CHRISTINE DE PISAN

 

 

 

 



Muse des cours souveraines, Christine de Pizan (ou Pisan) est une philosophe et poétesse française de naissance vénitienne. En 1390, à l’âge de 26 ans, elle se trouve veuve avec trois enfants. Privée de toute ressource, elle s’adresse à la littérature, pour gagner sa vie. Christine de Pizan est considérée comme la première femme de lettres de langue française ayant vécu de sa plume. En refusant de se remarier et en choisissant de vivre de sa plume, elle a bouleversé les normes médiévales et ouvert la voie à une réflexion sur le statut et le rôle social des femmes.

De Charles V à Charles VI, du père au fils, l’atmosphère change à la cour de France. Du temps du père, on se préoccupe de l’administration de l’État, de la répartition de ses fonctionnaires, de la reconquête stratégique de terres récemment cédées aux Anglais. Le maître mot est prudence, avec tout ce que le terme dénote pour nous de sagacité, de réserve, de perspicacité, de retenue. Au palais du Louvre, dans une bibliothèque choisie, règnent un goût prononcé pour l’étude et le souci de faire traduire en français des ouvrages importants de la latinité. Prudence encore ; entendons, comme le faisait la langue du XIVe siècle, essentiellement raison et sagesse. Le calme et le désir de savoir se conjuguent pour conférer au roi sa force.

L’époque du fils transforma le calme en turbulence, et la prudence en folie. À la cour du roi Charles VI, on préfère les prouesses physiques aux livres, la recherche du plaisir au recueillement. Charles est très jeune encore lorsqu’il manifeste son indépendance vis-à-vis de ses oncles qui essaient de le régenter : il a vingt ans. Il a un goût marqué pour le faste et les fêtes brillantes. Autour de lui, on s’enivre de beaux idéaux chevaleresques, même si l’exaltation est celle de déchus, de décadents. Très vite, pourtant, la joyeuse vie se teinte de sombres angoisses ; Charles perd de plus en plus la raison, et les luttes de pouvoir qui résultent de son affaiblissement donnent lieu, au cours des années, à l’enlèvement de son fils, au meurtre de son frère Louis, à la guerre civile. Alors que Charles V s’imposait en restant en retrait, l’œil vif et le regard perçant, Charles VI est, par la force des choses, un homme à qui on en impose ; c’est à juste titre qu’on parle des « absences » du monarque.

Christine de Pizan grandit pendant le règne de Charles V, mais écrit sous le sixième. Née à Venise en 1365, elle arriva à Paris à l’âge de quatre ans, et ne quitta plus la France. Son père, médecin et astrologue formé à la célèbre université de Bologne, avait passé quelques années, en tant que conseiller, auprès de la République vénitienne, avant de se voir invité à faire profiter de sa science l’entourage du roi sage. Charles V appréciait, d’une part, les calculs astronomiques de Thomas de Pizan, qui lisaient les événements terrestres dans les cieux, et donc favorisaient les démarches politiques du monarque ; d’autre part, il devait se féliciter de l’expérience apportée par ce nouveau conseiller italien, venu d’une cité célèbre pour son gouvernement.

Christine se souvient de cette époque avec nostalgie et fierté. Sa famille fut introduite dans le cercle parisien des érudits et des courtisans; les connaissances de son père, et la confiance du roi en ses talents, assurèrent aux nouveaux venus fortune et réputation. Pour Christine, l’avancement de son père témoigne de la vertu récompensée ; elle vouera toute sa vie un amour au savoir et à l’admiration qu’elle éprouve pour la science de Thomas et pour le discernement du roi qui l’avait appelé à ses côtés.

Le mariage de Christine à quinze ans resserra ses liens avec la cour royale et prolongea la période de son bonheur. Son union avec Étienne de Castel, secrétaire royal, ne dura pourtant que dix ans, avant qu’une maladie n’emporte le jeune mari en 1390. Veuve, Christine fut accablée de tristesse et d’amertume. Elle avait aimé son époux d’amour, comme le début du « Chemin de long estude » l’attestera treize ans plus tard. Maintenant elle se trouvait seule, à la tête d’un foyer qui comprenait ses trois enfants, sa mère, et une nièce. Son père était mort deux ans plus tôt, et Charles V, son protecteur, en 1380.

Elle se fit poète. Le décès d’Étienne l’avait laissée dans la gêne ; écrivant pour gagner sa vie, elle devint, au dire de ses lecteurs modernes, « la première femme de lettres professionnelle » en France. Mais la composition littéraire n’aurait pas pu subvenir à ses besoins, en tout cas dans un premier temps. Peut-être fut-elle également copiste, le travail de secrétaire d’Étienne de Castel l’ayant familiarisée avec les formules et les différentes graphies en usage. Ce qui est certain, lorsqu’on considère son œuvre dans son ensemble, c’est qu’elle acquit au fil du temps d’impressionnantes connaissances en matière de production livresque; elle transcrivait ses propres textes, les annotait, prévoyait leurs illustrations, et rassemblait ses ouvrages dans des collections fort belles, destinées à plaire à des mécènes importants.

Mais, au début de sa carrière, il ne fut pas encore question d’un tel déploiement de compétences. Attachée à la cour, dépendante de ses goûts, elle s’efforça de composer des ballades et des rondeaux sur le thème de l’amour : ses joies, ses périls et les exploits héroïques auxquels il donne lieu. Elle agrémentait les loisirs du duc d’Orléans, le frère cadet de Charles VI, de sa femme italienne Valentine Visconti, et de leur entourage enjoué. Si elle se livrait parfois à l’expression de ses propres sentiments, son deuil, sa solitude, elle tint compte pour l’essentiel des attentes d’un public assez léger.

Elle demeurait pourtant nostalgique; son esprit conservait le souvenir de son mari, de son père, du roi qu’elle avait tant estimé. L’ère de Charles V, celle de sa jeunesse, l’aimantait. Elle ressentait la séduction de la vertu morale, de la gravité, de l’ordre – qualités qu’elle attribuait à cette époque. Et cette nostalgie se doublait d’une autre, plus générale, et que Christine partageait avec ses contemporains, d’un passé où le mérite et la probité gouvernaient la conduite des hommes. La perception d’un présent chaotique et d’un avenir au mieux précaire, le signe de la peur qui accompagne l’incertitude, l’aspiration à un âge d’or – antique, biblique, ou mythologique – hantaient les esprits au tournant des années 1400. Que Christine citât en exemple dans ses écrits la simplicité de Diogène ou la sagesse de Salomon, elle recherchait l’intégrité qui lui semblait manquer au monde de son temps.

La nostalgie, ou tout simplement la solidarité avec le passé, joua un rôle essentiel dans le développement de Christine en tant qu’écrivain. Le succès de ses poèmes de cour la laissa plus libre de suivre ses propres penchants; elle choisit de faire évoluer sa carrière en écrivant des textes plus sérieux, se préoccupant de l’éducation du prince dans L’Epistre Othea, de la narration de l’histoire du monde dans La Mutacion de Fortune, du portrait du monarque vénéré dans Les Fais et bonnes meurs du sage roy Charles V. Ce sont son dévouement aux vertus du passé – courage, noblesse de cœur, mépris de la richesse – et son désir de les réintroduire dans le présent qui font que certains critiques ne l’ont que modérément appréciée, la trouvant moraliste, conformiste, en un mot, trop rangée. Il est vrai que dans ces textes, son écriture ne scintille pas; l’auteur ne s’adonne pas aux gymnastiques verbales, aux calembours, aux sous-entendus, aux récits d’aventures. Les feux qui l’animent sont constants et réglés ; elle évite le flamboyant.

Il faut pourtant se demander si l’affection que Christine voue au passé, à celui de Charles V comme à celui, plus indéterminé, des « temps anciens », est à mettre au compte d’un conservatisme décevant. On conçoit facilement ce dont elle voulait s’écarter. Elle avait obtenu la charge de chambrière de la reine, mais son tempérament était peu porté aux intrigues ou à la frivolité. Et parmi les courtisans, l’attention ne se tournait pas vers les sources du savoir ou vers une réforme profonde de la société; on établissait des ordres chevaleresques, on constitua une Cour d’Amour pour se divertir. N’est-ce pas là l’indice d’un acharnement à retenir un monde révolu, ou à maintenir un monde fictionnel ? On est loin de vivre le raffinement et la beauté de conduite qu’on prône. La reine Isabeau se dissipe avec son amant Louis d’Orléans, frère du roi ; le même Louis, et son oncle, le puissant duc de Bourgogne, s’entredéchirent dans des luttes de pouvoir politique. Les cérémonies et les festivités autour de Charles VI trahissent toujours quelque chose d’inquiétant ; elles sont minées par les conséquences de la folie du roi et de son manque d’autorité. Christine de Pizan voit clair dans l’ambiguïté ambiante, et si elle se tourne vers le passé, c’est sans doute un choix salutaire.

C’est peut-être même un geste « moderne ». Charles V avait adopté des pratiques intellectuelles et politiques qui porteraient pleinement leur fruit au moment de la Renaissance, un siècle plus tard: l’attachement particulier aux livres; les commandes de traduction d’œuvres en langue vulgaire; la recherche de l’érudition au service de la morale plus qu’à celui de la spéculation théologique; la consolidation du territoire national, le développement d’une administration centralisée et laïque – les choix vers lesquels penche Christine dessinent l’avenir. Si elle reste un auteur médiéval, aussi bien dans sa mentalité que dans son style, elle explore, de fait, maints aspects de l’humanisme naissant. Ses origines italiennes la mettent en bonne position pour apprécier les apports culturels transalpins, cruciaux pour le renouveau; Le Chemin de long estude est d’ailleurs le premier texte français auquel La Divine Comédie de Dante a servi de prototype.





Christine n’a pas encore le sentiment typiquement humaniste de pouvoir dépasser ses prédécesseurs, de se servir du passé pour faire mieux, mais ses écrits refondent et réorientent incontestablement leurs sources: Boccace dans La Cité des dames, Valère Maxime dans Le Livre du corps de policie, Végèce dans Le Livre des fais d’armes et de chevalerie, sont, non seulement repris, mais ré- encadrés, ré-envisagés. On ne peut pas non plus attribuer à Christine la conviction « renaissante » que le monde fourmille de possibilités, et que le plaisir et le privilège de l’homme le poussent à les exploiter; elle demeure toujours consciente des contraintes que Dieu, et la Nature, imposent aux hommes – et que les hommes imposent aux femmes. Pourtant, ses ouvrages la représentent souvent dans l’acte de découvrir, d’apprendre : dans La Mutacion de Fortune, un voyage au château de dame Fortune donne lieu à un examen de cette allégorie, et par là même, de la question capitale de l’influence que l’être humain peut exercer sur son propre destin; dans L’Advision-Cristine, l’auteur sort des entrailles de Chaos en quête d’une compréhension plus nette de la Philosophie. Mais le meilleur exemple de la curiosité de Christine, de sa soif de science, demeure sans doute l’ouvrage Le Chemin de longue estude qui fait parcourir le monde à son héroïne, offrant à son regard les merveilles des villes et des campagnes, des peuples exotiques et de leurs richesses. Tout le voyage se fait dans le désir de savoir. Christine, en 1402, nous fait penser à ces explorateurs du siècle suivant, qui rentraient chez eux avec des spécimens étonnants cueillis dans des pays lointains – sauf que ses collections à elle ne consistent pas en objets, mais en connaissances uniquement. Les plus beaux trésors, ainsi qu’elle ne cesse de le répéter.

Sa vie durant, Christine s’est battue pour que les femmes aient accès à ces trésors. En cela aussi, ou surtout, elle est moderne. Premier auteur-femme professionnel, elle est également l’un des protagonistes du premier débat littéraire en français, la célèbre Querelle de la Rose. Peu avant de s’engager dans la composition du Chemin, elle a échangé une série d’épîtres polémiques avec des clercs qui portaient au pinacle les mérites du Roman de la Rose de Jean de Meun. Elle y trouvait à redire, s’offensant de la grossièreté du langage de l’auteur, et des conseils cyniques qu’il prodiguait à propos de l’amour. Un deuxième débat s’est bientôt greffé sur le premier, car, dans leurs réponses à Christine, ses adversaires, Jean de Montreuil et les frères Pierre et Gontier Col, faisaient preuve d’un mépris affiché pour les capacités intellectuelles de leur correspondante. Il fallait réagir à la condescendance des clercs. Christine déplorait, dans les Lettres, le manque de respect pour les femmes, et souhaitait donc, a fortiori, que leur dignité fût reconnue dans la vie. Dans La Cité des dames, son œuvre la plus connue, elle prend prétexte de la lecture d’un auteur misogyne pour démanteler ses propos pièce à pièce, construisant à la place une ville dédiée à l’honneur des femmes, peuplée de dames exemplaires. Le Livre des trois vertus, sorte de suite pratique à La Cité, offre des conseils aux femmes de chaque condition sociale ; de la princesse à la poissonnière, on apprend comment se bien comporter. Ainsi Christine a-t-elle veillé aussi bien à la généalogie des femmes vertueuses, dans La Cité, qu’au maintien, au temps présent, de toutes les qualités féminines, dans ce « manuel » qu’est Les Trois Vertus.

Si l’auteur se plaît à construire des univers féminins dans ses écrits – dans tout Le Chemin de long estude, c’est à peine si un personnage-homme apparaît pour dire deux phrases – c’est qu’elle s’occupe aussi de la place des femmes dans le monde. En tant qu’écrivain, Christine est seule de son sexe dans son milieu, mais cela ne veut pas dire qu’elle délaisse le dialogue avec celles qui l’entourent. Nous avons indiqué combien Christine s’est intéressée, au cours de sa carrière, à la production matérielle de ses ouvrages ; dans La Cité des dames, elle consacre un passage à son admiration pour un peintre du nom d’Anastasie, dont elle loue le talent pour la décoration des marges des manuscrits. Il est tentant de songer à une collaboration entre les deux femmes, travaillant de concert, discutant de la meilleure façon de mettre en page les textes de Christine. Sur un plan moins hypothétique, nous avons des preuves des rapports que Christine entretenait avec les dames de la cour. Le Livre des trois vertus est dédié à Marguerite de Nevers, femme du dauphin et petite fille du duc de Bourgogne, qui, à l’époque, n’a que douze ans; Christine lui recommande la sobriété en matière de vêtements et de nourriture, la discrétion en gestes et en paroles, et une gestion judicieuse de ses terres. En 1405, Christine écrivit directement à Isabeau de Bavière pour l’exhorter à s’entremettre auprès des princes du sang, afin qu’ils maintiennent en paix la France, qui était au bord de la guerre civile (« Epistre a la Reine »); cinq ans plus tard, elle fit présent à Isabeau d’un manuscrit magnifiquement enluminé, recueillant son œuvre complète. En 1418, elle s’essaya à la consolation dans l’Epistre de la prison de vie humaine, texte destiné à réconforter les femmes qui avaient perdu leur père, leur mari et leurs fils dans la terrible défaite d’Azincourt (cette bataille qui n’a duré que trois heures a été une hécatombe pour la chevalerie française: entre 7 000 et 10 000 morts). L’épître eut pour destinataire Marie de Berry, duchesse de Bourbon, fille du duc Jean de Berry, l’un des grands collectionneurs de manuscrits de son époque. Dans la réflexion du geste de Christine – elle, qui, au commencement de sa carrière, avait dit la peine de son propre deuil, offrait maintenant des paroles de compassion à d’autres, abattues comme elle l’avait été – on mesure la distance qui sépare l’auteur de ses débuts, auxquels ce même geste, pourtant, la rattache. Par la poésie lyrique et l’allégorie, au travers de son didactisme et de son engagement politique, Christine a constitué et enrichi son corpus, a livré ses pensées et sa biographie, et s’est mise en état, célèbre et respectée, de défendre et d’écouter autrui.

La fin du règne de Charles VI fut aussi désastreuse que le trouble du roi le laissait présager. Le duc de Bourgogne et ses partisans se sont saisis de Paris, massacrant ceux qui ne se ralliaient pas à leur cause. Mais il y eut pire; quand le duc lui-même fut assassiné, les Anglais profitèrent de la confusion pour soumettre la France. Henri V d’Angleterre s’est fait proclamer régent, en attendant de voir la couronne de France passer définitivement à l’Angleterre à la mort de Charles (1422).

La France livrée aux Anglais, Christine a longtemps gardé le silence. On suppose qu’elle a vécu les années 1420 dans l’abbaye dominicaine de Poissy, au nord-ouest de Paris, où elle avait placé sa fille Marie. Sans doute Christine s’est-elle davantage tournée vers Dieu pendant cette période – par dévotion, par résignation, ou par désespoir devant les nouvelles qui venaient de la capitale. Elle a composé un recueil de méditations sur la Passion. Mais hormis ce texte, rien ne nous est plus parvenu de cette femme qui, au plus intense de son activité au début du siècle, écrivait des milliers de vers par mois. Coupée de la ville et de la cour, s’est-elle adonnée tout entière à la prière, à l’étude? Si Christine avait disparu ainsi, lentement et sans bruit, cela aurait pu jeter un autre éclairage, plus doux et plus flou, sur l’ensemble de son œuvre. La critique aurait peut-être donné à sa piété une place plus grande qu’elle n’a fait jusqu’à présent, et ses textes politiques, sans perdre de leur valeur intrinsèque, Auraient marqué une étape qui eût moins préjugé pour nous du caractère principalement politique de a vision. Mais l’auteur a rompu son silence une fois encore, en 1429, et pour parler avec éclat. Née à l’époque de Charles V, dans la force de l’âge pendant le règne de Charles VI, elle a vécu juste assez longtemps pour voir sacrer Charles VII, et pour espérer qu’il regagnerait bientôt Paris.

Cette joie qui a illuminé la fin de sa vie, elle la devait à l’apparition de Jeanne d’Arc. Son dernier poème loue donc la Pucelle. L’entrée sur scène de Jeanne semblait un miracle pour la France, mais semblait aussi exaucer tous les vœux de Christine. Une femme, dépourvue de tout pouvoir, conseillait et dirigeait les grands; on l’écoutait. Une fille triomphait par sa vertu, sa simplicité, son courage. Il fallait regarder au-delà du sexe et de la position sociale de Jeanne, pour admirer son caractère sa foi sa ténacité. Elle jouait un rôle historique, elle défendait sa patrie. Christine n’aurait pas pu inventer celle qui incarnait si bien ses croyances. Le seul élément essentiel des forces motrices chez Christine qui manquait à Jeanne, c’était l’instruction. La puissance de la jeune fille venait en partie, en effet, de ce qu’elle n’était pas une créature d’étude. Mais Christine se faisait forte de combler cette lacune, en répandant la bonne nouvelle de l’avènement de Jeanne. Une vie consacrée à l’écriture l’avait plus que préparée à chanter ses louanges. Elle s’employa alors, dans Le Ditié de Jehanne d’Arc, à relier ses convictions de toujours à cette histoire qui se déroulait au présent. Ici encore, Christine fut la première : la première à écrire sur Jeanne en français, et la seule, en aucune langue, à rendre un hommage si vibrant à l’héroïne, de son vivant.

Ayant célébré la venue de la femme sauveur, Christine s’éteint à une date inconnue, sans doute vers 1430 (ou 1431). Soixante-cinq ans d’existence, dont quarante au service des lettres. Lorsque Charles V honora d’une invitation à sa cour le docte Thomas de Pizan, médecin et astrologue, personne n’aurait pu prévoir que la réputation de la fille dépasserait rapidement celle du père, et que les écrits de la femme auteur contribueraient à conserver la mémoire du roi. Son amour des livres, sa défense des femmes, et la foi qu’elle portait à son pays distinguent l’œuvre de Christine; elle mérite son renom.


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