Les foins

Quand on était petit garçon et que l’on pouvait être petit pâtre tout l’été, c’est bien ce qui plaisait le plus. Mais il n’en était pas toujours ainsi parce qu’à cette époque-là il y a du travail partout et pour tous, du plus petit au plus grand. Les paysans avaient de quoi faire d’une étoile à l’autre et souvent même ils devaient courir par les chemins ou arroser pendant la nuit. Comme on dit, «il faudrait alors cinquante bras pour chacun !» Aussi, en-dehors du temps passé à garder les bêtes, je devais toujours aider et besogner.
Au mois de juin, quand on avait fini de labourer et de planter vers le bas, quand les vaches étaient montées à la vacherie, il fallait commencer à faucher les prés : la première fauchaison, la coupe du printemps qui fait le meilleur foin.
Le fauchage commençait alors dans les prairies d’en-bas pour finir en août au plus haut.
En septembre il fallait recommencer pour le regain, la coupe d’automne qui donne du foin moins bon parce que l’herbe n’est pas aussi «faite», aussi aoûtée; elle n’a pas alors autant de fleurs et le soleil, plus bas, la sèche moins bien; elle reçoit plus de rosée aussi; ce foin sera encore moins bon s’il reçoit la pluie, ce qui arrive souvent, et alors il demande encore plus de travail car il faut l’entasser, l’étaler, le tourner de nombreuses fois et pendant plusieurs jours .
La faux est un mauvais outil, pire que la pioche. Tous deux mettent le dos et les bras en mauvais état, c’est vrai, mais si, bien ou mal, chacun peut se servir du deuxième,- tous les enfants ont essayé de se mettre dans un sillon avec une pioche qu’ils parvenaient à peine à lever et ils tapaient – ce n’est pas vrai pour le premier et il n’est pas donné à tous de savoir manier une faux .
Le proverbe dit bien «qu’un pré mal fauché ou un âne mal tondu, en huit jours ça ne se voit plus,» mais qui ne sait pas faucher, ne fait qu’abîmer l’herbe, en perdant la moitié et ça se remarque de loin et pendant longtemps. Quand on ne plante pas la cime de la lame dans la terre, on la fait au contraire partir vers le haut et l’herbe reste au sol. Admettons que l’on fasse bien glisser cette lame sur le sol : on ne fauchera l’herbe que si on a su préparer comme il se doit votre outil : le marteler, l’aiguiser, le monter.
Je regardais toujours volontiers le paysan au travail parce qu’il était un bon faucheur. Comme tous les faucheurs, il commençait à l’aube . C’est alors qu’il est le plus agréable de travailler parce que l’herbe est encore ramollie par la rosée de la nuit et est donc plus tendre et puis qu’il fait le moins chaud .
Il se mettait à un bout du pré et, peu à peu, les andains s’ajoutaient, s’alignaient, réguliers et droits .
A chaque coup de faux, on peut voir l’herbe qui vient se coucher dans le tas qui va s’allongeant sur le propre du pré déjà tondu. Chacun de ces coups a deux temps : un, sans force, les pieds bien calés au sol avancent un tout petit peu un après l’autre, en même temps que les bras et le haut du corps se tournent vers l’arrière, vers la droite pour un droitier, en faisant aller le talon de la faux le plus loin possible en la soulevant un peu; deux, en mettant toute sa force et le poids de son corps dans le manche, il faut faire revenir et élancer cette lame vers le sol, en faisant passer sa pointe derrière un peu d’herbe, ce que l’on désire faucher, deux doigts ou quatre suivant ses capacités, et le talon doit suivre mais en raclant le sol parce que c’est lui qui rase l’herbe; le mouvement finit tout à fait à gauche, là où le pré est déjà fauché en y traînant toute l’herbe coupée qui s’entasse en un bel andain . Le paysan sait bien faire tourner les épaules en se penchant un peu vers l’avant pour donner du poids à son outil et prendre la bonne épaisseur d’herbe, sur une grande largeur de droite à gauche, tout en ramassant bien toute l’herbe coupée en une fois, s’entassant à la pointe de la faux avec régularité; tous les épis aux tiges un peu longues s’y dressent, comme plantés dans l’andain .
Sans s’arrêter, la faux repart vers l’arrière, les pieds avancent un peu, de l’épaisseur de la coupe, laissant derrière eux, sur le sol fauché de frais et propre, deux traces droites car ils n’ont pas le temps de se soulever, ils sont traînés .
De temps en temps, le plus souvent à la fin d’un andain, le faucheur s’arrête, se redresse puis aiguise sa faux, quand il sent qu’elle en a besoin. Le paysan pose alors le manche au sol, la lame en l’air devant lui. Il y pose l’avant-bras et la main gauche dessus, comme s’il mettait son bras sur des épaules aimées, pour bien la tenir; avec la droite, il prend la pierre à aiguiser qu’il tient dans l’eau, dans son coffin accroché à sa ceinture sur le coté. Il s’agit d’un coffin qu’il s’est fait en creusant un morceau de bois, parfois en corne de bœuf ou métallique, muni d’un crochet. Alors commence un travail délicat et dangereux car on peut se couper les doigts facilement. En partant du talon de la lame, il donne des coups de pierre à aiguiser, un dessus, un dessous, en avançant vers la pointe, à une telle vitesse que l’on a de la peine à le suivre des yeux, à voir quand il frotte dessus ou dessous; seule une oreille attentive peut faire la différence. On entend de loin cette belle musique de la pierre sur la lame qui tinte. C’est le chant alterné que les aiguiseurs se renvoient dans la prairie .
Avec la matinée qui avance, le faucheur doit aiguiser de plus en plus souvent car la lame perd son tranchant, coupe moins , s’use . Alors il faut de nouveau préparer la lame, la marteler, la rebattre, lui redonner du fil et c’est le bon moment parce qu’il fait chaud et que le faucheur commençant à être fatigué a bien besoin d’un moment de repos. Le paysan prend son marteau et son enclumette (petite enclume portative et il s’en va à l’ombre d’un arbre au bord du sentier; à cet endroit la terre piétinée est dure et répond bien sous le marteau . Il s’assoit par terre, les pieds pendant sur le talus, il plante l’enclumette entre ses jambes; cet outil a un pied pointu, carré, d’une bonne main qu’il faut enfoncer dans un sol ferme jusqu’à l’arrêt qu’il y a en travers en son milieu, en tapant avec le marteau un peu plus haut sur son épaulement solide qui est surmonté d’une sorte de crête large de deux doigts mais étroite, un travers de doigt seulement, en acier trempé, et donc fragile; c’est cela l’enclume, c’est là-dessus que l’on martèle la faux ou la faucille .
Maintenant le paysan démonte sa faux. Il pose le bas du manche droit sur l’épaulement et avec le marteau il fait sauter le petit coin et l’anneau qui tiennent la lame. Il peut alors commencer l’amincissement du fil de sa lame. Avec sa main gauche il la tient ferme avec le fil sur la crête, en commençant par le côté large pour finir à la pointe. Avec le marteau il frappe des coups réguliers, qui ont toujours la même force, le même élan : c’est dans ce coup que réside tout l’art du marteleur. Il doit tomber sur le bord de la lame, un seul coup au même endroit, pour aplatir et affiner sa coupe, et ce doit être toujours pareil; si on tape un coup fort, un plus doucement, deux fois au même endroit, on fait une scie avec des dents, pas un fil de coupe! Il y faut un bon coup d’œil, de l’adresse, de la patience; cela s’apprend en regardant puis en martelant; à la longue on apprend par nécessité, qu’on le veuille ou non : quand on se remet à faucher et qu’on doit forcer pour essayer de couper l’herbe on comprend vite que l’on a plus qu’à recommencer le martelage en s’appliquant.On dit bien que le bon faucheur est celui qui sait d’abord préparer sa faux.
Quand il a fini de marteler, il remonte sa faux : il passe l’anneau au bas du manche, y met en place sous le plat de l’anneau, la queue de la lame avec la dent dans le trou fait exprès dans le bois puis de l’autre côté il met d’abord le coin demi-rond qui s’adapte à l’anneau et pour finir, il intercale le deuxième coin taillé en pointe; alors il met la faux droite sur l’épaule de l’enclume et, avec son marteau il enfonce bien le dernier coin qui coince le tout solidement. Avec sa main gauche il tient la lame ouverte, par rapport au manche, comme il le désire : au printemps, quand il y a beaucoup d’herbe, il la ferme un peu et l’andain sera plus court; en automne, il l’ouvre un peu et l’andain pourra être plus large .
L’angle de la lame est important mais pour qu’une faux aille bien, ne fatigue pas outre mesure, il faut aussi qu’elle ait un manche adapté au faucheur, ni trop court, ni trop long, le petit mancheron du milieu étant placé de sorte que les deux bras soient tendus naturellement, ni serrés, ni trop écartés .
Le faucheur se remet à son andain et continue. Parfois il ne reprend que vers le soir quand il fait moins chaud mais alors, il ne s’arrête qu’à la nuit noire.
Derrière les faucheurs, il y a du travail. La paysanne, avec la faucille que l’homme a martelée et aiguisée, coupe l’herbe des contours du pré, dans tous les coins où la faux n’a pas pu aller, autour des pierres ou des saules, dans les canaux ou sur les rebords.
Même l’enfant, j’avais aussi mon travail : il devait trier les « panais urticants » . Cela ne plaisait guère parce que cette grande herbe est traître ; si on la touche alors qu’elle a encore un peu de rosée dessus, elle met un poison sur la peau qui fait venir des boursouflures pleines d’eau qui, en séchant font des plaies puis des croûtes. Il les entassait dans un coin; en automne le paysan les brûlait. C’est une mauvaise herbe qu’il faut enlever parce qu’aucune bête ne la mange, laissant même celle qui est à côté.
Cela fait, il faut étaler ces andains. Avec la fourche, la paysanne éparpillait cette herbe, la répandant partout, attentifs à ne pas en laisser en mottes. Ainsi elle sèche bien.
Il y a pour tous un moment de repos . Assis à l’ombre on en profite pour se désaltérer. Souvent alors il est midi et plus et on pouvait manger là puis faire un moment de sieste.
Dans l’après-midi, on doit remuer le foin avec la fourche on la retourne dessus-dessous afin que le soleil le sèche de l’autre côté. On commence dans un coin et on va jusqu’à l’autre bout du pré .
Vers le soir on doit tout rassembler. Comme il n’est pas encore bien sec on fait des tas de-ci, de-là et ainsi ce foin ne recevra pas la rosée de la nuit et n’en sera que meilleur. Parfois on doit tous mettre en vitesse à entasser le foin, quand les nuages eux aussi se rassemblent, quand ils forment un chapeau sur la montagne, et que le vent apporte l’orage; alors il faut vite ramasser notre foin et le mettre en tas pour qu’il ne se mouille pas trop.
Le lendemain matin, on étale de nouveau le tout et dans la journée, on le retourne une fois, deux fois … Si le soleil a été bon, dans l’après-midi on peut commencer à rentrer le foin sec. On le rassemble en tas longs puis on doit râteler partout pour ne pas en laisser perdre et ces râtelées viennent s’ajouter au reste
Quant au paysan, lui, transporte le foin. Pour commencer il en apporte de pleines toiles sur le dos pour en remplir l’abri qui est tout à côté du pré . Souvent ce fenil se trouve plus loin sur le sentier et alors il vaut mieux en faire des ballots ronds et en charger deux sur la bête de bât . Chaque soir nous en montons une charretée au fenil de la maison : le paysan charge alors plusieurs « bourras » à la fois. Le bourras est un filet ou grande pièce d’étoffe grossière, servant surtout à divers usages agricoles (drap de vannage, transport du foin, du fourrage, du tilleul, etc., appelé aussi « charrié »). Il commence par faire ces ballots, les laissant sur place au milieu du pré . Vers le soir, il atèle un mulet met en place les deux étais pendus à l’avant et à l’arrière de la charrette et il y transporte les «bourras» sur son cou . Pour s’en mettre un sur les épaules quand il est là, sur le sol plat de la prairie, ce n’est pas facile mais à deux c’est possible; d’abord il le redresse; il met un sac en capuchon sur sa tête puis se place face au «bourras»; il s’abaisse bien pour y mettre sa nuque contre tout en le saisissant avec ses deux mains ; alors, sa femme, derrière, fait aller le haut du ballot vers son dos puis soule le bas en même temps que le paysan le tient sur ses épaules et se redresse . Le fardeau a fait un demi cercle pour aller en place . Que de ballots de foin sont ainsi montés sur le dos d’un porte-faix avant d’arriver dans le fenil pour finir dans un râtelier.
Le paysan met le premier «bourras» dans la caisse de la charrette, en long, et tous es autres en travers . Quand il a fini son chargement, il envoie par-dessus, de l’avant vers arrière, deux cordes qu’il accroche au petit treuil de serrage et il les tend en faisant tourner ce tour avec un gros bâton court qui rentre successivement dans les trous qui s’y intercalent.
Quand le soleil est passé, on part et souvent alors, pour le plus grand plaisir, on laisse l’enfant grimper pour aller s’asseoir sur le tas des «bourras» .
Quand tous les fenils sont pleins à ras-bord, le paysan doit faire un fenier (grande meule de foin) avec ce qui lui reste . Dans un coin du pré ou en-dehors, il a planté un mat qui reste en place d’une année sur l’autre . Tout autour de son pied il a mis des branches de chêne ou de saule blanc et il en ajoute chaque année : le foin qu’il mettra dessus sera un peu sur-élevé et les eaux pourront passer dessous et même un peu d’air.
Quand on a fait un bon tas de foin bien sec tout près, il peut commencer son fenier. Pour ce faire il a besoin d’une aide et c’est souvent un voisin qui sait faire ce travail pour le foin tienne (ne glisse pas) et qu’il se conserve sans pourrir jusqu’au printemps. Ils commencent par mettre du foin sur ces branches qui sont posées au sol en faisant un cercle assez grand, selon l’importance qu’ils veulent donner au fenier. Son aide monte dessus et en s’aidant de ses mains et d’une faucille il le tasse tout en le plaçant bien, en en mettant partout. le paysan lui envoie des fourchées de foin et l’autre l’étale, l’écrase tout en s’élevant peu à peu .Tous les deux connaissent bien ce travail : le paysan sait quand il doit lui envoyer du foin ou au contraire attendre pour lui donner le temps de bien le placer, le tasser; l’aide manie bien sa faucille pour arranger ces pleines fourches de foin et le piétiner, en partant toujours de l’extérieur vers le mat tout en faisant attention de ne pas aller trop au bord ce qui pourrait faire glisser le foin, le faire retomber ce qui rétrécirait vite le fenier et il serait vite fini . Il faut le maintenir large, surtout au début. C’est pour cela que, lorsque c’est quelqu’un qui n’a pas l’habitude de faire ce travail, s’aide d’une corde qu’il fixe au mat par une ganse lâche et à laquelle il fait un nœud plus loin qui doit lui montrer le bord du fenier jusqu’où il peut aller mais pas plus . Il s’y tient avec la main qui n’a pas la faucille et ainsi il peut étaler le foin et le tasser en tournant autour du mat sans risquer de dépasser les bords et tomber.
Et ainsi, une fourchée après l’autre, le fenier monte, bien rond, toujours aussi large . Quand l’aide a soif, le paysan lui envoie la gourde du vin ou, avec une corde il lui fait monter la cruche de l’eau fraîche . A midi, pour descendre, il appuie une échelle rustique sur le foin mais s’il n’en a pas à portée de main ou si le temps presse à cause des nuages, il lui fait monter le repas en-haut, dans un panier attaché à une corde . Cela, pour ne pas abîmer, en montant ou en descendant, les bords du fenier car on ne les rattraperait plus et le foin s’y gâterait plus facilement.
Un gros fenier s’élève à sept ou huit mètres . Vers la fin, il faut savoir le rétrécir petit à petit tout en le faisant toujours rond . A la fin, le François peut tout juste y rester en se tenant au mat, plus fin lui aussi . Alors il y met «un chapeau» . Le paysan lui fait passer au bout de sa fourche deux ou trois vieilles gerbes battues et l’aide les étale et les attache tout autour du mat. Ainsi, l’eau de pluie ne s’infiltrera pas le long du bois central et ne pourrira pas le foin , elle sera rejetée vers l’extérieur.
Alors l’aide se laisse glisser jusqu’au sol. Il leur reste à «peigner» le fenier partout, au plus haut avec un râteau, plus bas avec les mains, pour enlever tout le foin qui ne tient guère; ils ne laissent que les tiges d’herbe tenues vers l’intérieur et allant vers le bas, comme les pailles d’un toit de grange. Ainsi, l’eau s’écoulera de haut en bas sans rentrer dans le foin. Il doit en être ainsi pour un fenier bien fait si l’on veut que le foin se conserve jusqu’au printemps .
Alors, il y aura un petit peu de foin tout autour qui sera gris et sans goût mais tout l’intérieur sera bon . Un fenier bien fait, bien tassé, avec du foin bien sec, peut se garder même plus d’un an . Il ne vaut jamais un bon fenil mais il permet à beaucoup d’avoir une réserve supplémentaire de foin .
Le plus souvent à l’arrivée du printemps, le paysan commence à le défaire. Il emporte en ballots jusqu’à la maison et le fait passer dans le râtelier des vaches en le mélangeant avec celui du fenil; ainsi elles le mangent mieux. Alors le fenier devient original parce qu’il commence par y prendre le foin du pied et bientôt on voit le vide autour du pied du mat surmonté d’un chapeau pointu de foin…
Comme on le voit, obtenir du foin, le conserver, le transporter, ce sont des fatigues et cela prend beaucoup de temps . C’est le gros travail de tous les paysans mais ils doivent avoir des vaches or, pendant ce long hiver, il ne faut pas seulement leur promettre du foin, il faut en faire descendre dans leur râtelier et du bon. Il ne faut pas du foin qui fait à peine éternuer, qui s’en va en poussière sinon elles en font de la litière .
La fauchaison est finie quand le paysan plie sa faux, comme un couteau . Il démonte la lame et la remonte à l’envers : il met la pointe vers le bas dans l’anneau, coincée par le petit coin et elle vient s’aplatir le long du bois du manche, le talon se coinçant juste sous la manette; ainsi son fil de coupe est protégé mais aussi, il risque moins de faire mal. Il vide l’eau de son coffin et il lui met un bouchon de foin qui coince la pierre à aiguiser afin qu’elle ne se casse pas.
Alors il met son outil sur l’épaule, il accroche le coffin à la ceinture et, à pas mesurés de l’homme fatigué mais content de son travail bien fait, il prend le sentier et rentre à sa maison en pensant déjà au lendemain .
Sources : Extrait de : Contes d’en haut d’ Antonin Steve