ORIGINE DES EXPRESSIONS ET MOTS SINGULIERS ET PITTORESQUES

Chaque mot et expression que nous utilisons quotidiennement a une origine, souvent ancrée dans des événements historiques ou des pratiques culturelles. C’est un rappel des générations passées, des cultures qui ont formé notre langue et des événements qui ont façonné notre histoire.

Amoureux (Guerre des). La paix signée à Bergerac, le 17 septembre 1577, entre les catholiques et les huguenots, venaità peine de mettre fin à la sixième guerre civile, que déjà les deux partis s’apprêtaient à reprendre les armes. Henri de Bourbon, roi de Navarre, et sa femme, la célèbre Marguerite de Valois, faisaient leur séjour à Nérac, où , dit cette dernière dans ses Mémoires : « La cour étoit si belle et si plaisante, que nous n’enviions point celle de France, moi y étant avec bon nombre de dames et filles, et le roi mon mari étant suivi d’une belle troupe de seigneurs et de gentilshommes aussi honnêtes gens que les plus galans que j’ai veu à la cour, et n’y avoit rien a regretter en eux, sinon qu’ils étoient huguenots. » Cette cour dont Marguerite fait un si bel éloge, se composait de jeunes seigneurs frivoles, sans conscience, sans mœurs, et que leurs continuelles galanteries avaient fait surnommer les Amoureux. Pauvres pour la plupart, et ne vivant que de pillage, ils réussirent, en 1580, à faire recommencer la guerre que le traité de Fleix termina le 20 novembre de la même année. Dans cette guerre, à laquelle ils donnèrent leur nom, on ne songea qu’à piller et à dévaster les châteaux et les églises. Les catholiques eurent partout l’avantage. Le seul succès des huguenots fut la prise de Cahors. Six jours entiers on se battit dans les rues de cette ville. En vain les troupes protestantes, mourant de fatigue, de faim et de soif, supplièrent-elles plusieurs fois le roi de Navarre de faire sonner la retraite; Henri, dont les pieds étaient déchirés et pleins de sang, dont la cuirasse et le casque étaient percés d’arquebusades, refusa opiniâtrement de céder. Une fois la victoire décidée, les massacres et les pillages commencèrent, « et l’on ne s’y épargna pas, » dit Sully, qui pour sa part trouva une petite cassette en fer renfermant quatre mille écus d’or.

Angélus du duc de Bourgogne. Jean sans-Peur, duc de Bourgogne, après avoir fait assassiner à Paris, le 25 novembre 1407, Louis, duc d’Orléans, avoua son crime dans une assemblée des princes du sang, et se vit obligé, pour éviter le châtiment qu’il méritait, de s’enfuir au plus vite. Il n’échappa qu’à grand’ peine à une troupe de cavaliers qui le poursuivirent à outrance. Il arriva dans ses États à une heure dé l’après-midi; et, en mémoire du péril qu’il avait couru, il ordonna que dorénavant les cloches sonneraient à cette heure. Cette sonnerie s’appela depuis l’Angelus du duc de Bourgogne.

Aniers (Journée des). Le congrès assemblé, en 1511, à Mantoue, pour la pacification de l’Italie, ayant été rompu par les intrigues du pape Jules II, qui voulait à tout prix satisfaire sa haine contre la France, les hostilités recommencèrent entre les Français et les troupes du pape. Celles-ci s’étaient retirées sous les murs de Bologne, lorsque le maréchal de Trivulce vint canonner la ville. Les Bolonais lui ouvrirent leurs portes, et les Français, les bourgeois, les paysans des montagnes voisines, fondirent tous ensemble sur l’armée papale qui s’éloignait en désordre. « Jamais, dit l’historien du bon chevalier sans paour et sans reprouche (Bayard), jamais ne feut vue si grosse pitié de camp; car tout leur bagage y demeura; artillerie, tentes et pavillons, et y avoit tel François qui lui seul menoit cinq ou six hommes d’armes du pape, ses prisonniers, et on fut un qui avoit une jambe de bois, appelé La Baulme, qui en avoit trois liés ensemble. Ce fut une grosse défaite et gentement exécutée. Ce bon chevalier sans peur et sans reproche y eut honneur merveilleux, car il menoit les premiers coureurs. » Fleurange raconte d’où vint le surnom donné à cette journée : « Qui eust eu affaire, dit-il, le long du grand chemin, de hardes, malles et autres bagages, il y en eût trouvé assez; et fit-on gros gain, et parce qu’il y eut tant de mulets pris dedans les fossés, sur le grand chemin et autres parts, fut nommé par les François la journée des Aniers. » Ce fut après cette victoire que Trivulce écrivit à Louis XII que dorénavant « il coucherait en lit, et ne porterait plus que des éperons de bois. »

Année de Corbie, On appelle ainsi l’année 1636 où la prise de Corbie sembla mettre la France à deux doigts de sa perte. Richelieu, après une longue hésitation, s’était décidé à engager la lutte avec la maison d’Autriche, au moment où le parti suédois et protestant était près d’être accablé en Allemagne. Cette guerre, déclarée le 26 mars 1635, s’ouvrit à la fois de quatre côtés : sur l’Escaut, le Rhin, les Alpes et les Pyrénées. La première campagne fut loin de répondre aux espérances du cardinal. Celle de 1636 fut encore plus désastreuse. Pendant que le duc de Rohan continuait ses habiles opérations dans la Valteline, que Weimar et le cardinal de Lavalette étaient occupés sur la Sarre, et que le prince de Condé (Henri II) échouait au siège de Dôle, Piccolomini, le cardinal Infant et le célèbre partisan Jean de Werth, à la tête d’une immense cavalerie, se jetèrent sur la Picardie laissée sans défense. En peu de jours, ils enlevèrent La Capelle, le Catelet, franchirent la Somme, repoussèrent les Français sur l’Oise, et enfin firent capituler Corbie au mois d’août. Dans ces circonstances critiques, Richelieu, accablé par les souffrances physiques, par les inquiétudes et les soucis de tout genre, trahi de tous les côtés, tomba dans le plus profond découragement, et s’enferma dans son palais où il s’entoura de gardes. Il parait que ce fut le fameux capucin connu sous le nom de père Joseph qui releva son âme abattue, et lui rendit toute son énergie. Le peuple s’ameutait dans les rues et se montrait si exaspéré que, lorsqu’il fut question d’aller assister à une délibération à l’Hôtel-de-Ville, les amis du cardinal s’opposèrent à cette démarche. « Mais, dit Fontenay-Mareuil, le cardinal qui avoit assurément une âme très grande et très élevée, méprisant tout ce qu’ils disoient, y alla, et même encore sans celte multitude qui l’accompagnoit ordinairement, et quasi tout seul, n’ayant dans son carrosse que trois ou quatre personnes, et autant à cheval derrière lui. »  

Bientôt les mesures les plus énergiques fuient prises non seulement « pour arrêter les progrès des ennemis, mais pour les rechasser dans leur pays avec autant de crainte qu’ils étoient entrés avec hardiesse dans le nôtre. » Le roi s’adressa à toutes les compagnies du Parlement, Chambre des comptes, Cour des aides, etc., et aux sept corps des marchands et des artisans de Paris, pour leur demander leur aide et leur assistance. Le Parlement, chez lequel on trouva si rarement intelligence politique et patriotisme, ne chercha qu’à entraver les mesures du roi, qui se vit obligé de lui interdire toute délibération. Il n’en fut pas de même chez les classes inférieures; « et particulièrement, dit Richelieu dans ses Mémoires, les sept corps des métiers; ils allèrent dès le lendemain trouver le roi qui les reçut dans sa grande galerie, et lui firent offre de leurs personnes et de leurs biens avec une si grande gaieté et affection, que la plupart d’eux lui embrassoient et baisoient les genoux ; ensuite ils dressèrent un rôle du nombre d’hommes que chacun d’eux pouvoit lever et soudoyer, et le mirent entre les mains du lieutenant civil, comme aussi le rôle et les noms des hommes d’entre eux propres à porter les armes, afin que le roi s’en servit scion qu’il en aurait besoin. La même ordonnance fut envoyée à tous collèges, communautés, fabriques, monastères rentés, à laquelle tous obéirent avec un très grand zèle ; de sorte qu’en moins de dix jours le roi eut de quoi lever et entretenir, trois mois durant, douze mille hommes de pied et trois mille chevaux. Les autres villes du royaume contribuèrent depuis, à proportion, avec une grande promptitude. »

En même temps, une ordonnance royale enjoignit à tous les hommes sans condition et en état de porter les armes, d’aller dans les vingt-quatre heures s’inscrire chez le maréchal de La Force. Tous les privilégiés et exempts de tailles durent se trouver, dans le délai de six jours, à Saint-Denis, montés et armés, sous peine d’être déchus de leurs privilèges. On enrôla les laquais et les ouvriers. Tous les ateliers furent fermés; tous les travaux publics et particuliers, suspendus. Chaque propriétaire d’un carrosse dut fournir un cheval avec un laquais ou un cocher; chaque maître de poste, un cheval avec ses postillons. Le roi fit ouvrir à tous ceux qui apporteraient des blés dans Paris les greniers des communautés, et leur abandonna sa propre galerie du Louvre pour en faire un marché public. Les propriétaires et les locataires de chaque maison furent tenus de fournir un homme avec une épée et mi baudrier. « Et d’autant que les armuriers et les quincaillers, abusant de la nécessité publique, vendoient les armes à un prix excessif, Sa Majesté les modéra à un prix qui fut raisonnable. »

Des bateaux armés en guerre allèrent chercher les grains qui arrivaient par l’Aisne et l’Oise. Les habitants des bourgs et villages circonvoisins, travaillèrent à fortifier Paris, Saint-Denis, et à établir plusieurs camps retranchés. Hommes, femmes, enfants, tout le monde prit les armes. Le général espagnol Galas, avec 60000 soldats, venait d’envahir la Bourgogne, Saint-Jean de I.osne, petite ville mal fortifiée, ravagée par une épidémie, et qui ne renfermait que 150 soldats et 400 bourgeois, l’arrêta huit jours. Après deux assauts sanglants, les Impériaux furent obligés de renoncer à ce siège, « où il n’y eut pas jusqu’aux femmes qui n’y fissent merveille à jeter des pierres aux ennemis et a porter du rafraîchissement aux soldats. »

Le roi eut bientôt sous ses ordres une armée de 40 000 hommes. Il se mit à leur tête avec le cardinal et Je duc d’Orléans, et marcha droit à l’ennemi. Les espagnols reculèrent; mais, grâce à la trahison du duc d’Orléans et du comte de Soissons, qui, au milieu des périls de la patrie, complotaient l’assassinat du cardinal, ils purent se retirer sans être entamés. Ces deux seigneurs mirent ensuite le siège devant Corbie. Richelieu, prévenu qu’ils voulaient faire échouer l’entreprise, arriva subitement au camp, et fit enlever la place sous ses yeux. Pendant que les ennemis étaient ainsi chassés de la Picardie et de la Bourgogne, le général suédois Baner, qu’on appelait le second Gustave, battait les Impériaux à Wilstock, et s’emparait de la Saxe. Le succès couronnait partout les efforts du cardinal et de la nation, et la France fut sauvée du plus grand péril qu’elle eût couru depuis la bataille de Saint-Quentin.

L’argent n’a pas d’odeur : Cette expression nous ramène au règne de l’empereur romain Vespasien (69-79 après J.-C.). Pour renflouer les caisses de l’Empire, mises à mal par son prédécesseur Néron, Vespasien instaure un impôt sur la collecte des urines. À cette époque, les urines étaient précieuses pour les teinturiers, car elles servaient à dégraisser les peaux et fixer les teintures. L’idée d’un tel impôt fit scandale. Son fils Titus, moqueur, fit remarquer l’absurdité de la taxe. En réponse, Vespasien porta une pièce de monnaie sous son nez et déclara : «Elle ne sent rien». Depuis, l’expression «l’argent n’a pas d’odeur» est utilisée pour rappeler que, peu importe l’origine des richesses, leur valeur reste identique. C’est en souvenir de son investissement dans « l’or jaune » que les urinoirs publics seront nommés en son honneur vespasiennes.

Armée souffrante. C’était l’armée des insurgés connus sous le nom de va-nu-pieds 58). Elle avait pour chef un cordonnier d’Avranches.

Armagnacs, partisans de la maison d’Orléans, opposés aux Bourguignons. Ils tiraient ce nom de Bernard, comte d’Armagnac, qui s’était mis à leur tête, après l’assassinat de Louis, duc d’Orléans, par le duc de Bourgogne Jean-sans-Peur. La lutte de ces deux partis faillit causer la ruine de la France, et dura jusqu’au traité d’Arras, conclu, en 1455, entre Charles VII et Philippe-le-Bon.

Avoir un nom à coucher dehors : À l’époque médiévale, les noms avaient une importance capitale. Dans les auberges, les aubergistes jugeaient parfois leurs clients en fonction de leur nom de famille. Les noms nobles ou respectés ouvraient les portes des meilleures chambres, tandis que les noms obscurs ou peu flatteurs pouvaient valoir un refus pur et simple. Résultat ? Certaines personnes, à cause de leur nom, étaient contraintes de « coucher dehors »

Avoir voix au chapitre : une autorité venue des cloîtres, cette expression n’a rien à voir avec les chapitres d’un livre. Elle trouve ses origines au Moyen Âge, où le «chapitre» désignait une assemblée de moines ou de chanoines se réunissant pour débattre des affaires de leur communauté. Celui qui avait «voix au chapitre» possédait donc le droit de s’exprimer et d’influencer les décisions. Aujourd’hui encore, l’expression reste synonyme de pouvoir de décision ou d’autorité dans un contexte donné.

Bagaudes, paysans insurgés de la Gaule, appelés ainsi, du mot gaulois bagad, attroupement. Cette révolte, causée par la profonde misère où étaient plongés les habitants des campagnes, et par les odieuses vexations des agents du fisc, eut lieu vers l’an 270 de notre ère. Autun fut assiégé par les Bagaudes, emporté d’assaut après un siège de sept mois, et entièrement dévasté. Les mesures à la fois fermes et conciliatrices de l’empereur Claude-le-Gothique parvinrent à comprimer ce mouvement populaire, qui éclata de nouveau d’une manière plus terrible sous Dioclétien. Les insurgés pillaient, brûlaient les cités et les villages des sénateurs, poursuivaient et massacraient les officiers impériaux. Deux hommes, Ælianus et Amandus, au nom desquels on frappa des monnaies, furent élus empereurs. Ces succès furent de peu de durée. Après avoir vu leurs troupes battues et dispersées en plusieurs rencontres, Ælianus et Amandus furent assiégés dans un camp retranché situé près du confluent de la Seine et de la Marne, et périrent les armes à la main, après une héroïque résistance. Ce lieu, aujourd’hui Saint-Maur, conserva longtemps le nom de camp des Bagaudes. Malgré ces désastres, la Bagauderie fut loin d’être anéantie ; elle se réfugia dans les montagnes, les forêts et les contrées les plus sauvages de la Gaule, comme dans les pays Basques et l’Armorique, où, jusqu’à la chute de l’empire romain, elle subsista sans interruption, se recrutant de proscrits et d’esclaves fugitifs.

Banqueroute : L’origine du terme peut être retracée à la Renaissance italienne. A l’époque, plusieurs monnaies régionales cohabitent : deniers, livres et écus doivent être échangés contre la devise locale aux abords des grandes foires. Ainsi apparaît le métier de changeur, dont la fonction est d’échanger, moyennant commission, les devises étrangères contre une monnaie valable. Cet ancêtre de nos banquiers est repérable de loin au coffre de la forme d’un banc qui renferme ses liquidités ! Toutefois, si ce professionnel de la finance s’avère insolvable ou indigne de confiance, les autorités brisent le précieux « banc » qui fait toute sa réputation. Ainsi apparaît en italien le terme banca rotta, littéralement « banc rompu », qui glisse vers le français en « banqueroute » !

Barre-a-Bas. C’était en 1616, sous le gouvernement de Marie de Médicis, le cri de ralliement de la faction du prince de Condé (Henri II, père du grand Condé). Ce mot, fort célèbre à celte époque, annonçait, disait-on, l’intention de faire monter le prince sur le trône, car en ôtant de ses armes la barre qui s’y trouvait, il n’y restait que les trois fleurs-de-lis, armoirie du roi de France. Ses amis prétendaient, au contraire, que ce n’était qu’une plaisanterie contre Barberi, contrôleur-général des finances, dont le nom avait été dans une orgie changé en celui de Barabas. Quoi qu’il en soit, rien n’était plus connu que les projets ambitieux du prince de Condé, projets qui semblent avoir été héréditaires dans sa famille.

Barricades (Journée des). Deux insurrections populaires portent ce nom dans notre histoire. La première eut lieu te 12 mai 1588. Henri III avait fait entrer, dès la pointe du jour, dans Paris quatre mille Suisses, qu’il avait fait venir de Lagny, pour les loger au faubourg Saint-Denis. Ils avaient été distribués, avec les gardes françaises et les gardes de la ville, dans divers quartiers. Le parti de la Ligue, voyant ces dispositions, se rassemble, tend les chaînes de chaque rue, les fortifie avec des tonneaux pleins de terre, et forme ainsi des barricades, dont la première est établie sur la place Maubert. Les gardes de la ville se joignent aux ligueurs. Un Suisse tire un coup de mousquet ; le combat s’engage. Henri III, effrayé, envoie auprès du duc de Cuise, pour le prier d’arrêter le mouvement populaire, et de câliner le conseil des Seize, qui dirigeait la Ligue; mais il n’était plus temps. Le lendemain , 13 mai, après avoir tenu conseil, le roi se sauva des Tuileries, où il ne rentra plus.

La seconde éclata au mois d’août 1648. Anne d’Autriche, régente pendant la minorité de Louis XIV, et son ministre Mazarin, Irrités de la résistance qu’ils trouvaient dans le parlement, firent arrêter le conseiller Broussel et deux autres magistrats. Cette nouvelle, répandue à Paris, y causa une extrême agitation.

« Le mouvement, dit le cardinal de Retz dans ses Mémoires, fut comme un incendie subit et violent qui se prit du Pont-Neuf à toute la ville. Tout le monde, sans exception, prit les armes. L’on voyoit les enfants de cinq et six ans avec les poignards à la main ; on voyoit les mères qui les leur apportoient elles-mêmes. Il y eut dans Paris plus de douze cents barricades en moins de deux heures, bordées de drapeaux et de toutes les armes que la ligue avoit laissées entières. Je vis entre autres une lance traînée plutôt que portée par un petit garçon de huit ou dix ans, qui éloit assurément de l’ancienne guerre des Anglois. Mais j’y vis encore quelque chose de plus curieux. M. de Brissac me fit remarquer un hausse-cou de vermeil doré, sur lequel la figure du jacobin qui tua Henri III étoit gravée avec cette inscription : Saint Jacques Clément. Je fis une réprimande à l’officier qui le portoit, et je fis rompre le hausse-cou â coups de marteau publiquement sur l’enclume d’un maréchal. Tout le monde cria : Vive le roi! mais l’écho répondit : Point de Mazarin ! »

Le tumulte dura deux jours. La reine, furieuse, fut forcée de relâcher Broussel, et â peine fut-il délivré que les barricades disparurent et que tout rentra dans l’ordre.

Bâtir des châteaux en Espagne : Synonyme de projets merveilleux mais souvent déçus, cette expression entre dans le langage courant vers le XVIe siècle. Elle serait issue de la Reconquista, phase de reprise progressive de la péninsule ibérique par les Chrétiens à partir du XIe siècle. Partis du nord, les puissants d’Espagne en chassent les Berbères, défendant les terres chèrement gagnées par un rideau de citadelles. Les vastes plaines ibériques sont à l’époque dépeuplées et vides de châteaux : les Musulmans ne peuvent s’y réfugier pour ralentir leur débâcle… Soit parce que l’absence de forteresses est criante, soit parce que leur construction est fulgurante, l’expression « bâtir des châteaux en Espagne » prend rapidement le sens d’un projet vain, irréalisable.

Battre le pavé : Au XVIIe siècle, battre le pavé signifiait marcher dans les rues pavées de la ville. Elle est utilisée aujourd’hui pour parler de quelqu’un qui manifeste ou qui cherche un emploi en arpentant les rues.

Bégarrats. C’était le nom que l’on donnait à la fin du seizième siècle, en Provence, aux réformés qui suivaient le parti du roi.

Bouchers. Voyez Cabochiens.

Bouchers de la Tournelle. Ou désignait ainsi au dernier siècle les magistrats qui composaient le tribunal siégeant à lu chambre des Tournelles. Ce surnom était mérité par l’excessive sévérité, pour ne pas dire la cruauté, qu’ils déployaient dans l’exercice de leurs fonctions.

Bourguignons. Voyez Armagnacs.

Brabançons. Troupes mercenaires qui commencèrent à paraître en France vers la fin du douzième siècle. Ce nom leur venait du pays (le Brabant) qui en avait fourni le plus grand nombre. On les appelait encore routiers (ruptua-rii), parce qu’on les trouvait toujours rompus et débandés sur les routes; et cottereaux ou cotterets, d’après les couteaux dont ils étaient armés.

Cabochiens : On désigne sous ce nom les partisans que Jean-sans-Peur, duc de Bourgogne, avait à Paris, et qui se composaient presque uniquement de la redoutable corporation des bouchers dont Simonet Caboche était un des chefs. Cette faction fut tome puissante à Paris,après l’assassinat du duc d’Orléans (voy. Angélus) en 1407, jusqu’en 1415, où elle fut écrasée par les bourgeois, que ses excès avaient soulevés. Cinq ans plus lard, en 1418, lorsque, par la trahison de Périnet-Leclerc, la capitale eut été livrée aux Bourguignons, les bouchers reprirent leur ancienne supériorité, et furent les principaux auteurs des massacres dont les Armagnacs furent les victimes.

Cahorsins, préteurs usuriers du treizième siècle. Suivant opinion la plus probable, ce nom leur venait de ce que des banquiers italiens établirent à Cahots la première banque que l’on eût vue en France; et dès lors, tous ceux qui, parmi les chrétiens, faisaient le métier de changeurs, de prêteurs et de banquiers, furent nommés cahorsins, coursins, corsins, etc. Ils étaient encore plus âpres au gain que les juifs. Mathieu Pâris nous a conservé la formule des billets que leur souscrivaient les malheureux qui étaient forcés d’avoir recours à eux. « Si l’argent prêté n’est pas payé et rendu au terme et lieu convenus, nous permettons, y disent les débiteurs, et nous sommes tenus de donner et de rendre aux susdits marchands, ou à l’un d’eux, ou à un de leurs délégués, tous les deux mois, un marc par chaque dizaine de marcs prêtés (ce qui faisait 60 % d’intérêt) ; et, pour indemniser lesdits marcha mis des dommages et des pertes qui pourraient en résulter pour eux,… nous nous engageons à payer jusqu’à l’entière extinction de la dette les dépenses d’un marchand avec un cheval et un serviteur, etc. » Ces infâmes usuriers soulevaient trop de haines pour qu’on ne prit pas contre eux de violentes mesures répressives. En 1268, saint Louis enjoignit à tous les baillis de son royaume, de chasser les cahorsins dans l’espace de trois mois, délai accordé à leurs débiteurs pour leur payer le principal de leur dette sans les intérêts. Cette ordonnance fut renouvelée par Philippe-le-Hardi.

Camisards : surnom donné aux protestants insurgés dans le Midi de la France, au commencement du dix-huitième siècle. Il leur venait soit de leurs expéditions nocturnes, appelées jadis camisades, soit de deux mots languedociens camas-ard, brûleurs de maisons. Les persécutions contre les protestants.(voir Dragonnades) que n’avait pas chassés ou convertis la révocation de l’édit de Nantes, à peine ralenties par la guerre de la France contre l’Europe, en 1689, recommencèrent de nouveau après la paix signée à Ryswick en 1697 : et l’on a peine à croire au récit des tortures que Nicolas Lamoignon Bavelle, intendant de Montpellier, et surtout l’abbé Duchaila, prieur de Laval, faisaient endurer aux réformés tombés entre leurs mains. Les cruautés de ce dernier ne furent pas longtemps impunies. Le 21 juillet 1702, une cinquantaine d’hommes , armés de faux, d’épées et de vieilles hallebardes, entourèrent, vers le soir, le château du pont de Monters, sur le Tarn, où logeait Duchaila. Ils l’incendièrent, et son possesseur périt dans les flammes.

Cet acte de vengeance fut le signal de l’insurrection : partout on vit s’organiser des bandes de proscrits qui échappèrent à toutes les poursuites, et exercèrent d’horribles représailles contre leurs persécuteurs. La plus célèbre de toutes ces bandes avait pour chef Jean Cavalier, jeune homme de vingt-deux ans, né a Anduze, et qui avait été quelque temps boulanger à Genève ; dans le commandement qui lui fut confié, il ne tarda pas à déployer de rares talents militaires. Il était spécialement chargé de la guerre de plaine, tandis que d’autres chefs nommés Roland, Laporte, Catinat, faisaient la guerre des montagnes.

Les progrès de l’insurrection effrayèrent Louis XIV, qui, en 1703, envoya dans le Bas-Languedoc le maréchal de Montrevel avec vingt mille hommes de troupes; mais la manière odieuse et barbare dont celui-ci traita des populations inoffensives ne fit qu’étendre l’incendie. L’année suivante, Montrevel fut remplacé par le maréchal de Villars.

Les manœuvres de Villars parvinrent bientôt à désorganiser et à affamer les camisards, qui se rendaient par troupes de vingt à trente hommes. Cavalier, qui, avec une poignée de soldats, était resté deux jours sans manger, vint lui-même faire sa soumission, et échangea son titre de général de camisards contre celui de colonel au service du roi; mais abreuvé de dégoûts, il passa en Hollande, fil la guerre d’Espagne contre la France, et mourut en 1740, après avoir été officier-général et gouverneur de Jersey. Sa soumission ne tarda pas à entraîner celle des antres chefs. Roland fut tué en combattant. « A la fin de l’année, raconte Villars, il ne resta plus que quelques brigands dans les hautes Cévennes, pays qu’il est peut-être impossible de purger de cette engeance. » Quelques tentatives partielles de révolte, excitées par l’Angleterre et la Hollande, eurent lieu encore pendant plusieurs années. En 1709, le Vivarais entier se souleva, mais il fut bientôt pacifié, non toutefois sans avoir opposé une vive résistance.

Camisards blancs, compagnies au service du roi, formées de réformés nouvellement convertis, et qu’on opposait aux camisards. Leurs excès et leurs cruautés les rendirent plus nuisibles qu’utiles à la cause royale. On les appelait aussi cadets de la croix, parce qu’ayant été organisés en vertu d’une bulle de Clément XI, datée du 6 mai 1703, ils portaient, à l’exemple des anciens croisés, une croix au retroussis de leurs chapeaux.

Camisards noirs, bandes de voleurs et de pillards venus de la Provence, qui, lors de la guerre des Cévennes , commirent d’horribles brigandages dans le Bas-Languedoc, et prirent le nom de camisards, bien que Jean Cavalier, l’un des chefs des vrais camisards, les fit poursuivre à outrance et châtier sans pitié.

Camp du Drap-d’Or (Entrevue du). En 1520, au moment où In lutte entre François 1 et Charles-Quint allait s’engager, lutte qui devait assurer au vainqueur la prépondérance en Europe, les deux rivaux cherchèrent à gagner le roi d’Angleterre, Henri VIII. L’empereur ayant fait dans ce but un voyage auprès de ce prince, François Ier eut à son tour une entrevue avec le monarque anglais, dans un endroit situé à mi-chemin entre Ardres et Guines. « Le jour de la Feste-Dieu, raconte Martin du Bellay, au lieu ordonné, le Roy et le roy d’Angleterre, montez chacun sur un cheval d’Espagne, s’entre – abordèrent, accompagnez, chacun de sa part, de la plus grande noblesse que l’on eust veue cent ans auparavant ensemble, estant en la fleur de leurs aages, et estimez les deux plus beaux princes du monde, et autant adroits en toutes armes, tant à pied qu’à cheval. Je n’ay que faire de dire la magnificence de leurs accoustremens, puisque leurs serviteurs en avaient si grande suporfluité, qu’on nomma la dite assemblée le Camp de Drap-d’Or. Ayans faict leurs occollades à cheval, descendirent en un pavillon ordonné pour cest effect, où, après avoir devisé de leurs affaires particulières, conclurent que, audit lieu se feroient lisses et eschaflaulx, où se feroit un tournoy, estans délibérés de passer leur temps en déduit et choses de plaisir, laissans négocier leurs affaires à ceux de leur conseil. Par douze ou quinze jours coururent les deux princes l’un contre l’autre… Ce faict, le roy d’Angleterre festoya le roy, près Guines, en un logis de bois où y avoit quatre corps de maison qu’il avoit faict charpenter en Angleterre, et amener par mer toute faicte, et estoit couverte de toîlle peinte en forme de pierre de taille, puis tendue par dedans des plus riches tapisseries qui se peuvent trouver; et estoit le dessein pris sur la maison des marchands à Calais. Le lendemain, le roy devoit festoyer le roi d’Angleterre près Ardres, où il avoit faict dresser un pavillon ayant soixante pieds en carré, le dessus de drap d’or frizé, et le dedans de velours bleu de Chypre, et quatre autres pavillons aux coings, de pareille despense; et estoit le cordage de fil d’or de Chypre et de soye bleue turquine, chose fort riche. Mais le vent et la tourmente vint telle, que tous les cables et cordages rompirent, et furent les dites tentes et pavillons portez par terre; de sorte que le roi fut contrainct de changer d’opinion, et feit faire en grande diligence un lieu pour faire le festin. Je ne m’arrèteray à dire les grands triomphes et festins qui se firent là, ny la grande despense superflue, car il ne se peut estimer; tellement que plusieurs y portèrent leurs moulins, leurs forêts et leurs prez sur leurs espaules. »

Cette entrevue, dont François Ier espérait beaucoup, n’eut aucun résultat. Le prince français s’aliéna Henri VIII, qu’il ne chercha qu’à humilier par sa magnificence et sa générosité, et à surpasser dans les exercices de corps auxquels se livrèrent les deux monarques. « Un jour, dit Fleurange, le roi d’Angleterre prist le roi de France par le collet, et lui dict: Mou frère, je veulx luitter (lutter) avec vous, et lui donna une attrape ou deux, et le roi de France, qui est un fort bon luitteur, lui donna un tour et le jetta par terre, et lui donna un merveilleux saulx. »

Aucun traité ne suivit ces fêtes ruineuses : deux ans plus tard Henri VIII se prononça pour Charles-Quint contre François Ier.

Capuciés, Capuchons , association politique et religieuse fondée en 1182. La France, à cette époque, était horriblement dévastée par les ravages des Cottereaux, des Brabançons, et par les guerres privées des seigneurs. Tout-à-coup le bruit se répandit qu’un charpentier de la ville du Puy, nommé Durand, avait reçu de Dieu, dans une vision, l’ordre de prêcher l’oubli de toutes les haines et le rétablissement de la paix. L’évêque du Puy seconda cet inspiré, et une vaste association se forma aussitôt dans le but de rétablir la paix à tout prix : elle fit de rapides progrès, surtout en Bourgogne et dans le Berri. En 1183, soutenue par un corps de chevaliers, elle enveloppa et écrasa près de Châteaudun un corps de sept mille Cottereaux, qui furent tous massacrés sans pitié, « depuis

le plus petit jusqu’au plus grand. » Malheureusement les Capuciés, qui se recrutèrent de gens sans aveu, renouvelèrent à leur tour les scènes effroyables de brigandage qui leur avaient mis les armes à la main. Abandonnés par la noblesse, ils virent se soulever contre eux toutes les populations; les milices communales, entre autres celles de l’Auxerrois, les exterminèrent complètement. Les capu-ciés portaient des capuchons de toile blanche et une plaque d’étain représentant la sainte Vierge et 1‘enfant Jésus.

Carcistes. Nom donné aux partisans du comté de Carces dans les guerres civiles qui désolèrent la Provence, de 1573 à 1589. « On les nommait encore , dit l’historien. Bouche, d’un autre nom barbare pour exprimer leurs extorsions et violences, marabecz ou maraboux ; nom que j’ai ouï attribuer de mon temps (1660), en Provence, à des hommes cruels et sauvages. » Ils avaient pour adversaires les razals.

Cascaveaux (Troubles des). On désigne ainsi les troubles qui eurent lieu vers 1630, en Provence, à l’occasion de rétablissement de nouveaux impôts et de nouvelles juridictions financières nommées jadis élections. Les insurgés portaient pour signe de ralliement une sonnette, en provençal cascaveau, attachée à une lanière de cuir blanc. De toutes les villes environnantes, on venait à.Aix prendre la sonnette, et l’on inscrivait son nom sur un registre ad hoc.

Un parti opposé à celui des Cascaveaux ne tarda pas à se former à Aix même. Il fut appelé le ruban bleu, parce que la sonnette que ses membres portaient, comme leurs rivaux, était attachée, à un ruban de cette couleur. Ces troubles, dont les excès ensanglantèrent la Provence, durèrent jusqu’en 1633.

Cent ans (Guerre de). C’est la terrible série des guerres que les Français eurent à soutenir contre, les Anglais durant le quatorzième et le quinzième siècle. Une première guerre commença, en 1339,entre Philippe de Valois et Edouard III. Elle fut terminée le 8 mai 1360 par le honteux traité de Brétigny. Dans cette période, la France perdit la bataille navale de l’Ecluse (1340) et les batailles sur terres de Crécy et de Poitiers. La guerre recommença, en 1360, sous Charles V. Les Anglais n’essuyèrent que des défaites, perdirent leurs conquêtes, et auraient été chassés de France sans la mort du roi (1380). Les hostilités, sans autre interruption que quelques trêves de peu de durée, continuèrent jusqu’en 1453. Les Français, qui éprouvèrent dans cette seconde période les désastreuses défaites d’Azincourt (1415), de Crevant (1423), de Verneuil (1424), se relevèrent glorieusement sous les ordres de Jeanne d’Arc, et gagnèrent à leur tour la victoire de Patay (1429; de Formigny (1450), et enfin de Casiillon (1453).

C’est la Bérézina : Ce nom commun, qui a fini par désigner une défaite cuisante, tire son nom d’une bataille napoléonienne donnée à la fin de l’année 1812. La Grande Armée vient de quitter Moscou. Elle fait peine à voir : les hussards sont mangés vivants par le typhus, les privations et la morsure de l’hiver russe (les températures avoisinent -30°C). Fin novembre, Napoléon, qui marche à la tête d’une armée amoindrie, apprend que l’arrière-garde russe s’est reformée et compte le surprendre sur les rives de la rivière Bérézina, en actuelle Biélorussie. Au prix de terribles pertes, le Petit Caporal parvient à s’arracher de l’étau russe et à traverser la rivière glacée… Bien qu’il s’agisse d’une victoire militaire, la Bérézina finira par désigner, dans les dictionnaires, une débâcle tant la retraite de Russie fut calamiteuse

C’est là que le bât blesse :Cette expression est apparue au milieu du XVèmesiècle, où l’on fixait « un bât » sur le dos des bêtes de somme (animaux domestiqués pour porter des charges, comme par exemple le mulet, le cheval, le bœuf mais aussi le chameau) et ainsi transporter des marchandises. Il arrivait que le bât soit trop chargé et provoquait par frottement des plaies douloureuses sur la peau des animaux. On disait alors : le bât blesse l’animal. Ce dispositif permettant de porter des charges lourdes, a également donné l’expression péjorative « âne bâté » (crétin). Triste, quand on sait qu’un âne n’est pas du tout stupide.

C’est une autre paire de manche : Cette expression date du XVIèmesiècle, et nous viendrait de la mode de l’époque. En effet, les manches n’étaient pas toujours cousues définitivement et étaient simplement fixées par des rubans ou des lacets. Ainsi on pouvait multiplier les styles à moindre frais et changer de tenues selon l’humeur ou la météo. L’expression met donc l’accent sur la difficulté, par opposition aux manches qui se changeaient en un tour de bras. Lors des tournois, les dames avaient pour coutume de donner une de leur manche à leur chevalier, en gage d’amour. Celui-ci en l’accrochant à sa lance, promettait fidélité. « Une autre paire de manche » pouvait aussi exprimer une infidélité.

Chambre ardente. On désignait ainsi les tribunaux qui furent établis sous François Ier, vers 1535, pour la recherche et la punition des hérétiques, sous Louis XIV contre les empoisonneurs, et sous la régence contre les financiers.

Dans l’origine, on donnait ce nom à la salle où l’on jugeait les criminels d’État, parce que cette salle, entièrement tendue de noir, était éclairée par un grand nombre de flambeaux. C’est dans ce sens que nous appelons encore aujourd’hui Chapelle ardente la chapelle où l’on dépose le corps d’un grand personnage.

La dénomination de Chambre ardente donnée à la Chambre du parlement qui condamnait les hérétiques au supplice du feu, répondait bien à la nature de cette horrible, fonction. «Que dira la postérité, dit Henry Estienne, quand elle entendra parler d’une chambre ardentes »

Champ sacré (Entrevue du), conférence que Philippe-Auguste eut en 1188 avec Richard Cœur-de-Lion, roi d’Angleterre, entre Trie et Gisors. Les deux princes y prirent la croix , d’où vint le surnom donné à cette entrevue.

Compagnie blanche, association armée que, durant la longue guerre des Albigeois. l’évêque Foulquet forma à Toulouse en 1211. Les hommes qui la composaient prêtaient serment de poursuivre les Albigeois jusqu’à la mort. Leurs violences ne tardèrent pas à réunir les partisans des Albigeois , ou au moins de la tolérance, dans une autre association qui prit de nom de Compagnie noire. Les combats de ces deux factions rivales ensanglantèrent plus d’une fois les rues de Toulouse.

Compter pour des prunes : Dès le XIIIe siècle, on dit qu’une chose « ne vaut prune » pour signifier qu’elle n’a aucune valeur, tandis que le mot « prune » désigne tantôt une aubaine, tantôt une malchance – généralement un coup du sort. D’où vient l’expression « compter pour des prunes » ? Selon certains, elle serait née lors de la Deuxième Croisade, prêchée en 1146 et soutenue par la majorité des souverains chrétiens d’Occident. Mais l’expédition tourne vite au fiasco : les Croisés s’entre-déchirent et ne remportent aucune victoire en Terre Sainte. Penauds, ils rentrent au pays trois ans plus tard après l’échec du siège de Damas… Seule consolation, ils rapportent dans leurs bagages des pieds de pruniers syriens qui donneront des fruits gorgés de soleil. Les chevaliers d’Occident seront donc allés guerroyer « pour des prunes »… Autrement dit, pour presque rien !

Corinthiens, soldats du régiment commandé, durant la guerre de la Fronde, par Je cardinal de Retz, qui était archevêque titulaire de Corinthe. Ce régiment ayant été battu par les troupes royales, on nomma cet échec la première aux Corinthiens.

Cottereaux ou Cotterets. Voir Capuciés, et Brabançons.

La Cour des miracles : L’expression, notamment immortalisée par Victor Hugo dans Notre-Dame de Paris, désignait ces lieux de perdition où les voyous côtoyaient les bossus et le vice le jeu. Si la dernière Cour des miracles a été fermée à la fin du XVII°, l’expression est restée pour désigner un lieu où l’on croise des personnages étonnants et inquiétants. ( https://aouste-a-coeur.fr/la-cour-des-miracles/ )

Croquants (Révolte des). Henri IV venait à peine de recevoir la soumission de Paris, le 21 mars 1594, quand « il advint, dit Palma Cayet dans sa Chronologie novenaire, un grand remuement vers le pays de Limosin, Périgord, Agenais, Quercy et pays circonvoisins, par un soulèvement général qui s’y fît d’un grand nombre de peuple, prenant pour prétexte qu’ils étoient trop chargés de taille et pillés par la noblesse. Du commencement, on appela ce peuple mutiné les tard-avisés, parce que l’on disoit qu’ils s’avisoient trop tard de prendre les armes, vu que chacun n’aspiroit plus qu’à la paix; et ce peuple appeloit la noblesse croquants, disant qu’ils ne demandoieut qu’a croquer le peuple. Mais la noblesse tourna ce sobriquet croquant sur ce peuple mutiné, à qui Je nom de croquants demeura.»

On donne ordinairement au mot croquant une autre étymologie ; on le fait dériver de la petite ville de Crocq (Creuse), qui fut, dit-on, le berceau de l’insurrection, mais dont néanmoins il n’est pas une seule fois question dans la relation fort détaillée de Cayet. I.a révolte gagna bientôt les provinces voisines; et les insurgés, bien qu’ils eussent été battus plusieurs fois, cherchèrent à former une confédération. On a publié pour la première fois, il y a quelques années, une circulaire adressée par eux aux officiels commandant les châtellenies des provinces nommées plus haut. Dans cette circulaire , il est enjoint à ces derniers de s’armer et de se tenir prêts à se joindre aux insurgés lors de leur passage; autrement, y est-il dit, vous nous aurez sur les bras dans trois jours, après la réception de ces présentes, pour y être contraints par la rigueur des armes.

La noblesse comprit vite de quel péril elle était menacée.

Malgré les dissensions qui la divisaient alors, elle forma à son tour une ligue à laquelle furent tenus d’adhérer tous les gentilshommes du pays. La convention qu’ils signèrent à ce sujet renferme des passages curieux : « Attendu que les peuples ont voulu renverser la monarchie, et établir une démocratie à l’exemple des Suisses ; qu’ils ont conspiré contre nos vies, et se sont voulu ôter de la subjection en laquelle Dieu les a ordonnés, etc. »

Les croquants ne furent soumis qu’au bout de deux ans. Ils se révoltèrent de nouveau en 1637, et prirent un gentilhomme nommé La Motte-la-Forèt, qu’ils forcèrent de se mettre à leur tête, en le menaçant, s’il refusait, de le tuer, lui, sa femme et ses enfants. Le cardinal de La Valette accourut bien vite, et, grâce à la trahison de leur général, reprit sur eux les villes de Sauvetat et de Bergerac, dont ils s’étaient emparés. Une amnistie accordée par le roi acheva de pacifier la contrée.

Pendant tout le dix-septième siècle, comme on peut le voir dans les fables de La Fontaine, le nom de croquant fut synonyme de paysan. Ce même nom avait été donné, sous Henri IV, aux traitants et financiers. On prétend que ce roi dit un jour en mettant dans son chapeau une somme d’argent qu’il venait de gagner à la paume : « Mes croquants ne me la prendront point. »

Dames (Paix des), surnom donné à la paix conclue, le 5 août 1529, entre François Ier et Charles-Quint, parce qu’elle fut négociée et signée uniquement d’un côté par Louise de Savoie, mère du roi de France, et de l’autre par Marguerite d’Autriche, gouvernante des Pays-Bas et tante de l’empereur.

Découvrir le pot aux roses : Il existe plusieurs origines discutables à cette expression.

  • Une hypothèse romantique : Certains parlent de « pots de roses » posés sur le rebords des fenêtres par les dames, afin que leurs galants, en les soulevant, y déposent des billets doux. (Cependant, le mot « découvrir » au sens où on l’entend aujourd’hui daterait seulement du XVIème siècle alors que déjà au XIIIème siècle, on employait la locution « pot de fleur »).
  • Une hypothèse esthétique : D’autres, disent que « le pot aux roses » désignait le pot de fard à joues des dames. Les hommes auraient découvert qu’elles usaient d’artifices pour obtenir un teint parfait.
  • Une hypothèse sexuelle : Le rose étant associé à la féminité, certains pensent que l’expression fait référence à l’innocence et à la virginité, et donc à la couleur de l’hymen.
  • Une hypothèse manuelle : Littéralement, le mot « découvrir » signifie « enlever quelque chose qui recouvre autre chose ». Ainsi, « Découvrir le pot aux roses » signifierait « retirer le couvercle du pot » qui contenait de l’eau de roses. Cet onguent, ancêtre du parfum au Moyen-Âge, s’évaporait si on ne le couvrait pas. Ainsi, cela s’image par le fait, qu’on laissait s’échapper quelque chose du pot si on lui enlever son couvercle : comme un secret.

Dévolution (Guerre de la). C’est la guerre que Louis XIV déclara à l’Espagne en 1667, et qui fut terminée en 1668 par le traité d’Aix-la-Chapelle. Philippe IV, roi d’Espagne , étant mort en 1665, Louis, qui avait épousé la fille de ce prince, revendiqua, au nom de sa femme, le duché de Brabant , la seigneurie de Malines, la Gueldre supérieure, l’Artois, le Cambrésis, le duché de Luxembourg, la Franche-Comté et une partie de la Flandre. Il alléguait la loi civile des Pays-Bas, connue sous le nom du Droit de dévolution, par laquelle, en effet, sa femme, fille aînée de Philippe, devait succéder dans ces États de préférence au fils cadet, si toutefois l’on pouvait détourner une loi de son application civile pour lui donner une application politique. Louis XIV entra en campagne en 1667, et conquit successivement en peu de semaines la Flandre française et la Franche-Comté. A la paix, il ne garda que la première de ces deux provinces.

Draconien : Le législateur athénien Dracon établit, vers 621 avant notre ère, un corpus de lois extrêmement sévères : les délits mineurs – notamment le vol – y sont punis par la mort ou l’ostracisation. On dira plus tard du code Dracon qu’il fut « écrit non avec de l’encre, mais avec du sang ». Et pourtant, son objectif est louable : décourager les vengeances privées, qui supplantent à l’époque un système judiciaire encore bégayant et privent les pauvres de leurs droits… Son successeur, Solon, abrogera la plupart des lois « draconiennes » au Ve siècle av. J.-C. pour des mesures plus tempérées, jetant à Athènes les bases de la démocratie. Quant à Dracon, on ignore ce qu’il est devenu : mort en exil pour les uns, on raconte qu’il fut étouffé par le poids des offrandes qui lui furent données sur la scène d’un théâtre.

Dragonnades. C’est le nom des persécutions exercées contre les huguenots dans la seconde moitié du règne de Louis XIV, pour les amener à changer de religion, on les a appelées ainsi, parce que les dragons en furent les principaux instruments.

Par une lettre datée du 18 mars 1681, Louvois annonça à l’intendant du Poitou , Marillac, que, suivant la volonté du roi, il envoyait dans sa province un régiment de cavalerie. «Sa Majesté trouvera bon, disait-il, que le plus grand nombre des cavaliers et officiers soient logés chez les protestants; mais elle n’estime pas qu’il les y faille loger tous… Si suivant une répartition juste les religionnaires en devaient porter dix, vous pouvez leur en faire donner vingt. »

Après de tels ordres, Marillac, qui d’abord avait montré quelque modération, ne garda plus aucune mesure. Lorsque les dragons arrivèrent, il les fit passer par les bourgs et les villes où il y avait le plus de huguenots, et ne les logeait que chez eux quatre à quatre , cinq à cinq , même chez les plus pauvres et chez les veuves. Les curés les suivaient dans les rues en criant : « Courage, messieurs , c’est l’intention du roi que ces chiens de huguenots soient pillés et saccagés. » Ainsi stimulés, les dragons entraient dans les maisons l’épée haute , en criant : Tue! tue! afin d’effrayer les femmes, devant lesquelles ils tenaient les propos les plus infâmes. Ils se faisaient livrer par de mauvais traitements tout ce qui avait quelque valeur, et détruisaient ce qu’ils ne pouvaient emporter. Les plaintes que ces excès soulevèrent partout parvinrent jusqu’au roi, qui eut honte d’avoir été si bien servi, et les dragonnades furent suspendues pendant quelques années. Elles recommencèrent en 1684, et eurent surtout pour théâtre le Béarn qui était presque entièrement protestant; là elles dépassèrent tout ce qui s’était fait jusqu’alors. On en emprunte les détails à une histoire contemporaine de l’Édit de Nantes. « Parmi les secrets que l’intendant du Béarn, Foucaut, apprit aux gens de guerre pour dompter leurs hôtes, il leur commanda de faire veiller ceux qui ne voudraient pas se rendre à d’autres tourments. Les soldats se relayaient pour ne pas succomber eux-mêmes au supplice qu’ils faisaient souffrir aux autres. Le bruit des tambours, les blasphèmes, les cris, les fracas des meubles qu’ils brisaient ou qu’ils jetaient d’un côté à l’autre, l’agitation où ils tenaient ces pauvres gens pour les forcer à demeurer debout et à ouvrir les yeux, étaient les moyens dont ils se servaient pour les priver de repos. Les pincer, les piquer, les tenailler, les suspendre avec des cordes, leur souffler dans le nez la fumée du tabac, et autres cruautés, étaient le jouet de ces bourreaux, qui réduisaient par là leurs hôtes à ne savoir ce qu’ils faisaient, et à promettre tout ce qu’on voulait pour se tirer de ces mains barbares. Encore que le plus fort de leur étude et de leur application fût de trouver des tourments qui fussent douloureux sans être mortels , bien des malheureux succombèrent. » Ces persécutions, qui s’étendirent dans tout le Midi, eurent d’abord pour résultat la conversion en masse du Béarn, puis bientôt après, des révoltes sans cesse renaissantes suivies d’amnisties et de supplices. Pas une voix à la cour, hormis celle de Fénelon , ne s’éleva en faveur des malheureux protestants; et madame de Sévigné elle-même écrivait à sa fille cette phrase étrange, écho fidèle de l’aveuglement et de la passion qui égarait les meilleurs esprits : « Les dragons ont été de bons missionnaires jusqu’ici. Les prédicateurs qu’on envoie rendront l’ouvrage parfait. » ( Voir Camisards. )

Dupes (Journée des). Pendant une maladie dangereuse que Louis XIII fit à Lyon au mois de septembre 1630, ce prince, sous influence de sa mère Marie de Médicis et de sa femme Anne d’Autriche, promit de chasser Richelieu. Lorsqu’il fut revenu à Paris, comme il hésitait encore à tenir sa promesse, les obsessions recommencèrent, et l’orage éclata. Le 9 novembre, la reine-mère ôta au cardinal l’intendance de sa maison, et chassa les personnes dont il l’avait entourée. Le lendemain matin le roi alla voir la reine-mère qui logeait au Luxembourg. « Ils s’enfermèrent tous deux dans son cabinet, dit Bassompierre. Le roi venoit la prier de superséder encore six semaines ou deux mois avant d’éclater contre M. le cardinal pour le bien des affaires de son Etat, qui étoient alors en leur crise… Comme ils étoient sur ce discours, M. le cardinal arriva, qui, ayant trouvé la porte de l’antichambre de la chambre fermée, entra dans la galerie et vint heurter à la porte du cabinet où personne ne répondit. Enfin, impatient d’attendre et sachant les êtres de la maison,ilentra par la petite chapelle, la porte de laquelle n’ayant pas été fermée, M. le cardinal y entra, dont le roi fut un peu étonné, et dit à la reine tout éperdu : « Le voici, » croyant bien qu’il éclateroit. M. le cardinal, qui s’aperçut de leur étonnement, leur dit : « Je m’assure que vous parliez de moi. » La reine lui répondit : «Non faisions. » Sur quoi lui ayant répliqué: « Avouez-le, madame; » elle dit que oui. » Alors elle s’abandonna à toute la violence d’une colère longtemps contenue, et accabla son ennemi, moitié en.français, moitié en italien, des épithètes les plus injurieuses. Richelieu tenta inutilement de la fléchir, et ne s’en alla que pour essayer de rejoindre le roi qui s’était enfui précipitamment, et se rendit de suite à Versailles. Rentré chez lui, le cardinal se crut perdu; il donna, ordre de diriger les équipages sur Pontoise, d’où il comptait se retirer au Havre-de-Grâce, ville qui lui appartenait. Les deux reines, les ennemies du cardinal, triomphaient. Mais le lendemain 11 novembre, le roi fit appeler son ministre, qui, sur l’avis d’un ami dévoué, s’était rendu secrètement à Versailles. Un court entretien suffit pour sceller la réconciliation du roi et de Richelieu Louis lui promit de le maintenir contre tous ceux qui avaient juré sa perte. Aussitôt après l’entrevue, le chancelier de Marillac fut révoqué et jeté en prison. Son frère, le maréchal de Marillac, fut arrêté par les maréchaux de Schomberg et de La Force, qui commandaient avec lui l’armée de Piémont. Anne d’Autriche fut reléguée au Val de Grâce, et toute, sa maison changée. Richelieu devint plus puissant que jamais. Les courtisans appelèrent Journée des Dupes cette journée.

Écorcheurs. C’est le nom que l’on donna aux bandes d’aventuriers qui désolèrent la France sous Charles VII. Ces bandes, composées en grande partie de cadets et de bâtards de familles nobles, suivis de leurs vassaux, avaient pour chefs les plus puissants seigneurs ou les plus vaillants capitaines du royaume, entre autres un fils du comte d’Armagnac, dit le Bâtard de Bourbon, Rodrigue de Villandras, Guillaume et Antoine de Chabannes, et même Xaintrailles et La Hire. Le royaume ne fut délivré de leurs horribles ravages que lorsque le Dauphin Louis les eut emmenés contre les Suisses en 1444. Après cette guerre meurtrière, les aventuriers qui avaient survécu rentrèrent en France, plus disposés à l’obéissance, et ils furent enfin désorganisés complètement par la création des compagnies d’ordonnance, où la plupart d’entre eux s’enrôlèrent.

Les écorcheurs sont encore désignés par les auteurs contemporains sous les noms d’Armagnacs, de grandes compagnies, de routiers, de trente mille diables, quinze mille diables, de houspilleurs, de tondeurs, etc.

Épater la galerie : Au XVI° siècle, alors que le Jeu de paume rencontrait un succès très important en France, on fit construire des galeries au-dessus des terrains pour permettre aux spectateurs d’admirer les prouesses sportives des joueurs. Et ces derniers voulaient en envoyer plein les yeux des heureux spectateurs en les épattant, c’est-à-dire en leur coupant les pattes, le mot ayant perdu son deuxième t plus tard. Et voilà comment on épatait la galerie à l’époque. Sous l’Ancien Régime, le jeu de paume est un sport très populaire qui a notamment la faveur des rois de France. Il s’exportera outre-Manche pour devenir tennis – ce mot étant une déformation du français « tenez » lancé par un paumier avant de servir la balle. S’il se pratique en extérieur dès le XIVe siècle, en particulier pour le petit peuple, les nobles s’y exercent dans des salles couvertes (les « tripots ») bordés de galeries abritant les spectateurs. Déployant des trésors d’agilité, les meilleurs sportifs sont acclamés par un public en délire… De là provient l’expression « épater la galerie » qui avec l’usage deviendra plus péjorative, synonyme de fanfaronnade et de manque d’humilité.

Éperons d’or (Journée des). On appelle ainsi la sanglante bataille de Courtrai, où les Français furent vaincus par les Flamands, le 11 juillet 1302. « Là , disent les chroniques de Saint-Denis, gisoient moult de nobles hommes dont c’est grand dommage : Robert, comte d’Artois ; Godefroi , duc de Brabant, .avec son fils, le seigneur de Vierzon; Pierre Flotte, chancelier de France; Jehan, fils au comte de Hainaut; Raoul, seigneur de Nesle, connétable!e.de France, et Gui son frère maréchal de l’Host; Aimeri le chambellan, comte de Tancarville; Jacques de Saint-Paul, gouverneur de Flandre, qui était cause de la guerre; les comtes d’Eu, d’Aumale, de Dreux, de Dammartin, de Soissons, de Vienne, Simon de Melun, maréchal de France, le maître des arbalétriers, Regnault de Trie, le bon chevalier, deux cents chevaliers bannerets, et moult bacheliers et d’écuyers hardis et preux, jusqu’au nombre de six mille hommes d’armes. » La chevalerie française, sur laquelle avait porté tout le poids de la bataille, n’avait pas encore essuyé un pareil désastre. Les éperons d’or des vaincus furent recueillis par les Flamands et suspendus en trophée dans la principale église de Courtrai. De là vint le surnom donné à cette journée.

Éperons (Journée des). Au mois d’août 1513, la ville de Térouanne était assiégée par trente mille fantassins presque tous Anglais, et cinq ou six mille cavaliers allemands ou flamands, sous les ordres de Henri VIII et de l’empereur Maximilien. Une armée française s’approcha pour secourir la place et comme la garnison manquait de vivres, le commandant de l’armée française, le seigneur de Piennes, dit Martin Du Bellay, conclut d’envoyer Fontrailles, capitaine-général des Albanais (Écossais), avec ses gens, « portant chacun Albanois sur le cou de son cheval, un coté de lard et de la poudre à canon ; lesquels dévoient donner jusques au bord des fossés de la ville, et jeter ledit lard e tpoudre en lieu où nos gens, à la garde de leur arquebuzerie et artillerie, le pussent sûrement retirer dedans la ville, et que, ce temps pendant, ledit seigneur de Piennes et de La Palice, avec quatorze cents hommes d’armes, les suivoient jusques sur le haut de Guinegatte pour les soutenir : chose qui fut exécutée par les Albanais bien et dextrement… Ayant exécuté ce qu’ils avoient entrepris, le seigneur de Piennes fut d’avis de se retirer. Mais quelques jeunes hommes eurent envie d’aller reconnoitre le camp de l’ennemi; autres, pour la grande chaleur qu’il faisoit (car c’étoit la mi-août ), se voulurent refreschir, ôtant leurs habillemens de tête, montant sur leurs haquenées et buvant à la bouteille , n’ayant égard à ce que pouvoit faire l’ennemi, et montrant peu d’obéissance à leur chef. Mais cependant qu’ils s’amusoient à leur plaisir, l’ennemi ne dormit pas, car il fit partir de son camp quatre ou cinq mille chevaux et le nombre de dix à douze mille hommes de pied, tant lansquenets qu’Anglais, et sept ou huit pièces d’artillerie de campagne, lesquelles passant la rivière du Lys, près de Dellette, vinrent attendre nos gens au passage de la rivière qui passe à Huchin, auquel lieu trouvant notre cavalerie en désordre devant qu’ils eussent loisir de monter sur leurs grands chevaux et prendre leurs habillements de tète , furent mis en tel désordre qu’il se trouva peu des nôtres qui eussent le moyen de combattre; et parce que les éperons servirent plus que l’épée, fut nommée la Journée des éperons. » Les Français n’eurent pas quarante hommes tués dans cette triste affaire; mais un grand nombre de seigneurs et de capitaines illustres, entre autres Bayard, tombèrent au pouvoir des ennemis. Térouanne, n’espérant plus être secourue, se rendit le 22 août.

Épinards (Journée des). En 1562, à l’époque des guerres civiles en Provence, le comte de Sommerive, qui venait d’être fait lieutenant du roi en cette province, cherchait à s’emparer d’Aix, lorsqu’il fut servi par un heureux hasard. Le seigneur de Carces (voir Carcistes) allant le rejoindre, trouva auprès de la chapelle de Saint-Marc, lieu de pèlerinage très révéré dans le pays, plusieurs habitants d’Aix qui se plaignirent à lui qu’étant venus à cette chapelle, suivant l’antique usage, en chemise, pieds nus et sans parler, ils avaient fait la rencontre d’un parti de huguenots, et que de ces derniers les uns s’étaient amusés à jeter sur leur chemin des graines d’épinards qui leur avaient mis les pieds en sang, tandis que d’autres leur lançaient des coups de fouet dans les jambes pour les faire parler et leur faire rompre leur vœu. Animés par la vengeance, ils offrirent au seigneur de Carces de l’introduire dans la ville, ce qui fut accepté de suite, et ne tarda pas à être exécuté.

Escadron volant. C’était le nom que l’on donnait, vers 1576, à une troupe de jeunes femmes que Marguerite de France, épouse de Henri IV, traînait toujours avec elle, et dont elle se servit plus d’une fois dans les négociations. (Voir Guerre des Amoureux.)

Escambarlats. On nommait ainsi en Languedoc, pendant les guerres de religion, ceux qui n’osaient se prononcer entre les huguenots et les catholiques. A Paris on les nommait politiques.

Être dans de beaux draps :À l’origine, cette expression faisait référence à la pratique suivant laquelle, lorsqu’ils étaient invités ou d’humeur festive, les nobles dormaient dans des draps raffinés ou luxueux. Par ironie, l’expression a fini par inclure l’idée de se trouver dans une situation difficile ou délicate.

Être mis en quarantaine :La première mention du terme se retrouve dans la « quarantaine-le-roi », une mesure mise en place par Philippe Auguste au XIIIe siècle instaurant un délai obligatoire de quarante jours avant de se venger d’une offense… L’idée était de décourager les guerres privées dans un territoire encore juridiquement hétérogène. Mais la quarantaine va prendre un tout autre sens au siècle suivant. En 1348, au plus fort de la Peste Noire, la cité de Venise instaure un délai de quarante jours (quaranta giorni) avant que les navires marchands qui viennent d’y accoster ne puissent débarquer marchandises et équipage. Sage manœuvre : c’est dans la cale de navires génois que les rats infectés ont débarqué en Europe… Peu appliquées, ces procédures sanitaires n’empêcheront pas la démographie continentale d’encaisser un sérieux coup de faucille : plus de cent millions de victimes, soit un tiers de la population européenne.

Être sur la sellette :Lors d’un procès, l’accusé était placé sur une « sellette », un tabouret en bois très bas et inconfortable, taillé pour humilier l’accusé face à ses juges. Cette position symbolisait l’humiliation et la pression exercée par la justice. Des lieux comme la Conciergerie à Paris ou le Palais de Justice de Rouen rappellent ces anciennes pratiques. Être sur la sellette, c’était bien plus qu’une simple expression, c’était une épreuve publique !

Être un vieux de la vieille : Au XIXème siècle, la garde impériale de Napoléon Ier était constituée de troupes d’élite : une jeune garde, une moyenne garde et une vieille garde. Les hommes appartenant à la vieille garde étaient appelés Les Grognards. Soldats les plus expérimentés, mais aussi les plus revendicatifs (d’où leur surnom donné par Napoléon). Les vieux soldats restaient considérés, et étaient honorés d’avoir fait partie de la garde impériale. Cette locution, est donc en fait une version raccourcie de « un vieux de la vieille garde impériale ».

Être un vrai cordon bleu : Au XVIème siècle, en pleine guerre de religion, le roi Henri III instaura l’ordre du Saint-Esprit, destiné à rallier à sa cause les nobles catholiques contre les protestants. Les chevaliers de cet ordre étaient ainsi décorés de la croix de Malte (fixée à unruban bleu), qui constituait la plus illustre et prestigieuse distinction honorifique. Elle fut par la suite abolie et remplacée par la Légion d’honneur, instaurée par Napoléon Bonaparte en 1802. Cependant, le « cordon bleu » est resté au travers des siècles, un symbole fort faisant référence à un certain mérite, et désignant des personnes hautement qualifiées dans un domaine. L’expression dans le monde culinaire s’est vraiment popularisée à partir de 1895, lorsque Marthe Distel publia le premier journal sur la cuisine : « La Cuisinière Cordon Bleu ». Par la suite, elle créa des écoles « Le Cordon Bleu » (institut d’arts culinaires et de management hôtelier) destinées à cultiver l’art de vivre à la française. Enfin, pour ce qui est de l’origine du nom de la recette d’escalope panée, deux pistes font encore débats. La première porte à croire que la recette est nommée ainsi en raison des cordons bleus utilisés par les cuisiniers de l’époque, pour attacher entre elles les tranches d’escalopes. La seconde, rejoints l’origine du terme généraliste de « cordon bleu » exposé plus haut : un mets inventé par un cuisinier de mérite.

Faire amende honorable :Avant d’être employée au sens figuré, l’amende honorable constitue, sous l’Ancien Régime, une sanction juridique par laquelle le coupable doit reconnaître publiquement ses fautes. Agenouillé devant un parterre de laïcs et d’ecclésiastiques, souvent vêtu d’une simple chemise et pieds nus, le condamné demande pardon « à Dieu, à la société et aux hommes ». La cérémonie, volontairement humiliante, est censée rendre à l’accusé son honneur bafoué. Souvent mobilisée pour des délits mineurs (insultes, impudeurs), elle précède aussi la condamnation à mort des criminels de sang. Ainsi les futurs pendus délivrent leur « amende honorable » au pied de l’échafaud, la corde passée autour du cou !

Faire bonne chère : au Moyen Âge, « Chère » signifiait visage. Faire bonne chère, c’était accueillir quelqu’un chaleureusement, souvent avec un repas généreux. Dans une époque marquée par la disette, un banquet était un symbole de partage et de prospérité.

Faire ripaille : au Moyen Âge, au château de Ripaille, en Savoie, les banquets somptueux étaient légendaires. Viandes, vins, gibiers… tout y passait dans une ambiance festive. D’ailleurs, dans son poème intitulé Épitre au bord du lac de Genève, Voltaire reproche à Amédée VIII (premier duc de Savoie et futur pape) d’avoir mené à Ripaille une vie de plaisirs et de débauche.

Faire tout un laïus : L’expression vient du milieu estudiantin quand, en 1804, les élèves de polytechniques durent suivre une chaire de belles lettres. Plutôt habitués aux études scientifiques, ils furent assez ennuyés de devoir suivre une présentation sur le roi Laïus, père d’œdipe dans la mythologie grecque. De cet ennui naquit l’expression « faire un laïus », désignant tout exposé long et rébarbatif.

Faisan (Vœu du). La nouvelle de la prise de Constantinople par les Turcs excita une grande fermentation en Europe. Une nouvelle croisade fut résolue, et le duc de Bourgogne, Philippe-le-Bon, donna à cette occasion une fête magnifique à Lille, au mois de février 1454. Voici un court extrait de la longue description qui nous en a été laissée par Matthieu de Coussy.

« Après la représentation d’un mystère et l’apparition d’un géant qui escortait une dame représentant sainte Église, on vit venir dans la salle du banquet « Toison-d’Or, roy d’armes, lequel portoit en ses mains un phaisant (faisan) en vie, orné d’un riche collier d’or, garny de pierres fines et de perles ; et après iceluy Toison-d’Or, vinrent deux damoiselles adextrées de deux chevaliers de la Toison-d’Or. Ils s’avancèrent jusques devant le duc, où après avoir fait la révérence, ledit Toison-d’Or parla à icelui duc en ceste manière:

« Très haut et très puissant prince , et mon très redoutable seigneur, voyez ici les dames qui très humblement se recommandent à vous ; et pour ce que c’est la coutume qui a esté anciennement instituée, après grandes festes et nobles assemblées , on présente aux princes et seigneurs et aux nobles hommes le paon ou quelque autre noble oiseau pour faire des vœux utiles et valables, pour ce sujet on m’a ci envoyé avec ces deux damoiselles pour vous présenter ce noble phaisant, vous priant que le veuillez avoir en souvenance. »

Ces paroles estant dites, icelui duc print un bref escript, lequel il bailla à Toison-d’Or, et dit tout haut : « Je voue à Dieu , mon Créateur, à la glorieuse Vierge Marie, aux dames et au phaisant, que je feray et entretiendray ce que je baille par escript. »

Toison-d’Or ayant pris l’écrit en fit lecture à haute voix. C’était le vœu que faisait le prince « d’entreprendre et d’exposer son corps pour la défense de la foi chrétienne, et pour résister à la dampnable entreprinse du Grand-Turc et des infidelles… Et, ajouta-t-il, si je puis, par quelque voye ou manière qne ce soit, sçavoir ou cognoistrc que ledit Grand-turc eût volonté d’avoir affaire à moy corps à corps, je, pour ladite foy chrestienne soustenir, le combattray à l’ayde de Dieu tout-puissant et de sa très douce mère, lesquels j’appelle toujours à mon ayde. »

L’exemple du duc fut suivi par un. grand nombre de nobles cl de seigneurs ; et le chroniqueur nous a conservé la formule de quatre-vingt-quatorze vœux prononcés dans cette fête. Mais aucun d’eux ne fut accompli.

Farines (Journée des). Peu de jours après la mort du chevalier d’Aumale, tué dans une attaque infructueuse contre Saint-Denis, Henri IV essaya de surprendre la capitale. Dans la nuit du 20 janvier.1591, de Vic, à la tête de quatre-vingts soldats déguisés en paysans, conduisant chacun un mulet chargé de farine, se présenta à la porte Saint-Honoré en demandant qu’elle lui fût ouverte. Il espérait s’en saisir et s’y maintenir jusqu’à l’arrivée du roi, qui avait échelonné une partie de ses troupes à une courte distance. Malheureusement les ligueurs avaient été avertis, et lorsqu’à trois heures après minuit les royalistes se présentèrent à la porte Saint-Honoré, ou leur répondit que, d’après un nouvel ordre, des barques étaient préparées pour embarquer les farines à Chaillot, et qu’ils devaient gagner le bord de la rivière. Les assiégés comptaient, à l’aide de ce contre-temps, faire une sortie et attaquer le roi. Mais de Vic, qui commandait le convoi, s’étant aperçu que l’on sonnait le tocsin dans plusieurs quartiers de Paris, et ayant entendu des bruits inaccoutumés, en donna aussitôt avis à Henri IV, qui fit battre en retraite. « Voilà, dit Palma Cayet, ce qui se passa en cette entreprise, en laquelle les Parisiens n’ayans receus qu’un alarme, ne laissèrent d’en faire chanter le Te Deum, et ordonnèrent qu’à perpétuité, en un tel jour, ils en feroient une feste qui s’appelleroit la journée des Farines. Ceste feste estoit la cinquième qu’ils inventoient, car ils en avoient fait auparavant quatre autres, savoir : la journée des Barricades, la journée du Pain ou la Paix, de la Levée du siège et de l’Escalade. Toutes ces festes furent depuis abolies à la réduction de Paris. »

Farines (Guerre des). La guerre des farines désigne une vague d’émeutes survenues d’avril à mai 1775 dans les parties nord, est et ouest du royaume de France au tout début du règne de Louis XVI. Elle fait suite à une hausse des prix des céréales et consécutivement du pain, supposément du fait de la suppression de la police des grains royale, et des mauvaises récoltes des étés 1773 et 1774. https://aouste-a-coeur.fr/la-guerre-des-farines-en-1775/

Faux visages. C’est le nom que donne Jean Chartier aux brigands anglais qui, malgré les trêves, désolaient les routes de France en 1449 ; « et ils se nommoient ainsi, dit-il, à cause qu’ils se déguisoient d’habits dissolus.

Financiers (Paix des}. On appela ainsi l’abolition de la Chambre royale, qui avait été instituée par Henri III pour faire rendre compte aux maltôtiers italiens de leurs nombreuses malversations. Ceux-ci achetèrent cette abolition en 1581, moyennant la somme de 200 000 écus.

Foire de Lincoln. Au mois de mai 1217, les Français et les barons anglais, partisans du fils de Philippe-Auguste, Louis, que les Anglais avaient appelé en 1215 pour l’opposer à Jean-sans-Terre, occupaient Lincoln et assiégeaient le château qui était au pouvoir des soldats de Henri III, successeur de Jean-sans-Terre. Une armée anglaise vint au secours des assiégés, qui parvinrent à l’introduire dans la ville. Les Français, surpris, ne purent résister à cette attaque imprévue, et s’enfuirent de Lincoln, qui fut livrée au plus affreux pillage. « Elle fut pillée jusqu’à la dernière pièce de monnaie, dit Matthieu Pâris, sans qu’on respectât aucune des églises. On brisa à coups de hache et de maillet tous les coffres et toutes les armoires ; l’église cathédrale elle-même ne put échapper au sort que les autres avaient subi. Le combat, à cause de la richesse du butin, fut appelé , en dérision de Louis et des barons la foire de Lincoln. » Cette journée pendant laquelle, il ne périt que trois chevaliers, ruina pourtant le parti du prince français.

Folie d’Anvers. Les Provinces-Unies, depuis la déclaration de leur indépendance (23 janvier 1579), n’avaient éprouvé que des revers dans leur lutte contre l’Espagne.; effrayées du danger de leur position, elles offrirent, le 16 septembre 1580 à François, duc d’Anjou, frère de Henri III, le gouvernement et la souveraineté de leur pays. Ce prince se rendit à leur appel et l’année suivante entra en Flandre à la tête de dix mille fantassins, de quatre mille chevaux et accompagné par la plupart des chefs calvinistes que la paix de Fleix laissait dans l’inaction. Après quelques succès, le 19 février 1582, le duc fut couronné à Anvers duc de Brabant et comte de Flandre au milieu des plus vives acclamations. Les Flamands , qui espéraient être soutenus par toutes les forces de la France, regardaient déjà comme probable la réunion de leurs provinces à la couronne ; malheureusement l’inhabileté, l’égoïsme et les vices du jeune prince nuisirent à ses succès; et sa conduite lui ayant enfin aliéné le cœur de ses alliés, il résolut de s’emparer par la force des principales places de la Flandre.

Le 17 janvier 1583, ayant réuni ses troupes sous prétexte de les passer en revue, il parvint à s’emparer par trahison de la porte Saint-Jean à Anvers et à y introduire dix-sept compagnies de pied, six cents lanciers et quatre escadrons de cavalerie. Ces troupes, qui devaient être suivies du reste de l’armée, se précipitèrent dans la ville en criant ; Ville gagnée! Vivent le duc et la messe! et se mirent à piller les boutiques et à incendier les maisons. Ce fut ce qui perdit les Français. Les habitants, profitant d’un moment où la porte Saint-Jean se trouva dégarnie d’ennemis, firent tomber la herse dont cette porte était munie et interceptèrent ainsi toute communication entre les assaillants du dehors et ceux du dedans. Au même instant, on tendit les chaînes qui fermaient les rues et on commença à tirer sur les Français des fenêtres et des toits. Le duc d’Anjou était resté en dehors, à quelque distance de la place; voyant des hommes qui gagnaient à grand-peine les murs et de là se jetaient dans les fossés pour échapper à ceux qui les poursuivaient, il disait en riant à ses compagnons : « Voyez comme ces pauvres bourgeois se jettent, » et il croyait déjà les siens maîtres de la ville, lorsqu’il reconnut que c’étaient des Français qui se précipitaient ainsi : bientôt des boulets dirigés contre lui et son escorte le forcèrent de se retirer. Quinze cents Français périrent dans cette imprudente entreprise, deux mille furent faits prisonniers et sauvés par l’humanité du prince d’Orange.

Au dire de l’Estoile, Catherine de Médicis, en apprenant ce désastre, s’écria : « O le grand malheur pour la France de tant de noblesse qui s’y est perdue! Je ne sçai si en toutes les batailles données en France depuis vingt-cinq ans on pourroit compter tant de geutilshommes morts comme il y on a eu en ceste seule malheureuse journée. » 

La trahison du duc d’Anjou perdit sa cause et le déconsidéra aux yeux de l’Europe entière ; il fut bientôt obligé de retourner en France. Les sarcasmes l’accompagnèrent dans sa retraite. On citera seulement les vers suivants, où il est fait allusion à une difformité du prince qui avait été affreusement défiguré par la petite vérole.

Flammans ne soiés estonnés,

Si à François voies deux nés,

Car par droit, raison et usage,

Fault deux nés à double visage

Folle-(Guerre). C’est la guerre soutenue par Louis XII, alors duc d’Orléans, et d’autres seigneurs mécontents, contre Anne de Beaujeu, régente du royaume pendant la minorité de son frère Charles VIII. Après avoir échoué, au mois de janvier 1485, dans ses tentatives pour soulever le Parlement et; l’Université de Paris dont il était gouverneur, le duc se retira à Verneuil-au-Perche où l’armée royale le força bientôt de faire sa soumission au roi. Une seconde ligue ourdie avec ses anciens amis n’eut pas plus de succès que la première. Assiégé dans Beaugency. dont il avait fait sa place d’armes, il fut obligé de se rendre.

Francs-Taupins. On désigna principalement sous ce nom les aventuriers et les gens de guerre qui prirent part à la Praguerie. Plus tard ce fut le sobriquet que l’on donna aux francs-archers, milice qui ne jouissait pas d’une très grande réputation de bravoure, ainsi que le prouve une vieille chanson dont voici quelques couplets :

Un Frauc-Taupin un si bel homme estoit,

Borgne et boiteux pour mieux prendre visée;

Et si avoit un fourreau sans espee ;

Mais il avoit les mulles au.talon.

Deriron; vjgnette sur vignon.

Un Franc-Taupin un arc de fresne avoit

Tout vermoulu, sa corde renouée ;

Sa flesche estoit de papier empennée,

Deriron , vignette sur vignon.

Un Franc-Taupin de Haynaud revenoit;

Sa chausse estoit au talon deschirée ;

Et si disoit qu’il venojt de l’armée;

Mais onc n’avoit donné un horion. –

Deriron, etc…

Fronde : https://aouste-a-coeur.fr/la-fronde/

Funambules furtifs. C’est ainsi, au dire du chroniqueur Baudri, archevêque de Dol, que l’on appela les croisés qui, assiégés en 1098 par les Turcs, dans Antioche dont les chrétiens, venaient de s’emparer, abandonnèrent lâchement leurs compagnons. «Frappés de terreur, dit Albert d’Aix (liv. IV), ils se concertèrent ensemble pour s’échapper secrètement au milieu de la nuit, et s’étant réunis du côté de la montagne, ils descendirent le long des murailles avec des cordes. Puis ils s’avancèrent à travers les déserts des montagnes, et marchèrent sans relâche pour échapper aux embuscades des Turcs, jusqu’à ce qu’ils fussent arrivés à. Alexandrette. »

Après avoir enduré des souffrances inouïes, les assiégés se décidèrent à faire une sortie et à attaquer les Turcs. Ils remportèrent une victoire complète qui délivra la ville et leur permit de marcher sur Jérusalem

Ganifs ou Ganivets (Parti des). Durant la Fronde, en 1650, deux partis ennemis divisèrent la ville d’Aix et troublèrent quelque temps la Provence. « C’étaient, dit Bouche (Hist. de Provence, liv. X), le parti des Sabreurs, qui tenaient pour les princes contre le cardinal, et celui des Ganifs ou Ganivets, qui tenaient pour le roi et le cardinal contre les princes, ainsi dits peut-être de ce qu’on les croyait être des ganifs et des tranche-plumes au regard des sabres ; lesquels deux partis ont été autrement surnommés dans la ville de Draguignan, savoir du nom de Sabreurs et de celui de l’ Industrie, ce dernier étant une même chose avec celui des Ganifs de la ville d’Aix ; et tout ceci ne procédait que de l’intérêt particulier des chefs de chaque parti, lesquels, pour se venger de leurs ennemis, y mêlaient l’intérêt de l’État. »

Gauthiers. Paysans armés qui, de 1587 à 1589, se soulevèrent dans le Perche et dans presque toute la Basse-Normandie pour défendre leurs propriétés et leur liberté contre les gens de guerre. « Ces troupes de paysans, dit de Thou dans son Histoire universelle, étaient ainsi nommés de La Chapelle-Gauthier (village du Perche). Ils avaient commencé à prendre les armes pour se défendre contre les entreprises des troupes qui couraient la province. D’abord ils n’avaient exercé aucune violence ; ensuite, leur nombre s’étant accru, ils en vinrent à attaquer des partis qui allaient au pillage, et firent une cruelle, boucherie de ces coureurs chaque fois qu’ils pouvaient les saisir. L’exemple devint bientôt contagieux et l’insurrection se répandit dans la plus grande partie de la province. Au son du tocsin , on voyait tous les gens de la campagne abandonner leur travail, courir aux armes, et se rendre au lieu qui leur était marqué par des capitaines établis dans chaque village. Quelquefois ils se trouvaient au nombre de plus de seize mille. A leur tête était tout ce qu’il y avait d’esprits brouillons en Normandie : le comte de Brissac, récemment chassé d’Angers, de Mony de Pierrecour, de Longchamp, le baron d’Echauffour, le baron de Tubœuf, de Roquenval, de Beaulieu, et plusieurs autres gentilshommes partisans de la Ligue et qui assemblaient des troupes pour le parti, autour de l’Aigle et d’Argentan. »

Ce fut aux environs de cette dernière ville que les Gauthiers furent détruits, le 22 avril 1589. Étant accourus au secours de Falaise, assiégée par les troupes du roi, ils se virent attaqués dans trois villages où ils s’étaient fortifiés par le duc de Montpensier et ses lieutenants. Mal armés pour la plupart, écrasés par l’artillerie ennemie, à laquelle ils n’avaient pas à opposer une seule pièce de canon, ils essuyèrent une défaite complète malgré leur vigoureuse résistance. Plus de trois mille restèrent sur la place. Des douze cents qui se rendirent à discrétion , quatre cents furent condamnés aux travaux publics ; on relâcha les autres après leur avoir fait jurer de ne plus reprendre les armes.

Grand-Jeudi (Le). On désigna ainsi, à cause de l’agitation extraordinaire qui se manifesta ce jour-là à la cour, le jeudi, 23 avril 1643, où l’on administra à Saint-Germain l’extrême-onction à Louis III. Ce prince vécut encore jusqu’au jeudi, 14 mai. « Le matin de sa mort, raconte Dubois , l’un de ses valets de chambre, il appela ses médecins, et leur demanda s’ils croyaient qu’il pût encore aller jusqu’au lendemain, disant que le vendredi lui avait toujours été heureux ; qu’il avait ce jour-là entrepris des attaques qu’il avait emportées ; qu’il avait même ce jour-là gagné des batailles ; que c’avait été son jour heureux, et qu’il avait toujours cru mourir ce même jour-là. » Le roi mourut trente-trois ans après être monté sur le trône : son père Henri IV avait été assassiné le 14 mai 1610.

Grandes compagnies. Bandes d’aventuriers de tontes les nations qui, dans la seconde moitié du quatorzième siècle, désolèrent non seulement la France, mais l’Italie et l’Espagne. Voici comment Mathieu Villani raconte l’organisation d’une de ces compagnies dans la marche d’Ancône, en 1353, par un chevalier de Jérusalem , organisation qui devait être à peu près la même dans tous les pays.

« Frère Moriale, dit-il, convoqua par lettres ou par messages une grande quantité de soldats qui se trouvaient sans emploi. Il leur fit dire de venir à lui, qu’ils seraient défrayés de tout et bien payés. Ce moyen lui réussit parfaitement; il rassembla bientôt autour de lui quinze cents bassinets et plus de deux mille compagnons, tous hommes avides de gagner leur vie aux dépens d’autrui…. Ils se mirent à chevaucher le pays et à piller de tous côtés…. Comme la contrée était remplie de tous biens, ils y séjournèrent un mois. Pendant ce temps, l’effroi qu’ils inspiraient mit tous les châteaux d’alentour à leur disposition. Beaucoup de soldats mercenaires qui avaient fini leur temps, apprenant que la compagnie faisait un grand butin, refusèrent du service pour se réunir à frère Moriale. Quelques uns même se firent casser pour venir le joindre ; et il les faisait inscrire. Il observait la plus grande régularité dans la répartition du butin. Les objets pillés ou dérobés qui pouvaient se vendre étaient vendus par ses ordres. Il donnait des sûretés aux acheteurs, et, afin que sa marchandise eût cours, il s’arrangeait de façon à se montrer loyal. Il institua un trésorier pour la recette et la dépense ; créa des conseillers et des secrétaires avec lesquels il réglait toutes choses. Obéi des cavaliers et des compagnons, comme s’il eût été leur seigneur, il leur rendait la justice, et faisait exécuter ses arrêts immédiatement. »

C’est dans le récit animé de Froissart qu’il faut lire la vie et les exploits de ces hardis aventuriers qui souvent en peu de mois amassaient des fortunes considérables. L’un d’eux, Aimerigot Marchés, se repentant d’avoir vendu au comte d’Armagnac le château d’Alleze, près Saint-Flour, «imaginoit en soi, dit le chroniqueur, que trop tostil s’estoit repenti de faire bien, et que de piller et rober en la manière que devant il faisoit et avoir faict, tout considéré c’estoit bonne vie. A la fois il s’en devisoit aux compagnons, qui lui a voient aidié à mener cette ruse, et disoit : « Il n’est temps, esbatement ni gloire en ce monde, que de gens d’armes, de guerroyer par la manière que nous avons faict ! Comment estions-nous resjouis quand nous chevauchions àl’avanture et nous pouvions trouver sur les champs ung riche abbé, ung riche prieur, marchand, ou une route (convoi) de mulles de Montpellier, de Narbonne, de Limoux, de Fougans, de Béziers, de Toulouse et de Carcassonne, chargées de draps de Bruxelles ou de Moustier-Villiers, ou de pelleteries venant de la foire au Lendit, ou d’épiceries venant de Bruges, ou de draps de soye de Damas ou d’Alexandrie? Tout estoit nostre ou rançonné à nostre volonté. Tous les jours nous avions nouvel argent. Les villains d’Auvergne et de Limousin nous pourvéoient et nous amenoient en nostre chastelles bleds, la farine, le pain tout cuit, l’avoine pour les chevaux et la litière, les bons vins, les bœufs, les brebis et les moutons tout gras, la poulaille et la volaille. Nous estions gouvernés et estoffés comme rois, et quand nous chevauchions, tout le pays trembloit devant nous. Tout estoit nostre, allant et retournant…. Par ma foy ceste vie estoit bonne et belle ! »

Les grandes compagnies, après avoir battu l’armée royale à Brignais, rançonné le pape à Avignon, sortirent enfin de France en 1366 et se rendirent en Espagne sous la conduite de Duguesclin qui, lui-même, à la tête de ses Bretons, avait pillé force villages et dévalisé bien des voyageurs sur les grands chemins. D’autres troupes passèrent en Italie, s’y recrutèrent, et, grâce aux guerres civiles de ce pays, elles y subsistèrent jusque dans le quinzième siècle.

Guerre au pain. On désigne quelquefois ainsi la période de soixante ans (1729-1789) durant laquelle subsista « le pacte de famine » (voir ce mot).

Guerre de Chalon ( Petite ). Le roi d’Angleterre, Édouard Ier, revenant de la Terre-Sainte en 1273, passa par la Bourgogne, où le seigneur le plus ricbe de la contrée, le comte de Châlon-sur-Saône, le pria d’assister à un grand tournoi qu’il avait résolu de donner en son honneur. Le roi accepta, et ayant déclaré qu’il tiendrait un pas d’armes contre tout venant avec les chevaliers qui l’avalent accompagné en Palestine, ii se vit, le jour fixé, escorté d’un millier d’Anglais tant chevaliers qu’arbalétriers, accourus de Gascogne et d’Angleterre. Le comte, outre les chevaliers français et bourguignons, avait sous ses ordres beaucoup de gens des communes. Après le pas d’armes, dont l’honneur resta au roi d’Angleterre, les fantassins des deux partis s’attaquèrent avec acharnement ; mais l’avantage resta aux soldats d’Édouard, qui étaient tous mieux et plus habitués au maniement des armes que leurs adversaires. « Les Anglais, dit Mathieu de Westminster, s’abandonnant à leur colère, tuèrent un très grand nombre de Français ; mais comme c’étaient des gens de condition vile et des fantassins désarmés qui ne songeaient qu’à enlever du butin, on se souciait fort peu de leur mort. » Le lieu du combat fut couvert de cadavres, et ce tournoi sanglant fut surnommé petite guerre de Châlon.

Haie des morts (Bataille de la). C’est le nom que l’on donne à une bataille sanglante livrée, vers 1072, par les troupes réunies du comte de Nâmur, de Godefroy de Bouillon , du comte de Chini et d’autres seigneurs, à Robert-Ie-Frison, qui s’était emparé de la Flandre. Ce dernier fut vainqueur.

Harelle de Rouen (La). En même temps que la révolte des Maillotins éclatait Paris, un autre mouvement populaire non moins redoutable avait lieu à Rouen à propos d’un droit établi arbitrairement sur les boissons et sur les draps. Le mot harelle, sous lequel il est connu dans l’histoire, signifiait émeute ou révolte dans le langage du quatorzième siècle. Voici comment cet événement est raconté dans la chronique latine du religieux de Saint-Denis :

« Plus de deux cents compagnons des métiers qui travaillaient aux arts mécaniques, égarés sans doute par l’ivresse, saisirent de force un simple bourgeois, riche marchand de draps, et surnommé le Gras à cause de son embonpoint excessif. Ils le proclamèrent leur roi pour se servir de son autorité dans leurs actes, l’élevèrent comme un monarque sur un siège placé dans un char, et le conduisirent par les carrefours de la ville, en parodiant les acclamations dont on entoure les rois. Arrivés au principal marché, ils lui demandèrent que le peuple demeurât libre du joug de tout impôt, et l’obtinrent. Cette franchise de peu de durée fut publiée en son nom, dans la ville, par la voix du héraut. Une foule innombrable de gens sans aveu accourut aussitôt vers lui, et on le força d’écouter, assis sur son tribunal, les cris de chacun; puis on l’obligeait, sous peine de mort, de dire: « Faites, faites. » Alors les révoltés se jetèrent sur les exacteurs royaux, les égorgèrent impitoyablement et se partagèrent tout leur avoir comme illégitimement acquis… Ensuite, se dirigeant sur Saint-Ouen, dont les religieux avaient obtenu un arrêt qui maintenait contre la ville leurs privilèges, ces misérables, dignes de toute la colère du ciel entrèrent de force dans la tour des Chartes, déchirèrent et mirent en pièces les privilèges, dont la perte aurait été irréparable si l’autorité du roi ne les avait rétablis peu après… Enfin ces gens insensés et sans armes se dirigèrent vers le château du roi pour le détruire; mais ils furent repoussés, et plusieurs d’entre eux furent tués ou blessés à mort. »

Le tumulte ne dura qu’un jour; la ville n’en fut pas moins châtiée au mois de février de l’année suivante. Le duc d’Anjou, oncle de Charles VI, y mena le jeune roi, qui y fit son entrée par une brèche, à la tête de quelques troupes. Les bourgeois furent désarmés. On pendit tous ceux qui avaient marqué dans la sédition , on enleva du beffroi la cloche qui servait a réunir la commune et on rétablit les impôts qui avaient été la cause des troubles.

Harengs (Journée des). Le 18 février 1429. C’est le nom que l’histoire a conservé à un combat livré près d’Orléans par les Anglais, qui assiégeaient cette ville, contre les Français, qui voulaient y faire entrer un convoi de harengs et d’autres provisions de carême. Le comte Dunois fut blessé, et les Anglais, ce jour-là, eurent l’avantage; mais ils furent forcés de lever le siège le 8 mai suivant.

Harles : Bandes de brigands qui parvinrent, en 1582, à s’emparer de l’un des faubourgs de Lille. La ville fut délivrée par une héroïne, Jeanne Maillotte, qui combattit vaillamment à la tête des archers de Saint-Sébastien et des femmes de son quartier.

Henri (Guerre des trois). C’est la guerre civile qui, commencée en 1586 entre les protestants et les catholiques, ne prit un développement sérieux que l’année suivante. Elle a été ainsi nommée parce que Henri III, roi de France, Henri de Guise d’un côté, et de l’autre le roi du Navarre, Henri de Bourbon, étaient chacun à la tète d’une armée. Les principaux événements de cette guerre furent la bataille de Coutras , gagnée par Henri de Bourbon, et les victoires du duc de Guise sur les reîtres, qui, battus successivement à Vimaury et à Anneau, fuient complètement détruits par les populations soulevées contre eux.

Héron (Vœu du). Vœu prononcé sur un héron en 1338, et par lequel Édouard III, les principaux seigneurs de sa cour et Robert d’Artois s’engagèrent à se signaler par leurs exploits dans la guerre qu’ils allaient commencer contre la France. Aucun chroniqueur, à ce que nous croyons, n’a parlé de ce vœu; mais le souvenir nous en a été conservé par un poème historique du quatorzième siècle dont le texte a été publié par La Curne de Sainte-Palaye. (Voir vœu du Paon)

Huguenots : Origine du mot Huguenot. — L«s partisans de la liberté à Genève, s’étant fait admettre parmi les confédérés suisses, se nommèrent Eignots on Huguenots (du mot allemand eidyenossen , confédérés, et de Hugues, nom tin citoyen qui avait négocie l’alliance avec les cantons). — Le terme de Huguenot s’introduisit eu France, et, vers le règne de François II, commença l’usage de l’appliquer aux calvinistes, coreligionnaires des Genevois.

D’anciens auteurs, notamment Pasquier et Guy Coquille, on donné à ce mot de vaines origines. On lit dans les Recherches de Pasquier que Huguenot « dérive de Huguet, nom d’un lutin que l’on honorait du titre de roi, et qui. disait-on, courait les rues de Tours pendant la nuit, comme les premiers protestans qui allaient de nuit à leurs assemblés ». Suivant Coquille, on appelait ainsi les calvinistes parce qu’ils soutenaient les droits des descendants de Hugues Capet contre les Guises, qui se disaient fils de Charlemagne.

Le père Maimbourg, dans son Histoire de la Réforme, parait être le premier auteur fiançais qui ait donne la véritable origine du nom.

Voltaire a adopté l’opinion de Maimbourg sans citer l’autorité du jésuite dont les ouvrages lui ont été plusieurs fois d’un grand secours.

Sismondi donne la même origine en expliquant, avec citation d’autorité, la transformation d’Eignots en Huguenots.

Importants (Faction des). Parti qui se forma à la cour aussitôt après la mort de Louis XIII, et dont le principal chef était le duc de Beaufort. Leurs intrigues, de plus en plus menaçantes, déterminèrent la régente Anne d’Autriche à un coup de vigueur. Le 2 septembre 1643, Beaufort fut enfermé à Vincennes, les ducs de Vendôme, de Mercœur et de Guise furent exilés ainsi que la duchesse de Chevreuse, l’évêque de Beauvais et d’autres personnages. Suivant Tallemant des Réaux, ce fut une femme connue par son esprit, madame Cornuel, « qui donna le nom d’Importants aux gens de la cabale de M. de Beaufort, parce qu’ils disoient toujours qu’ils s’en alloient pour une affaire d’importance. Elle a dit depuis que les Jansénistes étoient des Importants spirituels. »

Jacquerie, Jacques Bonhomme. – Origine de la jacquerie : Après la bataille de Crécy et de Poitiers, les possesseurs de castels n’inspiraient plus le même respect ni les mêmes craintes. La plupart des nobles hommes avaient pris la fuite sur le champ de bataille; ils étaient revenus dans leurs manoirs, sans honneur, et, pour ainsi dire, à la huée des serfs. Pouvait-on craindre encore ces seigneurs, auxquels de simples archers d’Angleterre avaient fait lâcher pied? Ceci, joint à la captivité du roi Jean, aux soulèvements des bourgeois de Paris, jetait une grande agitation dans les campagnes, et ce fut alors qu’éclata lu jacquerie, ou révolte des paysans.

On appelait depuis longtemps Jacques, JacquesBonhomme, les vilains qui servaient dans les batailles, soit qu’ils portassent des jacques ou jacquettes, soit qu’on leur donnât ce nom en moquerie. Dans les villes de commune, souvent les magistrats prenaient le titre de bons-hommes, équivalant à celui d’assesseurs, de jurés.

Le lundi 21 mai 1557, un soulèvement de paysans éclata dans le Beauvaisis. Voici ce que raconte un chroniqueur : «  Plusieurs menu peuple des bourgs de Saint-Leu, de Cerens, de Noyetel et des environs, s’unirent et coururent sus à plusieurs gentilshommes. Ces gens des villes champêtres ne furent pas mie cent en premiers, et disaient : « Les nobles hommes, loin de nous défendre, nous causent plus de dommages que les ennemis. Tous ces chevaliers et écuyers trahissent le royaume, et ce serait grand bien si tous étaient détruits. » Lors se rassemblèrent et s’en allèrent sans autre conseil, et sans nulle autre armure, que des bâtons ferrés et des couteaux, en la maison d’un chevalier qui près de là demeurait; si tuèrent le chevalier, sa dame et les enfans petits et grands, et ardèrent la maison. Ainsi firent en plusieurs châteaux et bonnes maisons, et se multiplièrent tant les Jacques, qu’ils furent bien au nombre de six cents. Partout ou ils venaient, leur nombre s’augmentait, si que, chaque chevalier, dame, écuyer, leurs femmes, leurs enfans, les fuyaient; et ces méchantes gens assemblés, sans chef ni armure, robaient et ardaient tout, et tuaient toutes dames sans pitié, comme chiens enragés. Tons ceux qui refusaient de se joindre à eux, ils les tuaient : il y avait des femmes parmi eux, car lorsqu’ils arrivaient dans un castel, avant de le brûler, les femmes des Jacques se revêtaient des atours des nobles dames et châtelaines; et alors s’entre-saluaient comme seigneurs et gentilshommes. Lorsqu’ils se virent en grand nombre, ils firent un roi ou capitaine; ils choisirent un paysan très fort, du nom de Karlot, et ils le mirent à leur tête, et il l’appelaient Jacques Bonhomme. »

Au bruit des ravages de ce torrent destructeur, de cette insurrection générale des hommes des champs contre les habitans des châteaux et des villes, les nobles de toutes les provinces fortifièrent leurs manoirs; les chevaliers de toutes les parties de la France rallièrent leurs forces éparses ; ceux de plusieurs pays étrangers se hâtèrent de venir à leur secours. Toutes ces troupes d’hommes d’armes attaquèrent , combattirent et détruisirent en détail cette multitude insurgée, incapable de se concerter, de se rallier, et dérégler sa fougue impétueuse. Le roi de Navarre, dans un seul combat, extermina, près de Beauvais, trois mille de ces malheureux, dont le chef, Guillaume Caillet, fut enchaîné par ses ordres, et pendu. Lorsque la masse de ces bandes furieuses fut vaincue et dispersée, on poursuivit partout ses débris; en vain elles voulurent chercher un refuge dans les villages qui n’avaient point pris part à leur révolte. Les habitans de ces bourgades, redoutant leur approche, s’étaient entourés de fossés, de remparts, pour se garantir de toute communication avec elles , et les repoussaient à coups de pierres et de piques. Il se fit un épouvantable carnage de ces malheureux, et la terreur parvint à étouffer cette révolte, première menace des serfs contre la puissance féodale. »

Jeu de mains, jeu de vilains: ce proverbe tire son origine du Moyen Âge. A l’époque, le terme « vilain » désigne les personnes de basse extraction, souvent associées à la ruralité et au travail manuel, dont les chamailleries peuvent rapidement s’envenimer. En outre, le port d’arme leur étant défendu, c’est souvent à coup de poings qu’ils règlent leurs querelles… Une autre explication se rapporte au jeu de paume. Les « vilains » n’ont pas le loisir d’y jouer avec des raquettes, plébiscitées par la noblesse, mais le pratiquent en extérieur avec le plat de la main. Un comble pour les aristocrates qui les enferment dans ce proverbe méprisant, défendant leur progéniture de faire de même… Surtout que les parties de ces rustres peuvent rapidement dégénérer en pugilat.

Jeu n’en vaut pas la chandelle (le) : Au XVIe siècle, l’éclairage à la bougie était coûteux. Dans les salles de jeux, les joueurs devaient payer pour les chandelles. Si les gains étaient faibles, ils ne couvraient même pas le coût de l’éclairage.

Joindre les deux bouts : Cette expression est apparue dans la société du XVIèmesiècle. Chez les nobles et les bourgeois, la mode est à la collerette (ces espèces de cols montants plissés en dentelle, portés autour du cou). Surnommée « la fraise » à cause de sa forme, sa taille dépend de la réussite et de la richesse de celui qui la porte. Elle est même introduite à la cour de France d’Henri III et de Catherine de Médicis. Lors des banquets, il arrivait que les serviettes de tables soient trop petites pour être nouées autour du cou, à cause des fraises démesurées de certains nobles. Ils avaient ainsi du mal à joindre les deux bouts.

Jurer comme un templier : Si on lui préfère aujourd’hui la formule « jurer comme un charretier », les conducteurs de char ayant l’habitude d’exciter leur monture en l’accablant d’insultes, l’expression gagne à être connue tant elle ruisselle d’histoire… Au XIIIe siècle, l’ordre des Templiers n’a pas bonne presse. Cette milice de moines-chevaliers s’était distinguée pendant les Croisades, mais depuis quelques temps, on la dit réfugiée dans la finance, le luxe et la débauche. En France se répandent les expressions « boire comme un Templier » et « jurer comme un Templier », représentatives de leurs excès et de leurs vices… Car en parallèle, la propagande royale s’est organisée. En 1307, Philippe le Bel fait arrêter les Templiers et confisquer leurs biens, les accusant de nombreux crimes (dont le blasphème) qu’ils ne tardent pas à avouer sous la torture. Cette condamnation injuste entretiendra la légende de chevaliers impies dans le parler français du XIVe siècle, où fleuriront ces expressions imagées.

Justice (Chambres de). C’est le nom par lequel on désigne dans notre histoire les cours souveraines créées extraordinairement pour rechercher les malversations des financiers. La première fut établie en Guyenne, au mois de novembre 1581. D’autres furent instituées successivement en 1584, 1597, 1607, 1608, 1624, 1648, 1655, 1661. La dernière, créée par un édit du mois de mars 1716, fut révoquée en mars 1717. (Voir Chambre ardente) Les poursuites exercées contre les financiers étaient toujours vivement approuvées par le peuple, qui manifestait sa haine contre eux par des chansons et des caricatures.

Langage de Canaan. Catherine de Médicis, pour mieux tromper les ministres protestants dans les conférences qu’elle avait avec eux, « avoit appris par cœur, dit d’Aubigné, plusieurs locutions qu’elle appeloit consistoriales, comme d’approuver le conseil de Gamatiel, dire que les pieds sont beaux de ceux qui portent la paix ; appeler le roi l’oint du Seigneur, l’image du Dieu vivant, avec plusieurs sentences de 1’épître de saint Pierre en faveur des Dominations; s’écrier souvent : Dieu soit juge entre vous et nous ; J’atteste l’Éternel devant Dieu et ses anges ! Tout ce style, qu’ils appeloient entre les dames le langage de Canaan, s’étudiait au soir, au coucher de la reine, et non sans rire, la bouffonne Atrie (Anne d’Aquaviva, fille du duc d’Atria, mariée au comte deChateauvillain ) présidante à cette leçon. »

Lanturelu (Émeute du). Louis XIII ayant choisi lui-même le maire et les autres officiers du corps municipal de Dijon qui étaient auparavant électifs, une insurrection éclata dans la ville, le 28 février 1630. Les vignerons brûlèrent le roi en effigie, aux cris de vive l’empereur et en chantant un vaudeville dont le refrain, lanturelu, donna son nom à l’insurrection. Le 1er mars, les insurgés pillèrent et brûlèrent plusieurs maisons ; mais la répression ne se fit pas attendre. La milice bourgeoise fut convoquée, et l’on força le clergé régulier et séculier de prendre les armes. On arrêta les plus coupables des perturbateurs, et deux d’entre eux furent rompus vifs et écartelés, le 20 mars. On a très peu de renseignements sur cet événement : aussi croit-on devoir donner l’extrait suivant d’une lettre écrite alors par un dijonnais à un habitant de Paris, et qui peint assez plaisamment la situation de la ville lorsque l’émeute eut été réprimée. Elle a été publiée pour la première fois on 1834, dans la Revue rétrospective.

«De peur que les vignerons ne fissent rumeur pour enlever les coupables des prisons, on a redoublé le corps-de-garde toutes les nuits, et, par ordonnance publique, obligé tous les ecclésiastiques exempts et non exempts, séculiers et réguliers, avec bâtons ferrés et non ferrés, de s’y trouver en personne : c’est donc plaisir tous les soirs de voir entrer les francs champions en garde. Dimanche dernier, le doyen de la Sainte-Chapelle marchoit en tête avec la pique et le hausse-col, suivi d’un rang de mousquetaires composé de quatre chanoines de la Sainte Chapelle avec des baudriers, l’espadon, la bandolière, le mousquet, la fourchette et le chapeau retroussé avec la plume noire; suivi d’un autre rang de chanoines de Saint-Étienne, ceux-là de quatre moines de Sainte-Bénigne, et ceux-ci de sept ou huit files de prêtres habitués dans les paroisses; et pour arrière-ban, de deux jésuites en manteau court et soutane retroussée, avec chacun un brin d’estoc rouillé dès le temps que le connétable de Castille vint au secours de feu monseigneur du Maine. Deux bons pères de l’Oratoire venoient après, l’un avec la hallebarde, et l’autre avec le mousquet, l’escouade était fermée de trois pères carmes réformés, avec la bandolière verte, le coutelas pendant et le mousquet, leurs habits relevés à la ceinture… Pour la faction, voici ce qui s’y passa… Chacun y fit sentinelle à son tour, et on remarqua que le père de l’Oratoire, au lieu de dire ; Qui va là? aux passants, disoit d’un tordion de tête à la mode et avec sourire : « Monsieur ou madame, je vous supplie, pour l’amour de Notre-Seigneur, demeurez là, s’il vous plaît, en attendant que j’aie averti monsieur notre caporal, car ainsi me l’a-t-on ordonné. » Et puis, laissant son poste, il s’en venoit au corps-de-garde à pas comptés, dire ; « Monsieur le caporal, s’il vous plaît de venir là : quelqu’un désire de passer… » Au reste, la plupart sont si bien duits de deçà ! aux exercices de Mars, qu’un cordelier menant sa ronde, au moindre arrêt qu’une sentinelle lui fit, dit le mot tout haut afin de passer. D’autres équivoquent au mot; et au lieu de saint Luc disent saint Jacques, ce qui le plus souvent les met aux termes de se couper la gorge. Voilà où les vignerons nous ont réduits. »

Lièvre (Chevaliers du). En 1339, Édouard III étant venu ravager le Cambrésis et s’étant avancé jusqu’à l’Oise, Philippe de Valois marcha à sa rencontre. Les deux armées se trouvèrent en présence à Buironfosse, non loin de la Capelle, et se disposèrent à combattre, le 23 octobre. Toutefois, la bataille n’eut pas lieu. « Ce jour-là, environ petite-nonne, dit Froissait (liv. I, chap. 93), un lièvre s’en vint trépassant parmi les champs, et se bouta entre les François, dont ceux qui le virent commencèrent à crier et à huier et à faire grand haro; de quoi ceux qui étoient derrière cuidoient que ceux de devant se combatissent ; et les plusieurs, qui se tenoieut en leurs batailles rangées, fesoient autel (pareillement) ; si mirent les plusieurs leurs bassinets en leurs têtes et prirent leurs glaives. Là y fut fait plusieurs nouveaux chevaliers, et par espécial, le comte de Hainaut en fit quatorze qu’on nomma depuis les chevaliers du Lièvre.»

Ligue. (Sainte). C’est le nom que le pape, Venise et Ferdinand d’Aragon donnèrent à la coalition qu’ils formèrent en 1511 pour expulser les Français de l’Italie.

Alliance conclue sous le patronage du pape Jules II entre Venise, l’Espagne et l’Angleterre, la Sainte Ligue, dirigée contre la France, dura de 1511 à 1513.

Avec l’expédition de Naples du roi de France Charles VIII en 1494 et l’invasion de Milan en 1499 par son successeur Louis XII, qui pouvait prétendre à l’héritage milanais en raison du mariage de son grand-père avec Valentine Visconti, l’équilibre des forces à Milan avait été rompu. Dans des coalitions variables, le pape, Venise, l’Espagne, les Habsbourg et la France se disputèrent le riche duché (guerres d’ Italie). La force militaire des Confédérés joua dans ce contexte un rôle essentiel: depuis les guerres de Bourgogne, les Suisses fournissaient des mercenaires recherchés et commençaient à se mêler de la grande politique européenne.

Avec la victoire de la Ligue de Cambrai sur Venise en 1509, la France devint la puissance dominante en Italie du Nord. Jules II s’opposa à ce nouvel état de fait et réussit en 1510, grâce à la médiation du cardinal Mathieu Schiner, à gagner à sa cause les Confédérés, qui conclurent avec lui pour cinq ans une capitulation. Le 4 octobre 1511, le pape réunit dans la Ligue l’Espagne et Venise; l’Angleterre s’y associa le 14 novembre. L’objectif était de reconquérir les territoires qui avaient été arrachés aux Etats de l’Eglise et de mettre un frein à l’influence française. Les Confédérés n’adhérèrent pas à l’alliance, mais ils combattirent en 1511 du côté du pape durant la « froide campagne d’hiver ». Une année plus tard, ils conquirent le duché de Milan pour le compte de la Ligue (expédition de Pavie). Mais Venise, insatisfaite de sa part, changea de camp et se rallia à la France. Ce revirement, auquel s’ajouta la mort du pape en 1513, sonna le glas de la Sainte Ligue. Les Confédérés ne purent conserver longtemps leur protectorat sur Milan et perdirent le duché au profit de la France en 1515, après leur défaite à Marignan.

Manger à la bonne franquette : au Moyen Âge, le mot « franquet » signifiait simple ou sans artifice. Les repas paysans étaient modestes mais chaleureux, souvent pris sur le pouce.

Maillotins. C’est le nom qu’à partir du seizième siècle on commença à donner aux Parisiens révoltés en 1382, tandis que tous les écrivains contemporains les ont appelés Maillets, à cause de l’arme dont ils s’étaient munis.

Malandrins. C’était l’un des noms que l’on donnait aux soldats d’aventure qui désolèrent la France sous Jean et Charles V.

Malcontents. Parti qui se forma au siège de La Rochelle, en 1573. Il se composait des mécontents catholiques qui blâmaient la marche suivie par le roi, et avait pour chefs le duc d’Alençon, frère du roi, Henri de Montmorency et le vicomte de Turenne.

Marché de la Grange aux Merciers. On appela ainsi les conférences qui, en 1465, après la bataille de Montlhérv, se tinrent à la Grange-aux-Merciers, près de Bercy, entre Louis XI et les princes qui avaient formé la ligue du Bien public. On leur donna ce nom à cause de la cupidité des serviteurs des princes que le roi achetait à prix d’argent.

Marmousets. Ce mot, qui jadis signifiait gens de petite condition, gens de rien, était appliqué par les ducs de bourgogne et de Berri, oncles de Charles VI, aux conseillers que ce prince s’était choisis en 1389 parmi les anciens serviteurs de son père. C’étaient, entre autres, Bureau de la Rivière, Pierre de Vilaines, dit Je Bègue, Jean le Mercier, sire de Nogent et Jean de Montagut, qui, cherchant autant que possible à réparer les désordres survenus pendant la minorité du roi, s’attirèrent ainsi la haine des nobles. Aussi, lorsque Charles eut été atteint de démence, le premier soin de ses oncles, qui ressaisirent alors le pouvoir, fut de jeter en prison les marmousets. On instruisit leur procès, on confisqua leurs biens que se partagèrent les courtisans, et ils auraient été envoyés à la mort, si le roi, dans un intervalle lucide, ne les eut fait remettre en liberté, au mois de février 1393, en les exilant toutefois à cinquante lieues de Paris et on leur interdisant pour la vie d’exercer aucun office royal.

Marmousets (Conjuration des). « En 1730, raconte Duclos dans ses Mémoires secrets, quelques étourdis de la cour s’avisèrent de vouloir jouer un rôle. Le cardinal de Fleury les avait fait admettre aux amusements du roi (Louis XV. alors âgé de vingt ans), et dans une sorte de familiarité. Ils la prirent naïvement pour de la confiance de la part de ce prince, et s’imaginèrent qu’ils pourraient se saisir du timon des affaires. Le cardinal en fut instruit, et vraisemblablement par le roi même. Sous Richelieu, qui savait si bien faire un crime de la moindre atteinte à son autorité, et trouver des Juges dont la race n’est jamais perdue, l’étourderie de ces jeunes gens aurait pu avoir des suites fâcheuses. Le cardinal de Fleury, qui ne prenait pas les choses si fort au tragique, en rit de pitié, les traita en enfants, envoya quelques uns mûrir quelque temps dans leurs terres, ou devenir assez sages auprès de leurs pères, et en méprisa assez quelques autres pour les laisser à la cour en butte aux ridicules qu’on ne leur épargna pas. Il est inutile aujourd’hui de rechercher leurs noms : ils ne s’en sont fait depuis en aucun genre, et sont parfaitement oubliés. C’est ce qu’on appela alors la conjuration des marmousets. Les principaux de ces marmousets étaient les ducs de Gèvres et d’Êpernon. »

Matines parisiennes. On a désigné quelquefois sous ce nom le massacre de la Saint-Barthélemy.

Mauvais Garçons. Bandes de voleurs et d’assassins qui désolèrent les rues et les environs de Paris jusqu’au dix-septième siècle, et soutinrent souvent des combats en règle contre le guet de la ville. Une rue porte encore aujourd’hui le nom de rue des Mauvais-Garçons.

Mein (Canards du). A la désastreuse bataille de Dettingen, gagnée sur nous, en 1743, par les Anglais, qui auraient été inévitablement détruits sans une imprudence inexcusable du duc de Grammont, neveu du maréchal de Noailles, le désordre se mit dans l’armée française, et l’on vit un régiment d’élite, celui des gardes françaises, repasser en toute hâte le Mein à la nage, d’où leur vint le sobriquet de Canards du Mein .

Mensonge (Champ du). Les trois fils de Louis-le-Débonnaire, Pépin, Louis-le-Germanique et Lothaire, s’étant, pour la seconde fois, révoltés contre leur père, en 833, rassemblèrent trois armées et se réunirent à Colmar pour détrôner l’empereur, qui s’avança à leur rencontre à la tète de troupes nombreuses. Les deux partis se trouvèrent en présence à Jtothenfeld. On s’attendait à une bataille, mais « dans une seule nuit, raconte l’auteur de la vie de Wala, tous les esprits furent changés ; le peuple fut trompé par de fausses promesses et de mauvais conseils ; les soldats de l’empereur passèrent comme un torrent dans le camp de ses fils, et le bas peuple menaça de courir sur le vieux césar. » Abandonné de tous, I.ouis-le-Débonnaire se remit alors entre les mains de ses fils, qui le reléguèrent dans l’abbaye de Saint-éMdard de Soissons et le firent plus tard déposer à l’assemblée solennelle de Compiègne. « Ceux qui avaient juré fidélité à l’empereur, dit l’Astronome ayant menti à leurs serments, le lieu qui fut témoin de cette trahison en conserva un nom ignominieux, puisqu’il fut appelé Champ du mensonge (Lugenfeld). »

Mettre le holà : Son origine remonte au Moyen Âge, avec l’interjection «Ho! Qui va là?». Utilisée pour interpeller ou arrêter quelqu’un, cette formule servait également à calmer les chevaux d’un attelage en leur signifiant de s’immobiliser. Au XVIIe siècle, cette interjection a évolué en «faire holà» ou «dire holà», avant de prendre sa forme actuelle. Aujourd’hui, on continue d’utiliser cette expression pour signifier qu’il est temps d’arrêter quelque chose avant que cela ne dégénère.

Mettre sa main au feu : au Moyen Âge, les « jugements de Dieu » ou ordalies impliquaient des épreuves de feu pour prouver l’innocence d’un accusé. Tenir une barre de fer brûlante ou plonger la main dans l’eau bouillante était censé révéler la vérité divine.A l’époque, les crimes ne sont pas suivis d’enquêtes poussées : seul juge des affaires des hommes, Dieu distille peines et châtiments. Pour rendre sa volonté plus explicite, les tribunaux médiévaux introduisent l’ordalie, une épreuve censée départager coupables et innocents. Les suspects doivent notamment porter, sur une dizaine de pas, une barre métallique chauffée au fer rouge : si, trois jours plus tard, la main brûlée a cicatrisé, son propriétaire est déclaré blanchi. Inutile de préciser que les ordalies ont jeté un certain nombre d’innocents dans les cachots du Moyen Âge…

Mignons. Jeunes gens débauchés qui étaient les favoris de Henri III. On les nommait encore les Confrères du cabinet.

Minotiers. C’étaient les ligueurs qui, pendant le siège de Paris par Henri IV, recevaient des Espagnols un minot de blé et une paie de quarante-cinq sous par semaine. Lors de l’entrée de Henri IV à Paris, ils se réunirent dans le quartier de l’Université et firent un instant mine de résister ; mais ils ne tardèrent pas à être dispersés.

Mirmidons. C’est le nom que l’on donna aussi aux Marmousets

Missions bottées. On appela aussi de ce nom les Dragonnades .

Miquemaque. Révolte qui éclata à Reims, en 1461, au sujet de la gabelle. Louis XI, qui venait de monter sur le trône, y envoya, déguisés en marchands, des gens de guerre qui s’emparèrent des portes et remirent ainsi la ville au pouvoir du roi. Deux cents bourgeois furent pendus. Quelques archéologues croient que huit figures de taille gigantesque qui se trouvent au pied de l’un des clochers de la cathédrale de Reims font allusion à cet événement. L’un des personnages représentés tient une bourse d’où il tire de l’argent, un autre porte des marques de flétrissure ; d’autres, percés de coups, présentent des rôles d’impôts lacérés.

Mort aux vaches! : c’est un défaut de prononciation. En 1870, la France et la Prusse se livrent une guerre sans merci. Aux postes-frontières, les sentinelles allemandes sont plantées sous un écriteau qui indique Wache, soit « garde » dans la langue de Goethe. A défaut de le prononcer correctement (en allemand, le mot se lit va-reu), le peuple français s’empare du terme pour en faire un cri de ralliement germanophobe : « mort aux vaches » résonne bientôt dans les faubourgs assiégés ! L’expression garde sa popularité au XXe siècle, quoique tournée vers une nouvelle cible : les policiers qui, des vaches aux poulets, ne quittent jamais la ferme dans l’argot populaire…

Naseaux (Fendeurs de). Au seizième siècle, les jeunes gens de la cour, ainsi qu’on peut le voir dans Brantôme, avaient pour habitude de menacer leurs ennemis de leur fendre les naseaux. Les quarante-cinq gentilshommes attachés à la personne de Henri III, et qui n’étaient, pour ainsi dire, que des assassins à gages, furent particulièrement désignés sous ce nom de Fendeurs de naseaux.

Noces salées. François ler ayant fait célébrer, en 1540, à Châtellerault, les fiançailles du duc de Clèves avec Jeanne d’Albret, alors âgée de douze ans, et qui, devenue nubile , épousa Anloine de Bourbon, donna à cette occasion les fêtes les plus magnifiques. « Auxdites noces, dit Martin du Bellay, se firent de magnifiques tournois en la garenne de Chastellerault, d’un bon nombre de chevaliers errants, gardant entièrement toutes les cérémonies qui sont écrites des chevaliers de la Table ronde. » Toutes ces fêtes épuisèrent le trésor royal, et pour le remplir, on établit dans les provinces du Midi un impôt sur le sel qui fit donner à ces noces l’épithète de salées.

Non-Pareille (Cour). Cour plénière tenue à Saumur, en 1241, par saint Louis, qui y arma chevalier son frère Alphonse, et lui donna l’investiture des deux comtés de Poitou et d’Auvergne. « Là fus-je, dit Joinville, et vous témoigne que ce fut la cour la mieux aournée que je visse onques…. A table le roi avoit vêtu une cotte de samit (étoile de soie et or) ynde (bleu), et surcot et mantel de samit vermeil fourré d’hermines, et un chapel de coton , en sa tête, qui moult mal il séoit, pour ce qu’il étoit lors jeune homme. Le roi tint cette fête aux halles de Saumur ; et l’on disoit que le grand roi Henri d’Angleterre les avoit faites pour ses grandes fêtes tenir. Et les halles sont faites à la guise de celles de ces moines blancs (de Citeaux) ; mais je crois que de trop il s’en faut qu’il n’en soit milles si grandes…. Et là mnngeoient de chevaliers une si grande foison, que je ne sais le nombre, et disent moult de gens qu’ils n’avoient onques vu autant de surcots, ne d’autres garnitures de drap d’or à une fête, comme il y en eut là, et disent qu’il y eut bien trois mille chevaliers. »

Ormistes (Faction des). Durant les troubles de la Fronde, en 1652, «  les affaires dans Bordeaux étaient fort brouillées, disent les mémoires de Monglat. Le parlement était séparé en deux. Une partie était sortie de la ville, ne voulant pas approuver la rébellion, et l’autre était restée dedans pour l’autoriser ; mais le peuple méprisa ceux qui favorisaient la révolte et s’attribua tout le pouvoir. Comme la populace était en grand nombre, elle s’assemblait dans une place plantée d’ormes, près le château du Ha, où elle ordonnait tout ce qui lui plaisait et le faisait exécuter par force. Tous ceux de cette assemblée firent une union entre eux, où ils signaient dans un livre (qu’un nommé Duretête, un des plus séditieux de tous, gardait) une association pour soutenir la liberté publique, qui voulait proprement dire la rébellion. On appelait cette cohue l’Ormée, et ceux qui la composaient les Ormistes, à cause du lieu de leur assemblée. Leur puissance crut tellement, que d’abord, que quelqu’un s’opposait à leur volonté, sa maison était pillée, et il courait fortune de la vie. On n’entendait parler dans Bordeaux que d’assassinats et de saccagements de maisons, faits par cette engeance mutine et insolente, qui se moquait des arrêts du parlement et ne suivait que son caprice. Le prince de Conti, pour abaisser le parlement, soutint au commencement l’Ormée, et même autorisait leur assemblée par sa présence ; ensuite il eût bien voulu la réprimer et modérer leur violence, mais il s’en avisa trop tard. »

L’année suivante, en 1653, les excès sans cesse renaissants des Ormistes, les discordes des chefs du parti, leurs négociations avec Cromwell forcèrent enfin la bourgeoisie à prendre les armes. Il se forma une troupe de quatre à cinq mille jeunes gens qui livrèrent bataille aux Ormistes, les battirent en plusieurs rencontres, et traitèrent avec le roi. Le 30 juillet, la ville fit sa soumission, et obtint une amnistie presque générale.

Pacte de famille. C’est l’important traité par lequel le duc de Choiseul parvint à réunir dans une alliance offensive et défensive tous les princes de la maison de Bourbon. Ce traité fut signé le 15 août 1761, entre la France et l’Espagne. Les cours des Deux-Siciles, de Parme et de Plaisance y accédèrent un peu plus tard.

Pacte de famine. On désigne sous ce nom une odieuse association à la tête de laquelle auraient été non seulement les gens de finance, mais quelques-uns des plus illustres personnages de la cour et des principaux membres de la noblesse, du clergé et de la magistrature. Elle avait, dit-on , pour but d’acheter à vil prix et d’accaparer tous les blés du royaume, d’en exporter ou même d’en détruire une partie, afin de produire la cherté dans les années les plus abondantes, une disette affreuse dans les années médiocres, et de revendre alors à un prix exorbitant les grains conservés dans des magasins établis hors du royaume, et entre autres à Jersey et à Guernesey. Ce pacte formé en 1729, et qui, renouvelé successivement tous les douze ans jusqu’en 1789, causa en France onze famines générales, procurait aux associés un bénéfice de 70 à 100 pour cent. On a prétendu que Louis XV lui-même y avait pris part, et avait fait à la société une avance de 10 millions tirés de sa caisse particulière. On a publié la teneur du pacte conclu en 1765. L’article XIX est assez curieux. Il porte « qu’il sera délivré annuellement une somme de 1200 livres aux pauvres. »

Paix boiteuse ou mal assise. On nomme ainsi 1a paix signée à Longjumeau le 23 mari 1568 entre les catholiques et les protestants, et qui mit fin à la seconde guerre civile. Elle fut en apparence très favorable à ceux-ci, auxquels on accorda à peu près tout ce qu’ils demandaient ; mais on exigea d’eux qu’ils livreraient leurs forteresses et licencieraient immédiatement leurs troupes, ce qu’ils exécutèrent. « Aussi, dit Lanoue, les catholiques, demeurant toujours armés, gardèrent les villes et les passages des rivières, si bien qu’à deux mois de là les huguenots se trouvèrent comme à leur discrétion. Aucuns rnesme de ceux qui avoient insisté pour la paix furent contraints de dire : « Nous avons fait la folie, ne trouvons donc estrange si nous la beuvons. Toutesfois il y a apparence que le breuvage sera bien amer. » — « Tout le monde pensoit, dit Brantôme (Vie de Biron), que cette paix ne serait guère bonne, ferme ni stable, parce qu’elle étoit malassise et faite par un boiteux. Le boiteux étoit M. de Biron. M. de Boissy, qu’on appeloit Malassise, un très-grand, subtil et habile personnage d’Estat, d’affaires de science et de toutes gentillesses, s’en mêla aussi. Voilà le sujet du pasquin. » Cette paix est aussi connue sous le nom de Petite-Paix.

Paix des Dames. Voir Dames.

Paix fourrée de Chartres. On désigne ainsi la réconciliation qui eut lieu dans la cathédrale de Chartres, le 9 mars 1409 , entre les enfants du duc d’Orléans, assassiné le 23 novembre 1407, et Jean Sans-Peur, auteur de ce crime.

Cette paix, qui répandit une grande joie dans le royaume, n’inspira, avec raison, que fort peu de confiance aux gens plus avisés et au courant de toutes les intrigues des princes. Le fou du duc de Bourgogne, en revenant de Chartres, se jouait avec une patère ou paix d’église, la mettait dans sa fourrure, et se moquait beaucoup de la paix fourrée. Cette plaisanterie fit fortune , et le nom de Paix fourrée resta à l’acte de la prétendue réconciliation des maisons d’Orléans et de Bourgogne.

Paix honteuse. C’est le nom que l’on donna au désastreux traité signé à Paris le 10 février 1763. Ce traité mit fin à la guerre de Sept ans, qui avait coûté près d’un million d’hommes à l’Europe, et où la France dépensa un milliard, sacrifia deux cent mille soldats, pour se voir enlever presque toutes ses colonies et subir la paix la plus humiliante qui lui eût été imposée depuis la paix de Bretigny.

Paix de Monsieur. On appela ainsi la paix signée le 6 mai 1576, à Châtenoy, près de Château-Landon, entre les catholiques et les calvinistes. Elle mit fin à la cinquième guerre civile, et fut surnommée ainsi parce que la reine, qui avait eu surtout en vue de détacher Monsieur ( le duc d’Alençon) du parti des mécontents auxquels il s’était joint, lui avait accordé les plus grands avantages, et, entre autres, à perpétuité, pour lui et ses hoirs mâles, les trois duchés d’Anjou, de Touraine et de Berry, « afin, comme on disait, que ce prince, qui recherchait alors la main d’Élisabeth d’Angleterre, pût parvenir à quelque grand et heureux mariage. »

Passer à la trappe : au Moyen Âge, le mot trappe est employé dès la fin du 12e siècle pour désigner un piège, un trou camouflé par des branchages. D’abord utilisé dans le langage de la chasse (qui a donné le mot trappeur), le sens s’étend dès le 13e siècle aux ouvertures des châteaux qui servaient à piéger des ennemis ou à se débarrasser discrètement des prisonniers. Les trappes menaient souvent aux oubliettes, sombres cavités où les captifs disparaissaient.

Passer l’arme à gauche : Cette expression trouve son origine dans le monde militaire. Lorsqu’un soldat mourrait, son arme était posée à sa gauche. Utilisée de manière plus légère, elle désigne maintenant l’acte de mourir.

Payer en monnaie de singe : Au XIII° siècle, Saint-Louis décida d’imposer un péage pour franchir le Petit pont qui relie la rue Saint-Jacques, à Paris, à l’île de la Cité. Tout le monde devait s’acquitter du droit de péage, à une exception près : les jongleurs, troubadours et autres « montreurs de curiosités » peuvent s’en affranchir en contrepartie d’un bon tour exercé par leurs singes. Si le péager s’estime satisfait du numéro, il les laisse passer sans réclamer son dû… Les grimaces, pirouettes et pitreries de ces animaux malicieux font ainsi office de monnaie d’échange, prenant plus tard le sens figuré de fausses promesses ou de mensonges. Aujourd’hui encore, les bêtises enfantines ne sont-elles pas qualifiées de « singeries » ?

Poudre de perlimpinpin : Cette expression remonte au Moyen Âge. Les marchands ambulants vendaient des remèdes miracles, soi-disant efficaces contre toutes sortes de maux. En réalité, ces produits étaient souvent inefficaces, d’où l’usage de cette expression pour désigner quelque chose de mensonger ou d’illusoire.

Prophétie des Papes : Attribuée à saint Malachie d’Armagh, évêque d’Irlande né en 1094 et mort en 1148 à Clairvaux, la « Prophétie des papes » est constituée de 111 devises latines publiées pour la première fois en 1595 et correspondant aux 111 papes qui, selon lui, règneraient depuis Célestin II (1143-1144) jusqu’à la fin du monde. Successeur de Jean-Paul II, Benoît XVI serait le dernier pape avant la réalisation de la prophétie finale mentionnant un pape du nom de Pierre le Romain qui n’accéderait pas au trône… https://www.france-pittoresque.com/spip.php?article2639

Saoul comme un Polonais : Dans l’armée napoléonienne, on trouvait de nombreux mercenaires polonais. Lors de la campagne d’Espagne, ceux-ci se distinguèrent par leur courage et leur audace lors de la bataille de Somosierra, permettant au reste de l’armée d’avancer sur Madrid. Certains généraux français, jaloux de la postérité des mercenaires, insinuèrent que leur courage était dû à leur ivresse. On leur répondit qu’ils n’avaient qu’à être saouls comme des Polonais.

Se faire limoger : Au début de la guerre de 1914, de nombreuses erreurs stratégiques entraînèrent un important remaniement du commandement militaire. En août 1914, dans les premières semaines de la Grande Guerre. L’armée allemande a pris le meilleur sur ses adversaires, massés sur la frontière, en les contournant par la Belgique et le Luxembourg. La débâcle est totale : côté français, on a essuyé plus de 75 000 pertes en Alsace-Lorraine… Le général Joffre, scandalisé par l’incompétence de certains officiers, obtient de pouvoir les réaffecter à sa guise. Il procède à une véritable purge : près de 40% des gradés sont déchus de leur commandement et envoyés à l’arrière, notamment dans la région de Limoges ! Depuis lors, « être envoyé à Limoges » ou « se faire limoger » signifie être renvoyé, exclu ou privé de son commandement.

Siège de La Rochelle : Le parti protestant en France, de 1622 à 1627 Au mois d’octobre 1622, un traité signé à Montpellier entre Louis XIII et le duc de Rohan avait mis fin à la guerre de religion qui avait éclaté l’année précédente. Ce traité rétablissait les anciens édits de pacification ; mais les assemblées autres que les consistoires et les synodes ecclésiastiques étaient interdites aux huguenots, qui ne conservaient, comme villes de sûreté, que La Rochelle et Montauban. https://www.france-pittoresque.com/spip.php?article2638

Tenir à carreau (se): son origine se trouve dans le vocabulaire de l’arbalète, une arme utilisée au Moyen Âge. Les projectiles de cette arme étaient appelés des «carreaux». Un arbalétrier, prêt à tirer sur son ennemi, devait rester concentré et immobile pour viser avec précision. Se «tenir à carreau», c’était donc adopter une posture vigilante et maîtrisée. Une autre théorie relie cette expression au jeu de cartes, où surveiller les carreaux dans son jeu était synonyme de stratégie et de prudence. Quoi qu’il en soit, cette tournure ne prend sa forme actuelle qu’au XIXe siècle.

Tomber comme à Gravelotte : Personne n’ignore que l’on fait référence à la pluie lorsque l’on dit qu’il « tombe comme à Gravelotte ». Tout simplement, à un déluge de fer… Le 18 août 1870, en pleine guerre franco-prussienne, les belligérants s’affrontent dans la commune de Gravelotte, à quelques kilomètres à l’ouest de Metz. Sous un ciel plombé, 700 obusiers allemands rivalisent avec 500 canons français, donnant l’impression d’une pluie ininterrompue de mitraille. Pilonné par l’artillerie ennemie, chaque camp essuie des pertes effroyables : après plus de quatorze heures de combats, on déplore plus de 6 000 morts et 25 000 blessés ou disparus… Ce sont donc non seulement les obus, mais aussi les soldats qui sont largement « tombés » à Gravelotte.

Tomber dans le panneau : Cette expression prendrait ses sources dans le vocabulaire de la chasse du XVIIème siècle. En effet, les chasseurs se servaient d’un filet appelé « panneau » pour attraper le gibier. Littéralement, elle signifiait à l’époque « tomber dans un piège ». Sa variante « tomber dans les filets » d’une personne, peut aussi faire référence au piège des chasseurs, cependant, elle a une connotation plus sentimentale, car elle est plutôt employée pour signifier qu’on est envoûté par une personne (donc à sa merci) ou victime d’un aveuglement amoureux.

Travailler au noir : Au Moyen-âge, l’expression s’appliquait aux travailleurs des champs tenus de retourner la nuit au turbin par leur seigneur. Habituellement, les paysans avaient droit au repos nocturne, mais la règle était souvent contournée, la raison du plus fort étant toujours la meilleure. Aujourd’hui, l’expression désigne le fait de travailler sans être déclaré.

Tribunal Révolutionnaire de Paris : créé le 17 août 1792. Dans les perquisitions faites chez Robespierre après le 9 thermidor, au milieu de papiers de toute sorte dont la plupart ont été publiés, le conventionnel Courtois découvrit une planche de cuivre gravée, représentant un tableau d’une ironie sanglante. Sur une vaste place s’élève une haute pyramide, surmontée d’une pique et d’un bonnet phrygien avec cette inscription : « Cy gît toute la France ». https://www.france-pittoresque.com/spip.php?article2640 

Trier sur le volet : Cette expression prendrait ses sources dans l’agriculture du Moyen-Âge, où pour trier les graines, on utilisait en guise de tamis, un voile fin appelé « volet ». Ainsi était trié les pois et les fèves, de manière méticuleuse. D’autres pensent que l’expression viendrait des volets à deux rabats des échoppes (un qui s’ouvrait vers le bas et un vers le haut). Une fois « ouverts » ils servaient d’étals sur lesquels étaient exposées les marchandises. Toutefois, il faut noter que ces planches ne s’appelaient pas à l’époque des « volets » mais des « contrevents ». Certains remettent donc en cause cette explication comme origine du terme.

Vœu du Paon. — Le paon, considéré dans le Moyen Age comme un oiseau noble et comme un mets relevé et délicat, était servi sur la table des hauts barons avec un raffinement de luxe et des cérémonies qui attestaient tout le prix qu’on y attachait. Non seulement il y figurait tantôt enseveli sous les fleurs, tantôt lançant par le bec une flamme brillante, mais encore le soin de le servir, retiré aux écuyers servants ordinaires, était réservé à la dame châtelaine, qui apportait l’oiseau et le plaçait soit devant le seigneur du logis, soit devant une personne élevée en dignité ou renommée par sa valeur. Le convive honoré de ce choix devait dépecer l’animal avec assez d’adresse pour que tous les assistants en reçussent une part. Cette opération ne s’accomplissait qu’au milieu de louanges et d’applaudissements décernés au chevalier tranchant, et relatifs à ses anciens exploits. Celui-ci, enthousiasmé, se levait alors, et faisait le serment, la main sur le plat, de mériter de plus grands éloges, soit en plantant le premier son étendard sur telle ville qu’on allait assiéger, soit en portant à l’ennemi le premier coup de lance, etc. Il se servait de cette formule sacramentelle : « Je voue à Dieu, à la Sainte Vierge, aux dames et au paon de faire telle ou telle chose. » Puis chacun à son tour, en recevant son morceau, faisait son vœu du paon, dont l’inexécution aurait entraîné une tache sur son écusson.

Vouer aux gémonies : Dans l’Antiquité romaine, l’escalier des Gémonies (scalae gemoniae, littéralement « l’escalier des gémissements ») est une rampe située près du Capitole de Rome, en surplomb du forum où passe un flot continu de riverains. C’est ici que l’on expose, après les avoir tirés de prison puis soumis à de nombreux sévices, les corps des condamnés à mort… Une exhibition funèbre qui tient lieu d’avertissement ! Quelques jours plus tard, les dépouilles sont saisies par les crocs des bourreaux et jetées dans le Tibre (sort que l’on réserve notamment à l’empereur Vitellius, en 69). Depuis, l’expression est passée dans le langage figuré pour désigner l’acte d’humilier publiquement quelqu’un.

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