LES CORDERIES ROYALES SOUS LOUIS XIV





Les Corderies Royales sous Louis XIV








Durant la moitié de son règne, Louis XIV fera la guerre pour élargir les frontières françaises et combattre ses ennemis européens. Son ministre Colbert, lui suggère de créer une marine de guerre capable de rivaliser avec les Anglais et les Hollandais.

Sous le règne de Louis XIV l’aménagement des arsenaux se fait selon deux « vagues » principales successives, exception faite de Rochefort qui constitue un cas particulier. S’agissant des autres ports, la marine de Louis XIV y hérite d’installations modestes aménagées sous Louis XIII. Ces arsenaux font l’objet d’une campagne d’aménagements au tournant des années 1665-70, après avoir été inspectés par le chevalier de Clerville, commissaire général des fortifications.

Tous les arsenaux possèdent une corderie. Le rôle de ces manufactures était de produire les cordages des bateaux à voile pour la marine royale.

Pour garantir la qualité et la disponibilité des cordages, la marine royale s’est rapidement dotée de corderies placées sous son contrôle direct dans les arsenaux. Ce n’était pour autant pas une règle exclusive, car on constate le recours à des fournisseurs privés quoique de façon limitée et, résultant probablement de circonstances particulières. C’est en effet essentiellement avant l’aménagement « en grand » des arsenaux sous la houlette de Colbert que l’on note ce recours élargi aux corderies privées.

Outre Rochefort, sous le règne de Louis XIV, d’autres corderies existaient dans les arsenaux : Toulon (1686), Brest (1636/1686), Le Havre (1673), Lorient (1671) et Dunkerque (1686).



La Corderie Royale de Rochefort



 

Vue du port de Rochefort, prise du magasin des Colonies, Joseph Vernet,1762

 

 

En 1661, Louis XIV, soucieux d’une politique de puissance et de protéger le trafic maritime et colonial du Royaume, souhaite reconstruire une Marine royale très affaiblie par des années d’instabilité politique et d’abandon depuis la Fronde.

La flotte de Louis XIV est quasiment inexistante. On ne compte plus qu’une trentaine de navires en mauvais état. Secondé par le ministre Colbert, le roi décide de redonner sa puissance maritime à la France, notamment pour contrer la Navy anglaise.

Sous le règne de Louis XIV, la marine française atteint des sommets de gloire et de puissance tels que la France est capable d’affronter sur terre comme sur mer la quasi-totalité des flottes navales de l’Europe. Cette renaissance navale nécessite la création d’un arsenal. Pour le Roi Soleil, la construction de l’Arsenal maritime de Rochefort sur les rives de la Charente n’avait aucune limite financière .

Le roi charge son ministre Colbert de créer un arsenal sur la façade atlantique, moins exposé aux tempêtes et aux flottes anglaise et hollandaise que les ports militaires de Brest et du Havre. Colbert, ministre de Louis XIV souhaitait construire l’arsenal « le plus grand et le plus beau qu’il y ait au monde ».

En 1666, Colbert du Terron, cousin du ministre, est nommé intendant de la région ; une commission créée ad hoc, à laquelle participe l’architecte du roi François Blondel, se prononce pour le site de Rochefort, un modeste hameau isolé en plein marais. Tous deux supervisent le projet rochefortais.

C’est sur une boucle de la Charente qu’il choisit d’édifier l’arsenal qui donnera à la France une flotte navale digne de ce nom. Plusieurs arguments stratégiques, économiques et politiques motivent ce choix :

  • le site occupe un des méandres de la Charente, à 20 km de l’océan, offrant ainsi une protection naturelle contre d’éventuelles attaques venues de la mer ;
  • les îles Madame, d’Aix, d’Oléron et de Ré défendent la rade et le mouillage des navires grâce à un solide réseau d’artillerie qui complète celui des forts de la côte (Fort Lupin, Redoute de l’Aiguille, Fort Lapointe, Fort Vauban) ;
  • Rochefort est relié par la Charente à un vaste arrière-pays, qui fournit matériaux de construction et vivres (pierres de Crazannes, vins de Saintonge et d’Angoumois, bois de Saintonge, chanvre du Limousin), utiles à l’arsenal et à l’approvisionnement des colonies;
  • Enfin, Rochefort appartient au seigneur de Cheusses, un protestant dont l’expropriation évite de lourdes dépenses au budget royal et fournit à Louis XIV l’occasion d’exercer son intransigeance religieuse.

 

Le premier bâtiment de la Corderie Royale, construit, est achevé en 1669. Entre l’ouverture de l’Arsenal en 1669 et sa fermeture en 1867, la construction navale est la principale activité économique de la ville de Rochefort : près de 550 navires de guerre y ont été construits à travers les siècles ! En marge de cette industrie, de nombreuses industries connexes se développent autour, que ce soit des voileries ou des corderies.

Une corderie sert à fabriquer les cordages nécessaires aux bateaux à voile de la marine de guerre. La Corderie Royale, manufacture royale, est implantée au sein d’un vaste arsenal maritime qui réunit magasins, fonderie, forges, poudrière, formes de radoub pour la réparation des bateaux. C’est le tout premier bâtiment construit dans l’arsenal, dès 1666. Il s’agit d’un prototype, inspiré sans doute à la fois de la corderie de Venise (XIIIe siècle) et des bâtiments de Saardam (près d’Amsterdam). Véritable vaisseau de pierre, la Corderie Royale constitue le joyau de l’Arsenal maritime de Rochefort et surtout la plus longue manufacture d’Europe avec ses 374 mètres de long.

Chef-d’œuvre d’architecture militaire, la construction de la Corderie royale débuta en 1666.

Blondel doit se contenter du sol de glaise et de vase molle dont la couche est si épaisse que le fond en est inaccessible. On décide donc de poser la construction sur un radier de poteaux en chêne de 30 cm de diamètre, immergés dans le limon, le chêne ne pouvant pas pourrir puisqu’il est à l’abri de l’air ! François Blondel, architecte de Louis XIV, revient en détail sur les nombreuses difficultés qu’il a rencontrées dès les débuts de la construction qui s’étend de 1666 à 1669 avec deux mille ouvriers sur le chantier. Car la corderie est située dans un méandre de la Charente toute proche, le sol est donc vaseux et il fallut consolider les fondations qui reposent sur une plate-forme en bois faite de madriers de chênes de 14000 m3 ; d’autre part, la façade Ouest (côté ville) a été étayée avec onze renforts. Parmi les nombreuses contraintes, en particulier, il faut construire les deux côtés du bâtiment en même temps pour éviter que ce bâtiment ne bascule ! Et chaque assise doit être terminée avant de commencer la suivante. Malgré ces contraintes, la Corderie de Rochefort est achevée en trois ans.

La Corderie Royale est bâtie à l’aide de pierres calcaires provenant de Crazannes. L’atelier de  » commettage  » mesure 300 mètres de longueur. Il se situe au rez-de-chaussée et permet de produire des cordages d’une encablure, soit 195 mètres autrefois. Pour obtenir un fil ou un câble de chanvre d’une encablure, il fallait « commettre » (torsader) les fibres sur 300 m, en raison de la réduction de la longueur du cordage « au tiers » qui résulte du mouvement de torsion. C’est pourquoi le corps de logis principal (hors pavillons aux deux extrémités) mesure 300 m. La Corderie dans son ensemble mesure 374 m de long.

Fleuron de l’architecture classique, la forme générale du bâtiment ressemble davantage à celle d’un palais qu’à celle d’une manufacture. Le côté ouest, orienté vers la ville, offre une façade plutôt sobre, appuyée sur des contreforts afin d’éviter la gîte de l’édifice. Le nombre d’ouvertures est réduit et les murs sont en moellons. Le côté est, tourné vers le fleuve, en pierres de taille, fait alterner des lucarnes surmontées de frontons tantôt arrondis, tantôt triangulaires. Sur le fronton du pavillon central, un cartouche avec deux « L » entrelacés évoque les initiales de Louis Ludovic Dieudonné, c’est-à-dire Louis XIV. La toiture à la Mansart, mélange la tuile et l’ardoise. Cette dualité résume bien l’idée qu’on se fait d’un arsenal de Marine sous Louis XIV. La corderie est à la fois bâtiment technique (conçu pour fabriquer du cordage) et instrument politique de propagande (l’arsenal est un théâtre qui met en scène la majesté du roi), à une époque où même la guerre est un spectacle.

Les cordages utilisés dans les manœuvres de marine sous Louis XIV représentaient une longueur de 100 km environ et un poids de 110 tonnes pour un navire de premier rang et ils étaient fabriqués en chanvre provenant de Riga, alors en Russie ou d’Italie. Il était aussi cultivé en France.

Pour transformer le chanvre en cordage, différentes catégories d’ouvriers se succédaient :

  • Les espadeurs débarrassaient les restes de chènevotte attachés à la filasse en frappant vigoureusement avec des palettes de bois sur le chanvre.
  • Pour l’affinage, les peigneurs traitaient la filasse. On obtenait ainsi la fibre ultime pour la corderie mais aussi l’étoupe ( fibres courtes et déchets accrochés aux peignes) servant au calfatage des navires.
  • Les fileurs plaçaient au dessus de leur ceinture un peignon (paquet de chanvre assez volumineux pour faire un fil de la longueur de l’atelier). Puis ils formaient une petite boucle avec quelques fibres et l’engageaient dans un crochet du rouet. En reculant, ils alimentaient d’une main le fil en chanvre, de l’autre régularisaient sa tension et son épaisseur. Celui-ci était enroulé sur un touret en bois pour former le fil de caret, élément principal des cordages.
  • Les cordiers procédaient au « commettage » en réunissant trois fils de même épaisseur et même longueur : ils obtenaient ainsi les torons qui se tordaient les uns et les autres, jusqu’à obtenir la corde voulue, la longueur diminuant d’autant. Cette tâche requérait un personnel doté de force physique et en nombre. Au XIXe siècle, on utilisa des machines à vapeur pour assembler les câbles.
  • On procédait enfin au goudronnage car les cordages, exposés à des conditions climatiques extrêmes, devaient être  imperméabilisés afin de ralentir leur vieillissement et les rendre imputrescibles. Ils étaient donc entreposés dans un espace clos et chauffé. Le goudron s’obtenait en faisant brûler lentement dans un haut fourneau des bois résineux (pins) ; un liquide gras et visqueux suintait des bûches sous l’effet de la chaleur ; on immergeait le cordage séché dans le goudron liquide et chaud, puis on l’égouttait sur un plan incliné pour le stocker et finir de le sécher dans des greniers aérés.  

La corderie royale de Rochefort, réputée pour fournir les meilleurs cordages de France, a fonctionné à plein régime pendant trois siècles jusqu’en 1862.

Avec le XIXe siècle, les premiers signes de déclin apparaissent.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la fabrication des cordages à base de chanvre reste une activité strictement manuelle. Au cours du XIXe siècle, l’utilisation de nouvelles fibres végétales, comme le chanvre de Manille, le sisal et la fibre de coco, élargit la gamme des matières premières. De nouvelles machines mues par la vapeur facilitent et accélèrent le travail des hommes. La première de ces machines est installée à Rochefort en 1850. Puis, les câbles métalliques, plus résistants, remplacent peu à peu les cordages traditionnels.

En 1867, la Corderie cesse son activité, le bâtiment est affecté à d’autres services et accueille notamment l’école de maistrance et l’administration des travaux maritimes.

La fermeture de l’arsenal en 1927 entraîne l’abandon progressif de la Corderie.

Par ailleurs, tout au long du XXe siècle, des fibres synthétiques, plus résistantes, plus souples et plus légères, et l’emploi de machines à tresser électriques condamnent définitivement l’activité traditionnelle des cordiers. Un cordage toronné en chanvre de 2 cm de diamètre a une charge de rupture de 3 tonnes, alors qu’un cordage tressé en polyamide de même diamètre supporte près de 8 tonnes.

Incendiée en 1944 par les troupes allemandes, en 1964, l’amiral Dupont, préfet maritime de Rochefort, décide de sauver le bâtiment de la ruine. Classée monument historique en 1967, la Corderie est entièrement rénovée. Les architectes entreprennent de reconstruire l’extérieur du bâtiment en respectant son aspect d’origine, mais choisissent des matériaux modernes pour cloisonner le corps principal, soulignant ainsi l’identité industrielle de la Corderie.

La vie reprend sous forme de nouvelles activités économiques. L’aile sud y voit naître en 1985 le Centre International de la Mer, centre d’interprétation à vocation maritime. Après une longue restauration, la Corderie abrite aujourd’hui plusieurs entités administratives comme la Chambre de Commerce, la bibliothèque médiathèque, les bureaux de la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) et du Conservatoire du Littoral, ainsi que le Centre International de la Mer (CIM). Le CIM comprend une salle d’exposition permanente, « Corderie et cordages », une salle d’exposition temporaire dont les sujets abordent les relations entre l’homme et la mer, une librairie maritime, une boutique et un restaurant. La Corderie Royale abrite également la Médiathèque municipale, la Chambre de Commerce et d’Industrie de Rochefort et de Saintonge, et le Conservatoire de l’espace littoral et des rivages lacustres.



 


Sources :

  • https://www.futura-sciences.com/planete/dossiers/geographie-rochefort-corderie-royale
  • https://www.corderie-royale.com//
  • https://gallica.bnf.fr/blog/
  • https://www.corderie-royale.com/

 



L’ancienne Corderie Royale de Toulon



 

Lorsque son premier ministre Mazarin décède en 1661, Louis XIV fait un bilan de la Marine royale : des ports et des arsenaux peu performants et seulement une petite vingtaine de navires en bon état. La Marine anglaise, elle, en compte environ 150 !

Le roi veut alors renforcer sa Marine, la rendre aussi puissante que son armée de terre, afin qu’elle puisse rivaliser avec celle d’Angleterre.

Construite entre 1684 et 1697, sur des plans établis par l’ingénieur militaire, Sébastien Le Prestre de Vauban, sur une commande de Louis XIV, la Corderie Royale de Toulon ne passe pas inaperçue. Elle est certainement le plus beau bâtiment de l’Arsenal. Il s’agit du premier édifice bâti dans la darse neuve, lors de l’agrandissement de l’enceinte fortifiée de Toulon et de son Arsenal. Voulue par Colbert, sa conception, traversée de luttes, de morts subites et d’incendies, a demandé quinze ans.

Elle se déploie sur 402 mètres de long et 20 mètres de large et comprend une aile centrale encadrée par deux pavillons mansardés. Le bâtiment seul mesure 320 mètres de long et 20 mètres de large. Il se termine à l’Est et à l’Ouest par un pavillon de deux étages. Le corps principal, est formé par des voûtes d’arêtes supportées par deux rangées de 196 piliers carrés en pierre de taille, constituant trois longues nefs subdivisées en 66 travées Nord-Sud.

A l’époque c’était la plus grande Corderie Royale de France devant celui de Rochefort sur Mer ( construit en 1666 ).

Le pavillon ouest fut rendu fonctionnel en 1691. L’édifice dédié à la fabrication des cordages répartissait son activité sur deux niveaux.

A l’origine, la Corderie, comme son nom l’indique, était affectée à la fabrication des cordages, dont la Marine à voile faisait une énorme consommation. Cette utilisation explique la longueur du bâtiment : il fallait au moins une longueur de 300 mètres pour filer à l’aise les torons des cordages. L’allongement des filins se faisait au rez-de-chaussée; les métiers étaient actionnés par des chevaux. Le premier étage était destiné aux fileurs et peigneurs de chanvre; Le chanvre était stocké dans les combles. Une fois les cordages finis, on les pendait aux crochets que l’on peut encore voir sur la façade nord. Cette manufacture nécessite la présence de beaucoup d’hommes pour le manutentionner, avant qu’il soit peigné, traité puis mis en bobine. Pour effectuer ce processus, 400 hommes travaillent jour et nuit dans la corderie. On estime que pour la moitié, la manutention était composé de travailleurs spécialisés, pour l’autre de forçats directement issus du bagne de Toulon qui était attenant à la Corderie.

Le spectacle « pittoresque » offert par les forçats travaillant sous les imposantes voûtes de la Corderie devint un « must » des « touristes » de l’Ancien régime; En 1777, l’Empereur d’Autriche, frère de Marie-Antoinette, et le compte de Provence, frère du roi, de passage à Toulon, passèrent une matinée à regarder la fabrication d’un câble.

La révolution industrielle touche la Corderie, qui passe de la fabrication des cordages à celle des câbles d’acier. Du même coup, l’effectif des ouvriers qui y travaillent passe de 700-800 à environ 200 personnes. Un appareil de commettage est installé dans chacune des deux nefs; il se compose de 288 tourets sur lesquels sont enroulés les fils dont la torsion forme les torons; Le câble, sorti de l’appareil de commettage, s’accroche à un chariot tiré par quatre chevaux. En 1861, le progrès remplace ces malheureuses bêtes par une machine à vapeur, et un chemin de fer est construit à l’intérieur de la Corderie. En 1873, la suppression du bagne met fin à l’exploitation de l’atelier de la Corderie, qui est transférée à Brest.

La plus grande corderie de France cessera définitivement son activité en 1884. Suite aux dommages provoqués par deux incendies notables (1873 et 1907), l’ancienne Corderie fut partiellement reconstruite et abrite désormais le Service Historique de la Marine, renommé « de la Défense » et différentes activités.

 

Corderie royale de Toulon (Photo IGPC)

 

Sources :

  • https://portail-de-provence.fr/lancienne-corderie-royale-de-toulon-le-choix-du-roi/

  • https://dossiersinventaire.maregionsud.fr/dossier/IA83001936

 



La corderie de Brest



Dès 1635 une corderie (vieille corderie) fut établie; dans la crique de Troulan, du côté de Brest. En 1650, le roi fit construire une corderie sur les dépendances de Keravel.

Le terme « corderies » s’emploie au pluriel à Brest. Deux bâtiments, distincts, comme l’existence de deux ateliers ordinaires, après que la plus ancienne, installée le long du bassin de Brest, eut brûlé : la corderie basse et la corderie haute s’étendaient sous le bagne et l’hôpital maritime. Ces corderies sont construites l’une au-dessus de l’autre dans la pente et aux dépens même du rocher. Elles contiennent chacune un corps de bâtiment, des ailes, et des pavillons aux extrémités ; elles ont trois étages et des mansardes, ce qui fait huit salles de plus de mille pas de longueur sur une belle largeur.

Les corderies ( Vieille corderie 1635, corderie basse 1688 et corderie haute 1747). Dans la corderie basse, de mai 1749 à décembre 1751, furent logés les forçats. La vieille corderie fut détruite par un incendie le 30 janvier 1744.

Après le rapide développement des années 1660 à 1690, l’Arsenal de Brest connaît une période de stagnation de plus de 40 ans. Puis un nouvel essor lui est donné par deux ministres de Louis XV, le Comte de Maurepas et le Duc de Praslin. L’architecte Choquet de Lindu remplace alors les vieux bâtiments de l’époque de Colbert par des bâtiments en granit. Il édifie notamment, en 1747, sur la rive gauche de la Penfeld, un imposant atelier de Corderie, long de 400 m.

 



 



Sources : https://journals.openedition.org/abpo/6296

 



La corderie de l’arsenal de Lorient



En 1676, un mur de clôture en pierre limitait définitivement le territoire de la Compagnie des Indes Orientales à proximité de la lande du Faouëdic. David Grenier de Cauville, alors directeur de la Compagnie des Indes, profita de la présence de ce mur pour y adosser, en 1677, une corderie. La corderie était un appentis supporté par des piliers de pierre.

La corderie forme un rectangle long de 335 mètres et large de 27,5 mètres entre la grande et la petite porte de l’arsenal. Deux bâtiments parallèles encadrant une cour s’imposent au regard du visiteur. La disposition d’ensemble, à savoir le commettage et la filerie dans les deux grands bâtiments face à face et les magasins et les étuves aux deux extrémités.

Le plus long des ateliers est adossé au mur d’enceinte construit en 1676. Une ruelle de deux mètres, servant de chemin de ronde, la sépare du mur extérieur de l’arsenal.

Les produits de la Corderie royale se distinguait par un fil blanc au milieu des torons d’un brun sombre. Chaque navire partait avec trois jeux de câbles. La corderie était un des ateliers qui connaissait les fluctuations d’activité les plus importantes selon l’affluence des vaisseaux à l’armement. 

La Compagnie des Indes mettait en adjudication le travail de la corderie en payant à un entrepreneur des sommes proportionnelles aux produits fournis. En plus d’un salaire médiocre et irrégulier, la corderie était un des labeurs les plus pénibles à cause de la poussière qui se dégageait lors du filage. Ces conditions de travail difficiles expliquent sans doute la grande grève des cordiers de 1704.

À intervalles réguliers, à partir de 1770, les rapports des ingénieurs des Travaux maritimes lorientais, du préfet maritime ou des inspecteurs généraux soulignent l’état de délabrement de la corderie et la nécessité de la reconstruire ou du moins d’y effectuer de lourdes réparations. Lors de la cession des installations de la compagnie des Indes à la Marine le 28 avril 1770, l’appréciation par la commission d’évaluation sur la corderie est sans appel, c’est un vieux bâtiment à abattre, et sa reconstruction est alors estimée à 150 000 livres. Mais cette préconisation reste sans suite.

Le 22 avril 1793, l’atelier est la victime collatérale de l’incendie du magasin général, d’origine criminelle d’après l’enquête initiée par la municipalité. La réflexion sur la nécessité de sa reconstruction, si possible dans un autre lieu, est encore sans suite.

En 1806, un nouvel incendie détruit entièrement le hangar de la goudronnerie dans la nuit du 30 avril au 1er mai.

En 1837-1838, deux innovations, d’une part l’installation des appareils de commettage et d’autre part la substitution des câbles en fer aux gros câbles de chanvre.

Une modernisation de la corderie s’effectue dans les années 1859-1860, mais en septembre 1867, un plan de réaménagement de la corderie aboutit à une affectation nouvelle des locaux.



Sources : https://univ-rennes2.hal.science/hal-02924797/document



La Corderie royale du Havre



Les corderies, d’abord implantées sur le Perrey-d’Ingouville hors les murs, figurent sur le plan de Gomboust en 1657. La corderie royale a été fondée en 1667 le long du rempart ouest, mais n’est construite qu’en 1681. Ses côtés ne sont que de charpente, mais elle est considérée avec celle de Saint-François (anciennes corderies de la Compagnie des Indes) , parmi les meilleures de la Marine. Autour s’élevaient des magasins pour les futailles et les cordages. La corderie pouvait recevoir 7 roues au 1er étage, et 4 roues de 10 molettes au grenier. Au rez-de-chaussée se trouvait l’atelier de commettage avec une cave au goudron et une étuve. Dans le bastion de Saint-André la tonnellerie et la dépeignerie communiquaient avec la corderie par une galerie. Au cours du 18e siècle, l’activité est intermittente, mais en 1777 les onze roues de la corderie et l’atelier de commettage sont remis en service pour fournir Brest en cordage. En 1794, elle est décrite comme occupant tout le terrain entre la maison commune (c’est à dire l’hôtel du Lieutenant du Roi) et le bastion de Sainte-Adresse servant journellement aux ateliers de corderie et de tonnellerie avec maison du sous-chef des ateliers et bâtiments accessoires. Sur le plan cadastral classé en 1831, seul subsiste un bâtiment au sud. Le reste du bâtiment a été détruit entre 1809 et 1825

 

 

Sources : https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/IA00130124

 



La corderie de Dunkerque



Après avoir racheté Dunkerque aux Anglais, Louis XIV entreprend de réaliser de nouvelles fortifications à l’intérieur desquelles il implante un arsenal pour sa marine de guerre. La Marine royale, et plus précisément l’escadre du Nord, disposera ainsi d’un important complexe militaire composé d’un bassin pour abriter les vaisseaux, environné de divers bâtiments (corderie, hangar aux mâts, magasins pour munitions et poudres) et d’un chantier de construction pourvu de trois cales de lancement.

En 1669, les premiers aménagements de l’arsenal de la Marine sont mis en œuvre par le commissaire général de la Marine en poste à Dunkerque, Jean-Baptiste Brodart. Cependant, les travaux ont pris beaucoup de retard. Entre 1674 et 1684, l’ouverture du chenal, la construction des jetées, la poursuite des travaux de fortification de la ville et du grand Risban (fort maritime) ont mobilisé les esprits et les crédits.

C’est à la même époque que prend corps le projet de créer un arsenal maritime à Dunkerque, visité par Louis XIV en 1662 et inspecté par Clerville en 1664. Une corderie est commencée en 1665 sous la direction de l’intendant Nacquart. Faute de document graphique probant, on peut penser qu’il s’agit d’une corderie découverte simplement dotée d’abris pour les machines des cordiers. Il s’agit vraisemblablement d’une construction « de fortune », dont il évalue le coût à 5 000 livres. En 1671 un projet de corderie est étudié, en vue de la placer sur le môle séparant le port du bassin de l’écluse bleue. Mais cet espace se trouve à la confluence entre les terrains dépendant de la marine et ceux contrôlés par les fortifications, qui relèvent de Louvois. Outre les strictes contraintes liées à la défense de la place, Dunkerque focalise les mésententes entre les deux ministères. Louvois donne pour consigne à ses ingénieurs de « ne pas souffrir que l’on fasse une corderie sur la digue de l’écluse bleue », bien que Vauban penche alors pour cet emplacement. Celui-ci semble avoir l’oreille de Louis XIV et Colbert prévient l’intendant de la marine que le lieu est agréé « à condition qu’elle ne sera que de charpenterie couverte de tuiles et les côtés de planches de bateaux afin qu’elle puisse être démontée promptement en cas de siège ».

En fin de compte, l’intendant établit en 1679 une corderie provisoire découverte placée extra muros. Les travaux sont conduits sans véritable plan de composition d’ensemble. Les constructions sont modestes et disposées –pour ne pas dire juxtaposées- au gré des possibilités géométriques du terrain. Deux bâtiments parallèles forment la corderie et les magasins particuliers.

En 1697, la corderie est en voie d’achèvement, de même que le magasin général en 1699. Cependant, tous les aménagements prévus par Vauban n’ont pu être effectivement réalisés faute de moyens financiers.

Par le traité d’Utrecht de 1713, qui met fin à la guerre de Succession d’Espagne, les Anglais imposent aux Français la destruction du port et des fortifications ; l’arsenal n’a donc plus de raison d’être.

Début 20e siècle, destruction de l’atelier de corderie.



Sources

  • https://www.ville-dunkerque.fr/fileadmin/user_upload/Actualites/2018/2018-CHEVALETS.pdf
  • https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/IA00074910

 

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