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Les enceintes de Paris

photo : https://paris1900.lartnouveau.com/paris00/les_enceintes.htm

Plan : https://storymaps.arcgis.com/stories/d74ca42144eb409891081927b04ca31b
Les enceintes successives de Paris
Dès les temps les plus reculés, les moyens employés pour protéger l’intérieur des villes et en défendre l’accès consistèrent à les entourer de fortes murailles flanquées de tours de distance en distance, et percées de portes plus ou moins nombreuses.
On trouve dans Homère, dans Hérodote et dans Thucydide, des descriptions de villes et de combats qui confirment cette opinion, et l’on a été à même de constater l’existence de semblables enceintes dans les principales villes de l’Asie. Des plus anciennes constructions de ce genre, dont il reste quelques vestiges, sont les murs pélasgiques, dits cyclopéens, qu’on voit encore dans différentes cités de l’Asie-Mineure, de la Grèce et de l’Italie. Dans cette dernière contrée, c’est souvent sur les restes de. ces murs mêmes qu’ont été construites, plus tard, les enceintes des villes romaines qui s’élevèrent postérieurement à leur ruine.

Les Gaulois, avant l’occupation des Romains, avaient, sinon des villes, au moins des enceintes fortifiées, dans lesquelles les populations se renfermaient eu cas d’attaque avec leurs familles et leurs bestiaux. César en parle dans ses Commentaires, et dit que, dans la construction de leurs murailles, les Gaulois plaçaient des espèces de poutres d’un parement à l’autre (trabes perpétuas, comme il les appelle), et remplissaient le reste en terre ou avec des pierres, de manière que chaque poutre se trouvait entre quatre pierres, et chaque pierre entre quatre poutres.
Vitruve, en traitant des enceintes de ville chez les Romains, dit que les tours doivent s’avancer hors le mur, afin que, lorsque les ennemis s’en approchent, celles qui sont a droite et à gauche les prennent en flanc; qu’elles doivent dire rondes ou à plusieurs pans, parce que celles qui sont carrées sont bientôt ruinées par les machines de guerre et les béliers, qui en rompent aisément les angles, au lieu que dans la forme ronde les pierres étant taillées comme des coins, elles résistent mieux aux coups qui ne peuvent que les pousser vers le centre. Il recommande de rendre l’approche des murs difficile en les environnant de précipices; de faire la largeur de la muraille telle que deux hommes armés puissent passer sans difficulté, et de combiner les espaces entre les fours de manière qu’ils ne soient pas plus longs que la portée des traits et des flèches, il conseille enfin d’établir à l’intérieur des talus en terre pour servir d’appui aux murailles et offrir une plus grande résistance.
Il est probable que longtemps après les Romains, ces enceintes, solidement construites, purent encore suffire à la défense de ces mêmes villes, quand elles tombèrent en la possession des Barbares. Quelquefois les murailles furent seulement réparées et consolidées. Mais, plus tard, lorsqu’on fonda de nouvelles villes, ou qu’on fut obligé de relever celles qui avaient été détruites pendant la guerre, on construisit de nouveaux remparts qui appartiennent à l’architecture du moyen âge; et comme l’art d’attaquer et de défendre les places continua à être a peu près le même jusqu’à l’invention de l’artillerie, ou ne voit pour ainsi dire aucune différence entre le système de fortification des anciens et celui des premiers temps de l’installation des Francs dans la Gaule.
Le castum resta donc, comme dans l’antiquité, le type de la disposition généralement adoptée pour protéger une ville contre les attaques de l’ennemi. Ce furent toujours de larges fossés pour empêcher l’approche des murailles; de nombreuses tours rondes et quelquefois cariées flanquant de. longues courtines. Ces tours et ces murs étaient couronnés de créneaux, derrière lesquels s’abritaient les assiégés pour lancer les flèches avec l’arc ou l’arbalète ; et ces créneaux , différents en cela de ceux qui couronnaient les murailles romaines, étaient portés en encorbellement sur des mâchicoulis, par le vide desquels on jetait sur les assiégeants des pierres, du plomb fondu, de l’huile bouillante, et toutes sortes de matières inflammables. L’intérieur des tours dans lesquelles se trouvaient des planchers mobiles qu’on faisait disparaître eu cas d’invasion, contenaient aussi des escaliers. Il paraît qu’on éleva quelquefois au-dessus des tours des constructions en bois surmontées de toitures, susceptibles probablement de se renouveler, lorsqu’elles avaient été détruites par les attaques des ennemis.
Lors d’une attaque des Normands, contre Paris, qui eut lieu en 885, il est fait mention d’une tour ou citadelle de bois, placée dans la cité , et qu’ils assiégèrent eu vain.
Tels étaient les moyens de défense dont disposaient les assiégés; quant à ceux que les assiégeants mettaient en usage pour l’attaque, ils consistaient à combler les fossés pour pouvoir placer des échelles contre les remparts, à employer contre les murailles des béliers et autres machines de guerre, et à opposer aux tours de leurs ennemis des tours en bois qui pouvaient se mouvoir à l’aide de roues, et contenaient une soixantaine de soldats.
1e – L’enceinte gallo-romaine

Trait bleu : rives de la Seine – Trait rouge : enceinte gallo-romaine – Trait rouge foncé : palais romain
Au Ier siècle de notre ère, Lutèce se développe sur une centaine d’hectares de la rive gauche puis périclite, à partir du milieu du IIIe siècle.
Sur l’île de la Cité – qui n’est alors qu’un pôle secondaire de la ville antique – les archéologues ont mis en évidence une densification des constructions au cours du Bas Empire (III e -IV e siècle) avec pour particularité la réutilisation de blocs calcaires prélevés sur les monuments de la rive gauche (arènes, forum, thermes).
Comme pour la plupart des agglomérations de Gaule du nord, les changements politiques et sociaux, mais aussi les incursions germaniques qui caractérisent la fin de l’Antiquité, ont un impact visible sur le développement urbain. Ils se matérialisent généralement par l’ajout d’une enceinte fortifiée. Celle de l’île de la Cité , construite au IV e siècle, lui permet de s’imposer comme le nouveau centre urbain de Lutèce .
Construite en retrait de la berge, la muraille ceinturait une espace d’environ 10 ha et était percée de deux grandes portes au niveau du cardo , la voie principale qui connectait l’île aux deux rives de la Seine.
Une des portions de l’enceinte se trouve désormais matérialisée par des pavés, rue de la Colombe et des sections du rempart sont aujourd’hui conservés dans la Crypte archéologique de Paris.
2 e – L’enceinte carolingienne

Il est difficile d’établir positivement quelle fut, sous la domination romaine, l’enceinte de murailles élevées pour protéger l’antique Lutèce. Mais il est certain que, dès le commencement de la domination des Francs, l’Île de la cité était entourée de murs fortifiés : lors du percement de la rue d’Arcole, on a trouvé dans l’île Notre-Dame des restes de murs de construction romaine. Les rois de la première et de la seconde race qui séjournèrent rarement à Paris, n’ajoutèrent aucune fortification à la défense de cette ville, qui commençait cependant à s’étendre sur les deux rives de la Seine; et ce ne fut que sous les règnes de Louis VI et de Louis VII qu’on sentit le besoin d’enfermer dans une enceinte les faubourgs du nord et du midi. Cette seconde enceinte dont il est très difficile de préciser le périmètre, devait, d’après les conjectures les plus probables, suivre à peu près le circuit suivant : sur la rive droite, elle commençait probablement vers le milieu du quai de la Mégisserie, dans la direction de la rue des Lavandières. Le point le plus éloigné de sa circonférence traversant la rue Saint-Martin, ne devait pas dépasser la rue des Ecrivains , et on suppose qu’à son autre extrémité elle rejoignait la Seine vers la place de Grève. Quant à la direction que suivait l’enceinte sur la rive gauche, elle est encore plus difficile à déterminer; mais on est autorisé à croire que son point de départ était sur la Seine, là où débouche la rue des Grands-Augustins et son extrémité opposée à la rue de Bièvre. Le point le plus distant de sa circonférence ne devait pas dépasser la rue des Mathurins.
Le mode de construction du rempart dont le fossé sec creusé en V était conservé sur 10 m de largeur et 3,20 m de profondeur. Une levée de terre, probablement surmontée d’une palissade ou d’un chemin de ronde, devait compléter le dispositif. Le tracé de l’ouvrage, sa forme ayant été en partie fossilisée dans le parcellaire. Cette fortification disparue se révèle être un élément très structurant pour le tissu urbain de la rive droite, durant près de 1000 ans. L’aménagement d’un système défensif entre la fin du premier et le début du second millénaire témoigne de l’affirmation d’un espace urbain en plein essor, en rive droite. En effet, au cours du premier Moyen Âge (V e – XI e siècles), une nouvelle configuration se dessine autour de la Seine : le bras nord du fleuve, plus large et plus profond – donc d’avantage propice à la navigation – accueille d’importants points de mouillage, auprès desquels se fixent des échoppes et des ateliers d’artisans. Le tracé de l’enceinte des X e – XI e siècles souligne les limites du nouveau centre économique parisien établit en rive droite, dont il est désormais nécessaire d’assurer la protection.
3e – L’enceinte de Philippe Auguste

Lorsque les rois eurent fait de Paris le lieu habituel de leur séjour, et que la ville continua à s’étendre au nord et au midi, Philippe-Auguste, vers la fin du douzième siècle, entreprit de lui donner une grande extension en la renfermant dans une nouvelle enceinte de murailles, dont le circuit avait à peu près la forme d’un cercle.
Le roi Philippe Auguste a aussi fait de Paris le terrain d’expression de son pouvoir. À partir du second Moyen Âge (XII e -XVI e siècles), la ville centralise les différents organes institutionnels de la monarchie. Elle devient à partir du XIII e siècle une véritable ville royale, habitée par le roi et sa cour et peuplée par quelques 50 000 Parisiens.
À l’aube de son départ pour les Croisades en 1190, Philippe Auguste décide la construction d’une vaste enceinte défensive pour sa capitale. Les travaux sont d’abord engagés sur la rive droite, et s’achèvent finalement en 1215 avec la fortification de la rive gauche. Près de 5,4 km de remparts enserrent désormais Paris.
Derrière ses hauts murs, la rive gauche va connaître une intense croissance urbaine. Avec l’émergence de l’Université ( la Sorbonne ), le quartier latin se déploie autour des clos abbatiaux: de nombreuses rues sont alors percées pour desservir les bâtiments bourgeois où loge la communauté estudiantine
Croissant de plus belle, le Paris médiéval ne tarde pas à s’étendre au-delà de son enceinte. La Ville – propriétaire des murs – finit par céder les courtines à des particuliers qui les intègrent à de nouvelles constructions, vestiges du rempart, insérés dans le bâti, qui ont été le mieux conservés.
L’enceinte haute de 7 mètres était jalonnée de 70 tours dont quatre tours fortes édifiées aux extrémités riveraines du rempart. En cas d’attaque, celles-ci devaient verrouiller le passage de la Seine: de lourdes chaînes étaient alors tirées en travers du fleuve et empêchaient son franchissement. À l’instar des dix portes fortifiées, ces tours hautes de 25 m ont été démolies lors de grands aménagements de l’époque moderne.
Cette troisième enceinte, fondée en 1190, commençait dans la partie septentrionale de la Seine, à l’angle de la colonnade du Louvre; suivant la direction de ce corps de bâtiment, elle traversait ensuite la rue Saint-Honoré, en face de la rue Grenelle , se dirigeant à peu près parallèlement à cette rue jusqu’à la rue Montmartre, en passant derrière l’église Saint-Eustache. De la rue Montmartre, le mur d’enceinte suivait la direction de la rue Monconseil, traversait les rues Saint-Denis, et aboutissait rue Saint-Martin, à la hauteur de la rue du Grenier-Saint-Lazare. De là, l’enceinte atteignait la vieille rue du Temple, au point où se trouve aujourd’hui le marché des Blancs-Manteaux ; et de là, suivant une ligne courbe, elle commençait à redescendre vers le fleuve en passant par le Marché-Ste-Catherine, l’église St-Paul, le couvent de l’Ave Maria (transformé en caserne), et venait aboutir sur la rive droite de la Seine, entre le quai des Ormes et celui des Célestins.
Du côté méridional les remparts partaient à peu près du point où est aujourd’hui le pont de la Tournelle, suivaient la direction de la rue des Fossés-Saint-Victor, qui leur doit son nom; puis, montant sur la colline, passaient dans le collège de Navarre, aujourd’hui l’École Polytechnique, et renfermant l’église et le couvent Sainte-Geneviève; traversaient la rue Saint-Jacques à la hauteur de la rue Saint-Hyacinthe de là ils redescendaient vers la Seine, dans la direction de la place Saint-Michel, de la me des Fossés-Monsieur-le-Prince, du passage du Commerce, de la rue Contrescarpe, et venaient, parallèlement à la rue Mazarine, aboutir sur la rive gauche, en face de leur point de départ, là où se trouve aujourd’hui le pavillon oriental de l’Institut.
On a retrouvé des restes de cette enceinte dans la grande cour de l’Institut, lors de la construction récente d’un nouvel escalier. Sur le revers de la Montagne-Sainte-Geneviève, on voit encore des parties de murailles vers l’École Polytechnique, la rue Saint-Hyacinthe, et dans une maison de correction de la rue des Grès.
La surface de la ville de Paris, comprise dans l’enceinte de Philippe-Auguste, pouvait avoir sept cents arpents.
La construction des murailles se composait de blocage compris entre deux parements de pierres de taille; des créneaux de peu d’épaisseur n’occupaient qu’une faible partie de la largeur du mur; des terres rapportées appuyaient les fortifications à l’intérieur; à l’extérieur, il n’y avait pas de fossés; ils furent creusés plus tard. Des tours généralement, cylindriques étaient adossées aux courtines, et de plus, sur les bords de la Seine, quatre tours; savoir : la tour de Nesle et la tour située à l’angle du Louvre en aval, la tour de la Tournelle et la tour de Barbelle en amont, protégeaient le fleuve et servaient à fixer de grosses chaînes portées par des bateaux qui complétaient ainsi la clôture de la capitale.
A cette époque on pénétrait dans Paris, sur la rive gauche, par six portes qui étaient ; les portes de Buci, de Saint-Germain , de Saint-Michel, de Saint-Jacques, de Bordet et de Saint-Victor. Sur la rive droite, on en comptait sept, qui étaient les portes Saint-Honoré, Coquillière, Montmartre, la porte Saint-Denis ou la porte aux peintres, celles de Braque, Barbette et Baudet ou Baudoyer, Les noms de ces différentes portes, en égard au parcours de l’enceinte indiquée, peuvent aider à reconnaître leur ancienne situation par rapport aux rues actuelles.
Lors du percement de la rue de Clovis, on a coupé le mur d’enceinte de Philippe-Auguste qui avait plus de 3 mètres d’épaisseur dans sa partie inférieure. En dehors de la ville s’élevait le château du Louvre, qui avait été bâti comme forteresse pour protéger Paris de ce côté.
Philippe Auguste décide également de renforcer le flanc occidental de son enceinte en y accolant une forteresse, en bord de Seine : c’est la vocation première du Louvre au début du XIII e siècle, avant d’être transformé en résidence royale sous Charles V . L’impressionnant donjon du premier Louvre, culminait à 30 m de hauteur au centre d’une solide enceinte quadrangulaire et de son large fossé.
L’enceinte de Philippe Auguste est maintenue comme limite de la ville ; elle est par ailleurs restaurée, notamment dans la deuxième moitié du XVIe siècle au moment des guerres de Religion.
4e – L’enceinte L’enceinte de Charles V

En 1356, après la bataille de Poitiers, le roi de France est fait prisonnier par les Anglais, un soulèvement éclate dans la capitale. Ces jacqueries conduites par le prévôt des marchands Étienne Marcel, obligent le Dauphin, futur Charles V, à fuir. Le prévôt devient maître de Paris et conçoit le projet de reculer considérablement les murs de Paris du côté du nord, en enveloppant tous les faubourgs septentrionaux. Il décide l’aménagement d’une nouvelle fortification sur la rive droite. Cet ouvrage, continué sous le règne de Charles V, ne fut terminé qu’en 1385-1386, sous Charles VI.
La clôture qui comprenait alors le Louvre dans son enceinte commençait sur la Seine, à peu près vers le guichet qui est en face du pont du Carrousel, là où se trouvait une tour qu’on appelait alors la Tour du Pois. De là la muraille traversait en diagonale l’espace occupé par le jardin du Palais Royal, suivait la direction de la rue des Fossés-Montmartre et aboutissait au point où se trouve la porte Saint-Denis. A partir de là, l’enceinte était établie à peu près selon la ligne des boulevards actuels. Lors des fouilles qui furent faites en 1820, pour établir les fondations de la statue de Louis XIV sur la place des Victoires, on trouva les deux murs qui servaient de revêtement au fossé. Cette enceinte en effet était composée d’un fossé profond rempli d’eau et d’un mur élevé sur un talus; les tours étaient carrées; les portes Saint-Honoré, Montmartre, Saint-Denis, Saint-Martin et du Temple étaient autant de petits forts défendant l’entrée des rues principales, un nouveau château fort lut élevé sous le nom de Bastille pour protéger la ville à l’orient comme le Louvre à l’occident. Près de cette forteresse, et dans le faubourg du Temple, on avait élevé des forts en terre nommés bastillons. Et de l’autre côté on avait lié la Bastille avec l’ancienne enceinte de Philippe-Auguste, par une muraille qui venait former un angle à la rencontre de la Seine dont elle suivait ensuite le cours jusqu’à l’ancienne porte Barbette ou Barbelle. C’est à l’angle de ce nouveau rempart que fut élevée une haute tour ronde appelée Tour de Billy.
La surface de Paris se trouva ainsi considérablement étendue, elle fut alors environ de 1200 arpents. Outre le Louvre et la Bastille, situés aux extrémités de la ville , il y avait encore à l’intérieur, sur les rives de la Seine, des constructions militaires, parmi lesquelles se trouvaient le grand et le petit Châtelet qu’on prétend avoir été antérieurement élevés par César pour contenir les Parisiens.
Le grand Châtelet était situé à l’extrémité septentrionale du Grand Pont ( aujourd’hui le Pont-au-Change et le petit Châtelet à l’extrémité méridionale du Petit Pont, servant ainsi à défendre le passage de la Seine. Pendant longtemps ces forteresses n’étaient bien certainement qu’en bois. Sous Charles V, le petit Châtelet fut reconstruit en pierre, et sous Charles VI, en 1402, il devint la demeure du prévôt de Paris.
La fortification occupait alors une emprise de 90 m de large, où se succédaient un avant-fossé, un grand fossé en eau et une imposante levée de terre. Ce talus fortifié était surmonté d’un parapet crénelé muni de tourelles.
Malgré ses dimensions exceptionnelles, l’enceinte de Charles V se fait plutôt discrète dans le paysage urbain actuel. À l’origine, celle-ci consistait en une large tranchée, probablement associée à une palissade. L’ouvrage a ensuite été régulièrement remanié jusqu’en 1420.
Indépendamment d’un système défensif hors norme, cette enceinte avait un rôle dans la régulation du réseau hydrographique. En effet, le rempart de la rive droite est implanté au centre de zones humides héritées de l’ancien bras mort de la Seine. L’aménagement des fossés de l’enceinte, à proximité des quartiers du Temple et du Marais , a largement contribué à assainir ces espaces inondables et améliorer la gestion des flux. C’est d’ailleurs au pied de l’enceinte de Charles V que l’activité agricole (maraîchage en particulier) perdure jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Le dos d’âne qui scindait le fossé en deux a vraisemblablement aussi agi comme une cloison entre les différentes pêcheries installées dans le fossé.
Afin de verrouiller le flanc oriental de son enceinte, Charles V décide de transformer la porte Saint-Antoine en une véritable forteresse. Les travaux de la Bastille, qui débutent en 1370, sont contemporains de l’aménagement du château de Vincennes – cette nouvelle résidence royale disposait ainsi d’un accès bien sécurisé.
On voit par la description faite des fortifications de Paris, qu’aux murailles formant enceinte continue, ou jugeait aussi à propos de joindre des châteaux isolés occupant eux-mêmes des espaces fort étendus compris également dans des enceintes particulières et fortifiées comme celles des villes.
On peut remarquer que ces forteresses destinées a repousser les agressions fréquentes auxquelles on était exposé dans ces temps de guerres continuelles, au lieu d’être établies sur des points élevés, de manière à dominer Paris, étaient au contraire situées dans les parties inférieures de la ville, c’est-à-dire sur les rives de la Seine. Cette disposition adoptée pour la défense de Paris, était la conséquence naturelle du système d’attaque auquel il fallait résister; car dans les temps où la civilisation est encore peu avancée, les fleuves sont les voies de communication les plus faciles et que suivent tout naturellement les populations qui se déplacent soit dans tin but soit dans un autre; c’est ainsi que les Normands, dans leurs invasions successives, ne suivaient pas d’autre chemin que la Seine par laquelle ils pénétraient dans le cœur de Paris. Et c’est par la même raison que les bords du Rhin sont hérissés de châteaux forts soit au niveau de secs rives, soit sur les nombreux rochers qui les dominent.
5e – L’enceinte dite des « Fossés jaunes »
À la fin du Moyen Âge, les fortifications parisiennes sont rendues caduques par les progrès de l’armement militaire. Pour résister aux puissants boulets des canons, les remparts doivent gagner en robustesse.
Les travaux d’aménagement de la nouvelle défense sont engagés au XVIe siècle, sous le règne de François Ier. Ils mettent d’abord en œuvre le renforcement de l’enceinte médiévale de la rive droite (celle de Charles V) en lui associant des bastions en terre. Cet ouvrage dit des « Fossés jaunes » doit son nom à la couleur des substrats retournés lors de son creusement.
L’élévation datée du règne de Charles IX (seconde moitié du XVIe siècle) était visible sur une longueur de 60 m. Les archéologues ont ainsi pu observer la muraille construite en grand appareil de blocs de calcaire et ses neufs contreforts .
Cette enceinte bastionnée ne sera pas achevée et Louis XIV ordonne sa démolition à la fin du XVIIe siècle suite au changement de cap dans la stratégie de défense du territoire : le roi déplace la ceinture de fortifications à partir des villes frontalières du royaume.
Au total,dix bastions assuraient la défense de Paris avant leur destruction. De formes pentagonales, ces talus de terre servaient de plateforme aux tireurs qui se positionnaient sur les deux flancs de la banquette. Les bastions et les courtines sont donc arasés pour laisser place au « nouveau cours », une large chaussée plantée d’arbres qui devient un lieu de promenade apprécié des Parisiens.
La paix intérieure que les Parisiens devaient à Henri IV et la puissante autorité du cardinal de Richelieu ayant eu bientôt pour effet de ramener plus d’aisance et de sécurité, un très grand nombre de constructions furent entreprises en même temps dans la ville et dans les faubourgs ; et comme les établissements religieux, tous accompagnés de vastes jardins, occupaient dans l’intérieur de Paris une très grande étendue interdite à l’industrie particulière, il fallut songer à reculer les anciennes limites et à renfermer la ville dans une nouvelle enceinte.
Entreprise d’abord, en 1626, par un nommé Boyer, secrétaire du roi, cette enceinte devait commencer, à l’est, au coin du boulevard de l’Arsenal, sur le bord de la Seine, et aboutir, à l’ouest, à l’angle de la porte dite de la Conférence , qui correspond à l’extrémité du mur de la terrasse des Tuileries, sur le bord de l’eau. Cette porte de la Conférence existait en 1608. A peine en exécution, ce projet fut suspendu. En 1632, Barbier, intendant des finances, conçut un autre plan, d’après lequel la nouvelle enceinte devait partir de la porte Saint-Denis, suivre à peu près la direction de la rue Bourbon-Villeneuve et re joindre la porte Saint-Honoré, commencée par Boyer, non loin de l’église de l’Assomption, à l’alignement de la rue Saint-Florentin. L’ancienne porte Saint-Honoré était située dans cette rue, à extrémité de celle de Richelieu. Barbier eut en outre à faire bâtir deux nouvelles portes, l’une rue Montmartre, entre la fontaine et la rue des Jeûneurs ; elle prit le nom de porte Montmartre ; et l’autre, la porte Richelieu, dans la rue de ce nom, près la rue Feydeau. Plusieurs rues furent percées sur le terrain compris dans ce nouveau périmètre. I.es rues des Fossés-Montmartre, de Cléry, du Mail, Neuve-Saint-Eustache, Notre-Dame-des-Victoires, sont de ce nombre.
Le quartier qu’on désigne sous le nom de Marais se composait encore à cette époque de vastes terrains en culture ; déjà Henri IV avait eu l’intention de faire construire sur ces terrains d’après un plan vaste et monumental. Huit larges rues, bordées de bâtiments uniformes et portant chacune le nom d’une province de France, devaient aboutir à une grande place centrale qui aurait reçu le nom de place de France. Ce projet ne fut pas réalisé tel qu’il avait été conçu; néanmoins de nombreuses constructions furent élevées sur cet emplacement. Dans la même quartier, la place Royale, commencée sous Henri IV, fut terminée. L’île Saint-Louis, jusqu’alors à peu près inhabitée, fut régulièrement percée et presque entièrement couverte d’hôtels plus spécialement consacrés à la demeure des magistrats. Dans le faubourg Saint-Germain, ou commença également à tracer des rues et à construire sur les terrains de l’ancien Pré-aux-Clercs.
La ville changea complètement de physionomie. Jamais on n’avait tant construit en France que sous Louis XIII, non seulement à Paris, mais dans les provinces. La plupart des anciennes villes conservent des bâtiments de cette époque.
6e – Le Mur des Fermiers Généraux
Au cours du XVIIIe siècle, l’étalement galopant du tissu urbain entraîne une confusion à l’égard des limites juridiques de la ville. À leur entrée dans Paris, une part importante des marchandises parvient à échapper au prélèvement du droit d’octroi, un impôt royal perçu par la compagnie des Fermiers généraux .
Parce qu’elle n’a pas vocation à défendre la ville, la sixième enceinte s’autorise un style architectural élégant et raffiné. Nicolas Ledoux imagine une physionomie différente pour chacune des 54 barrières qui jalonnent le mur. Construits selon les canons néo-classiques, ces pavillons hébergent les bureaux des percepteurs de la « Ferme ».
Inauguré juste avant la Révolution Française, ce symbole de l’Ancien Régime ne remplira jamais son rôle de péage royal. Les taxes sont, en effet, rétablies aux limites de la ville en 1798, au seul bénéfice de la municipalité.
Louis-Sébastien Mercier, dans « Le tableau de Paris » (1781-1788) la qualifie ainsi : « L’inconcevable muraille, de quinze pieds de hauteur, de près de sept lieues de tour, qui bientôt devait coûter douze millions ; mais, comme elle en devait rapporter deux par chaque année, il est clair que c’était une bonne entreprise. »
En 1860, l’annexion des communes rurales avoisinant Paris fait reculer les limites de la capitale et entraîne la démolition du mur et de ses barrières. Seuls quatre de ces bâtiments ont subsisté dans le paysage urbain actuel : la Rotonde du Parc Monceau (8e arr.), la Rotonde de la Villette (19e arr.), la Barrière du Trône (11e et 12e arr.) et la Barrière d’Enfer (14e arr.).

Tracé du Mur des Fermiers Généraux (en bleu) et de l’enceinte de Thiers (en rouge) © ThePromenader via Wikimedia Commons
La septième et dernière – L’enceinte de Thiers
Des communes rurales sont intégrées dans le périmètre de la fortification, pour finalement être annexées au territoire parisien en 1860 par Napoléon III. Les villages de Belleville, Vaugirard, Bercy, Montmartre et de la Chapelle, sont ainsi totalement insérés dans Paris intra-muros, quand d’autres, comme Clichy, Bagnolet ou Vanves, sont amputés d’une partie de leur espace foncier. La ligne défensive achève donc la délimitation de Paris : c’est à cette époque que la capitale se voit découpée en vingt arrondissements.
Les 34 km de rempart et ses 95 bastions de l’enceinte de Thiers sont rapidement mis à l’épreuve lors du siège de Paris par les Prussiens , de septembre 1870 à janvier 1871.
Quelques décennies plus tard, durant la Première Guerre Mondiale , les canons à longue portée utilisés par les Allemands pour bombarder Paris confirment l’inefficacité de l’enceinte de Thiers. Déclassée en 1919, elle est progressivement démantelée.
Les 200 m de la zone non aedificandi qui matérialisait les frontières de la ville, accueillent de nouvelles constructions ( les HBM,habitations à bon marché ) et remplacent les jardins ouvriers et les bidonvilles qui s’y étaient développés entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle. « La Zone » était peuplée de plus de 30 000 habitants pauvres vivant de petits métiers.
L’enceinte de Thiers s’inscrit dans un champ d’étude particulier : le rempart de la « Fortif » culminait à 10 m à l’origine, une série de contreforts chaînés à la muraille, soutenaient un parement extérieur composé de meulière en petit appareil. Ce modèle de maçonnerie était aussi employé pour la plupart des maisons construites dans la campagne parisienne à la fin du XIXe siècle.
Si les enceintes ont rythmé la croissance de la capitale, elles ont laissé peu de traces, aujourd’hui il n’en reste plus que des vestiges, pourtant sa forme actuelle garde les traits indélébiles d’un passé bimillénaire. Grands boulevards, boulevards extérieurs, boulevards des maréchaux, suivent les tracés successifs qui enveloppaient de vieilles murailles encore visibles par place et dont le plan se reflète dans celui de nos voies publiques.
Sources :
www.parisbalade.fr/lhistoire-des-enceintes-de-paris
www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1854_num_15_1_445226
www.arbre-celtique.com/encyclopedie/paris-lutece-lutecia-1110.htm
www.journals.openedition.org/archeomed/9650
www.storymaps.arcgis.com/stories/d74ca42144eb409891081927b04ca31b