LE TISSERAND

 





Le tisserand

 

 

 

 

 

Ouvrier qui fait des toiles, des étoffes de laine ou de soie. Employé seul, il signifie tisserands en toile. Ceux qui dans les manufactures de lainage travaillent l’étoffe sur le métier avec la navette se nomment aussi tisseurs, tissiers. tixier, texier ou tissandier.

 

 

Au fil du temps …

 

 

Le métier de tisserand est l’un des plus anciens de l’humanité, dont les premières traces archéologiques remontent au Néolithique.

 

 

Néolithique et Antiquité

 

 

Notre ancêtre Homo Sapiens se sédentarise durant le Néolithique. Tout en continuant à cueillir et à chasser, il complète ses moyens de subsistance avec la culture de céréales et la domestication d’animaux comme les chèvres et les mouflons (futurs moutons). « Au lieu de tuer l’animal pour se vêtir de sa toison, notre ancêtre va l’élever, le tondre, filer la laine et la tisser ».

Les traces de l’activité de tissage mises à jour par les archéologues aident à reconstituer les instruments utilisés pour produire les premiers tissus il y a 6 000 ans avant J.-C. : pesons, peigne ou encore fusaïole (petit objet discoïde ou hémisphérique, percé d’un trou central, fixée à la base d’un fuseau, et sert de volant d’inertie pour réguler et maintenir la vitesse de rotation lors du filage à la main) .

Dès le Néolithique sont inventées les techniques de base encore utilisées aujourd’hui, par entrecroisement perpendiculaire des fils de chaîne et de trame à l’aide d’un métier à tisser afin de produire une surface textile cohérente et résistante. Destinées à l’habillement et à l’aménagement domestique, ces techniques vont connaître des perfectionnements successifs à partir d’un nombre croissant de plantes.

À l’époque sumérienne, des femmes esclaves pratiquaient ce métier. Elles lavaient la laine dans de l’eau chaude savonneuse puis la séchaient. Ensuite, elles battaient les fibres pour en retirer la poussière avant de carder la laine qui était ensuite blanchie et filée. Les fileuses assemblaient les fibres et les torsadaient soit en les frottant entre les paumes de leurs mains soit en utilisant une quenouille. Les esclaves travaillaient ensuite par groupe de trois sur un métier à tisser où elles tendaient les fils puis les croisaient alternativement par-dessus et par-dessous à angle droit.

Le plus ancien tissu trouvé en France (six fils par centimètre), contemporain desdites stèles, a été retrouvé sur le site de Charavines (lac de Paladru, dans l’Isère). La présence de lisières de début laisse penser à un artisanat déjà parfaitement maîtrisé. Ces tissus seraient d’ailleurs l’aboutissement de techniques beaucoup plus anciennes ne faisant pas encore usage de fils continus mais utilisant des fibres naturelles relativement peu transformées (vannerie, sparterie…).

Durant l’Antiquité, le tissage est pratiqué à la main. C’est à la transition entre l’âge du fer et l’âge du bronze, vers 800 ans av. J.-C., que l’Europe de l’ouest connaîtra une évolution majeure de l’artisanat textile, notamment sous l’influence des Celtes. Jusqu’alors, par la force des choses, la mode était en Europe (nord-ouest) à la toile de laine brune, seule couleur disponible sur le dos des races endogènes de mouflons et moutons, et de lin. Le début de l’âge du fer sera ainsi le théâtre d’ évolutions majeures : introduction de races de moutons anatoliens à laine blanche, plus longue et plus fine favorisant le développement des armures sergées d’où la création de tissus dits « écossais » que les Gaulois développèrent à un haut degré de raffinement et introduction du chanvre textile.

 

 

Moyen Âge

 

 

Au Moyen Âge, le métier vertical à pesons sera progressivement remplacé en Europe par le métier vertical à ensouples et par le métier horizontal « à poutres ». Ce n’est qu’au Moyen-Âge (XIe au XIIIe siècles) que va se généraliser l’usage du métier à tisser à pédales à charpente. Ce bond technique décisif permettait au tisserand d’avoir les deux mains libres – les fils de chaîne étaient désormais levés et abaissés avec les pieds. Cela doublait souvent la vitesse de production et permettait des armures plus complexes.

Cette évolution s’accompagna d’une spécialisation des techniques de tissage. Au cours du Haut Moyen Âge et de la fin du Moyen Âge en Europe, apparurent : les armures toile pour les vêtements de tous les jours, sous-vêtements, linge de maison, les armures sergées pour les tissus en laine, pantalons, capes, le damas pour les vêtements de la noblesse, nappes, textiles d’église, le brokat en fils d’or ou d’argent tissés avec motif en relief pour les vêtements de cour, vêtements religieux, le velours pour les articles de prestige, vêtements de la noblesse à partir de la fin du Moyen Âge, la tapisserie pour les tentures murales, tapis (principaux centres : Flandre, nord de la France).

Au Moyen Âge, les tisserands ont des organisations bien structurées : les corporations de tisserands. Ces communautés d’artisans ne se contentent pas de produire, elles encadrent, protègent et transmettent un savoir-faire précieux. Dans le « Livre des métiers » rédigé par Étienne Boileau vers 1268 sous le règne de Saint Louis, les tisserands (de laine, de toile ou de linge) sont soumis à des règlements stricts qui encadrent leur activité à Paris.

 

 

XVIIe siècle

 

 

Au XVIIe siècle, en majorité les tisserands ruraux étaient des artisans indépendants, achetant leur matière première, la faisant filer dans la famille, l’œuvrant eux-mêmes ( travaillant « à façon ») sur des métiers leur appartenant et la revendant enfin dans les marchés aux négociants. La France demeure un immense atelier textile : draps de laine du Languedoc, toiles de lin de Bretagne, chanvre pour la marine normande, soieries lyonnaises, indiennes d’Alsace… Les ordonnances de Colbert, les manufactures royales et l’abolition des corporations rythment une période charnière pour le tisserand.

 

 

XVIIIe siècle

 

Au XVIIIe siècle, au contraire, la majorité des tisserands ruraux se composait encore d’artisans ayant leurs métiers mais ne travaillant plus qu’à façon pour les gros fabricants du pays. La famille entière participe : la femme et les enfants préparent, filent et bobinent le lin ou le coton pendant que le tisserand opère sur le métier. L’éducation du tisserand se faisait au sein de la famille. L’enfant aidait d’abord le père à passer la chaîne dans les lames et les peignes. Puis, il se hasardait à lancer la navette avant de devenir lui-même tisserand.

C’est au milieu du XVIIIe s. que les dernières évolutions techniques majeures du tissage artisanal sont mises en œuvre, avec tout d’abord l’invention de la navette volante propulsée par un lance-navette, conçue par l’anglais John Kay (1704-1779), et qui fut une cause majeure de la première révolution industrielle. En France, plusieurs étapes importantes dans l’amélioration des métiers à tisser sont marquées par les inventions de Basile Bouchon, Jean-Baptiste Falcon et Jacques Vaucanson. En 1801, le domaine du tissage connaît alors un bouleversement technique décisif avec l’invention du métier Jacquard par Joseph Marie Jacquard à Lyon, secondé par le menuisier Jean-Antoine Breton: l’ utilisation de cartes perforées pour une programmation de la prise (ou levée) individuelle des fils de chaîne..

Le métier Jacquard est constitué de deux parties : le métier à tisser à bras, qui sert à produire les tissus comportant un décor (dits façonnés), et la mécanique Jacquard proprement dite, qui le surmonte.

La mécanique Jacquard ne constitue pas une invention à proprement parler mais plutôt l’habile combinaison de trois techniques :

  • celle des aiguilles de Basile Bouchon, adaptation du mécanisme d’horlogerie au domaine du tissage, qui effectue la lecture du ruban perforé (1725) ;
  • celle du système de cartes ou cartons perforés de Jean-Baptiste Falcon et d’une chaîne infinie de cartons qui permet la commande ininterrompue des machines textiles (1728)
  • celle du métier à tisser de Vaucanson, automatisé par système hydraulique et commandé par des cylindres analogues (1748).

Il en résulte un métier à tisser semi-automatique, doté d’un cylindre carré, qui commande l’ensemble des fils – via 600 à 800 crochets – et les sélectionne à l’aide d’un programme inscrit sur les cartes perforées, pour créer des motifs variés et compliqués. Une nouvelle avancée du carton animé d’un mouvement rotatif se produit jusqu’à la fin de la réalisation du motif et tout s’enchaîne automatiquement dans un mouvement sans fin. Il faut environ trente de ces « coups » pour réaliser 1 centimètre de tissu et l’on arrive à frapper jusqu’à 100 coups par minute, soit une production d’environ 5 mètres de tissu simple par jour.

Son principal atout est d’être manipulable par un seul homme. Après quelques améliorations apportées par le mécanicien Jean-Antoine Breton, le métier Jacquard permet une production plus rapide et bien moins coûteuse que les métiers utilisés précédemment.

En dépit d’une première réticence des ouvriers qui voient en lui une cause possible de chômage, on réalise vite les progrès apportés par le métier Jacquard : il facilite le travail et améliore la qualité de la production. La mécanique Jacquard reste l’outil indispensable des métiers à tisser modernes, mécanisés et informatisés. À Lyon, le métier Jacquard révolutionne le tissage de la soie et donne naissance à la célèbre révolte des Canuts (les ouvriers tisserands de la Croix-Rousse) qui luttent pour de meilleures conditions de vie et des tarifs décents face à la mécanisation et aux baisses de salaires.

 

 

 

XIXe siècle

 

 

Au XIXe siècle, le métier de tisserand traverse une mutation radicale marquée par le passage de l’artisanat rural ou traditionnel à la grande révolution industrielle. Avec l’arrivée des premières usines mécaniques, le paysan-tisserand à domicile connaît un déclin progressif. Le travail à domicile reste une activité de survie pour les plus pauvres durant la saison froide, mais l’industrialisation transforme profondément la production textile. L’arrivée de la machine à vapeur et des grandes usines textiles concurrence lourdement le travail manuel. Une usine de tissage moderne mobilise une chaîne de métiers, du préparateur en amont jusqu’au technicien méthodes / qualité. La chaîne est montée sur le métier, où des dispositifs séparent les fils (la foule) pour laisser passer le fil de trame selon une armure donnée (toile, satin ou, jacquard). Les activités du textile et de la soierie sont effectuées dans de grands ateliers employant une nombreuse main-d’œuvre. On estime à 80 000 le nombre d’ouvrières qui travaillaient dans les usines-pensionnats de soierie du Bas-Dauphiné et de la région lyonnaise à la fin du XIXe siècle. Incapables de rivaliser avec la productivité des usines et frappés par des crises périodiques (crises du coton ou de la laine, traités de libre-échange comme celui de 1786 dont les effets se font sentir, ou concurrence des fibres étrangères), les petits tisserands indépendants disparaissent peu à peu.

 

 

Aujourd’hui

 

 

Aujourd’hui et depuis une dizaine d’années, le textile français semble renaître de ses cendres. Les entreprises françaises, encouragées par une demande croissante des consommateurs pour des produits respectueux de l’environnement, éthiques et durables, tendent à relocaliser leur production. Elles sont également de plus en plus enclines à l’innovation et à l’adoption de techniques de production durables, utilisant notamment des textiles recyclés. Selon le rapport d’activité 2020-2021 de l’Union des Industries Textiles , l’industrie française du textile et de l’habillement représente un chiffre d’affaires de 13,3 milliards d’euros, soit une croissance de 1,8 % par rapport aux années précédentes. Les textiles techniques représentent à eux seuls 7,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires. La croissance est observée dans douze régions, dont cinq principales : Hauts-de-France, Grand Est, Ile-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes et Occitanie. Ce regain d’activité est dû au fait que certaines entreprises ont commencé à diversifier leur production avec la fabrication de textiles techniques et médicaux, ainsi que l’utilisation de nouveaux matériaux tels que les tissus biosourcés. La France se situe ainsi à la seconde place européenne des producteurs de textiles techniques juste après l’Allemagne, mais devant des pays à forte tradition textile tels que l’Italie et le Royaume-Uni. Ces textiles constituent aujourd’hui près de 27% de la production totale en France et occupent aussi une place importante sur le marché mondial. Quant au secteur de la mode et du luxe, la France reste le premier acteur mondial : 25% des ventes mondiales sont réalisées par des entreprises françaises et en France, 7,7% des entreprises industrielles sont dans le secteur de la mode et du luxe.



Évolution de la rentabilité

 

 

Pour produire 100 mètres de tissu, il fallait :

  • en 1787, 200 heures, avec un métier à bras
  • en 1837, 100 heures, avec un métier mécanique
  • en 1887, 50 heures, avec un métier amélioré
  • en 1937, 10 heures, avec le métier « Northrop »
  • en 1987, 0,8 heure, avec une machine à jet d’air

 

 

Tisserand à domicile

 

 

Pour le tisserand à domicile, la vie, bien que totalement différente de celle de l’ouvrier de fabrique, comporte aussi ses contraintes. Parmi les contraintes, un élément important de ses relations avec le fabricant est l’engagement réciproque. Celui-ci était tenu d’informer le tisserand qu’il lui remettait la dernière chaîne à confectionner. Toutefois une chaîne permettant de tisser deux pièces, ce point était souvent source de litige. Quand le tisserand avait terminé sa pièce, il l’apportait au fabricant et renégociait parfois le prix de façon décidé au départ. Le fabricant était tenu au départ de noter la quantité de matière délivrée. Lors de la remise de la pièce, une pesée permettait de comparer. La différence était composée pour partie de pertes inévitables dues aux déchets, et aux modifications hygrométriques ; parfois la différence était aussi la partie de matière prélevée par le tisserand pour son usage personnel. En échange de la pièce, le fabricant remet au tisserand sa rémunération. Et le tisserand repart en sens inverse avec la chaîne enroulée sur l’ensouple et la trame nécessaires à la fabrication d’une autre pièce.

Le fabricant était souvent confronté à la lenteur de travail du tisserand à domicile. Le tissage n’était souvent pour celui-ci qu’une activité d’appoint qu’il délaissait volontiers pour vaquer à d’autres activité plus rémunératrice suivant les saisons. Les retards pour la remise d’une pièce pouvaient alors atteindre plusieurs mois. Certains tisserands travaillaient aussi pour plusieurs fabricants ce qui ne facilitait pas la ponctualité.

Le métier de tisserand est un métier rude, métier de miséreux. Bien que le tisserand ait un rôle important, il faisait partie des artisans les plus pauvres et était très peu considéré dans les villages.. On connaît bien, à l’époque, « le teint pâle, l’étiolement, la faiblesse de ces malheureux tisserands à bras qui, chaque jour et pendant quatorze à dix-sept heures, travaillent chez eux, à faire des toiles de coton, de lin ou de chanvre, dans des rez-de-chaussée humides, souvent même dans des caves, où le jour et l’air arrivent à peine, et où le soleil ne pénètre jamais  » ou dans une pièce humide pour éviter que les fils ne se cassent ou ne s’élongent. La posture qu’il devait adopter (le corps déporté sur la gauche pour actionner la pédale) était à l’origine de malformations et de déviations de la colonne vertébrale. Si tel est le sort du tisserand à plein-temps, comme il en existe encore beaucoup au début du XIXe siècle, les autres ouvriers du textile, notamment ceux des fabriques naissantes, sont eux aussi soumis à des conditions de travail éprouvantes.

 

 

 

 

 

Actuellement le tissage artisanal survit à travers la sauvegarde de savoir-faire traditionnels et d’ateliers d’art. Les tisserands se retrouvent aujourd’hui, dans toute la France, autant en ville qu’en campagne, que ce soit dans un atelier de village, de petite ville ou dans un quartier de grande ville.

La majorité des produits tissés aujourd’hui sont créés avec l’une des trois armures principales : la toile, le satin ou le sergé. La toile tissée peut être unie, une seule couleur uniforme, ou peut être tissée avec des motifs décoratifs ou artistiques. La variété des armures et les possibles mélanges du fil de soie avec d’autres fibres (laine, coton) permettent la création sans limite de tissus aux textures, fluidités, tombés, couleurs et motifs infinis.

La production du tisserand à bras est réservée à la haute couture, à l’ameublement de luxe, voire aux pièces uniques. Il est au service de la direction artistique du client pour lequel il réalise les recherches de matières, le dessin et les échantillons. Il donne ensuite les instructions pour la transposition de son travail sur des métiers manufacturiers. Le geste du tisserand à bras est une affaire de patience : selon le type de fibre utilisée, il tisse 30 centimètres à 10 mètres de tissu pour dix heures de travail, avec une moyenne de 4 mètres par jour.

 



Journée type d’un tisserand rural vers 1760

 

 

Les jours vont alors succéder aux jours ; levé dès l’aube, couché souvent après le soleil, ne s’arrêtant que pour s’alimenter, la journée du tisserand est rythmée par le va et vient de la navette dans le métier. Le dimanche est le seul jour non travaillé.

HeureActivitéOccupation
   
04 h 00Lever, allumage de la lampe à suifLes tisserands profitent des heures fraîches et calmes
04 h 30 – 07 h 00Premier chantier au métier800‑1 000 coups de navette ; réparation immédiate des fils cassés
07 h 00Collation (soupe, pain de seigle, cidre)Mentionnée dans de nombreux inventaires alimentaires
07 h 30 – 11 h 30Ourdissage ou continuation du tissageAvec l’aide de l’épouse et des enfants en âge de filer
11 h 30Repas principalBouillie de légumes, lard ; temps de repos court
12 h 30 – 17 h 00Second chantierPassage du régisseur le vendredi pour mesurer les toiles
17 h 00Souper légerCrêpes de sarrasin, lait caillé ou fromage
18 h 00 – 21 h 00Filage au rouet, entretien du métier, préparation des canettesActivité de la maisonnée ; échange de nouvelles avec les voisins
21 h 00Prière et reposLa lampe est éteinte pour économiser le suif

Variations saisonnières : en été le lever peut se faire dès 03 h 30, tandis qu’en plein hiver les chantiers sont décalés et l’éclairage coûteux limite les heures de travail.

 


Spécificités régionales

 

RégionProduit phareParticularités techniques et sociales
   
Bretagne (Cornouaille, Trégor)Toile de lin « Bretagne »Humidité idéale pour le rouissage ; blanchiment sur prés (kergoat) ; contrôle royal au port de Morlaix
Flandre française (Lille, Bergues)Batiste, toile finePeignes extrêmement serrés ; corporations puissantes ; exportation via la Hanse
Normandie (Caen, Rouen)Chanvre pour la marineAteliers liés aux arsenaux ; forte demande de voiles et de cordages
Languedoc (Villeneuvette, Lodève)Drap de laineManufacture royale (depuis 1673) avec registres du personnel détaillés
Beaujolais (Tarare, Thizy)Bas au métier (soie & coton)Premiers métiers à bas circulaires ; proto‑industrie dispersée
Lyonnais (Lyon, Trévoux)Soie façonnéeMétier à la tire ; dessins Jacquard avant l’heure ; protection par la Grande Fabrique
Alsace (Mulhouse, Colmar)Indiennes (toiles imprimées)Usage du chintz indien, mordançage à l’alun, motifs floraux ; immigration suisse
Provence (La Ciotat, Toulon)Toiles à voileChanvre lourd, tissage serré ; proximité des ports royaux

 

 

 

 

 

Outillage et fabrication

 

 

Lorsque le tisserand, après être passé au marché, avait constitué sa provision de fil, il faisait appel à un « poulieur » ( « poulier » signifie:étendre une étoffe pour la faire sécher) qui était souvent une poulieuse, en général son épouse. Le travail de cet aide était double puisque le fil acheté au « filotier » (marchand ou brocanteur qui fait en petit le commerce du fil à tisser) ou à la fileuse avait besoin d’être lessivé puis bobiné, avant d’être placé sur « l’ourdissoir ». À l’exemple des outils de la fileuse, l’ourdissoir provoqua, lui aussi, les critiques des édiles en l’an II :

« Pour montrer l’insouciance inconcevable de nos fabricants sur leurs procédés mécaniques, il ne faut qu’arrêter la vue sur les machines avec lesquelles ils composent leur chaîne. Les ourdissoirs sont quatre ais uniques en bois, roulant circulairement sur un pied vertical et on y déroule horizontalement la chaîne. Ces machines portent au moins trois aunes et demi de circuit et ne reposent que sur quatre points d’appui, ce qui fait qu’il y a toujours une longueur de fil de trois quarts d’aune c ‘est-à-dire quarante-cinq pouces qui portent à faux. On n ‘a pas pu engager, depuis longtemps, les femmes qui exercent ce métier à mettre huit pans au lieu de quatre à leurs machines afin que les fils plus fréquemment soutenus baillent moins et s’affaissent moins inégalement ».

Le métier à tisser utilisé au XVIIIe siècle par les tisserands de la manufacture, était une machine archaïque. Il était propriétaire de son métier qui se transmettait d’une génération à l’autre (certains métiers à tisser ont été utilisés pendant plus de 200 ans). Longue de huit pieds et large de quatre, elle avait souvent conduit les ouvriers à lui réserver une pièce séparée ; mais dans les campagnes on le trouvait aussi bien à l’intérieur de la salle commune que dans l’écurie, voire dans l’étable ou la grange. Dans tous les cas, le métier était placé au-dessus d’une fosse pratiquée dans le sol de terre battue, afin de permettre le logement des « marches ». On appelait ainsi les deux longues pédales levées alternativement par le tisserand au cours de son travail. Aux deux extrémités de l’instrument, se trouvaient les « ensouples ». Il s’agissait de deux cylindres en bois sur lesquels s’enroulaient les fils destinés à constituer la chaîne.

Au moment de préparer son appareil pour commencer à tisser, l’ouvrier enduisait ses fils d’une pâte à base de farine, « le chas ». Il procédait ainsi pour leur éviter tout risque de cassure et pour leur assurer une plus grande résistance quand il les tassait avec son battant. Tisser c’était constituer une chaîne de fils pairs et impairs alternativement soulevés par les pédales ; aussi pour obtenir cette division, les différents fils passaient obligatoirement entre deux règles parallèles formant « la lame », constituées de roseaux ou plus tard en cuivre.

Les nappes de fil séparées par « les baguettes d’envergure » glissaient ensuite entre les dents du « peigne », lequel était soutenu par « le battant ». L’oscillation de ce dernier tassait « les duites » les unes contre les autres, au cours de la confection de la toile. Peignes et lames formaient « le harnais » ou « équipage » et représentaient la partie la plus coûteuse de l’outillage d’un tisserand. C’est pourquoi, dans un certain nombre d’inventaires après décès de ces ouvriers, un tel objet n’est pas mentionné. On le retrouve, en revanche, dans des actes identiques concernant les marchands ou les lamiers, lesquels louaient cette partie aux artisans pauvres.

Pour constituer sa trame entre les deux nappes de fils alternativement soulevées, le tisserand utilisait la navette. Il s’agissait d’un petit objet en buis, fabriqué par le tisserand lui-même. De forme grossièrement trapézoïdale la navette était effilée aux extrémités et renfermait en son milieu une cavité où venait se loger la bobine de fil, la « volute ». Cette dernière pouvait être réalisée au moyen d’un petit cylindre, mais le plus souvent il s’agissait d’une grosse plume enfilée sur une broche. Jusqu’au Premier Empire les ouvriers locaux ont ignoré l’usage de la navette volante et donc du « fouet », grâce auquel celle-ci est chassée et renvoyée. L’artisan devait donc alternativement se pencher, à droite puis à gauche, en prenant appui sur l’ensouple. On peut facilement imaginer qu’à la longue ce travail était pénible et préjudiciable à la santé de l’artisan.

Afin de se conformer aux différents règlements qui avaient été imposés à la manufacture, le tisserand devait fournir un tissu « plein », avec des lisières régulières. La première obligation se réalisait au moyen d’un vigoureux choc du battant. Pour obtenir la seconde, l’ouvrier devait utiliser « le templet » constitué de deux pièces crénelées glissant l’une contre l’autre et réglées à l’écartement désiré.

 

 

 

Usine de tissage début du XXe siècle

 

 

Sources :

  • https://books.openedition.org/pur/21859?lang=fr
  • https://geneaplus.com/la-vie-de-nos-ancetres/les-metiers/le-metier-de-tisserand-tixier-au-xviiiᵉ-siecle/

 

 

Laisser un commentaire