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Abbés, abbayes et couvents
Monastère, couvent, abbaye, prieuré… ces mots semblent désigner des choses très proches et ne sont pourtant pas synonymes. Dans les faits, Les monastères sont des établissements religieux rassemblant une communauté de moines ou de chanoines réguliers. Ils peuvent être abbaye ou prieuré. Les couvents sont des établissements religieux, non monastiques.
Abbé et abbesse
Le mot abbé vient du latin abbas, dont l’origine est hébraïque ; en hébreu ab veut dire père, l’abbé étant considéré comme le père de ses moines.
Les abbés étaient maîtres spirituels et temporels de leur abbaye, des serfs qui habitaient sur leurs terres, des moines qui composaient la communauté. II était élu par ses inférieurs , qui confiaient ainsi au plus vertueux la direction absolue des affaires de l’abbaye. C’est à partir des sixième et septième siècles que les abbés se mêlèrent aux affaires politiques, et dès lors ils jouèrent un rôle important. Il suffira de rappeler Suger, abbé de Saint-Denis, régent de France pendant les croisades de Louis VII, et la puissance immense de l’abbaye royale île Saint-Denis, pour donner une idée juste de l’importance des abbés au Moyen Âge. Plusieurs d’entre eux jouirent même de tous les privilèges des évêques. Ils avaient le droit de porter la crosse et la mitre avec des ornements d’or, mais non de pierres précieuses. En revanche, ils décoraient leurs crosses de magnifiques sculptures en ivoire, ou de peintures émaillées extrêmement curieuses. Mais, malgré tous leurs efforts, les abbés ne parvinrent jamais à avoir le pas sur les prélats.
Parmi les abbés les plus considérables, il faut citer encore : l’abbé de Saint-Germain-des-Prés, ordinairement prince et cardinal, dont le palais et les prisons, encore subsistants en 1840, attestent l’ancienne puissance; l’abbé de Saint-Victor à Paris, de Saint-Martin de Tours, d’Ainay à Lyon, de Citeaux, de Cluny, etc.
On distinguait plusieurs sortes d’abbés. L’abbé régulier était un supérieur de religieux, religieux lui-même, et portant l’habit de son ordre. L’abbé commendataire était, à partir de la Renaissance, un cadet de famille qui se faisait tonsurer, et promettait de recevoir dans l’année les ordres et la bénédiction épiscopale, promesse qu’on ne réalisait jamais. Ces abbés administraient les fonds de la communauté, prenaient un tiers de ses revenus, et vivaient à ses dépens à la Cour et dans le monde, où ils étaient fort recherchés au dix-huitième siècle ; quant à l’abbaye, elle était administrée par un prieur claustral. De nos jours, le nom d’abbé que l’on donne aux ecclésiastiques en leur adressant la parole, n’est qu’une simple formule de politesse.
Les abbesses étaient les chefs des communautés de femmes. En France, les abbayes de femmes ne remontent pas au-delà du sixième siècle (567), époque à laquelle Radégonde, femme de Clotaire Ier, fonda le monastère de Sainte-Croix à Poitiers. Ces communautés se multiplièrent depuis, et parmi les abbayes les plus célèbres on peut indiquer celles de Poissy, de Chelles, de Fontevraud, aux Dames à Saintes, etc…. Les abbesses avaient les mêmes pouvoirs que les abbés sur le temporel de leur abbaye ; elles portaient même la crosse : mais elles ne pouvaient excommunier, confesser, délier les vœux; presque tous les actes de l’autorité spirituelle étalent exercés dans les abbayes de femmes par les évêques.
Couvents et abbayes
Parmi les nombreux monuments qui furent élevés au Moyen Âge sur le sol de la France, les couvents sont certainement du nombre de ceux qui méritent le plus de fixer l’attention des historiens, eu égard aux faits importants qui s’y rattachent, et à l’influence que les ordres religieux exercèrent sur la société à cette époque. La place qu’ils occupent dans l’histoire de notre architecture n’est pas moins importante.
Il faut chercher l’origine des couvents dans la vie solitaire à laquelle se consacrèrent quelques saints hommes qui voulaient se soustraire au tumulte des villes et de la multitude pour se livrer plus tranquillement aux pratiques religieuses. St. Paul passe pour le premier ermite. St. Antoine assembla des disciples, et les convertit à une vie commune et régulière.
Les premiers religieux qui se livrèrent à la vie monastique avaient pour habitations des cabanes ou petites maisons séparées comme celles des Chartreux.
Dans l’origine, les monastères étalent toujours eu dehors des villes, et même souvent très éloignés; ce ne fut que plus tard qu’il furent établis dans leur enceinte.
Les anciens auteurs chrétiens, et Grégoire de Tours entre autres, nous apprennent qu’aux époques des persécutions religieuses les fidèles étaient obligés de se réunir dans des maisons particulières pour échapper aux poursuites de leurs ennemis. Le centre de ces maisons, distribuées selon la coutume des Romains, était toujours occupé par une cour entourée de portiques composant ce qu’on appelait le péristyle, et dont la disposition a sans doute été imitée dans celle des cloîtres, qui, plus tard, furent une des parties principales de la distribution des couvents, lorsque les communautés religieuses furent définitivement constituées.
L’abbé Fleury, dans son ouvrage intitulé les Mœurs des premiers chrétiens, va plus loin encore dans le rapprochement qu’il est permis d’établir entre les habitations antiques et les couvents. « Je m’imagine, dit cet écrivain, trouver encore dans les monastères les vestiges de la disposition des maisons antiques romaines, telles qu’elles sont décrites dans Vitruve et dans Palladio. L’église que l’on trouve toujours la première, afin que l’entrée en soit libre aux séculiers, semble tenir lieu de cette première salle que les Romains appelaient atrium; de là on passait dans une cour environnée de galeries couvertes, à qui l’on donnait d’ordinaire le nom grec de péristyle, et c’est justement le cloître où l’on entre de l’église, et d’où l’on entre dans les autres pièces, comme le chapitre qui est l’exhèdre des anciens, le réfectoire qui est le triclinium, et le jardin est ordinairement derrière tout le reste comme il était aux maisons antiques. »

Vue orientale de l’abbaye Saint-Germain-des-Prés, à Paris, en1368
| A – La grande porte du monastère. | I – Le pilori. |
| B – L’église. | K – Hôtellerie du Chapeau-Rouge |
| C – Chapelle de la Vierge. | L – Barrière sur les fossés |
| D – Cloître. | M – Espace depuis la barrière jusqu’à la rue des Ciseaux. |
| E. – Dortoir | N – Chemin conduisant au pré aux Clercs |
| F – Porte papale | O – Chemin sur les fossés du côté du pré aux Clercs. |
| G – Réfectoire | Q – Chemin pour aller à la rivière |
| H – Fossés | R – Clos de l’abbaye |
Il serait impossible d’admettre une analogie aussi complète entre les maisons des anciens et les monastères du Moyen Âge. Ce serait à tort surtout qu’on voudrait chercher à établir une similitude quelconque entre l’église et l’atrium; mais de toutes les parties qui composent l’ensemble d’un couvent, le cloître est celle qui, par sa disposition et sou usage, conserve le rapport le plus réel avec le péristyle des anciens; il satisfait de même au besoin d’avoir, au milieu de bâtiments fermés à l’extérieur, un espace ouvert, aéré, et susceptible de recevoir quelques plantations. C’est une disposition semblable qu’on retrouve encore de nos jours dans la plupart des maisons italiennes, et surtout dans celles de l’Orient, qui sont de véritables couvents. Les portiques du cloître, de même que ceux du péristyle antique, et des habitations méridionales qu’on vient de citer, avaient l’avantage d’offrir un abri contre la pluie et l’ardeur du soleil, et d’établir en même temps une communication entre toutes les pièces disposées a son pourtour.
Ne peut-on pas aussi établir un rapprochement entre les cloîtres entourés de galeries qui furent établies sur le côté des églises, et ces cours disposées de même qui étaient en avant des premières basiliques?
Quant aux autres distributions de ces vastes habitations communes, elles furent successivement modifiées selon l’exigence des besoins pour lesquels elles étaient créées, et ne conservèrent bientôt plus aucun rapport avec la maison antique. En effet, l’ensemble des bâtiments d’un couvent se composait d’abord de l’église abbatiale, placée sous l’invocation du saint ou du martyr protecteur de la communauté, puis du cloître, qui occupait ordinairement toute la longueur de la nef parallèlement à l’un des collatéraux. Autour du cloître se trouvaient situées les salles de chapitre et le réfectoire; les autres bâtiments qui se groupaient autour de cette partie centrale étaient le logis de l’abbé ou de l’évêque supérieur du couvent, les logements des étrangers, des celliers pour conserver les provisions, etc. Souvent un second cloître moins étendu servait à réunir plusieurs autres bâtiments, tels que l’infirmerie, les cuisines, les bains, et quelques dépendances. Dans le reste du terrain, dont une partie était occupée par de vastes jardins, se trouvaient les piscines, les basses-cours, et enfin le cimetière, quand il n’était pas dans le cloître. Cet ensemble de constructions diverses était renfermé dans une enceinte de murailles crénelées et flanquées de tourelles pour repousser les attaques du dehors; l’entrée en était défendue par un pont-levis; à l’extérieur, non loin de l’entrée était une auberge pour les voyageurs; et comme les abbés avaient droit de haute et basse justice sur leurs serfs, un pilori, des prisons et dos cachots complétaient tous ces témoignages de leur pouvoir féodal.
Au Moyen Âge, la société était ou guerrière ou religieuse, et pendant la durée des guerres continuelles et des luttes politiques qui désolèrent la France, les couvents servirent de retraite à ceux qui, voulait se livrer à l’étude, ne pouvaient le faire en sécurité que dans ces lieux de retraite et de méditation. Aussi vit-on se développer dans ces maisons religieuses, devenues les véritables sanctuaires de la science, les hommes qui, par leurs connaissances variées et étendues, jetèrent le plus d’éclat sur ces siècles de barbarie.
Dès les premiers temps de l’établissement du christianisme dans les Gaules, les couvents qui s’élevèrent sur notre territoire rappellent tous les noms les plus illustres ;Grégoire de Tours habita celui de Saint-Julien-le-Pauvre à Paris; saint Colomban honora le monastère de Luxeuil, d’où le roi Théodoric le fit arracher pour l’envoyer en exil. L’abbaye de Fontenelle, aujourd’hui Saint-Wandrille (https://fr.wikipedia.org/wiki/Abbaye_Saint-Wandrille_de_Fontenelle), celle de Jumièges en Normandie (https://fr.wikipedia.org/wiki/Abbaye_de_Jumièges) eurent des écoles d’où sortirent les missionnaires qui, au septième siècle, achevèrent l’œuvre de la régénération sociale. Plus tard, le couvent d’Aurillac en Auvergne (https://fr.wikipedia.org/wiki/Abbaye_Saint-Géraud_d’Aurillac) vit se développer le génie du fameux Gerbert, qui fut à la fois homme de lettres, savant et politique, et semble devoir être considéré comme le précurseur de Bacon et de Pascal.
La disposition générale, indiquée dans les anciens historiens, resta toujours telle qu’elle avait été dès l’origine des ordres monastiques. L’esprit religieux qui présidait à la construction des couvents fut sans doute cause que, par une suite non interrompue de traditions, ils conservèrent toujours leurs formes punitives. En effet, c’est dans le silence du cloître que furent cultivés, non seulement les sciences, les lettres et les arts de la peinture et de la sculpture, mais plus particulièrement l’architecture; et l’on sait en effet que les abbés présidèrent souvent en personne à la construction de leurs couvents, que des diacres prirent le rôle de chefs d’ouvriers, et que les prêtres et les moines eux-mêmes contribuèrent de leurs mains à l’exécution de ces couvents et monastères. En Orient, c’est dans les monastères grecs que sont établies les écoles de peinture et de calligraphie.
Ce fut des couvents que sortirent la plupart des artistes célèbres qui illustrèrent l’Italie au seizième siècle. En France, le célèbre architecte Pierre Lescot était abbé de Clagny et chanoine de Paris; Philibert de Lorme était abbé d’Ivry, et reçut du roi François Ier l’abbaye de Saint-Eloi et celle de Saint-Serge d’Angers.
Les fréquentes dévastations des Normands n’ont laissé à la France aucun des couvents de la primitive Église, et ce n’est guère qu’au onzième siècle que furent construits les plus anciens qu’on puisse étudier aujourd’hui. Celui de l’Ile Saint-Honorat (06), passe cependant pour appartenir au huitième siècle; il est remarquable par l’espèce d’atrium qui existe en avant de l’église.
Lorsque les couvents s’établirent dans l’intérieur des villes, ils furent souvent annexés à des églises préexistantes; d’autres fois, au contraire, l’érection des couvents précédait celle de l’église, dont ils n’étalent dotés que plus tard.
Les églises conventuelles étaient quelquefois précédées d’une cour ou parvis; quelquefois elles étaient directement sur la voie publique; mais dans l’un ou l’autre cas elles avaient leur entrée disposée de manière que le public pouvait se rendre au service divin sans pénétrer dans l’intérieur du couvent; le chœur réservé aux moines étant en communication avec le cloître et les bâtiments adjacents, ceux-ci pouvaient s’y rendre directement et à couvert, soit du réfectoire, des dortoirs, ou des autres parties de l’habitation. L’architecture, tant extérieure qu’intérieure, de ces églises, suivit, du onzième au quinzième siècle, toutes les phases que nous avons eu occasion d’indiquer en traitant des églises en général. Les cloîtres sont, après l’église, la partie des couvents dans laquelle l’architecture se plut à appliquer les efforts de son génie. Bien qu’imitées comme principe des portiques des anciens, leurs galeries présentent, quant à leur ordonnance, une physionomie toute nouvelle, qui résulte de la nécessité où l’on fut de les mettre en harmonie avec le signe distinctif de l’architecture chrétienne : le système par travée remarqué dans les nefs des églises fut également adopté dans la construction des galeries des cloîtres. Ces travées sont déterminées par des contreforts extérieurs servant de points d’appui et de résistance aux voûtes des galeries ; l’espace entre ces contreforts est occupé par une ou plusieurs arcades, quelquefois au nombre de quatre. Dans les cloîtres du onzième siècle, ces arcs étaient en plein-cintre, et supportés par de petites colonnettes reposant sur un mur d’appui, et accouplées deux à deux dans le sens de l’épaisseur du mur. Les voûtes des galeries furent quelquefois construites simplement en bois, mais le plus souvent elles sont voûtées en pierre et à plein-cintre comme les arcades extérieures. Les chapiteaux, les retombées de voûtes, les archivoltes, etc., sont décorés avec tout le luxe de la sculpture qui caractérise le onzième et le douzième siècles.
Les cloîtres les plus remarquables qui appartiennent à cette période de l’art, sont : celui de Saint-Georges de Bocherville en Normandie, celui de Saint-Trophime à Arles (https://fr.wikipedia.org/wiki/Cloître_Saint-Trophime) , décoré de riches sculptures , celui de Saint-Sauveur à Aix, et enfin le beau cloître de Moissac (https://fr.wikipedia.org/wiki/Abbaye_Saint-Pierre_de_Moissac) , dans lequel, bien que l’ogive commence à apparaître, on remarque encore dans les ornements tous les caractères du style byzantin , les chapiteaux de ce cloître.
Dans ces cloîtres, un puits richement orné, mais plus souvent une fontaine jaillissante, occupait sous une voûte disposée à cet effet un des angles du préau, et répandait une agréable fraîcheur clans ces asiles de paix. Ces fontaines cependant n’avaient pas été établies originairement dans un simple but d’agrément ; il y en avait de semblables dans les cours qui précédaient les primitives églises, et saint Grégoire nous apprend qu’elles servaient à se laver les mains et le visage avant la prière ; les bénitiers ne sont autre chose que l’image de ces anciennes fontaines, et les ablutions prescrites par la religion mahométane peuvent bien être une tradition de ces premières pratiques chrétiennes; car il existe une analogie frappante entre ces fontaines couvertes qu’on trouve au milieu de la cour des mosquées et celles qui existaient dans certains cloîtres. Dans les derniers temps ces fontaines servaient simplement de lavabo pour les moines à la sortie du repas; on y opérait aussi le lavage qu’on avait coutume de faire subir aux corps morts avant l’inhumation. La fontaine de Valmagne , et celle qui était autrefois à l’abbaye de Saint-Denis et qui est aujourd’hui placée dans la deuxième cour de l’école des Beaux-Arts, sont extrêmement curieuses.
Le réfectoire adjacent au cloître et la salle du chapitre étaient ordinairement les parties les plus monumentales des couvents après l’église. ; les divers ordres religieux, mettaient beaucoup d’amour-propre à posséder un réfectoire et une salle capitulaire qui pussent être cités pour leur mérite architectural. Le réfectoire de l’abbaye Saint-Germaîn-des-Prés avait une grande renommée ; il fut élevé en 1239 par le célèbre Pierre de Montereau, qui a aussi construit dans la même abbaye la grande chapelle de la Vierge.
Pierre de Montereau éleva aussi le réfectoire non moins célèbre de l’abbaye de Saint-Martin-des-Champs à Paris, qui subsiste encore dans un état de conservation tel qu’on peut admirer et la science de sa construction et la hardiesse de ses voûtes, dont les retombées ont pour supports des colonnes d’une finesse et d’une élégance extrêmes. Ces colonnes sont placées dans le milieu même de la salle, et la divisent en deux parties égales dans sa largeur; or la dimension de cette salle n’est pas telle qu’on n’eût pu se passer de ces points d’appui; mais il est bien constant que cette disposition n’a été créée à plaisir par l’architecte que pour arriver à produire un effet inattendu et plaisant. Il faut convenir que le résultat est complet, et qu’on est ravi d’admiration à l’aspect de ce véritable chef-d’œuvre du treizième siècle, bien qu’il soit privé de tout le charme que devaient lui prêter les peintures éclatantes, les dorures et les vitraux dont il était orné. On remarque aussi la chaire consacrée au lecteur, qui forme saillie à l’extérieur, et dont l’escalier est pris dans l’épaisseur du mur. Ce réfectoire est malheureusement, avec l’église et quelques restes de murailles, les seules parties de cet ancien couvent qui nous aient été conservées; les autres bâtiments affectés depuis au Conservatoire des arts et métiers ne remontent pas au-delà des règnes de Louis XIII e| de Louis XIV.
Le réfectoire de l’abbaye de Saint-Jean-des-Vignes à Soissons offrait une disposition complètement semblable à celle, du réfectoire de Saint-Martin. On voit encore à Paris les restes du réfectoire des Bernardins.
La salle capitulaire, destinée à réunir le chapitre, était, suivant le principe de l’architecture chrétienne, divisée en travées comme les églises, comme les réfectoires , etc. ; elle était ordinairement voûtée, éclairée par de grandes fenêtres,et décorée de peintures; des bancs ou stalles disposés au pourtour permettaient à une nombreuse assemblée d’y prendre place, pour y délibérer sur les affaires de la communauté ou sur des points de théologie.
Les parties réservées pour l’habitation des moines étaient, selon les règles de l’ordre, distribuées, soit en vastes dortoirs, soit en cellules; de larges corridors ou galeries servaient à la circulation et à la promenade; des chauffoirs étaient disposés comme lieux de réunion pour les moines. Dans l’ordre des Chartreux, chaque religieux avait une habitation séparée accompagnée d’un petit jardin.
L’habitation de l’abbé formait ordinairement un corps de bâtiment séparé, dans lequel, selon importance et la richesse du couvent, on réunissait tout ce qui pouvait contribuer aux commodités et â l’agrément de la vie, embelli de plus de tout le luxe de l’époque ; car les évêques et les abbés avaient, en outre de leurs prérogatives et de leurs charges religieuses, une grande puissance temporelle: ils étaient seigneurs, et ils en avaient non seulement les droits, mais les charges, qui consistaient à fournir des gens de guerre, et souvent à les commander en personne ; ils étaient aussi chanceliers ou ministres; et comme souvent ils avaient des attaques à repousser, il leur fallait mettre leurs places en état de défense et entretenir des troupes dans l’intérieur.
Dans les cloîtres du treizième siècle où l’ogive remplaça le plein-cintre la partie du cloître d’Arles qui date de cette époque, l’architecture perdit de sa sévérité, les arcades des portiques se resserrèrent de plus eu plus, et ce fut alors qu’on commença à les clore par des vitraux ; car ces portiques ouverts qu’on avait empruntés aux pays méridionaux ne pouvaient convenir sous une température plus rigoureuse. Aussi, dès le quatorzième siècle, et surtout au quinzième siècle, les ouvertures des galeries autour des cloîtres devinrent de véritables fenêtres divisées par des meneaux, comme au cloître de Saint-Jean-des-Vignes à Soissons, à ceux de Noyon, de Saint-Wandrille, etc.
A cette époque on ajouta à toutes les parties déjà décrites une bibliothèque où les moines pouvaient augmenter leurs connaissances, et qu’ils enrichissaient eux-mêmes de leurs productions dans les lettres, les sciences et les arts, pour de là les répandre au-dehors.
Outre l’église, il y avait aussi dans l’intérieur des couvents des chapelles en l’honneur de saints ou de martyrs, fondées par la piété des princes ou des grands personnages.
Quant aux autres dépendances des couvents, elles acquirent successivement un développement proportionné à la richesse des moines et aux améliorations apportées dans les usages de la vie : elles comprenaient des ateliers pour la fabrication des armes, des meubles, et des objets de première nécessité. Par suite des privilèges attachés aux abbayes, les locations des habitations comprises dans leur enceinte étaient très recherchées et d’un très bon produit. Mais quand les bénéfices des couvents diminuèrent, les moines aliénèrent de grandes parties de leurs propriétés en les vendant à des particuliers.
Après avoir suivi jusqu’au quinzième siècle la marche de l’art en général, l’architecture des couvents, dont les différents styles se reconnaissent facilement par la forme des arcs cl le caractère des ornements, fut,comme celle des églises, complètement modifiée au seizième siècle, et suivit toutes les conséquences des formes introduites par la Renaissance dans l’art chrétien. Dans les cloîtres, les pilastres ou les colonnes imitées des ordres antiques remplacèrent et les contreforts et les colonnettes accouplées ; le plein-cintre régna universellement; les plafonds ou les voûtes, soit en bois, soit en pierre, furent décorés de compartiments réguliers en forme de caissons. Le couvent des Célestins à Paris possédait un très beau cloître de la Renaissance détruit depuis, mais dont quelques restes subsistent encore ; il était décoré de riches tombeaux, dont la plupart n’existent plus.
Sous le règne de Louis XIII, on éleva et restaura un assez grand nombre de couvents qui n’offrent rien de très remarquable. Mais pour donner une idée du goût de cette époque appliqué à ce genre de monument,on citera le petit cloître qui existe encore (en 1840) dans l’enceinte du Luxembourg sur la rue de Vaugirard, et qui fut construit par Marie de Médicis.
Depuis le dix-septième siècle, les cloîtres ont successivement perdu leur aspect monumental et pittoresque, comme on peut s’en convaincre par le cloître actuel de Saint-Martin-des-Champs à Paris, qui a été élevé dans le siècle dernier, ainsi que celui de l’abbaye Sainl-Germain-des-Prés, dont on voit encore un reste dans une des maisons de la rue de l’Abbaye, et beaucoup d’autres qu’il est inutile de citer.
Outre les abbayes et couvents déjà mentionnés, parmi ceux qui avaient acquis une certaine célébrité, on ajoutera l’abbaye de Cluny, dont il reste quelques ruines (8%); c’était le plus grand couvent de l’ordre des Bénédictins, dont le siège principal était à Saint-Benoît-sur-Loire; l’abbaye de Clairvaux, celle de Saint-Remy à Reims, l’abbaye de Saint-Victor à Paris, qui avait dans sa dépendance quarante autres abbayes sur divers points de la France; l’abbaye de Saint-Denis, celle de Corbie (Somme), d’où proviennent les plus fameux manuscrits de la Bibliothèque royale ; et enfin, le fameux couvent de Saint-Ouen à Rouen, le plus ancien de toute la Normandie. Dans l’abbaye de Saint Ouen, D. Michel Germain, mort en 1691, avait recueilli une collection de vues de toutes les abbayes de Bénédictins de France. On suppose que la plus grande partie de cet ouvrage a été détruite dans l’incendie de la bibliothèque de Saint-Germain-des-Prés.
Il faut déplorer le vandalisme qui a détruit un si grand nombre de couvents et faire des ceux pour que, dans un intérêt historique, ceux qui subsistent encore soient entretenus et conservés.

Plan en relief de la grande abbatiale de St Hughes construite de 1080 à 1225,
détruite de 1805 à 1823
