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ToggleLe siège d’Orléans en 1428

Le siège d’Orléans se déroula d’octobre 1428 à mai 1429, durant la guerre de Cent Ans, et constitua un tournant décisif du conflit franco-anglais. Les Anglais ambitionnaient de s’emparer d’Orléans, espérant ainsi asseoir leur souveraineté sur la France après leurs victoires précédentes. Le siège débuta lorsque les forces anglaises, initialement menées par le comte de Salisbury, s’emparèrent de positions clés autour de la ville. Malgré leur infériorité numérique, les défenseurs d’Orléans, renforcés par la milice locale et les habitants, opposèrent une résistance acharnée, notamment grâce à l’utilisation efficace de l’artillerie.
Le contexte historique
Dans l’histoire de la guerre de Cent Ans, le siège d’Orléans (12 octobre 1428-8 mai 1429) fut, après la désastreuse journée d’Azincourt (vendredi 25 octobre 1415), l’un des faits militaires qui marquèrent le plus la mémoire collective des Français. Pour bien comprendre et replacer dans leur contexte les enjeux et les dangers de l’opération, il convient de remonter au traité de Troyes, et même quelques années plus haut.
En 1418, le parti bourguignon s’imposait au pouvoir, entrés dans Paris dans la nuit du 28 au 29 mai 1418. Sauvé de justesse de la captivité par Tanguy du Châtel, le dauphin Charles s’est replié en Berry. tandis que les Armagnacs se retiraient en Berry et en Poitou, emmenant avec eux le dauphin Charles, le futur Charles VII, qui devint régent du royaume. Tout espoir de compromis entre Armagnacs et Bourguignons devint définitivement impossible — et, par suite, l’alliance anglo-bourguignonne fut scellée — lorsque Jean sans Peur fut assassiné par le parti du dauphin, à Montereau, le 10 septembre 1419. Cet assassinat est passé pour la vengeance du meurtre de Louis, duc d’Orléans, frère du roi Charles VI et père de Charles d’Orléans, douze ans plus tôt, à Paris, rue Vieille-du-Temple, le 23 novembre 1407. Le roi d’Angleterre Henry V d’une part, et d’autre part Charles VI, Isabeau de Bavière et le nouveau duc de Bourgogne Philippe le Bon se mirent d’accord. Le dauphin fut exhérédé, et l’on maria une fille de Charles VI, Catherine, avec Henry V. Celui-ci, selon les stipulations du traité de Troyes (21 mai 1420), devenait régent du royaume de France, avec l’assurance de succéder à son beau-père : une seule couronne réunirait les deux pays de part et d’autre de la Manche.
Dans cette perspective, il importait de réduire la résistance des rebelles armagnacs. Mais c’était oublier que le parti du dauphin représentait une force politique. Le régent Charles conservait un territoire (en gros la France du Centre et du Sud — moins la Guyenne), un gouvernement, des alliances extérieures, une administration et une armée : l’opération de police risquait fort de dégénérer en guerre. Cette guerre, de surcroît, allait être attisée par le « schisme royal » . En effet, Henry V mourut le 31 août 1422, et, à peine deux mois plus tard, le 21 octobre, décédait à son tour Charles VI. Henry, fils du roi d’Angleterre, très jeune, devenait roi de France, son oncle Jean, duc de Bedford, assurant la régence, tandis que le dauphin Charles se proclamait roi sous le nom de Charles VII.
La guerre était inévitable. Durant cinq années, le succès des armes fut partagé : vainqueurs à Cravant (89) le 30 juillet 1423, les Anglo-Bourguignons étaient défaits à La Gravelle deux mois plus tard (20 septembre), mais reprenaient brillamment l’avantage l’été suivant à la bataille de Vemeuil-sur-Avre (27) (17 août 1424). Ils conquéraient le Maine, mais Montargis leur résistait en 1427. Faire tomber Orléans, dont le seigneur, le duc Charles, était depuis Azincourt prisonnier en Angleterre, c’était trouver le champ libre pour descendre en Berry. Aussi, le 12 octobre 1428, le comte de Salisbury, chevalier de très grand mérite, apparenté au roi Henry et général en chef de l’armée anglaise, vint mettre le siège devant la ville, au sud, sur la rive gauche de la Loire.
Orléans était bien défendue, pourvue de vivres et d’armes : les Anglais tentèrent de l’isoler pour en obtenir la reddition. Le 24 octobre, ils prirent le fort des Tourelles : c’est ce même jour que Salisbury fut mortellement blessé. Par la suite, sans négliger escarmouches et assauts, les assiégeants édifièrent progressivement des fortifications provisoires, ces « bastilles » qui, hors de portée des canons des assiégés — soit à six cents mètres au moins des murailles — devaient encercler la ville pour lui imposer le blocus. En fait, peu ou mal reliées entre elles, ces bastilles n’empêchèrent jamais ni le passage des convois de ravitaillement ni même les allées et venues. La situation des assiégés devenait néanmoins de jour en jour plus précaire. Et le 11 février 1429 (quatre mois moins un jour après le commencement du siège !), Charles VII envoyait une armée sous le commandement de Charles de Bourbon, comte de Clermont ; il s’agissait, avec l’appoint d’autres troupes, d’intercepter un convoi de ravitaillement parti de Paris à destination des Anglais : le 12 février, à Rouvray-Saint-Denis, la « Journée des Harengs » fut une défaite sévère pour les Français.
Le moral des assiégés faiblit. On envisagea des négociations. Des émissaires furent dépêchés auprès de Philippe le Bon dans l’espoir d’obtenir une trêve. Bedford refusa. Par représailles, le contingent bourguignon quitta l’armée anglaise. Le 24 avril, de nouveaux renforts français arrivaient, et, le 29 — par la porte de Bourgogne — Jeanne d’Arc entrait dans Orléans. Le 4 mai tombait la bastille Saint-Loup, le 6 celle des Augustins, et le fort des Tourelles était enlevé le 7. Le lendemain 8 mai, les Anglais levaient le siège et faisaient retraite vers Meung.
Enfin la fortune des armes souriait, de façon prometteuse, à Charles VII. Mais, de l’automne de 1428 au printemps de 1429, comment s’étaient comportés les grands feudataires de France ? La question vaut d’être posée : à Chinon, en novembre 1428, les États de Languedoc avaient représenté au roi que le recouvrement de son pouvoir et de son territoire et par conséquent le retour à la paix ne seraient possibles que par l’union autour de lui et le secours politique et militaire des princes et des grands seigneurs féodaux du royaume. Le moins qu’on puisse dire est que, dans cette période où Charles VII se voyait affubler par les Anglais du surnom dérisoire de « roi de Bourges » ou « roi de Berry », les grands noms de l’aristocratie française ne furent pas unanimes à s’engager pour aider à la reconquête du royaume, ni pour soutenir l’entreprise de Jeanne d’Arc.
Certains étaient empêchés d’agir par les circonstances ou s’en gardaient par calcul politique. Si, parmi les princes du sang, Jean, bâtard d’Orléans, participait à la défense de la capitale du duché, Charles, son demi-frère, le poète, était détenu en Angleterre depuis Azincourt, de même que Jean Ier, duc de Bourbon, qui devait y mourir en 1434. Philippe le Bon, duc de Bourgogne, qui maintenait sous son contrôle ses jeunes cousins, Charles comte de Nevers et Jean comte de Rethel, veillait surtout à l’équilibre politique de sa maison entre l’Angleterre et la France : l’affaiblissement des Anglais ne pouvait pas lui déplaire, mais il intervint peu, et pas directement en tout cas .C’est ce qu’on a vu avec l’ambassade orléanaise venue solliciter son concours, à la fin de l’hiver 1428-1429 ; le duc fit sommer les Anglais de lever le siège ; comme ceux-ci refusaient, les Bourguignons (ainsi que les Picards et les Champenois) combattant sous leur bannière reçurent l’ordre de quitter l’armée, et s’exécutèrent.
Charles, fils de Jean Ier de Bourbon et comte de Clermont, réputé versatile, fut actif dès février 1429 : sollicité par le Bâtard d’Orléans, à Blois à la fin de janvier 1429, il prit part à « la Journée des Harengs » où il fut fait chevalier, après quoi il dut regagner la cour. Si, par des indices historiques, on voit qu’il soutint ensuite l’entreprise de Jeanne d’Arc, il ne fut pas dans cette phase de la guerre un acteur de premier plan. Son parent, Louis de Bourbon, comte de Vendôme, fut présent dès la première entrevue de Jeanne et du roi, à Chinon ; son action militaire, commencée le 8 juin, pour la campagne de Loire, se poursuivit jusqu’au sacre et au-delà.
La maison d’Anjou, malgré son lien avec la Lorraine, ne se manifesta pas. De fait, René, duc d’Anjou, avait été épargné par les Anglais qui, au lieu de choisir d’assiéger Orléans, auraient pu envisager de prendre Angers, puis d’investir la Touraine et le Poitou. René se montra singulièrement prudent, puis peu empressé envers le projet de Jeanne d’Arc. Il attendait, semble-t-il, que les duchés de Lorraine et de Bar lui revinssent, ce qui fut le cas en 1430 et 1431. Il faut croire qu’il ne nourrissait pas à l’égard des Anglais d’antipathie trop vive : à son instigation, le Barrois (terre natale de Jeanne d’Arc) prêtait hommage le 5 mai 1429 (trois jours avant la levée du siège d’Orléans !) au régent Bedford, avec lequel le duc ne rompit qu’au mois d’août suivant, donc après le sacre auquel, vraisemblablement, il n’assista pas. Ainsi les Anglais avaient-ils réussi à détacher le clan angevin de la cause de Charles VII.Yolande d’Aragon était la mère de Marie d’Anjou, épouse de Charles VII depuis 1422, et du duc René : René d’Anjou était donc le beau-frère de Charles VII.
Parmi les princes du Midi, seul Charles, seigneur d’Albret, demi-frère de Georges de La Trémoille, participa aux opérations — du moins dès la levée du siège d’Orléans jusqu’à la campagne du sacre. Jean de Grailly, comte de Foix, non plus que son frère Matthieu, comte de Comminges par mariage, ne se manifestèrent. Jean IV, comte d’Armagnac, pour des raisons peut-être extérieures à sa volonté, resta de fait dans le camp de l’abstention.
Jean, duc d’Alençon, comte du Perche, neveu de Jean V de Bretagne et gendre de Charles d’Orléans, il avait épousé en 1423 Jeanne, fille du duc et d’Isabelle de France, fille de Charles VI et première épouse de Charles d’Orléans, s’engagea plus résolument. Il avait été libéré de captivité en 1427, Fait prisonnier par Bedford à la bataille de Vemeuil-sur-Avre, il avait été détenu trois ans au château du Crotoy, puis élargi contre rançon. Il se montra très favorable à Jeanne à qui, d’après le Mystère, il est présenté à Chinon par Charles VII après la délivrance d’Orléans. C’est sans doute grâce à lui que le connétable de Richemont, c’est-à-dire Arthur, frère de Jean V, duc de Bretagne et beau-frère de Philippe le Bon, vint, sans le consentement du roi, proposer le 16 juin 1429, à Beaugency (décision du connétable), une aide qui s’essouffla au bout de quelques jours. Quant au concours de Jean V, duc de Bretagne et beau-frère de Charles VII, qui s’intéressa dès la mi-mai 1429 au fait d’armes de la libératrice d’Orléans, il resta à l’état de projet.
Ainsi, au cours de ces années 1428-1429, Jeanne d’Arc, et, à travers elle, Charles VII, n’obtinrent pas, loin s’en faut, le concours de toutes les maisons princières. L’entente avec le duché de Bretagne était différée, tandis que les relations avec la maison de Bourgogne restaient difficiles. Il est vrai que de son côté le roi, soucieux de ne pas morceler son autorité, plus ou moins prompt à prendre la décision qui s’imposait, se trouvait aussi dans l’impossibilité de subvenir efficacement à la dépense militaire. Les grands feudataires ne se précipitèrent pas de concert pour lui prêter main forte. A partir de la levée du siège d’Orléans et de la campagne de Loire, les données politiques se modifièrent, amorçant même un renversement, et Philippe Contamine constate «la grande mobilité du paysage politique en ces mois de mai-juillet 1429 ». Aussi bien, chez les princes du royaume de France, les événements, à partir de la levée du siège d’Orléans, paraissent-ils avoir pris de vitesse les jeux d’alliances et d’intérêts diplomatiques.
Cependant, à l’exception d’Arthur de Richemont alors en disgrâce, les titulaires des grands offices militaires furent présents au siège d’Orléans : les maréchaux Jean de Brosse et Gilbert de La Fayette, l’amiral Louis de Culan et Jean Malet de Gravide, maître des arbalétriers. Quant aux capitaines combattant pour Charles VII, ils étaient nombreux ; chacun, toutefois, ne commandait qu’un petit effectif (50 hommes en moyenne). Ces capitaines venaient de régions diverses : Ile-de-France et Normandie (régions occupées par les Anglais), comme Denis de Chailly ou Guillaume de Chaumont ; Bretagne (malgré la neutralité du duc Jean V) comme Tugdual le Bourgeois ou le bâtard de Beaumanoir ; Bourbonnais (Jacques de Chabannes) ; Anjou et Touraine (Jean de Bueil, Pierre d’Amboise) ; Sud-Ouest (La Hire, Poton de Xaintrailles). Fait particulier aux troubles de ce deuxième quart du XVe siècle, le contingent originaire de l’étranger était très fourni : Écossais (peut-être un quart de l’effectif total des troupes), Espagnols et Italiens. La diversité linguistique n’était pas forcément un élément de cohérence dans l’entreprise commune.
Les difficultés de Charles VII à reprendre le pouvoir ne signifient pas que l’armée française — 3 000 hommes environ à la fin d’avril 1429 — ait été très sensiblement inférieure en nombre à l’armée anglaise, ni moins bien équipée. Cependant, comme le recrutement des troupes et la bonne volonté des grands seigneurs faisaient problème, ce furent surtout (comme dans l’armée anglaise) des volontaires professionnels qui participèrent aux opérations. Sur le territoire, des compagnies étaient restées disponibles : les Écossais des frères Stuart ou les Italiens de Théaude de Valpergue. Durant le siège, des mercenaires furent recrutés, et les Orléanais eux-mêmes, organisés en milice urbaine, se signalèrent par leur détermination. Cependant les troupes françaises (à la différence des forces anglo-bourguignonnes) n’étaient ni contrôlées par une administration militaire, ni régulièrement payées. La ville d’Orléans eut à supporter pour une large part la subsistance des gens de guerre. Ceux-ci trouvaient rétribution (lorsqu’ils ne pillaient pas purement et simplement) par le moyen de » l’appatis « , sorte de taxation, en espèces et en nature, que les capitaines imposaient aux populations en échange de la protection des biens et des personnes.
Au total, le relatif équilibre des forces en présence, l’équivalence de leur expérience militaire, ainsi qu’une certaine fatigue de part et d’autre rendaient incertaine, au premier mois du printemps de 1429, l’issue des opérations. L’intervention de Jeanne d’Arc surprit par son effet de rapidité. Des troupes importantes étaient prêtes du côté français, mais Jeanne, par sa conviction, son optimisme et son sens du combat collectif sut redonner du cœur aux combattants, tout en profitant d’une faiblesse des assiégeants dont les bastilles, mal reliées entre elles, dispersaient les forces.
Tels furent les faits.

Plan d’Orléans -1429
Le récit
D’après un manuscrit « Le Mystère du Siège d’Orléans » – Bibliothèque Vaticane, Regina 1022.
En Angleterre, Salisbury annonce aux seigneurs et capitaines qu’il commande, son intention d’achever la conquête de la France par la prise d’Orléans. Ordre est donné à la flotte de se tenir prête. Charles, duc d’Orléans, inquiet, supplie les Anglais d’épargner son domaine. On le rassure. Les Anglais traversent la Manche, débarquent en Normandie, retrouvent le duc de Somerset et Talbot. Un conseil de guerre se tient. L’armée se transporte à Chartres. Nouveau conseil. Salisbury et Glasdale, déguisés, consultent l’astrologue Jean des Bouillons qui, à mots couverts, leur annonce leur sort. Talbot refuse le commandement que lui propose Salisbury.
Orléans apprend l’approche des Anglais. Les habitants sont résolus à résister, et les capitaines arrêtent des mesures propres à la défense de la ville. Les Anglais avancent par Beaugency et Cléry, dont ils pillent l’église Notre-Dame. La première escarmouche devant le fort des Tourelles encourage les Anglais sans entamer la détermination des Orléanais. Prise des Tourelles par les Anglais. Salisbury, venu contempler du sommet du fort la ville dont il espère la capitulation prochaine, est mortellement blessé par un boulet de canon. Le tir inexplicable est interprété par les Orléanais comme un châtiment du ciel.
Des émissaires Orléanais se rendent à Chinon pour demander de l’aide au roi qui désigne le Bâtard d’Orléans pour secourir la ville. Talbot, furieux de la mort de Salisbury et de la résistance de la population finit par accepter, une fois arrivé devant Orléans, le commandement. Les seigneurs français, mandés par le roi, rallient le Bâtard d’Orléans et rejoignent la ville assiégée dont les habitants détruisent les faubourgs et églises de la rive droite.
Les chefs anglais qui (le 3 janvier) s’impatientent d’un siège commencé le 12 octobre, décident d’attaquer sur la rive droite. Les assiégés, qui tentent une sortie, sont repoussés dans la ville avec de lourdes pertes. L’amiral Louis de Culan, non sans difficulté, vient apporter son concours aux Orléanais ; de son côté, lord Falstaff rejoint les assiégeants qui décident une attaque générale. Les assiégés, qui font alors une sortie pour prévenir l’ennemi, sont contraints de battre en retraite. Devant la gravité de la situation, on décide à la fois d’implorer l’aide du roi et de demander une trêve aux Anglais. L’entrevue de La Hire et de Lancelot de Lisle se passe mal. Tout de suite après, Lancelot est décapité par un boulet de canon.
A Chinon, le roi mobilise un nouveau contingent d’un millier de gens d’armes. Puis, tandis que les émissaires rentrent à Orléans, il invoque le secours de Dieu qui, supplié aussi par Notre-Dame et les saints patrons d’Orléans, décide de confier la délivrance du royaume à une jeune fille. Saint Michel transmet la nouvelle à la jeune bergère. Celle-ci laisse perplexe Robert de Baudricourt, capitaine de Vaucouleurs, en lui demandant de la conduire au roi. Ici prend place une interpolation, l’épisode des deux hommes d’armes gascons, Verdille et Gasquet, et de leur combat contre deux champions anglais (Gasquet tue son adversaire)..
Cependant les assiégeants attendent un convoi de vivres et de munitions envoyé par le prévôt de Paris. Le Bâtard d’Orléans décide de l’attaquer, avec l’aide du comte de Clermont nouvellement arrivé à Blois. L’escarmouche de Rouvray-Saint-Denis, précipitée, sans le secours de Clermont, tourne très mal pour les Français. De retour à Orléans, le Bâtard pleure les morts de cette sanglante « Journée des Harengs ».
Dans le ciel, Notre-Dame et les saints patrons de la ville rappellent à Dieu sa promesse. Saint Michel incite la Pucelle à retourner voir Baudricourt : celui-ci fournit à la jeune fille une escorte. Des émissaires Orléanais vont demander de l’aide au duc de Bourgogne qui, n’obtenant pas de Talbot la levée du siège, ordonne à ses sujets de quitter l’armée anglaise. Jeanne d’Arc est reçue par le roi à Chinon, interrogée devant le parlement à Poitiers, puis, de retour à Chinon, équipée par Charles VII qui reconnaît sa mission divine.
Cependant que Suffolk et le Bâtard font assaut de courtoisie en échangeant des cadeaux, Talbot mûrit un stratagème pour attirer les Orléanais hors de leurs murs. Lors de la bataille, lord Grey est tué, mais les Français subissent de lourdes pertes et sont repoussés. Equipée, la Pucelle prend congé du roi qui prie pour le succès de son entreprise. De Blois, elle envoie un ultimatum aux Anglais. Les Orléanais viennent l’accueillir à Chécy. Elle entre à Orléans à la lueur des torches, interpelle les chefs anglais qui lui répondent par des injures.
Rapidement, Jeanne prend la bastille de Saint-Loup. Bousculant les objections mais forte de l’appui du Bâtard, elle propose d’attaquer les Augustins et les Tourelles, où les Anglais, furieux de son premier succès, entendent résister. Au Paradis, Dieu, sollicité par Notre-Dame et les saints patrons d’Orléans, confirme qu’elle libérera le royaume, et envoie saint Aignan et saint Euverte veiller sur leur ville et sur elle. Son attaque de Saint-Jean-le-Blanc, le 6 mai, est une victoire. Confiante dans la volonté de Dieu, et tandis que les Anglais s’inquiètent, elle fixe l’attaque des Tourelles au lendemain 7 mai. Blessée pendant cet assaut qu’elle se refuse à interrompre, encouragée par un message de saint Michel, elle enlève enfin les Tourelles (Glasdale et plusieurs chefs anglais sont noyés dans la Loire). L’armée rentre à Orléans et fête l’événement.
Talbot, furieux et désespéré, convoque un conseil qui décide la retraite. En l’honneur du dimanche (8 mai), Jeanne obtient de laisser partir les Anglais sans qu’ils soient inquiétés. Elle répète aux Orléanais que la délivrance de la ville a été voulue par Dieu, puis prend congé. Elle se rend auprès du roi qu’elle prie de se préparer au voyage de Reims et qui lui présente le duc d’Alençon. Il faut, préalablement au sacre, mener la campagne de Loire. De retour à Orléans, on décide unanimement de marcher sur Jargeau.
Les trois frères Poil, à Jargeau, décident de résister. Après un premier assaut infructueux, Jeanne obtient des capitaines français la poursuite du siège. Elle échappe par miracle à la mort durant la seconde attaque : l’énorme pierre jetée sur elle se brise en miettes. L’artillerie, dirigée suivant son conseil, ouvre une brèche par laquelle les Français entrent dans Jargeau. Guillaume Renaut tue Alexandre Poil et fait prisonnier son frère William, le comte de Suffolk, qui auparavant le fait chevalier. L’armée française retourne à Orléans, tandis que Talbot, furieux d’apprendre cette défaite anglaise, promet de se venger.
Jeanne rend compte au roi de la prise de Jargeau. Son armée s’accroît de nouvelles troupes. Il est décidé de marcher sur Beaugency par Meung, dont on enlève au passage la bastille élevée devant le pont. A Beaugency, le capitaine est rien moins que rassuré, encore qu’une embuscade soit mise au point. Le connétable de Richemont, las de son inaction, vient rejoindre les assaillants qui, maintenant, forment une grosse armée. Sans coup férir, Beaugency est évacuée.
Par Meung, dont ils décident d’abandonner la position, les Anglais marchent vers Janville, pour faire jonction avec Talbot. Jeanne obtient de les poursuivre. A Patay, où Talbot est fait prisonnier, la victoire française est éclatante : il en sera toujours mémoire. Triomphalement, l’armée française rentre à Orléans. Jeanne invite seigneurs et capitaines à la suivre à Sully, où se trouve le roi que l’on conduira à Reims. Elle remercie les habitants de la « bonne cité » et les exhorte à commémorer par des processions la délivrance de leur pays.
Notes
L’appatis, patis.
Le terme d’appatis stricto sensu, il s’agit d’un accord oral ou écrit conclu entre un chef de guerre ou des gens de guerre, d’une part, la population d’un espace donné d’autre part, selon lequel, en contrepartie d’une contribution plus ou moins fixe et régulière dont elle s’acquitte en nature, en espèces, voire en services, la population en question sera épargnée et éventuellement protégée par le chef de guerre et ses hommes. C’est pourquoi on a pu parler d’argent de protection (protection money). Dès lors, l’appatis se distingue nettement du pur et simple pillage, de la « roberie », de la course ou de la rançon occasionnelle destinée, moyennant payement, à se racheter, soi ou ses biens, meubles et immeubles. Il se distingue aussi, quoique de façon plus discutable, de l’indemnité versée une fois pour toutes à des gens de guerre et à leur chef pour qu’ils épargnent une région donnée ou pour qu’ils évacuent une forteresse, un espace quelconque (ce qu’on appelle la « vuidange », le « vuidement »), qui peut résulter d’un « appointement », d’une « composition », mais il arrive que ce type d’accord soit désigné lui aussi sous le terme de patis ou d’appatis. Le processus était alors le suivant : les envahisseurs commençaient par « gaster », par « destruire », puis ils appatissaient. Ainsi les Anglais en Guyenne vers 1416.
Le mot est signalé dès 1347, à propos des trêves conclues entre Édouard III et Philippe de Valois, aux champs devant Calais, le vendredi 28 septembre : « Item, que droit soit fait d’une partie et d’autre a touz ceuls qui se vouldront plaindre des prisonniers qui ont brisé leurs fois. Et aussi des païs qui ont grant certaines sommes de deniers pour avoir pati ou souffrance de guerre et n’en ont mie paié les deniers ». Dans la France méridionale, il est plutôt parlé de pati. En Provence, se rencontrent les termes d’« apatiatz », de « pategat » et de « pategar ». Fondamentalement et étymologiquement, il s’agit d’un pacte, mais il n’est pas exclu que les contemporains y aient joint les idées de paix et de passion (au sens de souffrance). Au XVe siècle, le mot patis et ses dérivés s’imposèrent, au détriment des termes de rançon et de souffrance. On pouvait tenir un pays « a patis », « en subjection et patis » : « Par sa force il mist tout le pays a patis jusques a La Rochelle ». Selon Froissart, Aimerigot Marchès, grâce à ses pillages, « roberies », rançons et patis, entretenait à ses gages de mois en mois 400 compagnons « et tenoit tout le pays autour de lui en paix et patis ». Il est parlé de « pays de patis ». On appatissait un pays, une paroisse (car telle était l’unité fiscale de loin la plus fréquente) mais aussi des gens. Inversement, on pouvait s’appatir à une forteresse. On obtenait alors des lettres de garde, des lettres scellées d’appatis ou plus brièvement des scellés d’appatis. Selon Olivier de La Marche, en ou vers 1426, Perrinet Gressart, « povre soudoyer bourguignon », « tenoit en apatis la cité de Bourges en Berry, le roy estant dedans ». En moyen anglais, on relève les mots « patise », « patiser », « patisinge ». En latin : pactus, appatisatio, mais aussi paticia.
A partir de fin du XIVème siècle termes patis et appatis, réservés au vocabulaire technique, se répandirent dans langue et textes littéraires de langue d’oïl. Importance de question des rançons et appatis lors des discussions diplomatiques franco-anglaises entre 1384 et 1392. Prise de plusieurs dispositions : interdiction d’augmenter les taux des rançons et défense de lever nouvelles rançons ; autorisation donnée aux conservateurs des trêves de diminuer les taux des rançons et fixer les taux en fonction de nombre de feux et de richesse des habitants ; si un capitaine ne percevait pas l’appatis il somme le débiteur de payer dans 8 jours et en cas de non exécution celui-ci se tourne vers exécuteurs des trêves qui contraignent à payer sous 30 jours et c’est seulement si toujours pas de paiement après cela que le capitaine peut procéder à exécution (avec supplément de 20%) mais sans meurtre ni feu, sauf en cas de rébellion ; si les personnes appatis s’en vont le capitaine ne peut faire justice lui-même et doit se tourner vers les conservateurs des trêves compétents ou vers les justices ordinaires des lieux en question et enfin, l’appatis pouvaient être levés mais « sans tuer homme ne bouter feu ». Par conséquent, impossibilité de dire que la politique d’apaisement des années 1390-1410 a mis fin à la pratique des appatis. De même existence qu’en Guyenne Anglais levaient sur partie française 50.000 écus de patis début XVème siècle. De fait le système demeurait en place, à peine humanisé dans intérêt bien compris des deux parties parce que meilleur moyen d’assurer les paiements des garnisons aux frais de l’autre.
Le système des appatis ne profitait pas seulement à royauté, chefs de guerre et hommes. Il pouvait être utilisé par un seigneur d’une seigneurie donnée pour se faire payer très cher par ses propres sujets pour la protection qu’il était censé garantir gratuitement. Exemple de baronnie de Craon en Anjou où laboureurs et gens de commun s’engagèrent à payer 5.000 écus pour que seigneur apporte sécurité.
C’est surtout les « plat pays », campagnes et « villages » qui étaient frappés par l’appatis.
La mise en place de système plus régulier pour le financement des gens de guerre et les efforts entrepris par les Etats pour mieux discipliner les armées firent passer l’appatis à arrière-plan. Bien que le mot apparaît encore sous Louis XI.
La Journée des harengs
La journée des Harengs, également bataille des harengs ou bataille de Rouvray, est une bataille qui se déroula sur le territoire de la commune de Rouvray-Saint-Denis (28) (40 km au nord d’Orléans) le 12 février 1429. Elle fut appelée « journée des Harengs » car le convoi anglais attaqué par les Français transportait du poisson et d’autres victuailles destinés à être consommés pendant le carême.
- https://www.histoire-genealogie.com/La-bataille-des-Harengs-13-2-1429
- https://www.france-pittoresque.com/spip.php?article3014
