AUTREFOIS L’APPRENTISSAGE D’UN MÉTIER

 







Autrefois l’apprentissage d’un métier








De nombreux métiers à l’époque médiévale étaient essentiels au bien-être quotidien de la communauté et ceux qui avaient acquis une compétence par l’apprentissage pouvaient s’attendre à gagner un revenu plus élevé et plus régulier que les agriculteurs ou même les soldats.

Développé à la fin du Moyen-Âge, le système de formation par un maître artisan permettait à ce dernier d’employer des jeunes contre une faible rémunération. Il devait en échange les initier officiellement à son métier, et les loger. Très répandu, l’apprentissage concernait des métiers fort variés.


Apprenti


En 1175, le mot « apprenti » apparaît dans le Perceval de Chrétien de Troyes et concerne le métier des armes à l’usage des chevaliers.

C’est dans les statuts du métier de tailleur de pierre à Paris rédigés en 1268 que l’on trouve l’une des premières formes codifiées ce l’apprentissage . Ces statuts précisent : l’âge minimal pour commencer l’apprentissage, la durée (souvent 5 à 7 ans),les obligations du maître envers l’apprenti (nourriture, gîte, formation) et la discipline attendue du jeune.

Philippe de Novare, au XIIIe siècle, affirme que l’on doit « à l’enfant apprendre tel métier qui convient à sa position sociale et on doit commencer le plus tôt possible« .

En 1751, l’Encyclopédie en donne une définition précise : « Jeune garçon qu’on met ou qu’on oblige chez un marchand ou un maître dans quelque art ou métier, pour un certain temps, pour apprendre le commerce, la marchandise et ce qui en dépend, ou tel ou tel art, tel ou tel métier, afin de le mettre en état de devenir marchand lui-même, ou maître dans tel ou tel art. »


Apprentissage


De nombreux enfants apprenaient le métier de leurs parents en observant de façon informelle et en aidant aux menues tâches, il y avait aussi des apprentissages complets, payés par les parents, où les jeunes vivaient avec un ouvrier qualifié ou un maître qui leur enseignait leur métier.

Ainsi, sauf conditions familiales particulières (les orphelins, qui doivent être placés auprès d’une famille d’accueil), les garçons sont rarement mis en apprentissage avant 13 ans. L’âge des apprentis fluctue entre 14 et 25 ans, avec un placement en moyenne vers 15-16 ans : légalement, il s’agit donc d’adultes. Les filles, en revanche, peuvent être confiées beaucoup plus jeunes, entre 8 et 12 ans, à des personnes de confiance (prêtres, couples de bourgeois) pour apprendre à faire le ménage ou les travaux d’aiguille. Dans ce monde d’apprentis et de compagnons, les filles n’ont pas leur place. L’apprentissage structuré, formalisé, reconnu par les métiers, leur est largement interdit. Quand elles sont formées, c’est dans l’espace domestique ou dans le cadre d’un apprentissage invisible ». Les enfants sont surtout placés dans les métiers de bouche, l’artisanat et le commerce, notamment les activités textiles.

En règle générale, ils apprennent le métier avec leur père. S’ils sont trop nombreux, les plus jeunes sont confiés à des confrères. Mais, dans les boutiques, le nombre des apprentis est strictement contingenté pour ne pas concurrencer et défavoriser les maîtres qui ne pourraient en accueillir qu’un seul, faute de place. Aussi, dans certains métiers, l’entraide exige qu’on n’engage comme apprenti qu’un fils ou une fille de gens de la même profession ; c’est le cas des filles de corroiers (fabricants de courroies). Les filles comme les garçons peuvent être mises en apprentissage artisanal, mais il leur est parfois interdit de reprendre une activité semblable à celle de leurs parents, pour ne pas leur faire concurrence…

Les apprentis vivent dans la famille du maître. Ce dernier doit leur enseigner son métier sans leur dissimuler aucun secret de fabrication. Il s’est engagé contractuellement, devant notaire, à se comporter avec eux « comme un père » et parfois même à leur faire donner des leçons de lecture, d’écriture, voire de grammaire (c’est-à-dire de latin), en échange d’une somme, souvent importante, concédée par les parents. Les apprentis passeront plusieurs années chez lui. Au XIIIe siècle, le Livre des métiers d’Étienne Boileau précise la durée de l’apprentissage pour chaque profession ; dans la majorité des cas, la durée varie de huit à dix ans ! Seuls les fils de maîtres de métier peuvent accéder à leur tour à la maîtrise ; à l’extrême fin du Moyen Âge, même en ville, il existe peu de possibilités d’ascension sociale.

Le plus souvent, un apprenti n’était habituellement pas rémunéré, le maître devait fournir gîte, couvert, feu et nourriture, et parfois souliers et vêtements. Il reçoit « le boire, manger, feu, lieu, giste et hostel« . Le jeune apprenti quittait donc la maison familiale pour résider à plein temps chez son maître d’apprentissage. Il faisait un peu partie de cette nouvelle famille, et tout dépendait alors du caractère et du tempérament du maître, et de la manière dont il traitait son apprenti. Très souvent, le maître qui prenait un apprenti assumait également le rôle de parent, fournissant tous ses besoins et son orientation morale, tandis qu’à son tour, l’apprenti devait obéir à son maître dans tous les domaines. La communauté veillait à la protection et à la formation professionnelle du jeune homme. Toutefois, l’apprenti était traité comme un membre inférieur de la maisonnée.

On pouvait parfois aussi demander à ces jeunes d’autres tâches que le simple apprentissage de leur futur métier. Quelquefois des clauses spéciales figuraient sur les contrats, d’où la réticence du jeune apprenti que sa mère devait ramener au cas où il s’enfuirait.  Dans un contrat de barbier, mais pour lequel on ne parle pas de chirurgie, il est consenti un contrat d’apprentissage pour quatre ans « en l’art et science de chirurgie« , le maître barbier doit fournir à l’apprenti « boire, manger, gésir et chaucement de souliers« . On précise une clause pour le moins insolite : au cas où l’apprenti s’enfuirait, la veuve Alain Dubois, sa mère, s’il n’était pas à plus de dix lieues, devait aller le chercher, le ramener chez son patron et payer à celui-ci tous dommages-intérêts ! Peut-être le jeune garçon n’était-il pas très « chaud » pour apprendre ce métier, ou bien c’est son patron qui ne lui plaisait pas ! Peut-être aussi préférait-il « faire les 400 coups » ou était-il familier des fugues.!

Il y eut de nombreux cas d’apprentis qui s’enfuirent et des règles furent établies selon lesquelles le maître et le père de l’apprenti devaient passer une journée chacun à chercher le jeune disparu. Il y avait un délai d’un an, après quoi le maître n’était plus obligé d’accepter le fuyard comme apprenti.

Bien évidemment, il y avait parfois des mauvais traitements, mais c’est le cas à toutes les époques. Logé, nourri, au moyen-âge, était déjà quelque chose d’important. Brutalité, brimades ou exploitation n’épargnent pas toujours les jeunes apprentis. Cependant, les maîtres violents risquent de passer en justice sur plainte des enfants, après expertise médicale. Peu d’artisans peuvent se permettre d’être condamnés, au risque de perdre leur revenu et d’être mis au ban de leur milieu professionnel, très surveillé et n’hésitant pas à recourir à des moyens coercitifs.

Les journées de travail étaient longues, souvent de 13 ou 14 heures, voire plus, et certains métiers étaient très durs. L’outillage de cette époque était alors plus sommaires. Pourtant, certains métiers se pratiquent toujours avec les mêmes outils et les mêmes manières de faire, tel le métier de tonnelier par exemple.

La durée de l’apprentissage dépendait du métier et du maître (le bénéfice de travail gratuit était une tentation pour prolonger la formation aussi longtemps que possible), environ sept ans était une bonne moyenne.


Les contrats



Un contrat d’apprentissage signé entre un marchand maître orfèvre joailler et le fils d’un maître barbier âgé de 15 ans.



La durée des contrats pouvait varier, en fonction des métiers, de 2, 3 ou 4 années, voire même jusqu’à 6 ans. Un apprenti cuisinier n’avait besoin que de deux ans de formation, alors qu’un orfèvre pouvait apprendre son métier pendant dix ans avant de pouvoir s’établir à son compte. L’apprenti signait devant le notaire son contrat d’apprentissage et se formait, pendant plusieurs années, à un métier alors que les compagnons et ouvriers, eux, souscrivaient souvent un contrat pour une année.

 

De plus, les parents étaient tenus de payer la formation de leur enfant (environ 20 livres tournois par an). Cette somme, assez onéreuse, nécessitait de la part des familles un effort financier souvent important, surtout s’ils avaient plusieurs enfants à mettre en apprentissage.

Dans les contrats d’apprentissage, on trouve des clauses particulières telles que :

  • – Le père , pour cette période, devra payer 22 livres et 10 sols tournois, mais on lui accorde une facilité en précisant « savoir la moitié dans un an, l’autre à la fin« . Cette clause permettait sans doute aussi, à l’issue de la première année, de vérifier si l’apprenti progressait correctement dans l’assimilation des règles et du savoir-faire de son futur métier, et si le patron de son côté respectait ses engagements.
  • – Le 19 juillet 1546, pou un apprenti pâtissier et boulanger, l’apprentissage est prévu pour une durée de 4 ans. Durant cette période, le patron ne recevra pas de redevance, mais logera et nourrira le jeune garçon, la mère, veuve modete de celui-ci lui fournissant « le vêtement« 
  • – Le 4 juin 1564, le tout jeune apprenti orphelin de 10 ans, est mis en apprentissage chez un fourbisseur. La durée du contrat de 6 ans, ne comporte aucune stipulation de prix, ni de la part du patron, ni de la part des représentants de l’apprenti. Si le maître doit lui fournir « boire, manger, feu, lieu, giste et hostel, et sa chaussure de soulliers seullement« , par contre, « au regard de ses aultres vestemens, la dite veuve Morin (la grand’mère et tutrice) sera tenu l’en fournir, savoir est par chascun an pendant le dit temps d’une paire de chausses de drap et de deux chemises« .
  • – Le 2 mars 1567, le maître d’apprentissage étant le beau-père de l’apprenti, est sera tenu « de quérir et administrer au dit alloué, boire, manger, feu, lieu, giste et hostel seullement, et avec ce luy monstrer et faire aprandre à son povoir ledit mestier de vinaigrier et ce qui en deppend ». Le contrat est prévu pour deux ans, et le patron « pour et à cause de salaires et services, paiera à Jehan Ménager la somme de douze livres tournois ». L’apprenti ne paie donc rien pour sa formation et reçoit même un pécule en fin de durée.
  • – Par contrat du 5 juillet 1570, un épicier demandait, pour une durée de deux ans , l’extraordinaire somme exorbitante de 80 livres tournois que la mère, probablement veuve, était tenue de payer pour l’apprentissage de son fils, même si 40 livres devaient être versées à la fin de la première année et le surplus à l’issue des deux ans. La mère devait être financièrement à l’aise pour pouvoir dépenser tout cet argent. Sans doute était-elle marchande ou veuve de marchand.
  • – Le 13 octobre 1665, et pour deux années, un jeune entre en apprentissage dans l’échoppe d’un maître-chirurgien et barbier. Le maître a le droit de l’employer accessoirement « dans ses affaires licites et honnestes« , mais il doit aussi lui montrer et enseigner « l’art de chirurgien et barbier, saigner et faire compositions« .Il s’agit donc d’inculquer à Vérain des connaissances en chirurgie, médecine, anatomie et aussi un peu de pharmacie pour la préparation des potions. En deux années cela semble tout de même un peu court ! Le maître-chirurgien-barbier doit nourrir son apprenti et « reblanchir son linge« . Une somme de « six vingt » (120) livres tournois est conclue pour la nourriture et l’enseignement. C’est une très forte somme, surtout compte tenu du peu de durée prévue pour l’apprentissage en question.
  • – On établissait également des contrats d’apprentissage pour les filles, comme pour cette orpheline, car ce sont ses curateurs qui doivent payer à la couturière, pour l’apprentissage, pour deux ans, la somme de 10 livres tournois pour un an, « pendant et durant laquelle année le dit preneur a promis tenir avec elle et en son hostel la dite apprentie, lui quérir et administrer boire, manger, feu, lieu, giste et hostel, luy montrer et enseigner ledit estat de cousture…, et à la fin de ladite année l’en rende experte et ouvrière si à la dite apprentie ne tient et deffault ». Dans ce contrat, comme dans beaucoup d’autres, l’apprentie doit faire, non seulement ce qui a trait à l’état ou métier enseigné, mais apporter son concours « en toute aultres choses licites et honnestes ».

Un apprenti se qualifiait habituellement en produisant un « chef-d’œuvre » qui démontrait ses compétences acquises.

L’acquisition du titre de maître coûtait de l’argent en plus des compétences, un apprenti qualifié qui n’avait pas les moyens de se payer son propre établissement était connu comme compagnon. Il parcourait le pays et trouvait du travail auprès d’un maître local qui pouvait l’employer.

Une fois la période d’apprentissage terminée, le jeune homme devenait compagnon, véritable classe ouvrière de l’ancien régime. Engagés pendant un an, renouvelable par le maître, certains d’entre eux entamaient un tour de France pour parfaire leurs techniques, leur expérience et ainsi, de chantiers en chantiers, découvrir de nouveaux savoir-faire et aspirer à devenir l’élite ouvrière du temps. Ensuite, les compagnons se divisaient en deux catégories : ceux qui allaient devenir maîtres et ceux qui resteront compagnons. Une fois compagnon, l’ouvrier ne connaissait pas le chômage. Propriétaire de son métier, la corporation lui fournira toujours du travail.



Depuis le Moyen Age, les marchands, regroupés en corporations, assuraient la formation de leurs apprentis, afin de faire vivre les métiers. Il convient, aujourd’hui, de revaloriser la filière professionnelle.

En supprimant les corporations et le compagnonnage, le décret d’Allarde et la loi Le Chapelier  mettaient fin de facto en 1791 au système d’apprentissage des métiers tel qu’il existait jusqu’ici. Il faudra alors attendre la loi du 22 février 1851 sur le contrat d’apprentissage pour que le travail des enfants – qui s’est développé durant la première moitié du 19e siècle avec l’essor du travail en usine – soit de nouveau encadré par un texte.

Le socle de l’apprentissage en France posé, l’État fera régulièrement évoluer le dispositif.



Sources :


www.histoire-genealogie.com/Quelques-apprentis-et-compagnons-a
www.rivendell.forumactif.com/t890-le-travail-des-enfants-au-moyen-age
www.cftc-grandest.fr/les-170-ans-de-lapprentissage-retour-sur-les-grandes-dates/




 

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