LE COMMERCE ET LES MÉTIERS DE PARIS AU MOYEN ÂGE





Le Grand-Pont de Paris au quatorzième siècle. —
Extrait d’après un manuscrit conservé à la Bibliothèque-royale.



Voici un extrait du dessin exact d’une miniature qui a été exécutée vers l’an 1345, sous le règne de Philippe de Valois, représentant le Grand-Pont.

Très longtemps il n’y eut que deux ponts à Paris, le Petit-Pont, sur le petit bras de la Seine (il existe encore, du moins la place et le nom n’ont pas changé), et le Grand-Pont sur le grand bras, situé un peu plus haut que l’endroit où est aujourd’hui le Pont-au-Change. Ce dernier était de beaucoup le plus important, parce que le mouvement de la ville se portait déjà vers le nord ; aussi les trois grandes autorités qui régnaient sur le vieux Paris en avaient-elles chacune leur part : la chaussée était au roi, les arches de côté aux chanoines de Notre-Dame, et l’arche du milieu au corps des marchands ; la condition de certains édifices , dans le régime moderne, à charge d’entretien, et dévolue à l’État, au département, et à la commune. La propriété dont on parle était seigneuriale, et son principal caractère était d’entraîner juridiction au bénéfice de chacun des copartageants, tellement que la justice royale connaissait des délits et contraventions commis sur la chaussée du Grand-Pout, tandis que les cas relatifs aux arches de côté étaient déférés au tribunal de l’Église ou For-l’Évèque, et ceux de l’arche du milieu à l’assemblée des marchands dite le Parloir aux bourgeois. Il est encore à noter que la seigneurie des chanoines était grevée de telle servitude qu’en aucun cas ils ne pouvaient livrer leurs arches à la navigation : cela explique pourquoi tous ces moulins représentés sur notre gravure, et conduit à parler du privilège de la hanse parisienne ou confrérie des marchands de l‘eau.

Aucune grande industrie ne fut importée à Paris par les Romains; mais cette ville, rapprochée comme elle l’est du confluent de deux grandes rivières, devint naturellement un lieu d’entrepôt. Une compagnie de mariniers expéditionnaires s’établit de bonne heure pour exploiter le transit des marchandises qui, des provinces centrales, gagnaient la basse Seine et les côtes de l’Océan. Cette compagnie se maintint à travers les temps barbares et sut, malgré les révolutions, conserver les privilèges qu’elle tenait des Césars. Elle les fit valoir lorsque la féodalité se forma, et, comme a une très longue possession elle joignait la concentration en ses mains de tout le matériel de la navigation, elle fut assez forte pour se constituer un fief de la rivière. Par là il arriva que les mariniers parisiens, qui n’étaient à terre que des vilains, furent sur l’eau des seigneurs, et cette prérogative amena dans leur confrérie toutes les riches familles urbaines qui cherchaient à se relever de l’abjection féodale. Les bourgeois de Paris et les navigateurs de Seine, confondus ensemble dès 1e règne de Louis-le-Gros, ne formaient plus qu’un seul corps, nommé hanse ou compagnie marchande, et dirigé par le prévôt des marchands, chef élu, dont la nomination avait lieu tous les deux.ans. Les rois respectaient alors et favorisaient de toute leur puissance ce corps, destiné à concentrer en lui par la suite toutes les attributions municipales.

Ayant été posé le principe que le parcours du fleuve dans le comté de Paris appartenait à la compagnie des marchands, il s’ensuivit qu’à ses seuls membres fut restreint le droit d’avoir bateau portant marchandise entre Corbeil et Poissy. Pas d’exception pour les navigateurs de l’Oise et de la Marne: la Seine leur était interdite ; c’était à eux, lorsqu’ils étaient parvenus à la limite infranchissable, de livrer leur chargement pour le transborder sur les bateaux parisiens. Toutefois, comme ce système n’eut pas manqué d’amener de grands retards et sans doute aussi de réduire le nombre des expéditions, on fît une facilité aux forains, c’est-à-dire aux négociants de l’étranger et des provinces adjacentes ; on leur permit d’amener leurs denrées sur les eaux de la hanse, pourvu qu’ils eussent fait société avec quelqu’un de ses membres. Ainsi le Normand qui voulait conduire dans les pays hauts un chargement de sel, devait préalablement envoyer à Paris et y faire déclarer son intention de remonter pour vendre à tel port : alors le prévôt des marchands désignait un bourgeois hansé de Paris pour être le compagnon du forain. Ce compagnon avait droit à la moitié de la cargaison, ou bien, s’il aimait mieux laisser vendre le tout, il partageait le bénéfice avec le forain ; en échange il donnait à celui-ci une marque qui le rendait inviolable. Que si le forain cherchait à se soustraire à ce pacte onéreux (pacte analogue en droit public à celui moyennant lequel les trabucayres assurent le chemin aux voyageurs), que s’il s’aventurait dans le ressort de la hanse sans avoir fait sa déclaration , ou ayant fait une déclaration fausse, il s’exposait à la confiscation; son bateau, saisi par les gardes du fleuve, était vendu, et le bénéfice de la vente partagé entre le corps des marchands et le roi.

Comme il arrive de toute usurpation, la compagnie éleva des prétentions plus grandes à mesure qu’elle se sentit plus forte. Avec l’assentiment des rois, que le partage des forfaitures rendait pleins de zèle à son égard, elle étendit sa domination despotique sur une partie de la haute Seine et sur l’Yonne jusqu’à Auxerre. Un peu après elle fit conférer aux bourgeois de Paris le droit exclusif de débarquer en grève le vin de Bourgogne, de sorte que le transport devint si onéreux aux négociants du pays qu’ils renoncèrent à l’effectuer par eux-mêmes. Enfin, comme des hanses s’étaient formées à son exemple dans les villes de Mantes et de Rouen, elle fit abroger ces institutions rivales et déclarer libre la navigation partout, hormis sur le parcours accaparé par elle.

Tel est l’état de choses qui, profondément modifié par le progrès des mœurs, mais toujours entaché de son esprit originel, fut renversé à tout jamais par la Révolution Française. Les commerçants d’autrefois appelaient cela un beau privilège; ceux d’aujourd’hui conviendront sans doute que la liberté est plus belle encore.

Indépendamment de la grande servitude que l’on vient d’expliquer, la hanse parisienne savait encore faire peser sur le commerce fluviatile mille petites exactions qui lui servaient à entretenir un peuple de fonctionnaires dont sa splendeur et sa puissance étaient augmentées. Tout bateau chargé qui en montant ou descendant était obligé de passer sous le Grand-Pont, devait payer contribution à un préposé nommé l’avaleur de nefs ( C’est-à-dire celui qui fait descendre les bateaux. Le verbe avaler n’est plus usité en ce sens; mais en aval est resté dans la langue pour désigner une position inférieure relativement au cours d’une rivière.), qui venait le prendre avec un batelet à une station déterminée et qui lui procurait le passage sous la grande arche. Ceci explique, par parenthèse, pourquoi la compagnie marchande avait fait en sorte que les autres arches du Grand-Pont fussent impraticables.

Ce n’est pas tout: quand ou avait pris port, arrivaient les visiteurs, jaugeurs, mesureurs, crieurs et porteurs assermentés qu’il fallait payer encore. Pour la plupart de ces menues opérations, il est vrai, le vendeur et l’acheteur étaient de moitié dans les frais. Le vin se jaugeait au moyen d’un instrument dont l’étalon était conservé à l’Hôtel-de-ville d’Auxerre ; c’était le Parloir aux bourgeois qui avait en sa garde l’étalon des autres mesures employées sur le port. Celle du bois s’appelait moule, et consistait en un cercle de fer dans lequel on empilait les bûches jusqu’à ce qu’il fût rempli. On ne mesurait pas les lattes, les échalas, le bois de hart, (Lien d’osier ou d’autre bois pliant qui sert à lier les fagots), qui arrivaient tout bottelés comme aujourd’hui; mais on en visitait les bottes et on mettait le marchand à l’amende s’il y avait apparence qu’il eût défait les liens.

L’office des crieurs était si singulier qu’il mérite d’être exposé avec quelque détail. Dans un temps où ni les journaux ni les affiches n’étaient connus, les commerçants n’avaient que la voie de proclamation pour déférer à la connaissance du public les marchandises qu’ils mettaient en vente. De là des crieurs de profession qui allaient de rue en rue annoncer telle chose à vendre, en tel lieu, à tel prix. Le métier de ces hommes s’exerçant sur la voie publique avait été considéré dans l’origine comme propriété du roi, qui plus tard le céda moyennant finance à la compagnie marchande. Quiconque avait à faire faire une annonce, payait un droit à la compagnie propriétaire du criage, et en outre salariait le crieur. La compagnie, voulant rendre son revenu aussi fructueux que possible, usa de tous les moyens indirects pour contraindre les commerçants tant en gros qu’en détail à se servir de ses crieurs. Pour cela, elle limita à trois jours le temps que les marchandises amenées au port pourraient rester en bateau, de manière que les marchands, pressés de vendre, eussent recours au moyen de publicité le plus prompt. Quant aux débitants, n’ayant la haute main que sur les cabaretiers, vu son monopole du commerce des vins, voici quelle mesure elle prit à leur égard. Elle ordonna à ses crieurs d’entrer dans toutes les tavernes pour lesquelles ils n’auraient pas été chargés d’annonce, de s’y enquérir du prix du vin auprès des consommateurs et de crier incontinent ce prix, fût-il mensonger ; si les buveurs présents refusaient de parler, le broc en vente n’en était pas moins crié, et le crieur le taxait d’office au prix du vin du roi , prix qui était toujours inférieur à celui du commerce. ( Le roi avait ce privilège, qu’au temps de la vendange tout commerce de vin devait cesser au profit de la vente du sien pendant un certain nombre de jours. Cela s’appelait le banvin). Il fallait que le marchand en passât, dans un cas ou dans l’autre, par les conditions de l’annonce faite malgré lui. Cette exaction était tout au détriment du débitant pauvre, car le cabaretier bien approvisionné se trouvait dédommagé, et au-delà, des frais de proclamation par les chalands qu’un crieur intelligent lui amenait. On imagina même d’aller au-devant du consommateur en livrant au crieur un broc et un gobelet. Celui-ci, joignant le spécimen à la réclame, établissait par un débit fructueux la réputation de la marchandise offerte au public.

A ces bachiques attributions, les crieurs en joignaient d’autres d’un ordre bien différent. A la tombée de la nuit, ils s’affublaient d’une dalmatique blanche semée de larmes noires, et s’en allaient, une clochette à la main, crier les morts de la journée, leurs noms et prénoms, leur paroisse et l’heure de leur enterrement. L’accès qu’ils obtenaient par là dans l’intérieur des familles leur attira des demandes de service pour ces apprêts si pénibles dans le premier moment de la douleur: peu à peu ils devinrent entrepreneurs des pompes funèbres. On peut donc dire que leur métier était à la fois de faire pleurer et rire. C’est ce que rappelait le cérémonial usité à leurs propres funérailles ; car, tandis que tous leurs confrères marchaient autour du cercueil eu faisant tinter leurs clochettes, le conducteur du convoi, muni du broc et du gobelet, offrait à boire aux passants.

Jusqu’ici on n’est pas sortis du domaine des marchands de l’eau. Changeons de point de vue, et considérons ce qui ce passait dans le ressort des juridictions voisines.

D’abord sur cet élément, même, dont la hanse surveillait le mouvement commercial avec un soin si jaloux, on voit des droits exercés indépendamment des siens, des fruits perçus par d’autres que par elle. Les travers du fleuve, exploités par la confrérie des bateliers-passeurs, étaient la propriété du roi. La pêche appartenait ici au roi, là aux chanoines de Notre-Dame, plus loin à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Ces eaux diverses étaient battues par des pêcheurs en compagnie, qui prenaient bail pour trois ans, qui juraient sur l’Évangile de ne prendre les carpes, brochets et anguilles que d’une certaine grosseur ; enfin qui étaient tenus de conformer au moule du roi, de l’évêque ou de l’abbé, les mailles de leurs seines et troubles.

A terre, les droits du roi, ceux qui subsistaient sur la plus grande partie du territoire, les droits du roi commençaient aussi près que possible du bord de l’eau. Des préposés, stationnant sur les ports, tendaient la main aussitôt que les denrées avaient touché le sol : c’était le droit de rouage. Il n’était pas exorbitant, mais devait sembler lourd après tant d’autres acquittés déjà pour le compte de la compagnie marchande.

Une seule voie de terre conduisant à Paris était fréquentée par le commerce; c’était celle d’Orléans, par où arrivaient sur la place les produits du Centre et du Midi. Ceux qui prenaient ce chemin payaient à Montlhéry leur bienvenue dans le pays de France, la douce France, comme on disait alors

par comparaison avec les autres pays. Un bureau de péage était établi sous la tour du château. Ce n’était pas une des plus petites conquêtes des rois que la jouissance de celte perception. La monarchie naissante avait eu à s’escrimer bien des années contre Une dynastie de voleurs, qui, maîtresse du château, prenait pour elle les fruits du passage. Philippe 1er, qui s’était enfin assuré par un mariage de ce poste si important, disait en mourant à sou successeur :.« Beau fils Louis, garde bien cette tour, à combattre laquelle je suis presque tout envieilli, et qui a été un si grand fléau pour ceux de Paris et d’Orléans, que les uns ne pouvaient aller dans la terre des autres, pour marchandise ni pour autre chose, sans le congé des traîtres qui y demeuraient. » Il dit cela, mais ne conseilla pas à son fils d’abolir l’impôt.

La route d’Orléans aboutissait alors à la porte Saint-Jacques, établie à la hauteur où est aujourd’hui le Panthéon : là, on acquittait le droit de chaussée. Toutes les marchandises, excepté les pierres et les terres à potier, étaient soumises à ce droit. Les bourgeois de Paris, ayant pris à leur charge l’entretien du pavé, en étaient exempts pour les fruits de leurs jardins et le vin de leurs vignes.

Au bas de la rue Saint-Jacques, à la tête du Petit-Pont, s’élevait le Petit-Châtelet, une grosse porte fortifiée, dont la voûte étroite et longue était gardée par un percepteur qui mettait encore une fois à contribution. Ce péage, plus ancien que le droit de chaussée, atteignait les objets qui avaient échappé à celui-ci. Toutefois, il admettait aussi des exemptions, les unes inexplicables, les autres consacrant le souvenir d’anciennes charités royales ou d’anciennes rémunérations de services. Ainsi, par exemple, les femmes marchandes ne payaient pas pour le ballot qu’elles portaient sur leurs épaules. Les musiciens ambulants ou ménétriers, les baladins, jongleurs, montreurs d’ours et de singes, en étaient quittes pour un air exécuté devant le péager, ou un tour de souplesse ou une cabriole qu’ils faisaient faire à leurs animaux. Les habitants de Sens, de Moret, de Corbeil, de Bagneux, de La Ferté, du faubourg Saint-Marceau et des enclos de Sainte-Geneviève et de Saint-Germain, avaient la franchise. Lorsque tous les animaux étaient soumis au droit, le porc ne payait pas, le bouc non plus ; mais il y avait sur ce dernier une servitude qui consistait à recevoir entre les cornes un petit coup de marteau que lui administrait le péager.

Après les péages venaient les tonlieus ou droits de marché. Ils frappaient sans exception les denrées destinées à la vente: aussi était-il interdit, sous peine de forfaiture, aux voituriers et autres conducteurs de marchandises, de rien distraire de leur chargement dans le trajet. Par la même raison, on défendait aux débitants d’aller au-devant des fournisseurs, fût-ce hors la ville, pour faire leurs achats avant la perception du tonlieu. Cette disposition se conçoit encore; mais une chose faite pour renverser toutes nos idées en matière de liberté commerciale, c’est que les marchands de là ville étaient sujets au tonlieu aussi bien que les approvisionneurs du dehors. Pour cela, il était de règle que, le samedi, nul ne pût vendre en boutique. Ce jour-là, les gens des métiers, au lieu d’ouvrir, s’en allaient avec leurs marchandises étaler à la halle, c’est-à-dire se présenter aux agents du fisc. La même servitude était imposée en temps de foire aux changeurs, pelletiers, ciriers, selliers, marchands de soie et bouchers.

Aujourd’hui peu de marchands sont fabricants : c’était le contraire au Moyen-Âge. La boutique était l’atelier : aussi le commerce et l’industrie étaient-ils confondus sous la dénomination de marchandise, lorsqu’on voulait exprimer la chose en général; de métier, lorsqu’on spécifiait une branche particulière, soit de l’un, soit de l’autre de ces objets.

L’exercice de certains métiers était libre ; celui du plus grand nombre appartenait au roi et s’achetait de lui ou du fermier à qui il en avait cédé l’exploitation. Comme la hanse marchande se fit, autant qu’elle put, fermière perpétuelle de cette branche de revenu, il en résulta que les métiers, qui d’abord avaient été royaux, finirent par être municipaux. Cependant la police générale de l’industrie et du commerce resta toujours au magistrat représentant du roi, au prévôt de Paris, et plus tard au lieutenant de police, lorsque l’esprit des temps modernes eut séparé, comme elles doivent l’être, les attributions militaires, judiciaires et administratives.

Au-dessous de la juridiction du Châtelet, les gens de métiers en reconnaissaient une autre qu’ils s’étaient imposée à eux-mêmes : c’était celle des jurés qu’ils choisissaient entre eux pour surveiller la qualité des produits mis en vente, et maintenir l’excellence des procédés de fabrique. Il y avait là une bonne intention qui, faussée dans la pratique, eut pour résultat d’implanter dans toutes les industries l’esprit de monopole et de routine, et d’opposer au progrès le plus grand, peut-être, des obstacles qu’il ait eu à surmonter.

Voici quels étaient les principaux métiers à Paris :

Les bouchers, dont l’industrie ne pouvait s’exercer que de père en fils; les talemeliers ou boulangers; les poissonniers de mer, établis à la halle; ceux d’eau douce, qui étalaient sur une rangée de pierres dans le cloaque appelé encore aujourd’hui rue Pierre-à-Poisson (elle était située dans l’actuel 1erarrondissement, disparue en 1854); les blaetiers ou marchands de blé ; les sauniers ou marchands de sel ; les cervoisiers ou brasseurs ; les oublaïers ou marchands d’oublies et d’autres pâtisseries fines; les regrattiers d’aigrun ou fruitiers; les cuisiniers ou rôtisseurs; les épiciers, qu’on ne voit apparaître qu’au commencement du quatorzième siècle ; les barbiers-chirurgiens; les changeurs, qui faisaient à la fois le change et la banque ; les drapiers, qui avaient le pas sur tous les autres métiers ; les pelletiers; les merciers, tenant non seulement la mercerie, mais encore tous les objets qui concernent aujourd’hui la nouveauté; les chaussîers ou fabricants de bas; les chapeliers, distribués en quatorze métiers, selon la matière sur laquelle ils opéraient; les cordonniers, pour les chaussures fines ; les basaniers ou savetoniers, pour les gros souliers ; les savetiers, pour les raccommodage des chaussures; les fèvres ou forgerons, qui ne se confondaient pas avec les serruriers ; les boucliers de fer, fabricants de boucles; les haumiers, fabricants de casques; les haubergiers, fabricants de cottes de maille ; las orfèvres ; les patenotriers ou fabricants de chapelets ; les tailleurs de crucifix, distincts des tailleurs d’images ou sculpteurs ; les fileresses, qui préparaient pour le tissage la soie vendue en bourre sur le marché ; les tresseurs de soie, ouvreuses de soie et fabricants de drap de soie ; enfin les métiers de bâtiments, qui étaient, à peu de chose près, les mêmes qu’aujourd’hui, si ce n’est qu’il n’y avait pas d’architectes, et que c’étaient les maîtres maçons qui donnaient les plans pour construire.

Après ces métiers, qui étaient organisés en corporations et avaient leurs règlements et statuts, venait la foule de petits marchands qui roulaient sur le pavé. Par un effort charitable, les pouvoirs élevés les avaient maintenus contre la jalousie des confréries qu’alarmait même la concurrence du pauvre. Ceux-là sont à peine nommés dans les anciens documents ; mais il n’est pas difficile de se faire une idée de leur condition. C’est pour eux qu’avait été fait l’ancien adage : Là où il n’y a de quoi, le roi perd ses droits.



Sources : « Le Magasin Pittoresque » – 1846

Voir aussi :

https://aouste-a-coeur.fr/des-metiers-autrefois/

https://aouste-a-coeur.fr/des-metiers-davant-1789/

https://aouste-a-coeur.fr/les-cris-des-petits-metiers-a-paris-au-xiiie-siecle/

https://aouste-a-coeur.fr/corporations-de-metiers-au-moyen-age/

 

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