loisible appellé avec eulx ung sergent royal, prendre et arrester tout mauvais ouvraige ou ilz trouveront de l’abbus et malversation comme dict est.

Et pour ce supplions tres humblement sa majesté et messieurs de la justice de vouloir approuver et esmologuer les articles sus dictz, iceulx faire garder et observer soubz les peynee et amendes sus  dictes ou aultres telles que de raison. En foy de quoy nous Pierre Autrein Seigneur de Jarnosse président en la cour de parlement de Dombes lieutenant particulier en la sénéchaussée siège présidial de Lyon et auditeur de camp en la dicte ville et gouvernement de Lyonnois Foretz et Beaujollois, prevost des marchans. Jehan Duict conseiller du roy president en l’eslection de Lyonnois et Jehan Duboys, eschevins susdictz avons faict expedier et signer ces presentes par le commis au secretariat de la dicte ville et communauté ce XXIIIe septembre 1614 et seeler du seel.

 

XVIIIe siècle

 

Les unions des offices des jurés coûtèrent très chères aux menuisiers en 1691 : 42 000 livres. En 1704, l’union des offices des trésoriers payeurs leur coûta 38 500 livres. Enfin, ils durent s’acquitter de 60 000 livres en 1745 pour l’union des offices des inspecteurs des jurés. De nouveau, on augmenta le nombre de jurés à 6, sous le contrôle d’un principal. Il faut dire que Paris comptait alors 95 maîtres.

À partir de 1743 qu’apparaît le terme d’ébéniste : « Les maîtres-menuisiers ayant de tous tems faits les ouvrages connus et distingués aujourd’hui sous le nom d’ébénisterie, marqueterie et placages, et partie de ces maîtres s’étant depuis plusieurs années uniquement attachés à cette sorte de menuiserie, en ont pris le titre de menuisiers-ébénistes, ou simplement ébénistes, sans cependant faire un corps de communauté séparé… » L’emploi de l’ébène est beaucoup plus ancien : le tabletier, au milieu du XIIIe siècle, et le coutelier à partir du milieu du XIVe s’en servent déjà. A la fin du XVIIIe, l’ébéniste est un « ouvrier qui fait des ouvrages de marqueterie et de placage avec les bois de couleur, l’écaille et les autres matières ».

Au  XVIIIe siècle, le système d’apprentissage du Moyen Âge prend le nom de compagnonnage et comprend un tour de France mêlant rencontres et études. Ce système malmené par la Révolution Industrielle et ses valeurs de modernisme et de transformations, le compagnonnage demeure malgré tout et connaît même un renouveau à la fin du XXe siècle, en prônant la maîtrise et l’excellence.

Suivant les régions le nom de menuisier prirent des noms différents ils étaient des « escriniers » dans l’Est et le Nord-Est, des « fustiers » dans le midi, des « huchiers » dans le Lyonnais des « coffriers » à Paris. Jusque vers le milieu du XVIIIe siècles, menuisiers et ébénistes ne formèrent qu’une seule communauté les « huchiers-menuisiers ». Mais à cette époque le meuble avait atteint un tel développement qu’il nécessita une transformation et en 1751 un dédoublement eut lieu et donna naissance à la corporation des « menuisiers – ébénistes ».

 

D’autres métiers liés …

 

Sous l’Ancien Régime, dans plusieurs ouvrages sur le métier de menuisier, avec le menuisier en bâtiment, le menuisier en meubles et le menuisier ébéniste, on note d’autres métiers : la menuiserie d’assemblage et la menuiserie de rapport connue sous le nom de marqueterie et d’ébénisterie.

 

La Menuiserie d’assemblage

 

Appliquée aux Bâtiments, se divise en deux parties, savoir ; la Dormante, qui comprend les Lambris, chambranles, Cloisons, Parquets et tous ouvrages qui restent en place ; et la Mobile, qui regarde les fermetures, telles que les Portes, Croisées, Contrevents, etc.

Les Menuisiers en carrosse font partie de cette menuiserie d’assemblage.

 

La menuiserie de rapport

 

Dans la menuiserie de rapport, on distingue les Menuisiers ébénistes ou de marqueterie, les Menuisiers en meubles d’assemblage (armoires, commodes, secrétaires), et les Menuisiers en meubles (chaises, canapés, bois de lits avec pavillon) : à chacun son travail, suivant sa compétence !

Il précise, également, la qualité des bois propres à la Menuiserie : chêne, châtaignier, noyer, orme (bâtis des voitures), hêtre, sapin, tilleul, peuplier.

A côté de ces deux métiers principaux, on en trouve d’autres spécialisés dans la fabrication de pièces à base de bois, de petite taille. Ils peuvent faire partie de la corporation des menuisiers, parfois ils ont leur propre corporation ou sont intégrés dans d’autres corporations. Sans entrer dans le détail, nous nous contentons d’en citer quelques’ uns avec quelques détails qui nous semblent intéressants.

Le layetier : fabricant de petits coffres faits de planches minces : boîtes ou étuis à chapeaux, boîtes à perruques, baraques et pupitres d’écoliers, chaufferettes et chancelières, trémies à grains pour les oiseaux, souricières, cages à écureuils et à perroquets, crachoirs, boîtes à archives, cercueils, étuis pour instruments…

Le madrelinier : fabricant de coupes et de hanaps en madre, bois divers imitant une pierre précieuse transparente et veinée. Il précède l’écuellier.

L’écuelliers, ou escueillier ou esquellier… : « venderres d’esqueles (écuelles), de hanas de fust (hanaps de bois), et de madre (bois imitant la pierre), de auges, fourches, peles (pelles), beesches (bêches), pesteuz (pilon, battoir) et toute autre fustaille« . Ce métier disparaît à son tour, au XIVe siècle, au profit du tourneur.

Le tourneur sur bois, en bois, de blanc boys : il est membre de la corporation des charpentiers au XIIIe siècle. Suite à la reconnaissance de sa spécificité, il obtient des statuts spécifiques à partir de 1467 : « Par cy devant et de très longtemps ilz ont accoutumé de vendre ». Sa production est très variée et empiète sur les droits d’autres métiers, comme les vanniers : vans, hotes, bachoes (baquet), chasières (égouttoir à fromage), paniers couverts d’osier blance, cajot et cages à poussins, corbeilles, picotins, paniers à vendengier, mannes et mannequins, hottereaux (petites hottes), chaserez (huches), coulouers (baquet de vigneron), et autres choses qui sont déppendans et apartenans d’autres métiers ». Avec de nouveaux statuts, en 1573, la liste s’allonge : « jattes, auges à maçon, pelles, courges, battoirs, échelles, rateliers, quenouilles, fuseaux, cadres de miroirs, mortiers, pilons, râteaux, fauchets, manches de battoirs pour la paume… » Nombre de ces objets sont jusqu’alors réalisés par des écuelliers. Il acquière de nouveaux droits en 1600 : « manches de parasols, billes de billard, boules de pall-mail, chaises garnies de jonc ou de paille… ». Celui qui est spécialisé dans la fabrication de chaise est « chaisier ».  Il ne peut s’installer à moins d’une lieue et demie d’une forêt. A la fin du XVIIIe, il utilise aussi l’écaille, les matières les plus dures, comme le buis, l’érable, l’ivoire… pour fabriquer des boutons, des rouets, des ornements pour les carrosses, des têtes à perruques, des bras et des jambes artificielles…

Le sculpteur ou ymagier-tailleur : « ce est à savoir taillieres de crucefix, manches à coutiaus et de toute autre manière de taille que on face d’os, d’yvoire, de fust, et de toute autre manière d’estoffe (matière première) ». Il leur était prescrit de toujours sculpter dans un seul bloc, de n’ajouter aucun morceau, à part la couronne. Bien que ce soit un artiste, il est considéré comme un artisan et, à ce titre, a ses statuts dans le Livre des Métiers. Son histoire se confond avec celle des peintres (artistes) et non des menuisiers.

Le tabletier : il joue un rôle un peu à part. En corporation dès le XIIIe siècle, il fabrique des tablettes destinées à l’écriture. Ce sont « de petits carnets composés de feuilles minces en corne, en ardoise, en bois dur, en os, en argent ou en ivoire, qui étaient enduites de cire verte, rouge ou noire sur laquelle on traçait des lettres ou des traits au moyen d’un style. Celui-ci, formé des mêmes matières, était pointu d’un bout et aplati de l’autre ; le premier servait à tracer les caractères, le second à les effacer… » Le bois utilisé est du platane, du buis, du hêtre, du cèdre, de l’ébène, du brésil, et du cyprès. Chaque  feuille a une épaisseur de 7 – 8 mm et est recouverte recto verso d’une couche d’environ 1 mm de cire. A partir de 1507, les statuts regroupent d’autres maîtres dits peigniers-tabletiers-tourneurs et tailleurs d’images d’yvoire. La profession et ses droits évoluent avec le temps, en 1578, 1600 et, surtout, 1741. Le tabletier devient « maître et marchand peignier-tabletier-tourneur-mouleur-piqueur-faiseur et compositeur de bois d’éventails, marqueteur-tourneur et tailleur d’ymages d’yvoire et enjoliveurs de leurs ouvrages ». Le travail de l’yvoire lui permet de réaliser de fausses dents. Il est, enfin, autorisé à « fabriquer et vendre, à l’exclusion de tous autres, toutes sortes de jeux de trictracts, damiers, échets, solitaires, trou-madame, quadrilles et toutes sortes de dez d’yvoire, à faire, parfaire, garnir et enjoliver lesdits jeux de toutes formes et modèles ». La liste est encore très longue quant aux matériaux travaillés ; notons, en particulier, « le droit de travailler, dépecer et façonner la baleine ». Le tabletier qui ne travaille que la corne est dit « cornetier ».

Et pour terminer cette énumération loin d’être exhaustive, on citera encore : l’escrignier (fabricant de boîtes, coffres, cercueils ; ancêtres des layetiers), le bahutier (fabricant d’enveloppe de cuir ou d’osier entourant des coffres mobiles, puis de coffre couvert de cuir à couvercle arrondi), l’archier (feseres de ars, de fleiches et de arbalestes)… Chacun de ces métiers pouvait avoir ses propres statuts.

 

Les outils utilisés par les menuisiers du Moyen Âge

 

 

Des outils en 1900

 

Le XIXe siècle et la révolution industrielle

 

Le XIXe siècle a profondément bouleversé le métier de menuisier. L’industrialisation a introduit des machines capables de produire en série des éléments standardisés. Les scieries mécaniques, les raboteuses et les toupies ont transformé le travail autrefois entièrement manuel. Cette révolution a permis de réduire les coûts et de démocratiser l’accès aux produits de menuiserie, mais au prix d’une certaine uniformisation. 

Parallèlement, face à cette industrialisation croissante, des mouvements comme celui des Arts & Crafts en Angleterre ont prôné un retour aux valeurs artisanales. Des figures comme William Morris ont défendu l’idée que la qualité, la beauté et l’unicité devaient primer sur la production de masse. 

Le XXe siècle a vu l’émergence de nouveaux matériaux venant concurrencer le bois massif. Le contreplaqué, inventé à la fin du XIXe siècle mais largement diffusé au XXe, a révolutionné la menuiserie en offrant des panneaux stables et résistants. Le MDF, les panneaux de particules, les stratifiés ont élargi la palette des menuisiers. 

 

Le XXe siècle

 

Dans la seconde moitié du siècle, l’arrivée de l’informatique et des machines à commande numérique a transformé à nouveau la production. Ces technologies permettent aujourd’hui une précision inégalée et la réalisation de formes complexes autrefois impossibles ou extrêmement coûteuses à produire. 

 

La menuiserie contemporaine

 

Aujourd’hui, la menuiserie se trouve à la croisée des chemins. D’un côté, on observe un regain d’intérêt pour les techniques traditionnelles et les savoir-faire ancestraux. De nombreux artisans reviennent aux assemblages classiques, aux finitions manuelles et aux bois nobles, répondant à une demande croissante pour l’authenticité et la durabilité. 

De l’autre côté, l’innovation continue de faire évoluer le métier. Les logiciels de conception 3D, les machines à découpe laser et les imprimantes 3D ouvrent de nouvelles possibilités créatives. Les préoccupations environnementales ont également conduit à l’utilisation de bois certifiés, de colles écologiques et de finitions non toxiques. 

 

Son avenir

 

Face aux enjeux environnementaux actuels, la menuiserie retrouve une place de choix. Le bois, matériau renouvelable par excellence, stocke le carbone et nécessite peu d’énergie pour sa transformation. La construction bois connaît d’ailleurs un essor remarquable, y compris pour les bâtiments de moyenne hauteur. 

Les menuisiers d’aujourd’hui doivent composer avec plusieurs tendances :

  • La demande croissante pour des produits écologiques et durables 
  • L’exigence de performances énergétiques élevées pour les menuiseries extérieures
  • La personnalisation poussée, facilitée par les outils numériques 
  • L’hybridation des matériaux (bois-aluminium, bois-verre…) 

 

In fine

 

De l’artisan préhistorique façonnant ses premiers outils aux menuisiers contemporains équipés de machines sophistiquées, l’histoire de la menuiserie témoigne de l’ingéniosité humaine et de sa capacité d’adaptation. Si les techniques et les outils ont considérablement évolué, l’essence même du métier demeure : transformer le bois pour créer des objets utiles et beaux, alliant fonctionnalité et esthétique. La menuiserie continue de se réinventer tout en préservant un héritage millénaire. Dans un monde de plus en plus virtuel et éphémère, ce métier incarne des valeurs de permanence, d’authenticité et de rapport direct à la matière qui trouvent un écho particulier auprès des nouvelles générations.



Sources :

  • www.histoires-de-paris.fr/menuisiers/
  • artisanatfrancais.com/origines-et-evolution-menuiserie/
  • stratogrip.com/decouvrir-metier-menuisier/
  • lyonnais.hypotheses.org/6185
  • www.arcoma.fr/fr/metiers-d-antan/172-metiers-du-bois

 





Laisser un commentaire