MARIE DE FRANCE

 

 



Première femme poète de la littérature française (active entre 1160-1215) dont la postérité ait retenu le nom. Elle est la première femme écrivain d’expression française connue. Marie de France occupe une place privilégiée dans la renaissance littéraire du XIIe siècle. Ses lais, composés entre 1160 et 1180, se situent au confluent des deux grands courants littéraires de l’époque. La poésie lyrique des troubadours et les vieux contes celtiques s’unissent chez elle pour incarner les rêves parfois déraisonnables de l’utopie courtoise.

Véritables nouvelles en vers, ses lais se déploient dans un univers poétique original où la séduction du récit d’aventures n’efface jamais l’effusion sentimentale et l’accent lyrique. Ils racontent des histoires d’amour et parfois de mort, souvent merveilleuses, qui constituent le socle d’une culture littéraire courtoise en plein épanouissement, grâce à l’œuvre romanesque de son contemporain Chrétien de Troyes.

Outre les Lais, on lui attribue L’Espurgatoire saint Patrice, adaptation romane du Tractatus de Pur-gatorio sancti Patricii d’un moine cistercien anglais nommé Henry de Saltrey, ainsi qu’un recueil de Fables signé de cette formule : Marie ai num, si sui de France.

C’est tout ce que nous savons d’elle. C’est peu mais c’est la règle pour la quasi-totalité des écrivains du XIIe siècle. L’anonymat littéraire est de rigueur à cette époque où le poète doit souvent s’effacer au profit de son mécène. Au XIIe siècle, le patronyme n’est nullement généralisé dans la vie courante. On ne porte bien souvent qu’un prénom associé à un nom de ville pour des roturiers (Chrétien de Troyes) ou à un nom de région ou de fief pour des nobles. Dans Marie de France, le mot France ne renvoie évidemment pas au territoire actuel. Il correspond plutôt à ce que nous appelons aujourd’hui l’île-de-France, c’est-à-dire la région parisienne. C’est de cette région que Marie de France serait originaire. De naissance noble, elle a pu appartenir à la maison de France, soit de naissance, soit par alliance.

Son nom réel est inconnu: « Marie de France » est un nom de plume qui ne lui fut donné qu’au XVIe siècle. Tout ce que l’on sait d’elle provient de son œuvre, dans laquelle elle s’identifie en tant que Marie de France. On a voulu l’identifier tantôt à Marie de Champagne, fille du roi de France et d’Aliénor d’Aquitaine, tantôt à une abbesse de Shaftesbury (entre 1181 et 1215), fille naturelle de Geoffroi Plantagenêt et demi-sœur d’Henri II , tantôt à Marie de Meulan ou de Beaumont, veuve du baron Hugues Talbot de Cleuville et fille du comte Waleran de Beaumont, tantôt à Marie de Boulogne, abbesse de Romsey, qui, après son mariage en 1160, retourna dans son monastère. Mais ces pistes manquent singulièrement de consistance, bien quelles ne soient pas toutes dépourvues d’intérêt. En outre, il n’est pas certain que l’identification historique de Marie de France apporterait quoi que ce fût à la connaissance intime de son œuvre littéraire. On en est donc réduit dans son cas à de simples conjectures.

Un fait paraît toutefois assuré: Marie a vécu en Angleterre. Elle passe pour en connaître admirablement la langue littéraire du temps: l’anglo-normand qui est aussi, outre le latin, la langue de l’élite intellectuelle. Les dédicaces de ses œuvres prouvent qu’elle a connu la cour royale.

Marie de France écrivit ses lais en anglo-normand et non en francien qui devait être son dialecte usuel si l’on en croit seulement son nom. Il n’y a rien d’étonnant à cela. Marie a séjourné à la cour d’Angleterre où elle a pris connaissance de la jeune littérature anglo-normande fort encouragée à la cour d’Henri II.

Elle dédie ses Lais à un nobles reis (Prologue, v. 43) qui n’est pas autrement nommé. Il est admis aujourd’hui que ce roi n’est autre que Henri II d’Angleterre qui accède au trône en 1154 et meurt en 1189. C’est donc avant cette date ultime qu’il faut situer la composition des Lais. Comme ces textes ne sauraient non plus remonter plus haut que le Brut de Wace (1155) ou l ’Énéas (1160) dont Marie reprend quelques procédés littéraires, c’est un espace d’environ trente ans (entre 1160 et 1189) qui constitue la période de composition la plus vraisemblable des Lais. On peut en outre supposer une composition échelonnée de ces douze textes sur plusieurs années car rien ne laisse supposer qu’ils ont tous été écrits en même temps.

Ses Fables sont dédiées à un comte Guillaume qui ne peut être que Guillaume Longue-Épée, fils naturel de Henri II, né vers 1150, comte de Salisbury en 1198 et mort en 1226. La carrière littéraire de Marie de France gravite donc autour des Plantagenêts et son lien avec cette importante dynastie royale relève aujourd’hui d’une quasi-certitude.

Les Lais de Marie de France sont connus grâce à cinq manuscrits différents qui contiennent chacun un ou plusieurs lais. Seul celui d’Angleterre du milieu du XIIe siècle contient le prologue et les douze lais dans l’ordre suivant : Guigemar, Equitan, Le Frêne, Bisclavret, Lanval, Les Deux Amants, Yonec, Le Rossignol, Milon, Le Pauvre Malheureux, Le Chèvrefeuille, Eliduc. C’est le seul manuscrit qui offre l’intégralité des lais attribués à Marie de France. Les éditeurs modernes s’attachent généralement à respecter l’ordre de présentation des lais dans ce manuscrit.








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