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Corporations de marchands et jetons
Les corporations de métiers, ont prospéré du Moyen Âge jusqu’à la Révolution française. Ces institutions, fondées sur des principes d’entraide, de justice sociale et de respect des hiérarchies naturelles, incarnaient un modèle économique profondément enraciné dans la foi catholique et soutenu par la monarchie. dans tous les domaines de la vie, y compris les activités économiques.
Origine et privilèges des corporations
Plusieurs anciens auteurs font mention de collèges de négociants, de serruriers et de quelques autres professions, qui, chez les Romains, ont dû avoir beaucoup de rapports avec nos communautés, corps de marchands, corporations, etc. L’institution des collèges, dont le seul peuple romain fournit l’exemple, disparut à l’époque de l’invasion des Barbares; mais il est vraisemblable que la tradition conserva le souvenir de cet usage, et, par différents motifs, les seigneurs le firent revivre dans les pays de leur dépendance; peut-être même eurent-ils l’intention d’encourager les arts par des privilèges et des distinctions.
Sur l’époque de l’institution des communautés de marchands; on sait plus précisément qu’elles étaient en plein exercice à la fin du règne de saint Louis; mais l’association des ouvriers entre eux remonte beaucoup plus haut. Dès la seconde race des rois de France, il est question d’un roi des merciers, dont les fonctions consistaient à veiller sur tout ce qui concernait le commerce; il était alors, pour les marchands de tout le royaume, ce que furent plus tard les jurés pour chaque corporation ; seulement, ses pouvoirs étaient infiniment plus étendus; il jouissait de grands privilèges. Henri IV supprima cette charge en 1581.
Depuis leur origine jusqu’à la Révolution qui rendit le commerce libre, les corporations se composaient de personnes d’une profession bien distincte; ainsi, pour être membre d’un corps de marchands, il fallait être de la profession exercée par les membres de ce corps ; dans presque toutes, on exigeait, en outre, qu’aucun de ceux qui composaient la société ne fit partie d’une communauté qui pût avoir des droits et des intérêts opposés; par conséquent, celui qui aurait exercé deux métiers, n’aurait pu appartenir à deux corps différents.
Une corporation pouvait être établie de trois manières, savoir : par prescription , par lettres patentes, par acte du Parlement.
A moins de dissolution, aucun membre n’avait droit et ne pouvait disposer en rien des biens de la communauté, qui étaient inaliénables; le soin des affaires communes était confié à un fonctionnaire revêtu du titre de directeur, syndic, juré ou garde, etc. Ces charges se transmettaient par élection ; le juré présidait les assemblées de la communauté, faisait recevoir les apprentis et les maîtres, et observer les statuts et règlements.
La maîtrise était le droit qu’acquérait un ouvrier de travailler, non pour son propre compte, mais uniquement pour celui des marchands. Ce n’était qu’après avoir fait cinq années d’apprentissage, autant de compagnonnage, et avoir passé par l’épreuve du chef-d’œuvre-, qu’il pouvait prétendre, en payant une somme assez forte, à se faire enregistrer au bureau de la communauté dans laquelle il avait dessein de se faire admettre.
Le chef-d’œuvre était l’ouvrage reconnu le plus difficile de la profession du postulant; c’était, par exemple, la courbe rampante d’un escalier, pour les charpentiers ; pour les ouvriers en soie, c’était de remettre dans un état propre au travail le métier où les maîtres et syndics avaient porté le désordre, etc.
Les fils de maîtres n’étaient point tenus à l’apprentissage ni au compagnonnage. À l’âge de vingt-un ans ils étaient enregistrés sur le livre de la communauté. Toutefois, préliminairement, ils étaient en général soumis à l’épreuve du chef-d’œuvre, quoiqu’ils en fussent quelquefois dispensés.
Après être parvenu au grade de maître, l’ouvrier prenait une lettre de marchand, et acquérait alors le droit de faire travailler pour son compte un nombre indéterminé d’ouvriers, et de vendre au public le produit de leurs travaux. Vers le milieu du XVIIIe siècle, les frais de toute espèce qu’entraînait la réception d’un marchand s’élevait environ jusqu’à deux mille livres.
On peut reconnaître que, dans l’origine, les corporations rendirent des services au commerce ; elles contenaient les premiers germes de l’esprit d’association qui, mieux dirigé, eût pu amener de puissants résultats; comme institution de police, elles ne furent pas non plus sans utilité; elles maintinrent l’ordre et l’harmonie parmi les ouvriers et les marchands. On sait combien, sous le rapport politique, ces corps se rendirent souvent redoutables au pouvoir dans le Moyen Âge; on se rappelle avec quelle énergie, en 1536, les corporations de Gand, le brasseur Jacques d’Arteveld à leur tête, se défendirent contre les armées du comte de Flandre ; d’autres exemples, également remarquables, démontrent l’influence qu’exerçaient sur le reste de la population, et la place importante qu’occupaient dans l’État les communautés, confréries ou corporations de maîtres et marchands.
On a publié beaucoup de détails sur les usages et sur les privilèges des corporations : on rapporte que chaque confrérie avait le droit de s’assembler dans une église désignée, où étaient renfermés sa châsse, ses hauts bourdons fleuris, ses livres, ses cierges dorés, et la bannière sous laquelle les confrères s’assemblaient pour délibérer sur les affaires de la communauté, pour régler la marche aux processions, aux entrées, et à toutes les cérémonies auxquelles ils avaient droit de présence.
La confrérie avait une caisse de réserve, dont le montant était destiné à exercer des œuvres de charité, et à secourir ceux des membres qui se trouvaient ruinés par un accident malheureux et imprévu. Si l’un de ces derniers trépassait, la confrérie assistait en corps à ses funérailles. Les sociétés de secours mutuels qui existent aujourd’hui à Paris ont conservé ces usages.
La corporation des chaussetiers de Rouen avait le privilège de faire l’aumône avec le couvent des Jacobins, et de recevoir, pour ses bonnes œuvres, vingt sous par réception de chaque mesureur de sel. Celui-ci devait, en effet, se présenter chez le maître des chaussetiers pour qu’il mit sur ses lettres de réception les sceaux de saint Jacques et de saint Louis.
Le maître des chaussetiers portait, deux fois par an, le pain et le vin aux pauvres de l’Hôtel-Dieu. Si l’un de ses confrères était reçu malade dans cet hospice, il avait droit à une double pitance. Tels étaient les privilèges de la corporation , contenus dans les ordonnances et lettres patentes de Saint Louis, conservées dans un étui d’or.
Il paraîtrait que, dans les premiers temps, plusieurs de ces établissements furent religieux en même temps que commerciaux.
La corporation des pontifes ou faiseurs de ponts, et dont le fondateur est saint Benezet, fut de ce nombre ; association dont les membres parcouraient les provinces sous le nom de frères pontifes. Sur les plans qu’exécutaient les chefs de ces corps, ou quelquefois les moines, presque uniques dépositaires des sciences à ces époques reculées, les entreprises se commençaient, se poursuivaient durant plusieurs générations, et s’achevaient enfin, mais toujours d’après les plans primitifs. Ce fut la confrérie des pontifes qui construisit les premiers ponts de pierre, et notamment celui de Saint-Esprit, dans le Gard l’un des plus hardis qui existent. Bien que cette corporation fût dissoute vers le quinzième siècle, et que souvent les ponts aient été bâtis par des gens qui n’en faisaient pas partie, on peut cependant y voir l’origine de nos corps d’ingénieurs, et s’explique ainsi comment dans notre pays les architectes restèrent la plupart du temps étrangers à la construction des ponts qui doivent être cependant considérés comme de véritables monuments d’architecture.
Voici l’exemple de la confrérie des barbiers. Autrefois l’office du barbier était d’un ordre relevé.
En 1501, les barbiers faisaient la barbe, saignaient les gens et distribuaient emplâtres, cataplasmes, etc. Or, il advint qu’un jour de ladite année, il y eut grande rumeur à la confrérie des chirurgiens, et vives plaintes de ce que les barbiers purgeant, saignant et curant généralement toutes sortes de plaies et apostumes, enlevaient toutes leurs pratiques aux susdits chirurgiens, en sorte que le métier de chirurgie n’était plus tenable. On délibéra et on prit parti. Fureut assignés, pour comparaître par-devant M. le prévôt de Paris, les vingt-six barbiers de ladite ville. On obtint arrêt contre eux, et force leur fut d’abandonner la lancette et de s’en tenir au rasoir et au plat à barbe.
Comment alors les barbiers se relevèrent-ils de ce coup terrible? On lis dans une ordonnance du roi Jean , au sujet de la peste, « que la faculté de médecine députera quatre médecins-docteurs en icelle, tant en théorie que pratique, pour visiter, médicamenter les malades de la peste : pour ce faire, auront chacun 500 livres pariais pour cette présente année ; le collège des chirurgiens députera deux de ses membres, et ils auront chacun 420 livres parisis; la congrégation et assemblée des barbiers députera six de ses membres, et ils auront chacun 80 livres parisis. »
Ainsi, c’est l’autorité qui recourt d’elle-même au barbier. De plus, comme il est assez naturel de mesurer l’estime qu’on fait des gens par l’urgent dont on paie leurs services, on voit qu’il y avait une bien plus grande distance entre les médecins et les chirurgiens, qu’entre ces derniers et les barbiers. Néanmoins, jusque là les barbiers restaient exposés aux effets de la jalousie des chirurgiens et à la malveillance du prévôt de Paris, lorsqu’en 1372 intervint une ordonnance du roi Charles V, qui constitua enfin la confrérie des barbiers dans la ville de Paris. A dater de cette époque jusqu’à Louis XI, nous pouvons compter une vingtaine de lettres, ordonnances, concessions, chartes des rois de France, sur la confrérie des barbiers; mais ce n’en est pas moins Charles V qui est son véritable législateur.
Sous le règne de ce prince, ils étaient à Paris au nombre de quarante. Une première ordonnance leur accorda le privilège de ne pas faire le guet. « parce qu’ils exercent la chirurgie et qu’ils ont besoin d’être présens quand les pauvres gens viennent les chercher. »
Dans une autre ordonnance, le roi s’exprime en ces termes :
« Savoir faisons à tous presens et à venir, que nous avons déclaré et ordonné, et par la teneur de ces présentes, déclarons et ordonnons que lesdits barbiers et tous leurs successeurs barbiers et chacun d’eux pourront dorénavant bailler, administrer à tous nos sujets emplâtres, onguens et autres médecines convenables et nécessaires pour curer et guérir toutes manières de clous, bosses, apostumes et toutes plaies ouvertes, sans qu’ils soient et puissent être molestés, troublés et empêchés en cette partie par les chirurgiens et maîtres-jurés. »
Bientôt après, les barbiers de Paris reçurent la charte de leur confrérie, qui fut constituée sous la garde du premier barbier, valet de chambre du roi. Elle portait :
« Le premier barbier et valet de chambre du roi, est garde et juge du métier des barbiers de la ville de Paris, et il a droit de se choisir un lieutenant.
« Nul ne peut exercer le métier de barbier, à Paris, s’il n’a été examiné par le maître et garde du métier, et quatre jurés.
« Les barbiers qui seront diffamés pour cause de débauche, ne pourront exercer leur métier; leurs instrument et outils seront confisqués, moitié au profit du roi, moitié au profit du maître du métier.
« Les barbiers ne pourront exercer leur métier sur les ladres.
« Les barbiers ne peuvent, les jours de grande fête, exercer leur métier, si ce n’est pour saigner, purger ou peigner; ils ne peuvent, les même jours, suspendre leurs bassins ou enseignes, sous peine de cinq sols d’amende, dont deux pour le roi, deux pour le maître du métier, et un pour le garde.
« Si les barbiers refusent d’obéir au maître, au lieutenant, ou aux jurés du métier, le prévôt de Paris doit les y contraindre.
« Le maître, le lieutenant et les jurés du métier auront la connaissance de ce qui les regarde.
« Les barbiers assignés par le maître ou son lieutenant, seront tenus de comparaître devant eux sous peine d’une amende de six deniers. L’appel des jugements du maître et des jurés est porté devant le prévôt de Paris.
« Les barbiers ne peuvent s’assembler sans permission. »
Telle est la charte qui régissait les barbiers de Paris, et dont les principaux articles furent bientôt octroyés aux barbiers de plusieurs villes du royaume.
Cette charte, concédée par Charles V, fut ratifiée par son successeur, qui y ajouta un article par lequel il permet aux barbiers de faire une bannière sur laquelle une image de la vierge sainte Catherine soit représentée dans la roue des rasoirs semée de fleurs-de-lis, et de porter ladite bannière aux jours de fêles. Il leur recommande aussi de saigner par la bonne lune, selon les préceptes de l’école de Salerne. Henri VI, roi d’Angleterre, prétendu roi de France, s’occupa aussi des barbiers : ce fut pour confirmer les lettres de ses prédécesseurs.
Mais ce qui n’avait été jusque là que partiel et local se généralisa sous Charles VII, et s’étendit à toute la France. C’est alors que le premier barbier du roi fut déclaré maître et garde de tout le métier de la « barberie », et qu’il eut pouvoir de distribuer ses lieutenants dans toutes les villes du royaume.
Arrivés à ce degré de crédit, il semble que les barbiers eussent dû être contents et exercer en paix leur métier par toute la Fiance; mais arrivés là, ils visèrent plus haut; ils voulurent marcher de pair avec les chirurgiens de la confrérie de saint Côme, et même s’incorporer à eux. Ils furent favorisés dans cette prétention par la faculté de médecine, qui espérait ainsi abaisser encore davantage au-dessous d’elle la confrérie des chirurgiens. Pendant la Ligue, les barbiers, furent sur le point de l’emporter avec son appui ; mais au retour de la paix il y eut réaction contre eux, et leur existence fut menacée.
En 1613, époque de minorité du roi, par tant de troubles, ils reprennent leurs prétentions. Ils parviennent même à surprendre des lettres-patentes d’union avec la confrérie de saint Côme : déjà ils triomphaient ; un Te Deum est chanté; ils prennent la qualité de chirurgiens sans plus y ajouter celle de barbiers ; ils mêlent à leur enseigne des boites et des bassins, quittent L’église du Sépulcre, retraite ancienne de leur confrérie, et vont s’introduire dans celle de saint-Côme; aux fêtes de ce saint, ils veulent porter le bonnet carré et la robe longue, et marcher parmi les chirurgiens ; mais on plaide. Ils perdent leur procès et se .voient obligés de conserver leur église du Sépulcre, où ils restèrent chirurgiens-barbiers comme avant, jusqu’à l’époque où la Révolution Française abolit les confréries.
Mais les corporations, qui, dans l’origine, produisirent des résultats avantageux, dégénérèrent peu à peu de leur institution première, et finirent par laisser dans les mains du petit nombre le monopole du commerce; plusieurs hommes célèbres plaidèrent longtemps contre leur existence avant qu’elles ne fussent abolies. Jean de Vitt soutenait notamment que le gain assuré des corps de métiers et de marchands rendait ceux qui en faisaient partie indolents et paresseux, parce qu’ils avaient la certitude que l’entrée du commerce était défendue à une foule de gens fort habiles, qui ne pouvaient, surmonter les difficultés et les obstacles qu’on leur opposait, à cause de leur peu de fortune.
Un édit de 1776 déclara le commerce libre; mais bientôt les corps de marchands fuient rétablis avec quelques modifications; enfin, le 15 février 1791, la loi abolit définitivement les maîtrises, jurandes, et tout ce qui constituait les corporations.
Les jetons
Les anciennes corporations des marchands et des communautés d’arts et métiers de Paris faisaient usage de jetons.
La liberté du commerce et de l’industrie est une conquête récente qui date, comme tant d’autres libertés, de la Révolution. Dès l’époque la plus reculée de la monarchie française, le droit de vendre et de fabriquer fut soumis à certaines obligations, à certains impôts. Dans les temps féodaux, où toute chose passait à l’état de privilège héréditaire ; où chacun s’isolait, se retranchait dans la jouissance exclusive et inviolable de sa possession ; où la société tendait à se diviser en classes et en castes, le marchand, l’artisan, le fabricant, durent, eux aussi, convertir leur commerce, leur industrie en fief, s’efforcer d’en assurer la transmission à leurs enfants et d écarter les étrangers de leurs corps, où ils ne seraient entrés que pour leur faire une ruineuse concurrence. Les rois consacrèrent ces usurpations, vinrent en aide à ces prétentions. Les arts, les métiers furent enrégimentés, organisés en maîtrises et jurandes. Nul ne pouvait s’y introduire sans avoir rempli certaines conditions : apprentissage, chef-d’œuvre, prix du brevet.
La législation des maîtrises et jurandes date de saint Louis. Elle fut observée longtemps après ce prince. Louis XI, Charles VIII, Louis XII, François Ier et leurs successeurs révisèrent et confirmèrent les statuts de la plupart des communautés. Il existe à la Bibliothèque Nationale un ouvrage curieux qui donne la liste des communautés et confréries qui existaient à Paris en 1621. C’est le « Calendrier de toutes les confrairies de Paris » : tant de celles de dévotion (où toutes personnes sont reçues) que de celles des nobles communautés : marchands, bourgeois, gens de mestier, artisans et mécanique. (Paris, chez Martin «Collet, -1621.) Par J.-Bapt. le Masson, Forezain, aumônier ordinaire du roi Louis XIII. » On voit dans ce livre, en regard du nom de chaque confrérie, celui de son patron, et l’indication des jours des saints fêtés par chacune d’elles; en tôle de l’ouvrage, un crieur des confréries en grand costume.
On trouve là une liste d’environ 180 confréries. 66 saints étaient fêtés, ou plutôt 66 jours fériés étaient célébrés par les confréries, indépendamment des dimanches et grandes fêtes de l’année. Il est assez difficile quelquefois d’apercevoir le rapport qui peut exister entre les patrons et les confréries; par exemple, pourquoi les colporteurs d’édits, d’almanachs et choses telles, les botteleurs de foin, ont également pour patron saint Charlemagne; pourquoi saint Jean-Baptiste est celui des passeurs en peaux, des tonneliers et avaleurs de.vin, des fourbisseurs, des ramoneurs de cheminées; pourquoi la sainte Vierge est la patronne des gagne-deniers sur l’eau, des faiseurs d’aiguilles, des rôtisseurs, des tondeurs de drap, des compagnons corroyeurs, etc. Quoi qu’il en soit, les patrons des confréries étaient très sérieusement fêtés par force réjouissances, chansons et rasades. Chaque confrérie formait en outre une sorte de petite armée, avec le nom de son patron comme point de ralliement et comme drapeau.
Quelques années avant la Révolution, en 1776, un édit de Louis XVI modifia assez profondément cet état de choses, sans toucher cependant au principe du privilège. Les jurandes et communautés furent supprimées. A leur place furent créés six corps de marchands (1e Drapiers, merciers; — 2e Épiciers, commerce des drogues sans manipulation : l’édit porta qu’ils payeraient la maîtrise 800 livres au lieu de 1700; — 3e Bonnetiers, pelletiers, chapeliers, seuls coupeurs de poils, 600 livres; — 4e Orfèvres, batteurs d’or, tireurs d’or, 800 livres au lien de 2400; – 5e.Fabricants d’étoffes et de gazes, tissutiers, rubaniers, 600 livres au lieu de 1750; 6e Marchands de vin, 600 livres au lieu de 800) et quarante-quatre communautés d’arts et métiers. Il est dit dans les dispositions ou l’exposé des motifs de cet édit, que le roi, sur les représentations du Parlement, a consenti à déclarer libres certains genres de métiers et de commerce, à réunir des professions qui ont de l’analogie entre elles, à réduire les droits et frais pour parvenir à se faire admettre dans les corps et communautés, tout en maintenant la discipline intérieure, l’autorité domestique des maîtres sur les ouvriers, sans que le commerce, les talents et l’industrie soient privés de cette liberté qui doit exciter l’émulation, mais non introduire la fraude et la licence. L’édit indique un certain nombre de professions qui pourront être exercées librement : ainsi celles de bouquetières, brossiers, boyaudières, brocanteurs, jardiniers, pêcheurs, savetiers, vidangeurs, etc., « afin, ajoute-t-il, qu’elles soient une ressource ouverte à la partie la plus indigente de nos sujets. »
Les autres professions étaient assujetties à des droits de réception plus ou moins élevés, qui furent considérablement réduits par l’édit de 1776. Un édit de 1691 avait déterminé le nombre et le prix des visites que devaient faire les maîtres et gardes jurés chez les marchands et artisans, pour veiller à l’observation rigoureuse des statuts et des règlements. Il y avait quatre catégories de prix pour ces visites correspondant l’importance des professions. Dans la première, elles étaient payées 1 livre 10 sols; dans la deuxième, 20 sols ; dans la troisième, 10 sols ; dans la quatrième, 5 sols. On voit, par l’édit de mars 1691, qu’alors on comptait six corps de marchands (Les six corps de marchands étaient alors : 1er corps, drapiers; —2e, apothicaires, épiciers; — 3e, merciers, joailliers; — 4e, pelletiers, fourreurs; — 5e, orfèvres ; — 6e, bonnetiers.), quatre classes et cent vingt et une communautés d’arts et métiers. C’est ce nombre de cent vingt et une qui se trouve réduit à quarante-quatre par l’édit de 1776.
Avec un court exposé sur l’histoire, les statuts et la situation de chaque communauté dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, l’organisation du commerce et de l’industrie dans l’ancienne monarchie et sous l’empire de la législation antérieure à 1789.
Quelques jetons de corporations
Les consuls. — L’hôtel des Consuls était situé derrière Saint-Merry. La juridiction consulaire avait été instituée par le roi Charles IX, en 1563. Toutes les causes, tous les différends concernant le commerce, le trafic, la négociation des billets, étaient de son ressort; on pouvait interjeter appel de ses décisions au Parlement. Cette juridiction, qui, agrandie dans la suite, est exercée aujourd’hui par les tribunaux de commerce, était confiée à cinq marchands élus pour l’année : le premier portait le titre de juge ; les autres s’appelaient consuls. Toulouse et d’autres cités importantes avaient leurs consuls. Les jetons des échevins et consuls portaient : au droit, les armes de la ville, avec une légende comme celle-ci : hanc rex pace beat; à l’exergue, une date; au revers, les armoiries de l’échevin.
Les officiers jurés crieurs ; les emblèmes portés au revers sont caractéristiques de la profession : une sonnette pour imposer le silence, un flacon et une coupe pour apaiser la soif de MM. les officiers jurés et empêcher leur voix de tomber au-dessous de leur qualité.
Les chevaliers de l’Arquebuse porte au revers une arquebuse, des flèches.
Les maîtres en fait d’armes de Paris.
Les experts et greffiers des bâtiments : leur corporation fut créée en 1690. Ils étaient chargés de faire les rapports, visites, prisées, estimations de tout ce qui concerne les bâtiments. Pour être expert, il fallait payer l’office, qui coûtait 6000 francs, et, en outre, être admis dans le corps par une élection. On comptait trente architectes experts bourgeois, et trente experts entrepreneurs.Le droit du jeton montre une femme assise et occupée à mesurer, avec cette inscription : omnià cum pondéré numéro et mensura (Tout avec poids, nombre et mesure). Au revers, un fil d’aplomb : recti irrequieta cupido ( Désir incessant de la ligné droite).
Libraires et imprimeurs de Paris. — Un édit de Louis XIV, du mois d’août 1686, avait joint le corps des libraires à celui des fondeurs de caractères d’imprimerie. Ils faisaient partie de l’Université, et les maîtres prêtaient serment entre les mains du recteur. Quand on visait à la maîtrise, il fallait, pour être admis à faire apprentissage, être congru en langue latine et savoir lire le grec, ces points attestés par un certificat du recteur. Nul n’était reçu libraire ou imprimeur s’il n’appartenait à la religion catholique et s’il n avait, à la suite d’un examen passé sur la librairie ou l’imprimerie, réuni les deux tiers des suffrages des juges en sa faveur. La maîtrise de libraire coûtait 1000 livres; celle d’imprimeur, 1 500 livres. La corporation avait pour patron saint Jean de la porte Latine. Sur le jeton, au droit, un écusson et la date ; au revers, le Saint-Esprit et le livre rayonnant : ex utroque lux (De l’un et de l’autre vient la lumière).
Chambre des assurances. —Il y avait des chambres d’assurances dans toutes les grandes villes de France : Rouen en comptait sept, Nantes trois, etc. La législation n’avait pas laissé, comme aujourd’hui, la faculté d’assurer toutes choses; on ne pouvait, par exemple, faire des assurances sur la vie humaine. En 1750, la chambre des assurances réorganisée donna une grande extension à ce genre d’opérations. Les jetons vantent l’utilité de l’assurance. Cela peut être un vaisseau qui vogue avec sécurité : servata fide abundantia parta (Une assurance contractée garantit l’abondance) ou c’est un naufrage qui trouve dans l’assurance la planche de salut : una salus pelago (Ressource unique contre les dangers de la mer); ou un navire affronte, plein de confiance, l’immensité et le péril de l’océan : impavidam ferient rappelle le vers d’Horace : « Il supporterait sans broncher la ruine du monde »; façon poétique de dire que le navire est assuré.
Les avocats au Parlement dataient de saint Louis. Une ordonnance de Philippe le Hardi, de 1234, stipule que les avocats des cours et justices jureront sur l’Évangile, sous peine d’interdiction : 1°qu’ils ne soutiendront que des causes justes ; 2° que leurs honoraires seront proportionnés à leur mérite et à la difficulté du procès, sans pouvoir néanmoins excéder la somme de 30 livres; 3° qu’ils s’engageront à ne rien prendre, ni directement, ni indirectement; 4° qu’ils renouvelleront ce serment tous les ans, etc. Les avocats étaient au nombre de cinq cent cinquante environ. Ils plaidaient à toutes les juridictions. Au revers, deux personnages assis, deux fleuves (?) mêlent leurs eaux : utilius coeunt (Ils sont plus utiles s’écoulant réunis).
Les agents de change représente au droit, deux figures, l’une la Fortune, l’autre la Renommée, au-dessus de deux mains unies, avec cette légende : Utramque Tuetur in una (En défendant l’une, il les sauve toutes les deux). Au revers, une femme debout tient un miroir, etc. : et servat et auget (Et elle (la Fortune) conserve et elle augmente). A l’exergue : agens de change et banque a paris, 1674. D’autres jetons portent le buste de Louis XV et les dates de 1711, 1718, etc. 1674. Les agents de change avaient été créés au nombre de quarante par édit du roi de 1705, qui les qualifie conseillers du roi, agents de change, banque, commerce, finance, etc., en stipulant à 50 sols par 1000 livres, 25 payés par le préteur, 25 par l’acheteur, le prix de négociation des effets. Les courtiers de marchandises étaient payés sur le pied de 1,5 % de la valeur des marchandises. Il était expressément défendu aux courtiers et aux agents de change de faire aucun trafic pour leur compte. Le trafic d’effets de toutes sortes avait lieu de dix heures à une heure.
Jurés mesureurs et visiteurs de grains. Le soleil luit sur un boisseau plein de froment, sur lequel est placée la règle du mesureur : sicut sol micat æquitas (L’équité brille comme le soleil).
Les six corps des marchands. La réunion avait eu lieu du temps de Philippe-Auguste, en 1222. Le commerce de Paris fut fait primitivement par une compagnie de gens associés sous le titre de marchands de l’eau hansez de Paris, et qui formaient le corps de ville. De là le nom donné au prévôt des marchands de chef de l’hôtel de ville. On trouve dans cette compagnie, dit Sauvai, un drapier, un orfèvre, un pelletier et un épicier; les merciers étaient aussi établis, mais la communauté des bonnetiers était moins ancienne. Quant à la communauté des marchands de vins, bien qu’elle ne fût pas des six corps, elle jouissait des mêmes privilèges. Chacun des corps marchands était gouverné par six maîtres et gardes élus. Leur administration durait deux années. Ils portaient, dans les cérémonies publiques, la robe de drap noir à collet, et des manches pendantes, parementées et bordées de velours noir, de couleur différente pour chaque corps. La dignité d’échevin anoblissait le marchand et lui permettait de prendre le titre d’écuyer. L’union de six corps est exprimée, sur leur jeton, par un Hercule qui s’efforce vainement de rompre six baguette liées en faisceau : vincit concordia fratrum (L’union dos confréries les rend invincibles). Le premier corps des marchands était celui des drapiers, le principal par son importance et par sa richesse. L’édit de 1776 autorisait les drapiers merciers à tenir et vendre en détail et en gros toutes sortes de marchandises, en concurrence avec les fabricants et artisans de Paris, ceux mêmes compris dans les six corps, mais non à fabriquer ou mettre en œuvre aucune marchandise, même sous prétexte de les enjoliver. Le droit de réception était abaissé, pour les drapiers et merciers réunis, à 1 000 livres, au lieu de 3240 pour les drapiers et de 1 700 pour les merciers, comme il l’était précédemment. Il existe un assez grand nombre de jetons des drapiers. Sur l’un, qui porte la date de 1698, on voit une peau de mouton dans un champ fleurdelisé : Indicet et ditat (Elle donne la considération et la fortune). Sur un autre, un berger tond une brebis : non sibi sed nobis (Non pour lui, mais pour nous). Les types de ces pièces varient, mais presque toutes portent à l’exergue le nom d’un marchand avec une date. En voici quelques-uns : H. Paignon, 1700; Poncet, 1701 ; J. de Vin, 1703 ; N. Gallois fils, 1703 ; H. de Rosnel, 1705 ; E. Herbault, 1706; Marc-Antoine de Wailli, 1706; E. Rolin, 1708; J. Perdrigeon, 1711 ; Nicolas Desplessis, 1717; Mathias Lievain, 1724; etc.
Brasseurs. — La communauté des brasseurs était une de celles qui avaient été érigées le plus anciennement en corps de jurande. Les statuts furent dressés par Étienne Boileau, prévôt de Paris en 1268. On les révisa dans la suite, et à plusieurs reprises, afin de remédier aux abus qui s’étaient introduits dans cette fabrication et qui sont devenus de nos jours si fréquents, fl y avait alors 78 brasseurs à Paris. L’apprentissage était de cinq ans, le compagnonnage de trois, avec chef-d’œuvre. La plupart des brasseurs habitaient le quartier Saint-Marcel. Prix du brevet, 24 livres; de la maîtrise, 2 400 livres, avec chef-d’œuvre. Patron, la sainte Vierge. Sur un jeton on voit au revers, Cérès. Elle passait aux yeux de MM. les brasseurs pour avoir inventé la bière : bacchi ceres æmcua (Cérés rivale de Bacchus); à l’exergue : communauté des brasseurs.
Marchands épiciers et apothicaires. — On se demande pourquoi ces deux professions, dont l’une exige des connaissances sérieuses et étendues, et l’autre le seul esprit du commerce, avaient été associées. Peut-être, en donnant à l’épicier le droit de vendre des drogues, voulait-on faire concurrence à l’apothicaire et empêcher celui-ci de débiter ses remèdes à un prix excessif. Quoi qu’il en soit, la santé du public eut souvent à souffrir de l’ignorance des garçons épiciers auxquels les maîtres n’abandonnaient que trop habituellement le soin de préparer et de distribuer les remèdes. L’apprentissage était de quatre ans; la durée de service comme garçon, de six ans. Il fallait payer le brevet d’apprentissage 6 livres, la maîtrise 6 000. Saint Nicolas, patron des marchands de vin, des avocats, notaires du Châtelet, chandeliers, bateliers, tonneliers, grainetiers, etc., était aussi patron des apothicaires et épiciers. Leur jeton porte, au revers, un écusson dans lequel deux navires sont surmontés d’une balance tenue par une main : lances et pondéra servant (Ils gardent les balances et les poids).
Orfèvres, joailliers, bijoutiers, metteurs en œuvre et marchands d’or et d’argent. — Les orfèvres formaient, â Paris, le sixième corps des marchands. Ils achetaient et vendaient toutes sortes de vaisselle et de bijoux, pierreries et diamants. Leur corps tenait de Philippe de Valois. On voit sur un des nombreux jetons de cette corporation au revers, les armoiries, avec la devise : in sacra in que coronas (Dans les vases sacrés et dans les couronnes), pour indiquer que l’orfèvrerie s’est dévouée à la pompe du culte divin et à la magnificence des rois; à l’exergue : aurifices parisienses (Orfèvres parisiens). L’apprentissage durait huit années; mais le temps du compagnonnage était indéterminé, le nombre des maîtres ayant été fixé à trois cents.
Papetiers colleurs et en meubles. — Ils fabriquaient le carton, avaient droit de vendre registres, canifs, encre, plumes, etc. Cette profession, qui est antérieure au temps de Charlemagne, avait été autrefois regardée comme un art. L’apprentissage durait quatre ans; le compagnonnage, deux ans. Les veuves jouissaient du privilège de leurs maris, et donnaient qualité de maître à un compagnon en l’épousant.
Merciers. — Le corps des merciers, le troisième des six corps marchands, était divisé en vingt classes différentes. Il avait été établi par Charles VI. Les maîtres et gardes du corps des merciers avaient le droit de porter la robe consulaire dans les cérémonies publiques auxquelles ils étaient appelés. Pour être reçu marchand mercier, il fallait être né Français, avoir fait trois ans d’apprentissage et avoir servi trois ans comme garçon. La maîtrise coûtait 1000 livres. Les armoiries du corps des merciers, étaient un champ d’argent chargé de trois vaisseaux construits et matés d’or sur une mer de sinople, le tout surmonté d’un soleil d’or avec celte devise : te toto orbe sequemur (Nous te suivrons sur toute la terre). Le jeton porte au droit la figure de saint Louis avec cette devise : auspice non alio (Sous ce seul auspice).
Hanouards, ou porteurs de sel. —Au droit de leur jeton, le portrait de saint Louis avec cette légende : en 1255, «Le Roy Saint Louis créa les officiers porteurs de sel » ; au revers: « communauté des jurés hannouards , porteurs de sel au grenier à sel à Paris ». Ces officiers, au nombre de vingt-quatre, étaient en possession , depuis un temps immémorial, du droit de porter les corps des rois jusque la prochaine croix de Saint-Denis, où les religieux devaient s’en charger. Les auteurs du Dictionnaire historique de la. ville de Paris (Paris, 1789 ; t.III, p. 206) font connaître l’explication qui a été donnée d’un tel privilège. On avait perdu l’art d’embaumer les corps; on les coupait par pièces, que l’on salait après les avoir fait bouillir dans de l’eau (cette eau était ensuite jetée dans un cimetière) pour séparer les os de la chair. Apparemment les porteurs de sel étaient chargés de ces grossières et barbares opérations, et ils obtinrent ainsi l’honneur de porter ces tristes restes. Juvénal des Ursins rapporte que le roi d’Angleterre et de France Henri V étant, mort à Vincennes, son corps fut mis par pièces et bouilli dans un chaudron, tellement que la chair se sépara des os; l’eau fut jetée dans un ‘cimetière, et les os avec la chair furent mis dans un coffre de plomb, avec plusieurs espèces d’épices et de choses odoriférantes et sentant bon. En 1422, les hanouards portèrent le corps de Charles VI jusqu’à l’église, parce que les religieux, trouvant le fardeau trop pesant, donnèrent de l’argent aux hanouards pour n’avoir pas à en charger leurs épaules. On voit dans de Thou qu’ils portèrent également le cercueil de Charles VII cl celui de Henri IV.
Les huissiers commissaires priseurs étaient au nombre de cent vingt. Leur office consistait, comme aujourd’hui, à priser et à vendre publiquement les meubles, soit après décès, soit par autorité de justice. Ils se partageaient le bénéfice des ventes. Leur jeton porte au revers, la Justice avec cette légende : electis Fidite ( Rapportez-vous-en aux élus).
Menuisiers. — Les statuts de cette communauté avaient été donnés par Charles VI On y lit : « 1° que tous les ouvrages dudit métier doivent être bien et dûment faits de bon bois, sain, sec, loyal, sans aubier, nœuds, ni piqûres de vers; 2° que ceux qui seront trouvés pécher par quelques-uns de ces vices seront saisis et confisqués, et que ceux qui se trouveront assemblés d’un assez grand nombre de défauts prohibés pour être estimés de nulle valeur seront brûlés devant la porte de l’ouvrier qui les aura faits, icelui condamné en 200 livres d’amende pour la première fois, et en plus grande peine en cas de récidive ». Apprentissage de six années; brevet, 24 livres; maîtrise, 500 livres. Patronne, sainte Anne. Le jeton porte au droit deux figures debout; l’une tient un livre sur lequel l’autre prête serment : sic fingit tabernaculum deo (Il orne en l’honneur de Dieu le tabernacle); au revers : communauté des menuisiers et ébénistes de Paris.
Jardiniers — Leurs statuts étaient de 1473. Il y est expressément ordonné aux jurés de s’assurer que les terres des jardiniers ne sont pas fumées avec des immondices, tels que boue de Paris et fiente de pourceau. On ne voit pas trop le motif de cette défense. Les maîtres avaient droit de vendre, tous les matins, les fleurs et herbages dans les marchés, halles et rues adjacentes. Patron, saint Fiacre.
Lingères. — Les statuts de leur communauté dataient de saint Louis. Elles avaient seules le droit d’acheter à.la halle aux toiles, et les jurées et jurés celui d’inspection sur toutes les marchandises relatives à leur commerce. Le jeton des jurés porte, à l’avers, : Jurés aulneurs et visiteurs de toile ; au revers , l’industrie assise et tenant une aune : et probat ulna fidem (L’aune aussi prouve la bonne foi).
Gainiers. — Artisans qui doublent et garnissent toutes sortes de boîtes. Chaque maître marquait son ouvrage d’un poinçon particulier, dont l’empreinte était mise sur une table de plomb déposée au Châtelet. On ne recevait pas d’apprenti de province en cette communauté. Le brevet coûtait 40 livres, la maîtrise 600, et pour les fils de maîtres 200.
Graveurs en métaux. — Au commencement du dix septième siècle, on ne connaissait de graveurs en métaux que ceux de l’hôtel des Monnaies. Les artistes habitués à travailler l’or et l’argent dépendaient de l’orfèvrerie. Ils obtinrent des statuts et se firent ériger, l’an 1632, en communauté, maîtrise et jurande. Les maîtres seuls pouvaient se servir de poinçon pour faire les lettres de l’alphabet, les fleurs de lis, couronne ou écusson. Il leur était ordonné de n’avoir chacun qu’un apprenti. Cette communauté faisait corps avec celle des lapidaires. Un jeton a au droit, écusson surmonté d’un soleil : commté de lart de gravevre ; au revers, une longue inscription en capitales : arte atque métallo (Avec l’art et le métal). — communauté des graveurs à Paris pour les sceaux et cachets, médailles et jetons, experts pour les vérifications et ruptures des scellés
Graveurs en bois. — La gravure en bois était alors assez peu employée. Cependant les ouvrages de Papillon sont de cette époque. Un jeton des commissaires mouleurs de bois porte au revers la date de 1711 et sainte Geneviève, patronne des mouleurs.
Confrérie des marchands de vins de Paris. — La corporation avait été établie par Henri III, en 1577, pour réprimer plus facilement les fraudes. Les gardes et maîtres jouissaient des mêmes droits et privilèges que ceux des six corps de marchands, et, bien qu’ils n’eussent pu obtenir de faire partie des assemblées générales, ils pouvaient être admis aux charges municipales et consulaires. Ce corps avait obtenu pour armoiries, en 1629, un navire d’argent à bannière de France, flottant avec six petites nefs autour, et une grappe de raisin en chef sur un champ d’azur. Au revers, le miracle de saint Nicolas, patron des marchands de vins. Il existe un jeton assez curieux de la communauté des distillateurs marchands d’eau-de-vie ; au revers saint Louis à genoux devant le Saint-Esprit; près de lui, un alambic : totum in spiritu, in corpore nihil (Tout dans l’esprit, rien dans le corps). Il faut se rappeler que saint Louis était le patron de la confrérie des marchands, ce qui explique la fréquence de la représentation de cette figure sur ces pièces. Il existe aussi un jeton de juré rouleur de vins.
Les Faïenciers avaient obtenu leurs premiers statuts de Henri IV, en 1600. La communauté avait été réunie à celle des émailleurs, verriers, patenôtriers. L’apprentissage était de cinq ans avec cinq ans de compagnonnage. Le brevet coûtait 80 livres; la maîtrise, 500; 200 livres seulement en épousant la fille d’un maître. — Patron, saint Éloi,
Ferrailleurs. Les maîtres de cette communauté avaient seuls le droit d’aller par les rues, un sac sur le dos, crier : « Vieilles ferrailles à vendre! » d’acheter et de vendre les vieux fers, les vieux carrosses, calèches, cabriolets, ceux-ci dépecés et mis par morceaux. — Patrons, saint Sébastien et saint Roch.
Fourbisseurs. — Fourbissaient montures, vendaient lames, dagues, hallebardes, épieux, pertuisanes. Leurs statuts avaient été confirmés par Henri IL Durée de l’apprentissage, six ans. — Patron, saint Jean-Baptiste.
Les Marchands de marée étaient obligés d’exposer leur poisson à la halle de trois heures du matin à sept. Il était vendu par les jurés vendeurs de poissons, préposés pour en percevoir les droits : c’est la vente A la criée. Les regrattiéres allaient le revendre dans les rues, halles et marchés. Marchands et jurés firent usage de jetons. Sur l’un d’eux, on voit, à l’avers, la France qui tient un enfant dans ses bras; sur un autre, elle porte le coq. On lit la devise : vigilantius omnia fausta (Toutes choses sont heureuses avec vigilance). Saint Pierre était le patron des marchands de poissons.
Les Teinturiers s’établirent, au dix-huitième siècle, dans le voisinage de la rivière de Bièvre, sur les bords de laquelle s’étaient portées les industries qui préparent la peau pour la ganterie. Leurs statuts dataient de 1383. Sur un jeton on a au revers, le soleil qui luit sur des fleurs : de te lux , de luce colores (De toi vient la lumière, de la lumière viennent les couleurs) ; à l’exergue : marchds teintur . de . bon . teint. —.Les teinturiers furent réunis aux foulons et fabricants de draps.
Avec un jeton des Marchands et maîtres ouvriers en drap d’or et soie d’établissement royal à Paris, on a jeton en argent des Marchands brodeurs chasubliers. Au droit, un écusson ; au revers, des jardins éclairés par le soleil : sans . vous. je . ne . puis . vivre . ; Les statuts de leur communauté dataient de 1648, et leur donnaient le droit de faire et vendre toutes sortes d’ornements d’église.
Les Porteurs de grains, les porteurs de charbon, les garçons des officiers jurés chargés de bois, avaient leurs jetons comme les porteurs de sel. On voit au droit de ces pièces les armes de la ville de Paris.
Les Jurés vendeurs conducteurs de volaille offre, au:revers, une scène du paradis terrestre avant le péché d’Adam. Les oiseaux volent, les animaux terrestres, bœufs; chèvres et moutons se pressent autour de nos premiers parents : proderit his pecus ut volucer (Le troupeau comme l’oiseau ira à eux); à l’exergue ; jurés vendeurs conrsde volaille.
Traiteurs, Rôtisseurs, Pâtissiers; Conduite des porcs. Les statuts de la communauté; des Rôtisseurs dataient de Louis XII. Ils furent réunis, en 1776, aux traiteurs et aux pâtissiers. Pour parvenir à la maîtrise, l’aspirant traiteur devait faire un chef-d-œuvre, à ses dépens, en chair ou en poisson, dont étaient exempts les écuyers-potagers et enfants de cuisiniers de la maison du roi, de la reine, des princes et princesses. Il était défendu à tous les maîtres, sous peine de punition exemplaire, d’entreprendre aucun festin ou repas en viande, pendant le carême et autres jours réservés, sans la permission expresse du lieutenant général de police. Cette prohibition se trouve consignée, ainsi qu’une partie des renseignements sur les métiers et les corporations, dans le Dictionnaire de Paris, de Hurtaut et Magny. L’apprentissage de la profession durait trois ans ; le prix du brevet était de 35 livres; celui de la maîtrise, de 600 livres. — Patron Nativité de la sainte Vierge. Un jeton porte, au revers, un porc dans un champ, avec cette légende : pour la conduite des porcs ; à l’exergue, 1636.
Un autre jeton en argent porte au droit, un vaisseau; :ut . coeteras . dirigat (Afin qu’il conduise les autres ; sous-entendu naves, navires); au revers, un berger et son troupeau: Victum. præbent . et . Vestitum (Ils fournissent la nourriture, et le vêtement; par allusion au parti qu’on tire de la chair et de la laine du mouton).
Ces pièces, monuments de la société française antérieure à 1789, méritent, à ce titre, d’être recueillies. L’ordre de choses auquel clics appartiennent est déjà si éloigné de nous et si différent dé celui dans lequel nous vivons, que les jetons des corporations renferment quelquefois do véritables énigmes.