Sommaire
Toggle
Les forts de l’embouchure de la Charente Maritime
« La ceinture de feu de Rochefort »

Pour assurer la défense de l’arsenal de Rochefort, un ensemble de 14 forts et redoutes a été établi à partir de la fin du 17e siècle autour de l’entrée de l’estuaire, pour empêcher les flottes des pays ennemis, notamment Anglais et Hollandais, de remonter le fleuve jusqu’à Rochefort et pour sécuriser la rade de l’île d’Aix où les navires de la marine royale étaient armés.


Carte des forts et redoutes de l’ embouchure de la Charente (image Moisdon Pascale – Patrimoine Nouvelle Aquitaine)
La rade d’Aix au service de l’arsenal
Sous le règne de Louis XIV, en 1666, la fondation d’un arsenal à Rochefort rend nécessaire la protection de l’embouchure du fleuve et de la rade de l’île d’Aix où s’arment les navires du roi construits dans l’établissement. L’intendant des armées navales Pellerin souligne, vers 1780, la spécificité de cet arsenal desservi, sur une distance de 24 kilomètres, par un fleuve dont la profondeur insuffisante interdit la navigation de bateaux de fort tonnage « les vaisseaux descendent à vide, car on leur transporte en rade leur artillerie, leur poudre et une partie de leurs vivres et de leurs autres munitions. […] C’est dans la rade de l’île d’Aix en l’embouchure de la rivière que mouillent les vaisseaux qui partent de Rochefort ou qui reviennent du large pour monter la rivière». La défense doit assurer aussi la sécurité du commerce, et Pellerin ajoute « C’est dans cette rade aussy que se rassemble en tems de guerre les flottes des vaisseaux marchands des différentes ports de France depuis la côte de Bretagne jusqu’à celle d’Espagne et où se rendent pareillement les escadres du Roy pour escorter ces flottes, ou pour quelques autres expéditions quand elles ne partent pas du port de Brest. » L’entrée dans la rade s’effectue, depuis le large, par le Pertuis d’Antioche entre les îles de Ré et d’Oléron, puis par les passes situées de part et d’autre de l’île d’Aix. Depuis l’estuaire de la Gironde, les navires franchissent le Pertuis de Maumusson, au sud de l’île d’Oléron, dangereux de réputation.
Une défense mise en œuvre dans l’urgence
Les premiers ouvrages installés pour empêcher la remontée de navires ennemis jusqu’à Rochefort sont des batteries implantées en 1673-1674, sur la rive droite du fleuve, l’une au sud de Fouras, dite fort la Pointe ou Vasou, et deux autres appuyées par un campement, à Vergeroux, sous le nom de Fort Terron. En 1673 est également fondée la redoute (ouvrage de plan carré associant un poste de tirs, un corps de garde et un magasin à poudre) de l’Aiguille pour interdire le passage à des troupes débarquées sur la péninsule nord de Fouras. Ces implantations sont faites dans l’urgence, dans la crainte d’une attaque de la flotte hollandaise, sous la direction du chevalier de Clerville, également concepteur de la ville-arsenal de Rochefort. Les mises en œuvre rapides, en terre, ne résistent pas à l’assaut des tempêtes pour le fort Vasou, ou du temps pour la redoute de l’Aiguille.
Les fortifications de Vauban et Ferry
Après le décès du chevalier de Clerville en 1678, Sébastien Le Prestre Vauban devient Commissaire général des fortifications du royaume. A ce titre, il commande et contrôle les projets élaborés par François Ferry, ingénieur du roi et directeur des fortifications pour la façade atlantique située au sud de la Loire. Plusieurs forts de l’embouchure de la Charente sont ainsi le résultat de leur collaboration, et parfois rivalité. Leur stratégie s’appuie sur le croisement des feux entre les forts, des batteries et des retranchements.
Un fort est établi sur un rocher baigné par le fleuve près du port de Lupin dans la commune de Saint-Nazaire-sur-Charente, entre 1683 et 1688. Situé entre les batteries de la Pointe et de Vergeroux, sur la rive gauche, il comprend à la fois une batterie sur le fleuve et une tour-donjon du côté de la gorge. En 1688, la redoute de l’Aiguille est remaniée et, à partir de l’année suivante, le château de Fouras est transformé en fort avec des canons installés sur la terrasse du donjon et fausse-braie du côté de la mer assurant un étagement des tirs.
A partir de 1693, l’île d’Aix, jusque-là sans défense, est dotée d’un fort dans sa pointe sud. Le projet initial prévoit une batterie semi-circulaire protégée à la gorge par une haute tour-donjon, servant de réduit, encadrée de deux bastions et précédée d’une demi-lune. Des déboires de construction entraînent la diminution de la hauteur de la tour, et les travaux s’étalent jusqu’en 1715. Le fort Vasou est reconstruit en 1694-1695 après une tempête. La batterie de Vergeroux est à cette même époque renforcée par une estacade formée par une chaîne au travers du fleuve, destinée à empêcher le remontée du fleuve à tout navire ennemi. D’autres batteries et retranchements sont installés dans l’île Madame vers 1695, avant qu’une redoute n’y soit édifiée en 1702 sur son point le plus élevé ; à proximité, la rive gauche est aussi dotée de retranchements et de batteries à Port-des-Barques. Ces différents points fortifiés couvrent l’entrée du fleuve : Ile-d’Aix, Fouras avec la redoute de l’Aiguille et ses deux forts, Fort Terron à Vergeroux, pour la rive droite ; Ile-Madame, Port-des-Barques et fort Lupin pour la rive gauche.
Des travaux au long cours
L’ampleur des chantiers et leur coût entraînent parfois leur révision à la baisse, des ruptures et des reprises. Une redoute est ainsi construite en 1759 à Vergeroux, puis un magasin pour le stockage des poudres en 1771-1774. En outre, les forts nécessitent de fréquentes campagnes de travaux pour les maintenir en état de défense. La redoute de l’Aiguille n’est revêtue de maçonnerie et dotée de plate-formes de tirs que vers 1750. Quelques années plus tard, des travaux sont entrepris pour ouvrir un fossé à la gorge du fort Vasou. La batterie du fort de la Rade est en très mauvais état en 1753, ce qui motive sa reconstruction. Cette dernière n’est cependant pas terminée en septembre 1757 lors de l’assaut de la flotte anglaise. En 1758, une estacade en bois et fer est installée au travers de la Charente en aval du fort Lupin de façon à interdire l’entrée du fleuve à une flotte ennemie ; une estacade formée de chaînes soutenues par des traverses en bois était déjà représentée en amont du fort Terron (Vergeroux) sur un plan de 1692.
Dans les années 1760-1770, face à une nouvelle menace anglaise, la défense avancée de l’arsenal est renforcée. De nouveaux forts sont construits en 1778-1779, celui du Treuil à Fouras pour empêcher toute intrusion depuis l’anse nord, et ceux de Piédemont et Chagnaud à Port-des-Barques pour interdire le passage à des troupes débarquées à la pointe de Port-des-Barques ou sur l’île Madame. Le fort de la Rade de l’île d’Aix, mis à sac en 1757, est également reconstruit en 1779. C’est également cette année-là que les fronts nord et ouest des fortifications de Rochefort sont réalisés. Les forts du Treuil et de Piédemont sont terminés avant les événements révolutionnaires qui mettent un coup d’arrêt à l’avancée des travaux des forts Chagnaud et de la Rade.
Les grands travaux napoléoniens
Avec la création d’une commission pour l’étude de la défense de la rade d’Aix en 1801, Bonaparte, Premier consul, envisage de renforcer la défense de l’entrée dans la Charente. La bataille des brûlots anglais (navires incendiaires sans équipage) en 1809 qui met en déroute l’escadre rochefortaise dans la rade d’Aix confirme la faiblesse de la défense de cette dernière. Suivis de très près par l’empereur, d’énormes travaux sont entrepris, qui comprennent la construction d’un fort sur le rocher d’Enet, la fortification de l’île d’Aix comprenant la reconstruction du fort de la Rade, l’installation de plusieurs batteries, notamment aux Saumonards et à Boyardville à Saint-Georges-d’Oléron, l’édification du réduit de Coudepont et du fort de la Sommité (ou Liédot), en parallèle avec l’installation de nouvelles batteries sur l’île Madame et le défi représenté par l’implantation d’un fort sur le banc de sable immergé de Boyard. Les travaux des forts Liédot et Boyard se prolongent jusqu’en 1860, mais le premier est tout de même mis en service en 1832. La construction de fort Boyard suscite une telle fierté que sa maquette est présentée à l’Exposition universelle de 1867.
Bonaparte avait aussi prévu l’installation, non réalisée, de deux autres batteries, à la Pointe de l’Epée, au nord-ouest d’Enet, et sur le banc des Palles, au nord-ouest de l’île Madame. Sur ce deuxième endroit, les ingénieurs de la marine envisagent, durant le Second Empire, la construction d’un fort, appelé Joinville, qui aurait ressemblé à celui de Boyard en plus bas. Les travaux de construction prévus en 1847 n’ont finalement jamais commencé.
Entre la fin des années 1840 et les années 1860, de nouvelles tensions avec l’Angleterre entraînent la transformation des ouvrages les plus stratégiques afin d’augmenter leur résistance. Sont ainsi renforcés le fort Vasou, le fort de Fouras, d’Enet, la redoute de l’île Madame, la batterie circulaire de l’île d’Aix, la batterie de Coudepont et, sur l’île d’Oléron, les ensembles fortifiés des Saumonards et de Boyardville à Saint-Georges-d’Oléron.
L’obsolescence des forts
Le 19e siècle est une époque riche en développement technique. A partir des années 1860, l’évolution de l’artillerie avec les canons rayés, puis les obus-torpilles dans les années 1880, développe une portée, une puissance et une précision qui rendent les ouvrages de défense obsolètes : depuis l’époque de Vauban la portée des canons est ainsi passée de 600 à 6000 mètres. Les forts Enet et Liédot sont soumis à des épreuves de tirs en 1863-1864 qui démontrent la faiblesse des maçonneries sous de tels impacts. Ces forts perdent dès lors leur utilité, qui n’a été pour la plupart que dissuasive, cette fonction ayant certainement été très efficiente les siècles précédents : aucune des deux attaques anglaises, l’assaut de l’île d’Aix en 1757 et les brûlots en 1809, n’a été suivie par exemple de tentatives de remontée de la Charente. Parallèlement, le port de Rochefort tombe en désuétude du fait de la difficulté de son accès par des bateaux à fort tirant d’eau (plus de 6 mètres) qui sont obligés de se rendre dans les rades de l’île d’Aix ou des Trousses pour y embarquer leur charbon et leur artillerie. De plus, son éloignement de la côte le protège naturellement d’un assaut ennemi. Cette évolution amène une nouvelle réorganisation des ouvrages de défense des rades et des îles qui les protègent, confiée à la commission de défense des côtes constituée en 1859 et 1864.
Certains de ces forts vont servir de lieux de détention pour les communards en partance pour la Nouvelle-Calédonie, puis par des insoumis pendant la Première Guerre mondiale. Une majorité de ces forts est déclassée par la loi du 27 mai 1889. Seul, fort Boyard, déclassé en 1913, a encore une fonction de défense. À partir de 1872, il sert pour la surveillance des torpilles immergées à faire exploser à l’approche d’un navire ennemi ; pour cela, il est relié par un câble télégraphique sous-marin à Rochefort et à Boyardville. À partir de 1885, l’électrification permet la mise en place de projecteurs et de lignes téléphoniques, et la défense rapprochée de la rade s’organise à partir de lignes de mines sous marines. D’autres ouvrages, abandonnés, tombent en ruine comme le fort de Piédemont qui va servir de carrière de pierre ou le fort du Treuil à Fouras dont le terrain est loti dès les années 1890.
Le site de Vergeroux, transformé en usine de produits explosifs en 1880, relève des services de l’artillerie à Rochefort, chargée de la défense des côtes. Jusqu’à sa fermeture en 1993, la Pyrotechnie du Vergeroux est chargée d’assurer la surveillance technique, l’entretien, la réparation ou la démolition des munitions qui sont emmagasinées sur place ou dans les ouvrages de côte situé entre la Loire et l’Espagne.
Pour tous les autres ouvrages, c’est une protection au titre des Monuments historiques, l’achat par des particuliers ou une mise en valeur touristique, qui les sauve de la ruine, le destin de fort Boyard devenu vedette du petit écran étant tout à fait particulier.
Une architecture sérielle
Ces ouvrages, hormis ceux construits dans l’urgence des premiers temps, partagent une qualité architecturale indéniable. Les plus grands ingénieurs militaires du royaume conçoivent et suivent les chantiers de ces constructions : le chevalier de Clerville, Sébastien Le Prestre Vauban, Pierre Massiac de Sainte-Colombe, François Ferry, le marquis de Montalembert… Leur succèdent des ingénieurs formés à l’École du génie de Mézières dans la seconde moitié du 18e siècle, puis à celle des Ponts et chaussées au 19e siècle.
La recherche de la plus grande efficacité défensive s’associe évidemment à celle de la solidité. Elle ne fait pas pour autant négliger l’aspect esthétique, par l’usage de la symétrie et de l’équilibre des volumes. La mise en œuvre de la pierre calcaire de la vallée de la Charente (Saint-Savinien, Crazannes…) participe à la qualité de ces ouvrages. La stéréotomie est par exemple poussée à l’excellence au fort Liédot. Il en résulte une architecture tout à la fois puissante, fonctionnelle et harmonieuse.
Il semble que les constructeurs mettent au point des modèles qu’ils adaptent et font évoluer. Ainsi, la redoute de l’Aiguille, bâtie en 1673, sert-elle de modèle à des redoutes implantées dans l’île de Ré, Martray (Ars-en-Ré) et Rivedoux (Sablanceaux), mais aussi en 1702 dans l’île Madame. De plan carré, seule la dimension de leur côté varie.
Les ouvrages de l’époque de Vauban s’inscrivent dans une architecture sérielle, que l’on retrouve ailleurs sur le littoral. Les forts Lupin, de Fouras et de la Rade ont en commun l’association d’une batterie basse semi-circulaire avec une tour-donjon à la gorge, servant de réduit. La batterie basse permet des tirs rasants et en éventail sur près de 200 degrés dans le but de couler les navires ennemis, et la tour permet des tirs plongeants. On retrouve ce système au fort du Chapus (ou Fort Louvois) commencé en 1691 sur une presqu’île entre Marennes et l’île d’Oleron, mais aussi à Camaret (Finistère). Le projet de la tour-donjon du fort de la Rade n’est pas sans point commun avec cette tour tracée par Vauban en 1689 et haute de 18 mètres : la tour de la Rade aurait atteint 22 mètres si sa construction n’avait pas présenté des malfaçons.
L’architecture sérielle devient le propre de l’architecture militaire du 19e siècle. C’est d’ailleurs le plan du fort Liédot qui est adopté, en 1811, par le comité des fortifications comme le prototype d’une redoute-modèle n°1 pour 500 hommes. Deux tours-réduits type 1811 sont édifiées à Saint-Georges-d’Oléron, à Boyardville et aux Saumonards. La caserne casematée pour 250 hommes, qui vient remplacer l’un des côtés de la redoute de l’île Madame entre 1847 et 1849, est bâtie sur un plan-type conçu par le capitaine Belmas et adopté, en 1843 et 1845, par la commission de défense formée en 1836. Quant au magasin à poudre extérieur qui vient compléter l’ouvrage en 1880, il est construit sur le modèle du magasin type 1874.
Les travaux de la commission mixte d’armement des côtes, instituée par le ministre de la guerre le 11 février 1841, donnent lieu aux circulaires de 1846 et 1861 sur les corps de garde défensifs à utiliser pour les batteries de côtes. C’est ainsi un corps de garde, modèle crénelé 1846 n° 2 modifié pour 50 hommes, qui est construit à Coudepont sur l’île d’Aix en 1861. Enfin, cette même année, le nouveau réduit du fort Vasou est un casernement type pour 78 hommes.
Des innovations
Toute évolution de l’artillerie tendant à rendre la défense désuète, l’architecture fait l’objet d’une adaptation continuelle. C’est ainsi que Claude Masse, dès 1715, mentionne que, lorsque le fort Lupin a été édifié, on ne connaissait pas encore les « bombes » projetées depuis un navire. Au vu des premières expérimentations auxquelles il a assisté, le fort lui paraît trop petit, « les bombes l’auroient bientôt rendu inutile, c’est pourquoy il aurait esté beaucoup meilleur s’il avait été plus spacieux et deffensif du costé de terre, et qu’il y eut eu des souterrains pour se mettre à couvert ».
Vauban fait précéder le flanc nord du fort de la Rade, à l’île d’Aix, de son invention, une tenaille servant à couvrir la courtine et empêcher aux assaillants d’y ouvrir une brèche. La reconstruction de ce fort, en 1779, est l’occasion d’une expérimentation par le marquis de Montalembert, qui y met en oeuvre son système de « fortification perpendiculaire » prônant la supériorité de la défense sur l’attaque, qu’il présente dans une série de publications entre 1776 et 1794. Il propose notamment de donner à la défense une direction perpendiculaire et des batteries de tirs casematées (voûtées à l’épreuve des projectiles) pour la protection des hommes et du matériel, à l’opposé des principes de Vauban et des autres officiers du génie. Il fait ainsi édifier un fort en bois qui résiste à l’épreuve des tirs organisés pour montrer la justesse de sa théorie : 523 coups de canon sont tirés en deux heures sans incommoder les hommes par la fumée, ni ébranler le fort. Ce type de fortification n’est cependant mis en œuvre qu’à partir des années 1800, et fort Boyard applique exactement ce principe.
La prouesse que représente l’édification du fort Boyard sur un enrochement artificiel n’est rendue possible que par le recours à de grands blocs artificiels de béton, expérimentés à la même époque aux ports de Marseille et de Brest. Les ingénieurs, s’étant aperçus que la violence des flots avait entraîné les blocs de pierre des assises bâties avant 1807, décident, à la reprise du chantier en 1842, de changer la manière de bâtir le massif général, qui doit dépasser de 1,50 mètre le niveau des basses marées et saillir de 2 mètres au-delà du parement extérieur du soubassement. Ce massif est alors mis en œuvre par l’édification de murets de un mètre d’épaisseur, constitués de l’amoncellement de sacs de toile remplis de béton, qui partagent la surface de la fondation en cases. Ces cases sont ensuite comblées par du béton et recouvertes d’un pavage en maçonnerie de ciment.
L’évolution des batteries de côte
L’apparition au début du 19e siècle de la navigation à vapeur et des projectiles explosifs concourt à la diminution du nombre des batteries, qui sont par ailleurs plus puissamment armées. La commission de 1841 ne conserve, pour armer ces ouvrages, que trois bouches à feu les plus puissantes en usage dans la marine française de l’époque : canon de 30 livres, obusier de 22 cm, mortier de 32 cm. Pour l’installation des canons et obusiers sur des affûts de côte à châssis pivotant, en bois, puis par la suite, en fer, des plateformes sont aménagées en maçonnerie ou en bois (madriers). Les batteries de côtes antérieures aux années 1870, qui étaient souvent de simples épaulements en terre, ont disparu. Dans le cas de la batterie de Coudepont ne subsiste que le corps de garde ajouté en 1861. Les batteries qui subsistent se présentent sous la forme d’importants massifs terrassés, avec peu de parties en maçonnerie à l’exception des murs de genouillère (murs de soutènement interne du parapet), des blocs de scellement d’affûts et de rares abris à munitions sous traverses (mur ou massif terrassé construit en travers d’un ouvrage ou perpendiculairement à un parapet pour éviter les tirs à revers ou d’enfilade). Ces ouvrages simples sont souvent recouverts par la végétation de nos jours.
Vauban et la protection de Rochefort
Au XVIIe siècle, la flotte de Louis XIV est loin d’être à la hauteur de son ambition de dominer le monde sur terre et sur mer.
La création d’un nouvel arsenal est décidée. Le site de Rochefort est choisi pour ses atouts. L’entrée de l’estuaire de la Charente est protégée par les îles, Oléron, Aix, Madame. L’embouchure de la Charente doit être défendue contre les attaques des flottes anglaise et hollandaise.
La ville nouvelle de Rochefort créée par Colbert, le nouveau port et l’arsenal sont à partir de 1666 des éléments majeurs de la stratégie militaire du 17ème siècle. Rochefort est situé dans une boucle de la Charente, sur la rive droite. Le choix du site de Rochefort a été fortement conseillé à Louis XIV par son ministre Colbert. On parle d’ailleurs de l’arsenal de Colbert. La construction de l’arsenal royal a été relativement rapide et a fait appel à des moyens humains et techniques considérables. On dit qu’en 1670, les premiers navires sont construits. En 1665, Rochefort est un tout petit village dans les marais à proximité d’une forêt. On n’imagine pas le destin extraordinaire de Rochefort.
En raison de la marée, les navires ne peuvent pas remonter la Charente à marée basse. Les matériaux, les matières premières pour la construction de l’arsenal, la construction des vaisseaux, les denrées nécessaires à la ville, peuvent être acheminés de l’intérieur des terres par voie fluviale, par la Charente.
La construction de Rochefort a été le facteur déclenchant des interventions de Vauban. Des forts et des citadelles défendaient déjà l’estuaire de la Charente. Vauban a redessiné et complété les fortifications existantes pour défendre la position de l’arsenal royal de Louis XIV.
Cet arsenal de guerre doit être défendu par un réseau de fortifications tentaculaire, qui se découvre au fil des côtes et des îles charentaises.
Certains forts se dressent face à l’océan, d’autres sur les rives de l’estuaire de la Charente. Tous déploient leurs murailles ébréchées, leurs batteries de canon, leurs casernes désertées. Tous appartiennent au réseau de fortifications bâti dès le XVIIe siècle par Vauban et ses pairs pour protéger de l’ennemi anglais l’arsenal de Rochefort, joyau de la Marine royale.
En ce milieu du XVIIe siècle, le roi Louis XIV rêve de surpasser les Anglais sur les mers. Conseillé par son ministre Colbert, il décide de créer sur la côte Atlantique un port capable de construire une flotte de guerre qui rétablira sa puissance maritime et ravitaillera les nouvelles colonies des Amériques. Son choix se porte sur le site de Roca Fortis, le futur Rochefort, à 24 kilomètres de la mer. « Le premier coup de pioche est donné en 1666. Autour de l’arsenal qui sort de terre dès 1670, prend bientôt forme une cité fortifiée : urbanisme en damier ponctué d’hôtels particuliers, ateliers, commerces et casernes. En 1671, ce “Versailles-sur-Mer” compte déjà 20 000 habitants », raconte Christophe Richard, spécialiste du patrimoine de Rochefort Océan. Durant 250 ans, près de 550 navires de guerre vont sortir de ses chantiers navals. Parmi eux, la frégate L’Hermione, qui emmènera La Fayette vers les Amériques en 1780.
Dès 1926, l’envasement de la Charente a entraîné la fermeture de l’arsenal de Rochefort. En s’éteignant, le rêve de grand chantier naval du Roi Soleil et de son ministre Colbert a rendu inutiles ses gardes rapprochées.
L’Arsenal des mers, haut lieu de l’innovation technique
Musée grandeur nature dédié à l’histoire de la marine à voile, l’Arsenal des mers de Rochefort abritait au XVIIIe siècle des chantiers navals, des ateliers, des entrepôts, une école d’officiers de marine et un hôpital militaire formant l’élite des chirurgiens en mer. Son emblème : la Corderie royale, impressionnant bâtiment étiré sur 376 mètres de long au bord de la Charente. On y tressait les cordages en chanvre pour la marine, à la longueur réglementaire d’une encablure, soit 200 mètres d’un seul tenant. Au cœur du site, on admire aussi les collections du musée de la Marine et la double forme de radoub datant de 1725. C’est ici qu’a été construite la frégate L’Hermione de La Fayette, grand artisan de l’indépendance des États-Unis, mais aussi sa réplique, au cours d’un chantier participatif mené de 1994 à 2017. Après la découverte de champignons dans le bois, le navire est actuellement en grand carénage au port d’Anglet (Pyrénées-Atlantiques).
Le royaume de France veille sur Rochefort. Certes, son arsenal est naturellement protégé par un méandre de la Charente, fleuve alors navigable pour les navires de gros tonnage. Mais c’est insuffisant pour parer les attaques des Anglais. Pour verrouiller la baie à la sortie de l’estuaire, Vauban lance la construction d’une formidable série de fortifications. La Rochelle ferme déjà l’accès nord entre Ré et le continent. De 1681 à 1704, d’autres citadelles surgissent sur les îles charentaises : le fort Saint-Martin- de-Ré, le fort de la rade d’Aix et la citadelle du Château-d’Oléron. Sur la côte, les défenses de Fouras sont étoffées. Le fort Louvois barre le coureau d’Oléron. Et deux nouveaux ouvrages s’établissent sur les rives de l’estuaire : le fort Lapointe, au nord, et le fort Lupin, au sud. Un dispositif que Napoléon Bonaparte élargit au début du XIXe siècle, avec le fort Liédot sur l’île d’Aix, et le fort Boyard au large d’Oléron… Ces machines de guerre se complètent, en tenant compte de la portée de tir de l’époque.
L’Île d’Oléron
La citadelle du Château-d’Oléron

Le bourg qui porte le nom « Le Château d’Oléron » est situé sur la côte Est dans la partie Sud de l’île d’Oléron. La citadelle surplombe le port du Château d’Oléron.
Mais chaque forteresse a ses spécificités et son histoire. Clé de ce vaste système défensif, la citadelle du Château-d’Oléron succède ainsi à l’ancien château fort des ducs d’Aquitaine, qui accueillait la duchesse Aliénor, reine d’Angleterre, au XIIe siècle. La construction de la citadelle avait été entreprise sous Louis XIII. L’enceinte côté mer avait été construite en 1630.
En effet, en 1630, Richelieu décide de sécuriser la rade. Pour cela, il ordonne l’édification d’une citadelle qui servira également à contrôler les chargements de sels venant de la Citadelle de Brouage. Toutefois, pour ériger la citadelle, il faut détruire les deux tiers du village médiéval et 7000 hommes sont nécessaires pour sa construction. Il faudra 11 ans à l’ingénieur d’Argencourt pour l’achever.
Bâtie sur le promontoire rocheux qui domine le coureau d’Oléron par l’ingénieur militaire Pierre d’Argencourt en 1660, puis modernisée par Vauban, la place forte comporte une porte royale précédée d’une enfilade en zigzag de ponts, passerelles rétractables, escaliers à vis, portes et douves, et un système d’écluses facilitant autrefois un remplissage en eau de mer. « Côté village, ses bastions avancés permettaient aussi de garder un œil sur les Oléronnais, restés fidèles à l’Angleterre jusqu’au XVe siècle ». La seconde partie, côté terre, a été construite par le chevalier de Clairville, à partir de 1673, selon les plans de Vauban.
Enfin, Louis XIV qui vient d’ordonner la construction de l’Arsenal de Rochefort, choisi le Château d’Oléron pour en assurer la défense. Encore une fois, Vauban est à l’œuvre. Par ailleurs, avec le Fort Louvois situé en face sur le continent, les tirs croisés assureront une meilleure défense.
Ainsi, la citadelle devient un élément essentiel de la ceinture de feux destinée à protéger l’Arsenal. Tout comme le vaisseau de pierre Fort Boyard, ou bien les forts des îles d’Aix et de l’île Madame.
Effectivement, de par sa conception ingénieuse avec ses 4 niveaux de défense, le bastion s’est avéré « invincible » durant des siècles.
La forteresse d’origine est bâtie pour tenir compte de la configuration du site, face à l’intérieur de l’île, le dos à la mer. Elle présente cinq fronts, dont trois bastionnés et deux tenaillés en affectant la forme d’une étoile tronquée sur sa façade maritime.
Cette magnifique citadelle avait une double vocation :
- Fortifier Oléron pour qu’elle ne soit pas prise, occupée et pillée par les Anglais et leurs alliés Protestants de La Rochelle en guerre contre le pouvoir royal.
- Verrouiller le coureau d’Oléron et protéger le port et l’arsenal de Brouage.
La citadelle d’origine ne comprenait que les cinq fronts précités et la demi-lune royale qui protège la porte d’entrée. Elle fut ultérieurement complétée par un premier système de défense rendu obsolète par les progrès de la fortification, ce qui a conduit à supprimer tous les ouvrages de ces premières défenses ajoutées.
Vauban vint, et le génial ingénieur (né en 1633 au moment même où la citadelle s’édifiait) fit de la forteresse une véritable place forte destinée à accueillir la population de l’île si cette dernière venait à être investie par la flotte Anglaise.
Même dans ce cas d’occupation de l’île, la citadelle remplissait toujours son rôle de verrou du coureau et de protection de Brouage en attendant les secours. C’est ainsi que le vaste ouvrage à corne, la demi-lune du bourg, les fossés, les glacis, l’enceinte urbaine et la nouvelle ville sont dus aux projets du talentueux Vauban à la fin du XVIIème siècle.
Ironie de l’histoire, si la citadelle a servi à regrouper les soldats en partance pour la Nouvelle-France, elle ne fut jamais attaquée par les Anglais. En revanche, en 1945, les échanges de bombardements entre les Allemands, établis à la citadelle d’Oléron, et les FFI, les résistants des forces françaises, basés à fort Louvois, l’ont fortement endommagée. Pour découvrir cet insolent voisin, posé sur un îlot immergé à marée haute, il faut embarquer sur un bateau-navette depuis le port ostréicole de Bourcefranc-le-Chapus. Après plusieurs campagnes de restauration entre 1959 et 1970, Puis, laissée à l’abandon, c’est en 1985 que des travaux de restauration sont de nouveau entrepris, la forteresse a été remise sur pied en belles pierres blanches de calcaire, désormais une association qui gère les lieux en y proposant des parcours ludiques. Elles est classée aux Monuments Historiques depuis 1929.
En face du Château d’Oléron, pour verrouiller le courreau d’Oléron, Louvois fit construire sur la pointe du Chapus, le Fort Louvois ou le Fort du Chapus, magnifique ouvrage militaire coupé de la terre à marée haute…
Fort et batteries des Saumonards

Les premières batteries des Saumonards sont établies en 1701 comme l’atteste une adjudication passée le 30 mai, entre Buirette, ingénieur du roi, et Moïse Ferry, entrepreneur. Ce ne sont que de simples épaulements, réactivés à chaque menace de guerre avec l’Angleterre. En 1798, on y trouve cinq pièces de 36, huit de 24 et deux mortiers de 12 pouces.
En 1811, dans le cadre du programme général de la réorganisation de la défense des côtes prescrit par Napoléon Ier, la batterie est reconstruite et dotée en guise de réduit d’une tour-modèle 1811 type n° 1. Ce type de tour, qui doit satisfaire à toutes les exigences locales (corps de garde, poudrière, logements et réduit de batterie), est une combinaison des tours de Vauban et des tours exécutées en Egypte en 1798. De la situation qu’occupe la pointe des Saumonards, face à l’extrémité sud de l’île d’Aix, résulte son importance militaire qui constitue un des piliers de la ceinture de protection de la rade, avec les forts Boyard, de la Rade et d’Enet. La tour-réduit reste inachevée en 1815, lorsque, à la chute de l’Empire, les batteries de côte sont désarmées et mises en sommeil. La batterie est conservée dans le projet d’armement, avec trois pièces de 48, quatorze de 24 et cinq mortiers de 32 cm.
Après vint-cinq ans de léthargie, la commission mixte de 1841 procède à une nouvelle réorganisation. Ses propositions, revues en 1845, portent sur vingt pièces de 30, vingt obusiers de 22 cm et cinq mortiers de 32 cm. De 1850 à 1855, l’ouvrage est transformé en ouvrage fermé, appelé fort La Galissonnière, compte tenu de son éloignement de la place du Château-d’Oléron. La tour-modèle lui est intégrée comme caponnière de gorge. Ses feux croisent ceux de fort Boyard et du fort de la Rade de l’île d’Aix pour barrer la passe nord-ouest de la rade d’Aix. Son système de flanquement, assuré par deux caponnières doubles disposées aux angles d’épaule, entre faces et flancs, est original vers 1850, époque où le système bastionné est encore d’usage général et le reste jusqu’en 1874. Ces caponnières sont analogues à celle réalisée en 1848 à la redoute de l’île Madame, relevant de la même direction de La Rochelle.
Consécutivement à l’invention de l’artillerie rayée (1858), la batterie est de nouveau remaniée en 1875 par la commission de défense des côtes, avec l’installation de deux canons de 24 cm modèle 76, deux canons de 16 cm à culasse et quatre obusiers de 22 cm à bouche, rayés et frettés. Des traverses-abris sont construites sur la crête de feu, en protection des tirs de défilement, tandis que le fond des casemates-logements est renforcé contre le tir du large. Les canons de 16 cm modèle 58-60 et les obusiers de 22 cm seront déclassés avant 1900.
De plus, on construit en 1879, à l’extérieur et au nord-ouest, la batterie annexe des Saumonards, dotée de deux canons de 27 cm et deux canons de 24 cm (en 1912 : quatre canons de 27 cm modèle 70). A cette batterie s’ajoutent peu après, en arrière, la batterie de mortiers des Saumonards, armée de quatre mortiers G de 27 cm modèle 1889 de côte système de Bange, et la redoute de Beauregard, petit ouvrage d’infanterie assurant la défense arrière des batteries de côte.
La crise de l’obus torpille provoque la construction, vers 1890-1892, de magasins à poudre en béton spécial à la batterie annexe et à la batterie de mortiers. A la batterie principale, on installe quatre pièces de 95 mm G de côte modèle 1888 à tir rapide contre les torpilleurs et autres unités rapides. Des ouvrages d’infanterie en fortification de campagne sont construits en arrière, tournés vers l’intérieur de l’île, pour protéger le groupe d’ouvrages de côte contre une attaque en revers. Enfin, un projet de remaniement du fort la Galissonnière prévoit d’y installer quatre canons de 305 mm de marine modèle 93-96 sur affûts modèle 1899, mais aucune suite n’est donnée à ce projet
En 1914-1915, les matériels de côte de gros calibre sont enlevés et envoyés à l’intérieur, pour être montés sur affût ferroviaire et constituer l’artillerie lourde sur voie ferrée indispensable aux armées du Nord-Est ; la suprématie navale de l’Entente franco-anglaise permet ce prélèvement. Après 1918, la défense des côtes repasse en totalité à la marine, mais aucun travail n’est effectué sur les batteries de l’île d’Oléron, en raison sans doute de la tombée en désuétude du port de Rochefort. En 1923, lors de la destruction des munitions du fort, une explosion se produit, tuant cinq personnes et causant d’importants dégâts aux bâtiments.
Aucun ouvrage n’est ajouté par les troupes d’occupation durant la Seconde Guerre mondiale, après laquelle le fort devient, à partir de 1927, une colonie de vacances, « Guyenne-en-Mer », confiée au service social des armées. La redoute de Beauregard et la batterie de Mortiers sont, elles, aliénées à des particuliers après, semble-t-il, la destruction sur place du matériel.
Le fort se situe sur une partie saillante de la côte est de l’île, appelée la pointe des Saumonards et formée d’un massif sablonneux culminant à 18 mètres, boisé de pins, derrière lequel s’étend, à l’intérieur de l’île et jusqu’au bourg de Saint-Pierre, une vaste zone de marais drainée par le chenal de la Perrotine. Cette pointe se situe en face de l’extrémité sud de l’île d’Aix, encadrant ainsi un bras de mer de 5500 mètres de large qui constitue l’une des entrées de la rade d’Aix ou de Rochefort.
Dans son état actuel, le fort la Galissonnière – ancienne batterie des Saumonards – est un ouvrage fermé, établi en système polygonal simplifié, entouré d’un fossé à escarpe revêtue et contrescarpe à terre coulante. Son plan dessine un pentagone irrégulier très allongé de 230 mètres de front et 75 mètres de profondeur, dont le flanquement est assuré par deux caponnières doubles disposées aux angles d’épaule, entre faces et flancs. Le front de gorge, légèrement brisé en dedans, est coiffé, au milieu, de la tour modèle 1811. A côté s’ouvre la porte de l’ouvrage dont le centre est occupé par une vaste cour, dans laquelle sont situés deux puits à chaque extrémité. L’élément principal est la face nord-est avec crête de parapet à 9 mètres au-dessus de la cour, où subsistent deux emplacements semi-circulaires pour canons et deux autres rectangulaires encadrés par trois traverses-abris, dont une double à gauche. Ces banquette et épaulements sont desservis par deux rampes opposées dos à dos montant de la cour le long du talus intérieur du rempart.
Les casemates-logements sont établies également à la périphérie, adossées à l’escarpe, avec façade bordant la cour. Du côté nord, six casemates rectangulaires de 6 mètres sur 15,60 sont accolées. Les faces nord et ouest sont séparées par la gaine d’accès à la caponnière du nord, encadrée de quatre locaux aveugles formant berceaux d’équilibre. Du côté ouest, deux casemates rectangulaires de 5,50 mètres sur 15 sont accolées. Du côté est est constitué par un corps de bâtiment de six travées, comprenant quatre casemates-logements de 15,6 mètres sur 6, deux casemates aveugles entourées d’une gaine d’isolement affectée au service du magasin à poudre. Le tout est équilibré par deux casemates perpendiculaires formant culées, dans l’angle du front de gorge. Ce corps de bâtiment est longé, au nord, par la gaine d’accès à la caponnière double du sud-est. Sous le front de gorge, de part et d’autre de la tour, se trouvent deux bâtiments constitués chacun par cinq casemates accolées de 5,80 mètres sur 4,70, prolongés jusqu’aux casemates des flancs par une série de voûtes de décharge de même largeur et 3 mètres seulement de profondeur, destinées à renforcer l’escarpe de gorge, mais fermées côté cour et constituant des locaux utilisables (bureaux, magasins, blocs-hygiène). Les grandes casemates-logements sont voûtées en pierre. La façade sur cour, en pierre de taille de calcaire blanc soigneusement appareillée et dressé, est percée au centre d’une porte à plate-bande encadrée de deux fenêtres identiques. Au-dessus de la porte, une grande demi-lune, aujourd’hui murée, complétait l’éclairage. Les casemates des locaux de gorge sont éclairées à travers l’escarpe par des fenêtres en plein cintre, tandis que les locaux situés sous les voûtes de décharge de l’escarpe de gorge sont dotés chacun de trois créneaux de fusillade à ébrasement extérieur en gradins, tirant dans le fossé. Les locaux sont désormais recouverts de toitures à faible pente pour pallier les défauts d’étanchéité des extrados de voûtes. Deux escaliers sur arc rampant, accolés aux locaux de gorge, donnent accès au chemin de ronde de l’escarpe.
Les caponnières sont constituées par des locaux voûtés, en saillie sur l’escarpe du fossé, à génératrices brisées en angle obtus. Elles sont dotées, sur chaque flanc, de trois créneaux de fusillade du type archère surmontant un créneau de pied du type mâchicoulis sur arc à berceau surbaissé. Le front de tête est organisé de la même façon, avec un créneau de pied surmonté de deux créneaux de fusillade par face. Les parois extérieures sont, à la partie supérieure, raccordés en glacis à 45° à la tablette de couronnement, de niveau avec celle du reste de l’ouvrage.
La tour modèle 1811, type 1 pour 60 hommes, est intégrée selon une diagonale au front de gorge de l’ouvrage actuel. A l’origine, l’entrée se trouvait dans la face sud, entre deux embrasures pour obusier ; elle a été retournée dans la face nord pour donner sur la cour centrale du fort, avec pont-levis à contrepoids franchissant un fossé aujourd’hui comblé. L’ancien passage de l’entrée principale a été bouché et remplacé par deux créneaux doubles de fusillade.
La porte d’entrée est un passage ménagé dans l’escarpe de gorge, au sud-est de la tour-réduit. La baie en anse de panier, s’ouvre dans la feuillure en retrait d’une arcature en voûte surbaissée, les deux arcs étant à voussoirs extradossés en escalier et les montants harpés. De part et d’autre, au-dessus de la baie, sont présentes des fentes de passage des chaînes d’un pont-levis à contrepoids variable coulissant dans deux niches ménagées dans les parois du passage (sans doute système Lacoste). Ce pont s’abattait sur un tronçon de fossé prolongeant le fossé de la tour aujourd’hui comblé.
La batterie annexe, située au nord-ouest du fort, est en sable sans fossé, avec magasin à poudre en béton. La batterie de mortiers, à environ 500 mètres au sud-ouest de la précédente, est un simple épaulement, avec magasin à poudre en béton. La redoute de Beauregard, à environ 400 mètres au sud-ouest de la batterie annexe, est bâtie sur un plan en trapèze rectangle de 60 mètres de grande base. Elle est entourée d’un fossé avec escarpe maçonnée et contrescarpe à terre coulante. Elle est flanquée par deux bastionnets crénelés disposés en diagonale aux saillants nord et sud.
Les forts de l’île d’Aix

Deux forts sont construits sur l’Ile d’Aix : Le fort de la Rade et le Fort Liédot
Le Fort de la Rade

Dès 1674, Colbert charge Vauban de la défense de l’île d’Aix. Celui-ci juge nécessaire de fortifier la pointe Sainte-Catherine, au sud de l’île, afin de contrôler l’accès à la rade des vaisseaux ennemis.
Dès 1667 une commission des fortifications propose de construire, à la « tête » de l’île, un fort qui permettrait de réunir tous les magasins nécessaires à l’armement des navires. Il faudra cependant attendre 1691 pour que ce projet soit adopté. Il a été construit en 1703. Ce fort contrôlait l’ accès à la rade d’Aix, lieu de mouillage de l’escadre de Rochefort.
Après une rivalité avec l’ingénieur Ferry, le projet de Vauban fondé sur la création d’une grande tour centrale haute de 20 mètres, est finalement retenu.
Fin 1693, la construction du donjon, du pont de l’entrée, du parapet qui forme l’enceinte, d’une caserne, du môle de débarquement et du moulin à vent, est presque terminée. En 1699 la tour centrale qui s’est effondrée est reconstruite. La même année sont réalisés les fossés, les fondations de la demi-lune et le tracé du bourg actuel.
Le Fort de la Rade épouse les formes de la pointe sud. Les fortifications sont entourées de douves remplies d’eau. Il donne côté Est sur le port et côté Ouest sur une petite plage.
Le village fortifié, dessiné en 1669 par Vauban, est composée de rues avec une disposition telle qu’elles puissent être contrôlées par l’artillerie du Fort de la Rade.
Le système de défense mis en place à cette époque autour de la rade est efficace. Il dissuade les Anglais de débarquer sur l’île pendant près d’un demi-siècle.
En 1757, il est entièrement rasé par une attaque anglaise. En 1778, devant une nouvelle menace de la Royal Navy, le Marquis de Montalembert construit dans l’urgence une nouvelle fortification. Sous le Premier Empire, le fort est entièrement repris, puis régulièrement modernisé.
Dans les années 1770, trois forts supplémentaires ont été construits à l’entrée de l’estuaire. Ils ont tous les trois disparu depuis. De très importants travaux ont été réalisés sous Napoléon Bonaparte pour combler les failles de la défense de la rade d’Aix où les Anglais avaient réussi à mettre en déroute la flotte française en 1809 en envoyant des brûlots. C’est à la suite de cet événement qu’a été construit le fort Enet, à l’extrémité de la pointe de la Fumée.
Le Fort Liédot

Son histoire débute en 1808 quand Napoléon 1er, venu inspecter les travaux du chantier de fort Boyard et les défenses de l’île d’Aix, ordonne la construction d’un fort à l’extrémité de l’île, laissée jusque-là sans défense.
En 1809, l’Affaire des Brûlots, grande déroute française face à la flotte anglaise en rade de l’île d’Aix, conforte ce projet. La construction du fort de la Sommité, dénommé ainsi car situé sur le point culminant de l’île d’Aix, débute en 1810 pour s’achever 24 ans plus tard, en 1834.
Il sera rebaptisé Liédot, en mémoire d’un colonel du Génie mort au cours de la campagne de Russie.
Dès lors, le fort Liédot s’inscrit, tout comme le fort de la Rade et le fort Boyard, dans un vaste système de fortification dont la vocation est de protéger l’arsenal de Rochefort et les navires au mouillage en rade de l’île d’Aix.
Il est le symbole du nouveau système de fortification de Napoléon qui, avec Liédot, crée le modèle des redoutes.
Pendant les guerres, il sert de geôle pour les prisonniers, comme Ben Bella ou les soldats russe, puis devient même une colonie de vacances.
Le Fort Liédot n’a jamais souffert des tirs d’artilleries ennemies. Les seuls incidents à déplorer ont été faits par l’armée Française en 1863, lors de tirs d’entraînements pour tester la solidité du fort. Il faudra quand même deux années pour réparer les parties abîmées…
Fort-Batterie de Coudepont

Une batterie de côte existe à cette endroit depuis la deuxième moitié du 18e siècle. Sur le plan cadastral de 1807, deux batteries apparaissent sous la dénomination « Batterie de Coudepont ». Il semble que la batterie est reconstruite en 1812, à la suite de la décision de Napoléon de renforcer la défense de l’île d’Aix. Ses feux doivent croiser ceux du fort d’Enet pour empêcher toute intrusion dans la passe entre l’île et la pointe de l’Aiguille de Fouras. Elle fait partie des neuf batteries ajoutées à celle du fort de la Rade qui constituent la défense de l’île, au 19e siècle. En 1860-1861, cette batterie est de nouveau rebâtie, en même temps qu’est édifié un corps de garde sur le modèle crénelé 1846 n° 2, modifié pour 50 hommes, afin de lui servir de réduit. Le corps de garde sert de casernement, de stockage aux munitions – le magasin à poudre a une capacité de 5 600 kilogramme -, matériels et vivres et aussi de protection à la batterie. Ensemble ils constituent le fort de Coudepont. Le corps de garde doit permettre à la garnison de résister à l’assaut d’un commando débarqué à proximité pour neutraliser la batterie.
Entouré d’un fossé, l’ouvrage était accessible par un pont-levis. Au-dessus du rez-de-chaussée voûté, mais non à l’épreuve des bombes, la terrasse, desservie par un escalier intérieur et à ciel ouvert, sert de plate-forme à de l’artillerie légère ; à cette fin, le parapet est crénelé et doté de huit bretèches permettant un meilleur flanquement (des créneaux percés dans les faces et le plancher permettent d’éclairer les angles morts à la base des murs). A l’intérieur, ce réduit renferme deux magasins à poudre, un magasin d’artillerie, un magasin aux vivres, une cuisine, des grandes chambres de casernement, la chambre du chef de poste, la chambre du gardien et une entrée.
On trouve ce même type d’ouvrage, dit « réduit type 1846 », à Chef-de-Baie à La Rochelle, à la pointe de Loix et à Sablanceaux (arasé) dans l’île de Ré. En France, l’association « 1846 » en a recensé 146 à ce jour. Comme la plupart d’entre eux, dès sa construction, le réduit de Coudepont est dépassé par l’apparition du canon rayé.
Le réduit est abandonné en 1889, à la suite de la loi du 27 mai qui déclasse les corps de garde modèle 1846. Cette même année est édifié, à la pointe de la Fumée, un poste doté d’un projecteur, appelé « feu chercheur », pour éclairer la nuit la passe, dite d’Enet, entre l’île d’Aix et la pointe nord de Fouras.
La batterie est déclassée en 1934. Vendu par les domaines dans les années 1950 après son inscription au titres de Monuments historiques comme une batterie du 17e siècle, cet ouvrage est désormais transformé en habitation.
L’ouvrage se situe sur la pointe est de l’île. Seuls quelques vestiges de maçonnerie subsistent de la batterie qui formait un arc de cercle des côtés sud et est du réduit.
De plan rectangulaire, l’ouvrage mesure 20 mètres sur 15. Son entrée se présente au sud et sa plus longue face est tournée vers l’est et la batterie dont il servait de réduit. Ses murs de plus d’un mètre d’épaisseur présentent un fruit. Les fenêtres en forme de demi-lune sont disposées au-dessus des créneaux de tir pour permettre l’évacuation de la fumée des tirs à la poudre noire.
Le corps de garde comprend un rez-de-chaussée voûté surmonté d’une terrasse. Cette dernière est bordée d’un parapet dans lequel sont disposés des créneaux de tir, la défense étant également assurée, sur chaque face, par deux bretèches soutenu par trois consoles. Le débouché de l’escalier y est protégé par une voûte.
Fort Boyard


Fort Boyard est une construction du 19e siècle, cependant l’idée d’implanter un fort, sur le banc de sable de Boyard entre les îles d’Aix et d’Oléron, avait germé au moment de la constitution des défenses de l’embouchure de la Charente après la création d’un arsenal à Rochefort. La puissance de feu des canons du 17e siècle, dont la portée n’excède pas 1200 mètres, est en effet insuffisante pour couvrir la distance du passage (6 kilomètres) entre les deux îles et interdire l’entrée de la rade de l’île d’Aix aux navires ennemis. Cependant Vauban ne croit pas en la faisabilité d’un tel ouvrage, en raison de la nature du sol et des courants marins à cet endroit. Après différents relevés,Vauban dira à Louis XIV :
« Sire, il serait plus facile de saisir la Lune avec les dents que de tenter en cet endroit pareille besogne ». Le projet est ensuite régulièrement repris et abandonné comme, après la descente anglaise qui ravage l’île d’Aix en 1757, par l’ingénieur Pierre de Filley qui élabore en 1763 les plans de construction d’un fort rectangulaire à un niveau, en même temps qu’il projette la reconstruction du fort dans l’île d’Aix.
En 1801, à l’initiative de Bonaparte, Premier consul, une commission est chargée d’étudier les défenses de la rade, et le principe de la construction d’un fort sur le banc de Boyard est arrêté. Ce fort, en croisant ses feux avec les forts de l’île d’Aix et des Saumonards à Saint-Georges-d’Oleron, doit empêcher toute intrusion dans la rade d’Aix. Le coût de ce projet est estimé à 830 000 francs. L’ingénieur Ferregeau, directeur des travaux des ports maritimes, présente en 1802 les plans d’un fort à deux niveaux, en forme d’anneau, de 80 mètres de long sur 40 mètres de large, construit sur un enrochement à pierres perdues avec talus incliné. Ce projet est approuvé, et les travaux débutent en 1803. Comme annexe au chantier, un établissement comportant magasin, ateliers et logements est installé sur l’île d’Oléron à l’entrée du chenal de la Perrotine, future Boyardville. Les travaux de fondation et de soubassement sont réalisés par le service des travaux hydrauliques de la marine. Ils s’avèrent plus compliqués que prévu puisque l’on s’aperçoit que le sable, au milieu de la passe, se trouve à 4,50 mètres sous l’eau à marée basse, ce qui exige un enrochement encore plus important. En 1804, une balise scellée dans un bloc de pierre de 7 mètres cubes indique le centre de ce dernier. Deux ans plus tard, 40 000 mètres cubes de pierres constituent un enrochement qui découvre à marée basse. La première assise, constituée de blocs de 2 à 3 mètres cubes, est alors commencée. Elle reçoit la deuxième assise, dont les joints et les lits sont garnis de béton, tandis que les pierres de rives sont réunies par des crampons de fer. La dépense pour 60 000 mètres cubes de pierre et la confection du quatre cinquième de la première assise et des deux tiers de la deuxième dépasse très largement les prévisions.
Les tempêtes de l’hiver 1807-1808 détruisent les deux assises déjà posées et les ingénieurs s’interrogent sur le mode de fondation de l’ouvrage. La décision est alors prise de réduire les dimensions du fort (40 mètres sur 20), de changer sa direction, pour mieux le protéger des lames de fond, et d’augmenter la dimension des fers rendant solidaires les pierres des fondations entre elles. Le chantier s’interrompt en 1809 après l’affaire des brûlots anglais.
En 1837, une commission est chargée par le ministre de la marine d’étudier le bien-fondé de la poursuite des travaux du fort, on s’aperçoit que l’enrochement s’est compacté en se tassant d’environ un mètre depuis 1807. La reprise des travaux est décidée, mais en adoptant de nouvelles méthodes pour contrer la puissance des vagues. La surface de l’enrochement artificiel est aplani par un système de caissons de 8 mètres cubes : des murets d’un mètre de haut sont réalisés au moyen de sacs de toile remplis de ciment hydraulique et les cases ainsi formées sont remplies de béton et de chaux hydraulique. Cette structure est renforcée par une ceinture de pierre, ou risberme, de 2 mètres de large, elle-même consolidée par des blocs de pierre de taille de 15 mètres cubes. Au-dessus de la structure s’élève le soubassement en pierre de taille, de 65 mètres de longueur sur 35 de largeur, à deux mètres au-dessus du niveau des plus hautes mers. A la fin de 1848, les travaux du soubassement, réalisés sous la direction des ingénieurs Mathieu et Garnier, étant terminés, l’ouvrage est remis au service du Génie pour la construction du fort lui-même, qui se termine en 1859. Le parement intérieur est fait en pierre de Saint-Savinien. Au sous-sol, dans l’enrochement, est installée une citerne de 325 000 litres et les trois niveaux sont casematés, de façon à résister à des bombardements. Le rez-de-chaussée, où sont stockés les matériaux et les vivres, accueille aussi la cuisine et la prison. Le premier et le deuxième étage sont destinés aux logements des officiers et des soldats. La terrasse, à près de 25 mètres au-dessus du niveau moyen de la mer, est conçue comme une plateforme d’artillerie, destinée à recevoir 18 canons de 36 disposant de rails de pivotement. Une tour de vigie équipée d’un sémaphore culmine à 29 mètres. L’ouvrage est prévu pour loger 260 hommes en temps de guerre et pour être armé de 74 canons sur trois niveaux, comme un vaisseau de guerre de la fin du 18e siècle.
En 1860, il est décidé de construire un brise-lames en forme de chevron pour protéger le fort des lames venant du nord et de créer un petit port d’abordage, abrité par deux jetées dirigées vers le sud et accolé à la partie sud du fort. Devant la difficulté de fonder ces ouvrages, le projet est modifié en remplaçant le brise-lames par un éperon attenant aux maçonneries du soubassement et en fermant le petit port par un retour de l’extrémité sud de la jetée ouest vers l’est. Les travaux s’effectuent, sous la direction de l’ingénieur en chef Courbebaisse, de 1864 à 1866.
Le fort, achevé dans les années 1860 alors que les canons rayés, récemment mis au point, ont une portée d’environ 5 kilomètres, est rendu obsolète par cette évolution de l’artillerie. Il n’est donc que partiellement armé et sert de prison pendant quelques mois, après mai 1871, pour des communards en attente de déportation en Nouvelle-Calédonie. A partir de 1872, il est utilisé pour la défense passive de l’arsenal de Rochefort en abritant le déclencheur de torpilles de fond immergées, qui barrent l’entrée de la rade de l’île d’Aix. L’année suivante, l’appareil à marégraphe du fort Enet y est transféré. Dans les années 1880, la tour de vigie sert de poste d’éclairage avec l’installation d’un appareil photoélectrique qui éclaire la rade et les passes du pertuis d’Antioche (ses machines sont placées dans deux casemates du rez-de-chaussée). Une dizaine d’hommes seulement l’occupent alors, auxquels s’ajoutent des ouvriers chargés de l’entretien continuel de l’édifice. Le poste provisoire de contrôle de la ligne ouest de 48 torpilles sous-marines, en lien avec le poste du fort de la Rade, est définitivement aménagé en 1883.
En 1891, une commission estime que le fort ne répond plus aux exigences d’un ouvrage d’artillerie et qu’il faudrait prévoir d’énormes travaux de bétonnage pour sécuriser sa défense. Un ambitieux projet de transformation de l’édifice en un massif compacte plus bas avec la construction d’une tourelle cuirassée est abandonné, les progrès des armes et des poudres rendant inutile son rôle entre les deux îles. De plus, le poste d’éclairage est supprimé au moment de la création des postes photoélectriques des îles d’Aix et d’Oléron. En revanche, le poste de contrôle de torpilles sous-marines est aménagé définitivement. Il occupe presque tout le 2e étage du musoir nord. Jusqu’en 1911 au moins, il est confié à la surveillance d’un quartier-maître et de deux matelots de la défense fixe qui ne sont relevés qu’après un mois de garde. Puis, déclassé en 1913, le fort est abandonné.
Inscrit au titre des Monuments historique en 1950, l’édifice est remis aux Domaines en 1961 et vendu aux enchères à un particulier l’année suivante. Le petit port et le brise-lames disparaissent peu à peu sous l’assaut des vagues. Des séquences du film « Les Aventuriers » y sont tournées en 1966, ainsi qu’une émission du jeu télévisé la chasse aux trésors en 1980. Après l’abandon de nombreux projets, le fort est vendu en 1988 au Conseil général de Charente-Maritime, qui adhère à l’idée du producteur Jacques Antoine de transformer le fort en studio de tournage pour une émission intitulée « les Clés de Fort Boyard », dont le succès fait connaître le fort internationalement. L’aménagement comprend notamment l’installation d’une plateforme du côté ouest pour faciliter l’abordage, l’établissement d’une passerelle en bois au premier étage de la cour et la mise en place d’une structure en métal et verre au-dessus de la tour de vigie. Le succès de l’émission est tel que l’édifice, remis en état, fait constamment l’objet de travaux pour sa conservation.
Le Fort est situé à mi-distance à peu près de l’île d’Aix (2 900 mètres) et de l’île d’Oleron (2 400 mètres), passage entre le pertuis d’Antioche au nord et les rades de l’île d’Aix et des Trousses à l’est de l’île d’Oléron. Il se présente comme un mastodonte de forme oblongue. Malgré sa hauteur d’environ 25 mètres au-dessus du niveau de la mer, lors des tempêtes, les embruns des vagues arrivent sur la plateforme supérieure et retombent dans la cour. Au milieu de la face sud-ouest, un escalier extérieur en pierre donne accès au fort.
Il est construit en pierre calcaire des Charentes avec un parement de granite pour les assises de son soubassement. Le mur extérieur, qui présente un fruit, a une épaisseur de 2,50 mètres à la base et de 1,60 mètres à son sommet. Chacun de ses trois niveaux présente 26 embrasures de tir identiques, dont certaines ont été murées au premier niveau des musoirs. Toutes les embrasures du premier niveau sont surmontés d’un évent, muré dès l’origine. La plateforme sommitale est protégée par un parapet de 4 mètres d’épaisseur, partiellement en brique du côté intérieur et couronné d’une tablette. Au sol, les rails de pivotement des pièces d’artillerie sont visibles. Du côté sud, la vigie se présente comme une tour, couronnée par une corniche et surmontée par une structure métallique en grande partie récente. Elle renferme un escalier en vis.
De plan annulaire d’environ 65 mètres sur 35, le fort renferme une cour intérieure de 12 mètres de large. Les façades sont entièrement en pierre de taille, avec des bandeaux séparant les trois niveaux d’ouvertures. Au rez-de-chaussée la pierre est mise en œuvre en table. Dans les grands côtés de la cour, les ouvertures forment cinq travées de part et d’autre, composées chacune d’une porte en plein cintre sous une fenêtre en plein cintre, surmontée d’une autre fenêtre à linteau segmentaire. Les deux extrémités arrondies présentent une galerie dotée de sept arcs en plein cintre, obturés au rez-de-chaussée, hormis celui du centre, et ouverts pour les deux niveaux supérieurs. Chaque ouverture correspond à un module d’environ 5 mètres de large pour 8 mètres de profondeur, voûté et régulièrement disposé sur le pourtour de l’ellipse, formant casemate de tir. Deux escaliers en bois partent de la cour pour desservir les étages. Actuellement, une passerelle en bois, installée au premier étage autour de la cour, facilite les déplacements dans le fort.
Le Fort Enet

Si l’édification d’un ouvrage défensif sur l’îlot d’Enet a été envisagée dès la deuxième moitié du 18e siècle, l’actuel fort est construit à la suite de la décision, en 1801, de Bonaparte, alors Premier consul, de renforcer la défense de la rade de l’île d’Aix contre la menace anglaise. Une commission dirigée par le directeur des travaux maritimes Ferregeau est constituée pour étudier la construction de deux forts, l’un sur le banc de Boyard et l’autre sur les rochers d’Enet. Dans un courrier daté du 2 août 1802, Bonaparte évoque « la batterie d’Enette […] de dix pièces de canon et de six mortiers. Elle doit pouvoir battre de tout segment compris depuis le fort d’Aix jusqu’à l’endroit nommé Coudepont. » Il envisage aussi l’installation d’une autre batterie, plus petite, à la Pointe de l’Epée, au nord-est d’Enet, pour assurer en toute sécurité le passage de l’île d’Aix à Rochefort.
La bataille des brûlots anglais (navires incendiaires sans équipage), qui détruit en 1809 une grande partie de l’escadre de Rochefort, montre l’urgence de protéger la rade par un nouveau système de défense. Comme Fort Boyard pour la passe ouest entre les îles d’Aix et d’Oléron, Fort Enet doit verrouiller la passe orientale de la rade en croisant ses tirs avec l’île d’Aix et la redoute de l’Eguille. Commencée en 1810, la construction est achevée à la fin de 1811 ; en décembre, le fort est remis par le génie à la marine. L’ouvrage est conçu comme une batterie en demi-cercle, constituée de terrassements maintenus par un mur d’escarpe de 4 mètres de hauteur et un mur de pierre sèche à l’intérieur. Destinée à recevoir six canons et deux mortiers, cette batterie est fermée à l’est par un mur en éperon formant redan. Un corps de garde, ne pouvant loger que quatorze hommes, et un magasin à poudre d’une contenance de 6600 kilogrammes s’élèvent dans la cour intérieure. L’ensemble est construit avec de la pierre extraite à Saint-Savinien. En 1812, l’ouvrage est armé de douze canons de 36 et deux de 4. De cet édifice initial subsiste la poudrière.
Face à une nouvelle menace anglaise, le génie décide d’ajouter, entre 1845 et 1850, un second niveau de tir pour augmenter la puissance de feux de l’ouvrage, en rehaussant ce dernier de 8 mètres. Le simple terrassement d’origine est remplacé par seize casemates en pierre, qui, bâties sur deux niveaux contre la courtine demi-circulaire et couvertes de voûtes à l’épreuve, supportent une plateforme d’artillerie. Le fort peut ainsi loger 100 hommes, répartis par huit dans quatorze casemates. Il est armé de 28 pièces de 16 mm couvrant un secteur de 180°.
Les années 1850-1860 sont marquées par une évolution importante de l’artillerie avec l’apparition des canons rayés, beaucoup plus précis et puissants. Les murs du fort sont endommagés par une épreuve de tels tirs, réalisée par les services de l’artillerie et du génie en 1861 depuis l’île d’Aix. Ces tirs, qui visent à évaluer la résistance de blindages placés sur l’escarpe, détruisent une partie des murs.
L’ouvrage, dont le rôle est devenu essentiellement dissuasif, sert de prison : en 1871, 400 insurgés y sont incarcérés, en attente de leur déportation en Nouvelle Calédonie (ils sont transportés à l’Ile-Madame en mars 1872) ; au début du 20e siècle, des bagnards y seront également détenus en attendant leur déportation.
De nouvelles tensions avec l’Angleterre conduisent à la réorganisation du fort en 1887-1888. Les casemates sont pour la plupart partiellement démolies et remblayées. Elles sont remplacées, au centre du fort, par un bâtiment rectangulaire, abritant plusieurs casemates et un magasin à poudre, tous voûtés à l’épreuve des bombes. Ce bâtiment en pierre est recouvert de sable puis d’une très épaisse dalle de béton non armé qui l’englobe complètement. Du côté oriental, cette coque forme un demi-berceau jusqu’au sol de façon à protéger la façade des casemates des obus. La dalle elle-même est enterrée sous du remblai. Les quatre casemates que l’on conserve, du côté nord, sont partiellement murées (mur en béton) et remblayées. Le magasin à poudre extérieur, trop exposé aux bombardements, est alors transformé en magasin d’artillerie. Un poste de ligne de torpilles, pour lequel une large embrasure est créée, est installé dans l’angle nord-est. A la même époque est construit à la pointe de la Fumée un poste doté d’un projecteur*, appelé « feu chercheur », pour éclairer la nuit la passe, dite d’Enet, entre l’île d’Aix et le fort.
* Ce poste photo-électrique est construit vers 1890. L’année précédente, il est procédé à l’expropriation, pour cause d’utilité publique, du terrain de M. Putier, d’une superficie de 2497 m2. Cette acquisition est réalisée en vue d’installer le « feu chercheur électrique destiné à éclairer la passe d’Enet » pour la marine. Cet éclairage croise au nord de l’île d’Aix avec le feu de la batterie de Fougère située au nord-ouest de l’île. Il a pour mission de découvrir d’éventuels torpilleurs venus du large, mis ensuite hors d’état de nuire par la batterie du fort Enet, située à 1700 mètres plus à l’ouest. A cette fin, toute la nuit, le faisceau lumineux d’un puissant projecteur électrique est continuellement promené sur la passe pour fouiller l’horizon, découvrir l’assaillant, puis l’éclairer pour permettre à la batterie de l’anéantir.
Le bâtiment, édifié pour abriter l’usine électrique, est le premier construit à l’extrémité de la péninsule. Il est à l’épreuve des obus légers et surmonté d’un petit abri servant de poste de commande pour le projecteur. Une carte postale du début du 20e siècle montre son état d’alors : un escalier extérieur en métal permettait l’accès au poste de commande et ce dernier était surélevé en brique vraisemblablement, et couvert d’une tôle cintrée. Cet appareil est servi par un équipage de marins. En 1906, les faisceaux lumineux des feux chercheurs de la Fumée sont complétés par ceux de l’île d’Aix et de fort Boyard pour balayer et protéger les passes, lors d’un exercice simulant une attaque de nuit.
Ce poste semble désaffecté en juin 1913, lorsque est prise la décision par le Conseil supérieur de la guerre de désarmer Rochefort-Aix-Oléron. Il devient par la suite l’annexe du restaurant « de la Jetée ».
Le poste se trouve à l’extrémité de la pointe de la Fumée, à un peu plus de 3 kilomètres au sud-est de la pointe de Coudepont de l’île d’Aix et à 1,7 kilomètres à l’est du fort Enet. Orienté sud-ouest – nord-est, le bâtiment est construit en moellons équarris disposés régulièrement avec des joints assez minces. La voûte, également en pierre, est recouverte d’un voile de béton. La façade sud, du côté des terres, est percée de trois portes en plein-cintre à encadrement lisse en pierre de taille avec un léger ressaut. Les autres façades sont dénuées de toute ouverture. Seule la base du poste de commandement du projecteur subsiste, elle est en pierre de taille.
Les seules transformations qui ont lieu ensuite concernent la modernisation des plateformes de tir en 1905-1906, pour l’installation de deux batteries de canons de 100 et l’amélioration de la batterie de 27. Ces travaux sont réalisés par l’entrepreneur Abel Dodin qui construit les terrasses en béton armé selon le système Hennebique. Les batteries sont dotées de niches et de magasins à projectiles. Un poste télémétrique est également installé. Quelques années plus tard seulement, le fort est déclassé.
En 1956, le fort est acheté aux Domaines par des particuliers qui le restaurent, notamment après les dégâts causés par un tremblement de terre en 1972. Inscrit au titre des Monuments historiques en 1994, il fait l’objet de travaux de restauration menés par l’architecte Philippe Prost entre 1990 et 1997 : les casemates sont vidées des remblais et couvertes d’une plate-forme en béton reposant sur des piliers, masquée au sommet par une couche de terre végétalisée.
Pour s’y rendre depuis la pointe de la Fumée à Fouras, il faut traverser à pied une passerelle de 1,6km de long qui longe des parcs à huîtres. Le passage n’est possible qu’à marée basse.
Fort de l’aiguille

La redoute de l’Aiguille est édifiée sur les plans de l’ingénieur militaire Pierre de Massiac, seigneur de Sainte-Colombe, en 1673, pour verrouiller la péninsule constituée par le rocher d’Enet et la pointe de l’Aiguille. Elle constitue l’une des premières pièces de la défense de l’embouchure de la Charente en interdisant le débarquement de troupes ennemies du côté de la rade d’Aix et dans la baie d’Yves. Deux des côtés de l’ouvrage, sud-ouest et nord-est, sont baignés par la mer et, les deux autres sont protégés par des fossés alimentés par des vannes.
Construite rapidement et de façon sommaire, cette redoute nécessite très vite des travaux, effectués dès 1688 sous le contrôle de François Ferry. Les talus faits de terre et de sable sont consolidés et, à l’intérieur, un corps de garde orienté vers l’entrée au sud-est et d’autres bâtiments sont construits. L’ouvrage est alors armé de 16 canons. Dix ans plus tard, Ferry note qu’un parement éviterait aux talus en terre et sable de s’ébouler et, malgré le début de travaux de maçonneries, Claude Masse constate le mauvais état de la redoute en 1712. Les escarpes ne sont entièrement revêtues de pierre et dotées d’un parapet avec embrasures de tir, et l’ouvrage pourvu de plateformes d’artilleries (barbette) que vers 1750. Dès cette époque, le trait de côte ayant changé, l’ouvrage est protégé des quatre côtés par des fossés et un chemin le longe du côté nord-est. En 1779, la redoute est dite en très bon état dans un mémoire sur les défenses de l’embouchure de la Charente par Hecker de Vialis.
Le fort de l’Aiguille participe à la bataille de 1809 en canonnant les bâtiments et les brûlots anglais. A la suite de la perte d’une grande partie de l’escadre de Rochefort, Napoléon fait renforcer la défense de la côte et, c’est sans doute à cette époque qu’est installé un four à réverbère dans un hangar pour chauffer les boulets de canon destinés à incendier les flottes ennemies.
En 1868, la redoute est déclarée contenir des logements pour 30 hommes, un magasin à poudre pour 2700 kg, des magasins nécessaires pour l’artillerie et les vivres, et un puits. Comme tous les autres forts, les avancées technologiques en matière d’artillerie, avec notamment l’apparition du canon rayé et l’obus, rendent cette redoute obsolète dès ces mêmes années.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, la redoute devient un point d’appui allemand avec l’installation de plusieurs plateformes pour canons et postes pour mitrailleuses.
La redoute devient une propriété privée dans les années 1950. Une partie des bâtiments disparaît alors et une rampe d’accès est créée du côté nord-est. Hormis le fossé nord-ouest qui est encore une propriété privée, elle est acquise par la commune de Fouras en 2001. Inscrite en tant que Monument historique, elle fait depuis lors l’objet de restaurations.
La redoute se trouve au sud de la Pointe de la Fumée. A l’origine bordée par la mer, elle s’en trouve désormais isolée du côté nord-est par le boulevard de la Fumée et de terrains gagnés sur le rivage.
De la redoute initiale, il ne reste que le volume, vaste quadrangle de 58 mètres sur 70 mètres dont la mer ne baigne plus que la face occidentale. Elle s’élève au-dessus des fossés d’une quinzaine de mètres de large. Les escarpes en moellons réguliers, avec chaîne d’angle en pierre de taille, sont fortement talutés. Ils sont couronnés par un corniche formant bandeau, que l’on retrouve en appui des larges embrasures (bouchées pour la plupart), permettant d’aligner plusieurs pièces d’artillerie, au nombre de quatre sur la face sud-est, sept au nord-ouest et une seule mesurant une trentaine de mètres sur les deux autres fronts. Le mur de contrescarpe qui existe des quatre côtés est masqué du côté sud-ouest et partiellement au sud-est par une levée du terrain.
Une rampe d’accès au-dessus du rempart existe depuis une cinquantaine d’années du côté nord-est, mais initialement la cour n’était accessible que par une porte ouverte au milieu du front sud-est et un pont au-dessus du fossé. Cette porte, encadrée de piliers, donne sur un couloir étroit non couvert qui traverse le rempart épais de 14 mètres. Un mur de soutènement taluté borde la cour, sauf du côté nord-ouest contre lequel était initialement adossée la caserne dont seules des traces de murs subsistent. Dans les angles sud et est sont placées deux casemates voûtées en berceau en blocage : magasin à poudre au sud et latrines à l’est.
Fort du Treuil

La redoute, dite fort du Treuil, est bâtie en 1778 par la marine sur un terrain acheté à des particuliers. Flanquée par deux redans aménagés en 1779-1780, elle fait partie d’un ensemble d’ouvrages – lunettes (sortes de demi-lunes détachées), batteries – édifié pour empêcher des troupes ennemies, débarquées dans l’anse nord de Fouras, d’avancer vers Charras. Sa construction fait vraisemblablement suite à l’abandon d’un ambitieux projet d’enceinte autour du bourg de Fouras vers 1768. Elle est remise au département de la guerre en 1820.
En 1868, son réduit est décrit comme un corps de garde, pouvant loger 20 homme et comprenant un magasin à poudre, en très mauvais état. En 1872, elle fait toujours partie des ouvrages des défenses militaires nationales. Elle est déclassée, en 1888, en même temps que les autres forts de Fouras, de Vergeroux et de Lupin, ainsi que ceux de Port-des-Barques à l’exception de celui de l’île Madame.
Dans les années 1890, les terrains sont vendus à des particuliers et la rue de la Tour, actuellement Amiral Juin, est percée au sud. Dans ces mêmes années, une forte pression immobilière, désormais débarrassée de la contrainte des servitudes militaires, entraîne la complète restructuration du quartier et la disparition de la redoute dont ne subsiste que quelques traces dans le parcellaire actuel.
Le fort Vauban

Le fort de Fouras est un ancien château attesté dans une charte de l’abbaye de Nouaillé de 1074 et une de l’abbaye de Saint-Maixent datée de 1081, comme possession de Geoffroi de Rochefort. Il protège le port à l’embouchure de la Charente et est notamment connu par les droits de navigation perçus sur les navires remontant ou descendant le fleuve. Rattaché à la couronne en 1301 sous le règne de Philippe le Bel, il semble, en grande partie, reconstruit à cette époque (les voûtes d’ogives du sous-sol se rattachent à cette période et vraisemblablement la tourelle d’escalier). Passant successivement aux mains des Anglais et des Français pendant la guerre de Cent Ans, il est très dégradé à cette époque.
Les caractères de certaines fenêtres montrent que le donjon fait l’objet de travaux au 15e siècle. Cette modernisation est généralement attribuée à Jehan II de Brosse, ancien conseiller et chambellan de Charles VII, vers 1480. Au cours des guerres de Religion, le château est pris par Condé, chef des Calvinistes, puis investi par les troupes royales au moment du siège de La Rochelle.
La forteresse, qui occupe un endroit stratégique pour contrôler l’estuaire, devient l’une des pièces maîtresses de la défense de l’entrée de la Charente et de l’arsenal de Rochefort. En 1689, il est transformé par l’ingénieur François Ferry, sous la direction de Vauban, en le consolidant et en le voûtant de manière à créer une plate-forme sommitale capable de supporter des canons : pour ce faire, les murs sud et nord sont épaissis de 3 mètres, un mur de refend ouest-est est construit au centre, le troisième étage est sacrifié au profit d’épaisses voûtes en berceau et un nouvel escalier et créé pour accéder au sous-sol. Le mur d’enceinte et les tours sont également renforcés. Du côté de la mer, une fausse-braie (en avant du rempart principal) est édifiée, formant un pan coupé du côté nord-ouest en raison de problèmes de fondations. Elle est complétée, en 1693, par une batterie d’artillerie semi-circulaire du côté du rivage, permettant un tir à 180°. En 1705, un casernement pour la garnison est édifié dans l’ancienne avant-cour du château. Ainsi équipée, la forteresse peut abriter de 300 à 600 hommes et une cinquantaine de canons.
Au moment où, en 1806 et à la demande de Napoléon 1er, le ministère de la Marine équipe la côte de sémaphores afin de surveiller les approches maritimes et avertir par signaux optiques des activités ennemies, l’un d’entre eux est installé sur la terrasse du fort ; une cabane en bois est établie pour le guetteur, à côté du haut mât sur lequel s’articulent des ailes superposées. Il communique avec celui installé sur la tour Saint-Louis à Rochefort et celui de l’Ile-d’Aix.
En 1847-1848, le côté nord-ouest de la cour est casematé, en même temps qu’une caserne équipée de deux bastions également casematés est édifiée dans l’avant-cour (détruite vers 1950). Dans les années 1870, le fort devient un lieu d’internement pour des communards en attente de déportation en Nouvelle-Calédonie.
Le fort, déclassé du domaine militaire en 1889, est cependant toujours utilisé comme sémaphore par la marine jusqu’en 1949. Propriété de la commune depuis 1951, il est protégé en tant que monument historique en 1987. Depuis 1989, il abrite le musée régional de Fouras.
La haute tour du fort de Fouras domine l’embouchure de la Charente sur la rive droite. Ce donjon est entouré d’une cour carrée fermée par un mur, dotée de tours aux angles à l’exception de celui de l’ouest, et bâtie des côtés sud et nord. Cette cour est entourée d’un fossé formant fausse braie du côté sud-ouest. Le mur baigné par les flots est en petit appareil régulier, à fruit et souligné d’un fort cordon d’escarpe. Au-dessus, le parapet partiellement en brique est échancré d’embrasures de tir ménagées à intervalles réguliers. Un édicule sur consoles renferme quatre latrines. Perpendiculairement au parapet, deux murs ou traverses sont construits dans la partie sud de la fausse-braye pour éviter les tirs d’enfilade. Au droit du donjon, une avancée semi-circulaire est dotée en son centre d’une échauguette coiffée d’une coupole. Une margelle circulaire de puits est présente dans le fossé du côté sud-est. Au sud, l’ancienne basse-cour, ou avant-cour, nivelée, est entièrement occupée par un parking.
Du côté du fossé, la courtine sud-est de la cour est cantonnée par deux tours circulaires couvertes d’un toit en pavillon pour celle du sud et d’une terrasse pour l’autre. Le mur à l’appareil régulier et à fruit sur la majeure partie de sa hauteur se termine par une partie en moellon sur environ 2 mètres couronnée par une corniche-bandeau ; Deux lignes de fentes de tir sont percées, l’une à hauteur d’homme de la basse-cour et l’autre dans la partie supérieure. L’entrée à pont-levis à contrepoids est aménagée non loin de la tour est. Entièrement en pierre de taille, la porte en plein cintre est surmontée d’un massif dans lequel sont pratiquées de profondes échancrures pour la manœuvre des flèches. Les courtines sud-ouest et nord-est sont identiques à la partie plus basse de celle précédemment décrite, mais elles sont dénuées de fentes de tir. Le mur de la tour nord, de plus grande circonférence que les deux autres, présente un fruit assez important et une partie supérieure avec une mise en œuvre différente de la partie basse. La maçonnerie du mur nord-ouest présente aussi un changement dans la partie haute. Des petites fenêtres rectangulaires alignées, formant trois groupes de trois et un de deux, sont ménagées à mi-hauteur. L’angle nord est arrondi, à l’endroit où la fausse-braie forme un angle abattu.
Le côté sud-est de la cour est bordé de part et d’autre de l’entrée d’un alignement de bâtiments couverts d’un toit en appentis en tuile creuse. Un chemin de ronde intérieur, qui correspond à la partie supérieure de la courtine, est établi au niveau du faîte des toits. Des côtés sud-ouest et nord-est, une banquette enherbée est aménagée à la hauteur du couronnement de la courtine. Cinq casemates voûtées en berceau et couvertes d’un toit terrasse occupent le côté nord-ouest de la cour ; leur façade présente chacune un arc surbaissé, celui de l’extrémité ouest est occupé par une porte et deux fenêtres.
Le donjon rectangulaire, de 15 mètres sur 11 et de 30 mètres de haut, bâti en moellon avec chaînages d’angles en pierre de taille, est doté d’une tourelle d’escalier à l’angle nord-est. Cette dernière, couverte d’une coupole en pierre, est percée de six archères et d’une petite fenêtre dans sa partie haute. Les murs du donjon sont couronnés par une corniche-bandeau, qui encadre et forme l’appui des embrasures de tir. La modénature des ouvertures des façades atteste de transformations multiples au fil du temps. Le percement de la façade nord-est se présente sous la forme de deux travées pour les trois premiers niveaux avec, au-dessus, une fenêtre centrale étroite, murée (étage sacrifié par la construction de voûtes), à traverse et linteau à accolade – de la même veine que la fenêtre gauche du second étage. Son appui surmonte un orifice de tir. La façade sud-est ne présente qu’un petit jour et une croisée murés (depuis le renforcement du mur), qui s’apparente aux deux fenêtres précédemment décrites hormis son linteau dénué d’accolade et son appui mouluré. Les trois fenêtres identiques, à traverse et linteau à accolade, qui forment une travée irrégulière au centre de la façade nord-ouest sont murées (renforcement du mur) ; leurs appuis surmontent un orifice de tir en forme de croix. Sur les six fenêtres de la face sud-ouest, trois présentent des caractères similaires aux fenêtres précédemment décrites.
L’accès au sous-sol se fait actuellement par un escalier droit aménagé dans l’épaisseur du mur nord-ouest. Il aboutit à un petit couloir couvert de deux voûtes d’ogives et doté d’une niche trilobée. L’unique salle qui occupait le sous-sol, couverte de voûtes d’ogives prenant appui sur un pilier central, est partagée en deux par un épais mur de refend qui a fait disparaître le pilier. Les appuis nord-ouest et sud-est des ogives aux angles abattus sont également masqués par l’épaississement des murs de ces côtés. Des travaux de déblaiement réalisés dans la salle sud permettent de voir l’un des piliers engagés à trois colonnes sur lesquelles prennent appui les ogives, ainsi qu’une porte d’entrée et quelques marches (ce sous-sol était un rez-de-chaussée à l’origine). Dans la salle nord, les clés sont ornées de crossettes de feuillages et de deux visages pour l’une, d’une étoile formée de deux triangles engagés et ornée d’une rose au centre pour l’autre ; celles de la salle sud le sont de roses et de feuillages.
Dans les étages, certaines fenêtres sont dotées de coussièges. Des graffitis, datés pour quelques-uns, sont visibles, notamment dans les embrasures des fenêtres. Au troisième étage, les deux salles sont voûtées en plein cintre. Au nord, une porte en arc en tiers-point communique avec l’escalier en vis. La tourelle est couverte par une voûte d’ogives à moulure en tore à profil semi-circulaire qui reposent sur quatre consoles épannelées. Le parapet à mâchicoulis qui entoure la plate-forme sommitale est un peu bas que le mur d’origine dont la trace subsiste sur le mur de la tourelle d’escalier du côté ouest. L’angle sud de la terrasse est occupé par une échauguette de plan carré dont la porte en arc segmentaire est ménagée dans l’angle ; quatre jours rectangulaires permettent l’observation à plus de 180 degrés.
Le fort Lapointe, (Fort de la Pointe, Fort Vasou, Vason ou Vasoux)

Le premier fort est implanté à « la pointe de la terre à l’embouchure de la rivière Charente » sur la rive droite, face à Port-des-Barques, en 1672 par l’ingénieur La Favollière, pour barrer l’accès à l’arsenal de Rochefort situé en amont, lors de la menace hollandaise.
Premier des éléments défensifs assurant la protection du port militaire et de l’arsenal de Rochefort, ses effectifs atteignaient plusieurs centaines d’hommes et une cinquantaine de canons. Il affecte la forme d’un fer à cheval, avec gorge saillante. Au centre de la gorge, une avancée triangulaire surmontée d’une banquette d’infanterie permettait de défendre le fossé aquatique qui se prolonge bien au-delà de l’emprise du fort.
En 1757, le fort fut endommagé par les Anglais. Remanié après cette bataille, il intègre une batterie semi-circulaire formant environ 130 mètres de diamètre, à laquelle est venue se greffer une caserne pour 78 hommes et un entrepôt de stockage d’obus entre 1860 et 1880. Le casernement a été bâti dans la cour du fort, laquelle cour est en léger creux par rapport aux épais parapets de l’escarpe. Vers 1889-1890, on bétonna des emplacements de tir, pour quatre canons de moyen calibre. Ce fort consiste en deux doubles plates-formes encadrées par des niches à munitions. Ces niches sont au moins trois fois plus nombreuses que dans d’autres batteries de même armement. Il faut probablement imputer cela à l’absence de magasin à poudre. Un seul abri-traverse, surmonté d’un cartouche indiquant 1888, existe à la gauche des pas de tir. Elles sont scellées une trentaine de cm sous le niveau des plates-formes, leurs cercles sont plus larges et leur ancrage plus conséquent. Ce qu’il demeure comme indices tend à démontrer la présence d’affûts, lesquels étaient prévus pour des canons M de 100 mm . Il est d’ailleurs probable que ces canons aient succédé à des 95 mm. Chaque extrémité de la crête de feu comprend un poste de télémétrie ou de commandement Le casernement initial est encore en place.
Déclassé par l’armée puis vendu à un particulier en 1950. Le Fort Lapointe est inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du 8 février 2002
L’île Madame
L’île Madame occupe une position stratégique à l’embouchure de la Charente. Elle a évidemment été partie prenante dans le système de protection de Rochefort. La spécificité de l’île Madame est d’être isolée en mer à marée haute et d’être reliée à la côte, à Port-des-Barques, à marée basse par le passage de le « Passe-aux-Boeufs ».
Le fort de l’île Madame

C’est en 1674 qu’il est parlé pour la première fois de fortifications sur l’île Madame.
La redoute de l’île Madame vient compléter des retranchements et deux batteries d’artillerie établis, entre 1693 et 1695, au nord-ouest et au sud-est de l’île. Ces ouvrages, qui constituent la défense de la rade de l’île d’Aix et de l’embouchure de la Charente sur la pointe sud de l’entrée du fleuve, visent à empêcher le débarquement des Anglais sur cette île rattachée à la terre à marée basse. La redoute est édifiée en 1703 sur le point le plus élevé de l’île par le directeur des Fortifications, Christophe Rousselot, successeur de l’ingénieur Ferry, pour servir de lieu de retraite aux hommes des batteries. Ses feux croisent ceux du fort de Fouras sur l’autre rive. Un seul pont-bascule devant une porte au sud-ouest donne accès à la fortification de plan carré, d’environ 55 mètres de côté, avec fossé et chemin couvert. L’escarpe talutée contrebute une terrasse dénuée de parapet, sur laquelle sont disposée des pièces d’artillerie. Elle coiffe le sommet de l’île en vis-à-vis du fort Vauban, à Fouras-les-Bains, et offre un incroyable belvédère à 360° sur l’estuaire de la Charente et la mer des Pertuis. Par beau temps, on peut même apercevoir le phare de Chassiron, sur l’île d’Oléron.
En 1810-1811, de nouvelles batteries sont édifiées sur les voeux de Napoléon qui a demandé, après la bataille des brûlots qui avait provoqué la destruction d’une partie de l’escadre de Rochefort, un plan de défense de l’île de manière qu’elle puisse se défendre seule, même si l’île d’Aix et tout le littoral de Rochefort étaient pris. En 1826, la redoute est décrite dotée d’un corps de garde pour 12 hommes, un magasin pour l’artillerie, un four pour 50 rations, un logement pour un officier et un pour un gardien, une chambre pour 30 hommes et un magasin pour 1500 kg de poudre. Il existe deux puits, l’un dans le fort et l’autre dans le fossé. La batterie de la Passe aux Boeufs au sud-est est constituée d’un logement pour un officier, un corps de garde pour 30 hommes, un magasin pour l’artillerie et un autre pour 1500 kg de poudre. La batterie de la Passe aux Filles au nord-ouest, plus grande, se compose d’un logement pour un officier, un corps de garde pour 12 hommes, deux magasins pour l’artillerie, une chambre pour le chef de poste et une pour 12 hommes, ainsi qu’un magasin pour 1500 kg de poudre.
Entre 1847 et 1849 est ajoutée, sous la direction du capitaine du génie Pierre Abel Sibilet, une caserne défensive pour 250 hommes, accolée à la redoute du côté sud-est. Elle est édifiée sur un plan type de caserne voûtée à l’épreuve, conçu par le capitaine Belmas et adopté par la Comité central des fortifications en 1843 et 1845. Ce même type se retrouve au fort Surville à Groix ou au fort central à Hoedic. Le rez-de-chaussée, de plain-pied avec le fossé, renferme un magasin aux vivres, une cantine et un poste de police, le premier accueille un magasin d’artillerie et un des poudres, ainsi que des chambres d’officiers et de soldats, le second uniquement des chambres d’officiers et de soldats. L’édifice, à toiture terrasse, est construit en pierre de Saint-Savinien et d’Echillais. Le mur d’escarpe de la redoute est rehaussé sur trois côtés au moment de cette construction, en même temps que sont édifiés une caponnière au centre de l’escarpe nord-ouest et un coffre au nord-ouest de chaque culée de la caserne. La caponnière est identique à celle du fort des Saumonards à Oléron qui relève de la même direction de La Rochelle. L’ancienne entrée de la redoute est alors protégée par un tambour hexagonal. Il semble que le corps de garde fait aussi l’objet d’une reconstruction partielle à cette époque, notamment dans sa partie nord, et son magasin à poudre change d’affectation pour devenir la fosse de latrines aménagées au-dessus. Enfin, entre 1850 et 1853, l’ancienne batterie de la Passe aux Filles est déplacée en étant orientée davantage vers l’île d’Aix ; plus proche de la redoute, elle permet un repli plus rapide.
Dans les années 1870, le fort, qui n’est plus opérationnel en raison de l’évolution de l’artillerie, sert de lieu d’internement pour des communards en partance pour la Nouvelle-Calédonie. Ces derniers construisent un puits, nommé le puits des Insurgés, sur le rivage pour ravitailler l’île en eau douce ; cet édicule, reconstruit à l’identique en 1995, est, d’après François-Yves Leblanc, un puits-citerne qui récupère l’eau d’une source qui sourd au pied de la falaise.
Un nouveau magasin à poudre d’une contenance de 27 800 kg est édifié en 1880, à l’extérieur, dans le mur de contrescarpe du fossé nord de la redoute. Construit sur le modèle du magasin type 1874, ou 1869 modifié, il est destiné à alimenter les batteries de la Passe-aux-Filles en remplacement des anciens magasins jugés trop exposés au tir depuis la rade de l’île d’Aix. Deux rampes d’accès de part et d’autre de son entrée permettent son accès pour y apporter les munitions à stocker, puis les transporter vers la batterie qui est réorganisée à la même époque.
Pendant la Première Guerre mondiale, le fort sert de lieu d’internement à des insoumis ayant refusé de partir au front. Puis, la fermeture de l’arsenal de Rochefort en 1927 entraîne son déclassement. Transformé en maison familiale des Forces armées après la Seconde Guerre mondiale, il le reste jusque dans les années 1980. Pour cette affectation, la caserne fait l’objet de travaux de façon à améliorer son habitabilité, les embrasures de tir du deuxième étage de la caserne et les jours du rez-de-chaussée du côté sud-est sont notamment agrandis. Le remplacement du toit du corps de garde par une terrasse date aussi sans doute de l’après-guerre. Dans les années 1950, un restaurant panoramique est construit sur le toit terrasse, puis des bungalows sont édifiés au nord-est et sud-est. Le fort appartient depuis 1997 au Conservatoire du Littoral qui a démoli les bungalows et le restaurant de la terrasse.
Le fort, qui occupe l’endroit le plus élevé de l’île, a une vue à 360° sur les passes entre l’île d’Oléron et le continent, ainsi que sur l’embouchure de la Charente. De plan carré, de près de 60 mètres de côté, il a ses escarpes en pierre de taille de petit appareil fortement talutées ; leur surhaussement de 1848 est nettement visible. Dénués de parapet, ces murs sont couronnés par une tablette. Les contrescarpes sont des talus végétalisés. L’aspect de l’ouvrage change complètement lorsque l’on considère sa face sud-est où a été accolée la caserne, bâtiment massif qui déborde de l’alignement. Des deux côtés, l’angle rentrant est occupé par un coffre qui défend le fossé vers le nord-ouest. Une caponnière fait saillie dans le fossé, au centre de l’escarpe nord-ouest, de manière à flanquer celle-ci et défendre l’entrée du magasin à poudre qui se trouve en face dans la contrescarpe.
L’entrée du fort, au sud-ouest, est protégée par un ouvrage hexagonal, dit tambour, à ciel ouvert, dont les murs en pierre de taille sont dotés pour quatre d’entre eux de créneaux de fusillade verticaux. La porte en plein cintre, précédée d’un pont-levis, est ménagée dans un massif de pierre de taille dénué de tout décor. Le système de levage à la Poncelet du pont a été refait à l’identique : les chaînes du tablier passent sur deux poulies et soutiennent des contre-poids.
Depuis la porte, un tunnel couvert d’une voûte en arc surbaissé permet d’accéder à la cour, carrée et d’une vingtaine de mètres de côté à l’origine, bordée sur trois faces par des terrasses, anciens supports de pièces d’artillerie. Celles-ci ainsi que les talutages en terre sont désormais informes et les rampes d’artillerie, qui permettaient leur accès, ont disparu dans la végétation. Un mur d’environ 2 mètres de haut existe cependant dans l’angle ouest et un escalier tournant en pierre, accolé à l’angle ouest du corps de garde qui s’élève au nord de la cour, relie cette dernière à la terrasse nord. A l’ouest du corps de garde est établi un puits à la margelle circulaire en pierre de taille. La terrasse sud-est a été nivelée devant la caserne, dont le deuxième étage est accessible depuis la cour par une passerelle et quelques marches établies au-dessus de l’escarpe et d’une partie du fossé de l’ancienne redoute.
Les murs du corps de garde, très remanié, présentent partiellement un appareillage identique à celui de l’escarpe ; ce bâtiment est couvert d’une dalle de béton armé. Doté d’un étage carré, il conserve dans sa partie sud-est son magasin à poudre partiellement enterré, voûté en plein cintre et formé de deux salles séparées par une porte double. La deuxième salle est éclairée par un jour dont une feuillure montre qu’il devait autrefois être muni d’une épaisse vitre. L’accès à ce magasin se fait par un escalier droit en pierre établi devant la façade. La caserne de défense, bâtie dans le fossé sud-est de la redoute, est dotée de trois niveaux voûtés à l’épreuve des bombes, son niveau supérieur correspondant à peu près au niveau de la cour. Ce bâtiment, couvert d’une terrasse, est bâti avec de la pierre de taille de Saint-Savinien pour les voûtes et les encadrements des baies et en moellon smillés de Martrou pour les parements extérieurs. Les murs sont couronnés par une fine corniche moulurée surmontée de plusieurs assises de pierre. La façade sud-est possède sept travées formées de bas en haut d’une petite ouverture (modifiée souvent), d’une fenêtre en plein cintre et de quatre petites ouvertures rectangulaires (des créneaux de tir verticaux à l’origine) surmontées d’une baie en demi-lune à fonction d’évent. Elle est flanquée de deux pavillons formant saillie sur la façade sud-est, appelés culées en raison de leur rôle de contrebutement et orientés vers les fossés pour assurer la défense latérale. La façade de ces derniers présente trois travées formées de l’alignement de deux petites ouvertures ménagées sous un voûtain en arc segmentaire et trois petites ouvertures rectangulaires (d’anciens créneaux de fusillade verticaux) surmontées d’une baie en demi-lune. La façade nord-ouest présente aussi sept travées d’ouvertures, toutes en plein cintre. Le toit-terrasse est formé de l’extrados des voûtes du dernier étage et, du côté de la façade sud-est, un petit édicule coiffé d’un dôme couvre la sortie d’un escalier en vis reliant la terrasse au second étage. A l’intérieur de la caserne, chacune des ouvertures d’une travée d’environ 6 mètres de large correspond à une salle de 13 mètres de long, dont la voûte surbaissée repose sur les murs de refend, et qui est éclairée de part et d’autre. La travée centrale correspond à une salle assurant la circulation d’un niveau à l’autre, tandis que chaque mur de refend est percé en son centre d’une porte pour la communication entre les salles. Les salles des pavillons sont voûtées perpendiculairement aux autres.
De plan rectangulaire et dotées d’un angle adouci, les coffres, situés dans l’angle entre les culées et la redoute, présentent sept créneaux de fusillade verticaux destinés à flanquer le fossé vers le nord-ouest. Leur couvrement, au-dessus de leur voûte en berceau, forme un glacis qui se raccorde à la hauteur des appuis des deux embrasures de tir de la culée. Ils sont ouverts à la gorge et accessibles par quelques marches depuis l’étroite cour pavée, située entre l’escarpe sud-est de la redoute et la caserne.
Un couloir en pente, couvert d’une voûte en plein cintre et ménagé sous la terrasse nord-ouest, dessert la caponnière. Cette dernière, de plan rectangulaire et qui fait saillie dans le fossé, est couverte d’une voûte en arc rampant et dotée de créneaux de fusillade (ou de tir) verticaux : trois dans chacun des flancs latéraux, deux dans la face axiale. Ces créneaux surmontent sur chaque face un créneau de pied – du type mâchicoulis – ménagé sur un arc segmentaire. Les parois extérieures sont, à la partie supérieure, raccordées en glacis à la tablette de couronnement de l’escarpe.
Le magasin à poudre de 1880, enterré, a son entrée dans la contrescarpe face à la caponnière qui en protège l’accès. Il est constitué d’un vestibule, d’un sas, d’une grande salle rectangulaire d’environ 6 mètres sur 10, voûtée, avec galerie de ventilation de 0,80 mètres de large autour, et d’une chambre de lumière où l’on plaçait les lanternes pour éclairer la chambre de stockage de la poudre. Depuis le fossé, la porte double donne sur un vestibule voûté en berceau, séparé du sas à droite par une autre porte double. Dans le sas, au-dessus d’une partie voûtée en plein-cintre, existe un puits de lumière éclairant la chambre de stockage, par une fenêtre ménagée au-dessus de sa porte d’entrée, et le sas lui-même, par deux fenêtres situées de part et d’autre de ce puits. Depuis le sas, l’entrée dans la chambre de stockage se fait par deux doubles portes séparées par le mètre d’épaisseur du mur. La salle de stockage, en moellon et voûtée en berceau plein cintre, est dotée dans sa paroi du fond de trois fenêtres carrées à large encadrement en pierre de taille qui laissaient passer la lumière des lampes à huile disposées derrière leurs vitres. Au-dessus de la fenêtre centrale est ménagée une autre fenêtre éclairée par la lumière naturelle grâce à trois puits de lumière, pratiqués dans la chambre des lanternes : un central et deux latéraux.
La batterie, située au nord du fort, consiste en plateformes séparées par quatre traverses servant de magasin pour les munitions et d’abri pour les hommes, la plus orientale est actuellement masquée par la végétation. Dans chaque façade des abris sont ménagées une porte et une fenêtre.
Fort du Piédemont (ou du Peu)

Le fort du Peu, appelé aussi parfois des Agions et surtout de Piédemont, daterait des années 1775-1780. Dans son mémoire de 1779 « Reconnaissance militaire de l’isle d’Aix et des deux rives de la Charente », Hecker de Vialis note que le fort B [des Agions] est presque fini. Son implantation est liée à la conception d’un système de défense, constitué de retranchements, de lunettes et d’un autre fort plus important (Chagnaud), pour contrer un éventuel débarquement de troupes ennemies sur la pointe de Port-des Barques.
En 1826, ses bâtiments – logement pour un officier, corps de garde pour 30 hommes, magasin pour l’artillerie et magasin pour 2 500 kilos de poudre – font l’objet d’un relevé en 1826, consigné dans l’Atlas des bâtiments militaires.
Le fort est déclaré abandonné en 1851 sur le tableau de classement des places de guerre et autres points fortifiés, comme le fort Chaigneau et les batteries de côte voisines. Dans l’Atlas des bâtiments militaires, en 1868, l’ouvrage est mentionné en ruines avec les annotations suivantes « Réduit du fort de Piédemont, construit en 1778 par la marine, remis à la guerre le 23 janvier 1820 ; logements pour 30 hommes, le chef de poste, magasin à poudre pour 1 000 kilogrammes. »
A la fin des années 1870, un polygone de tirs est créé au fort ; les exercices se font vers le large et sur la côte (tirs à la cible, tirs des bouches à feu de campagne). C’est vraisemblablement cette nouvelle affectation qui entraîne la nomination d’un gardien de batterie en 1878 ; une petite garnison est mentionnée à la batterie école de Piédemont en 1882. Infanterie et artillerie de marine s’exercent dans les terrains incultes qui entourent le fort. Le fonctionnement du polygone entraîne de nombreux embarquements et débarquements de troupes et de matériel pour l’artillerie, ainsi que de vivres, dans le port de Port-des-Barques.
Le fort est abandonné, mais le site abrite une école de tir pour l’artillerie de marine, et les exercices se poursuivent au moins jusqu’en 1925. L’aliénation du fort est autorisée en 1927 par le Conseil supérieur de la guerre et, en 1930, par celui de la marine. Actuellement, aucun vestige ne subsiste de cet ouvrage dont l’emplacement est occupé par un petit bois, ni aucune trace ne subsiste si ce n’est un promontoire qui domine la passe-aux-boeufs.
Le fort se situait au bord de la falaise sud de la pointe de la rive gauche de l’embouchure de la Charente. Son plan formait une étoile à cinq branches inégalement réparties, celle du sud étant tronquée et un front plat existant du côté nord.
D’après un profil réalisé en 1779, ce fort avait une longueur d’environ 110 mètres.
Fort Chagnaud ou Chaigneau
Les travaux du fort Chagnaud débutent à la fin du 18e siècle mais ne sont pas achevés. L’implantation d’un fort à cet emplacement, sur la hauteur de Port-des-Barques, est proposé en 1779 par Hecker de Vialis dans un mémoire intitulé « Reconnaissance militaire de l’isle d’Aix et des deux rives de la Charente », qui reprend en le déplaçant vers l’est un projet de La Rozière de 1767. Elle s’inscrit dans un système de défense, constitué de retranchements, de lunettes et du fort de Piédemont (nommé alors des Agions), destiné à contrer une attaque terrestre menée par des troupes débarquées sur la pointe de Port-des-barques ou dans l’Ile-Madame. L’emplacement en hauteur permet aussi au fort de contrôler la remontée de la Charente. L’ambitieux projet prévoit un quadrilatère bastionné défendu par des demi-lunes sur chaque flanc et entouré de fossés et de contrescarpes. Hecker de Vialis envisage une construction sur 15 à 20 ans, mais il semble que, en raison des troubles révolutionnaires, le fort est resté inachevé. Seuls des talus et des fossés sont réalisés avant l’ajournement de la construction. L’emplacement du fort, en l’état de projet, figure sur le plan cadastral de 1824, celui d’un quadrilatère à quatre bastions.
En 1851, le fort est déclaré abandonné sur le tableau de classement des places de guerre et autres points fortifiés, comme celui de Piédemont et les batteries voisines. D’après le capitaine du génie Lecomte, lorsque le fort est remis aux Domaines en 1856, le comité des fortifications émet l’avis que sa restauration serait trop coûteuse et met en doute son utilité dans la mesure où l’ennemi se résoudrait difficilement à débarquer à Saint-Froult et que, dans cette hypothèse, il était préférable de conserver le fort de Piédemont. Un projet de loi de 1882 qui le raye des places de guerre mentionne que, bien que remis aux Domaines en 1856, ce fort n’a jamais été déclassé.
Le fort est mentionné par Adolphe Joanne dans sa géographie du département de la Charente-Inférieure en 1877 mais, en 1891, le journal la Lanterne ne note plus que la présence, sur un plateau qui domine l’embouchure de la Charente, des restes du fort « consistant en talus élevés et fossés encore profonds, devenus une propriété privée. » L’ancienne route stratégique, reliant L’île-Madame au chemin de grande communication de Port-des-Barques à Rochefort, sépare alors en deux parties à peu près égales les talus et fossés mentionnés.
De nos jours, il ne subsiste aucune trace de l’emplacement de ce fort, désormais occupé par des habitations
Le fort occupait l’éminence de la pointe de sud de l’embouchure de la Charente au droit du port de Port-des-Barques. Son plan était un vaste quadrilatère bastionné. Aucune trace n’en subsiste, même dans l’organisation du réseau viaire et des îlots d’habitation qui ont pris sa place de part et d’autre de l’avenue du 8 mai 1945 ou départementale 125.
Fort-Lupin

La construction du fort Lupin est décidée en 1683 par Louis XIV pour compléter le dispositif défensif de l’arsenal de Rochefort. Il est bâti entre 1685 et 1688/1689, au début de la Guerre de la Ligue d’Augsbourg, sur des plans dessinés par l’ingénieur François Ferry qui les soumet à Vauban. Celui-ci, considérant le projet de son subordonné trop coûteux, le réduit et propose la construction d’un fort plus petit. Louis XIV accepte ce dernier projet revus par Sébastien Le Prestre de Vauban, qui propose la construction d’un fort plus petit. Selon Claude Masse, les travaux sont réalisés sous la direction de François Ferry et de son neveu, Pierre de Jablier, ingénieur militaire, par un marché de construction passé en 1685 avec Daniel Lombard, sieur de l’Isle, qui s’y ruine. Le fort fait partie des défenses extérieures de Rochefort en interdisant la remontée de la Charente aux navires ennemis. Sa garnison est également chargée de protéger la fontaine royale de Saint-Nazaire, située à son aval, où les navires viennent se ravitailler en eau. Des fosses à mâts ont également été aménagées à son aval en 1670. Dès le début du 17e siècle, le fleuve semble pouvoir être franchi grâce à un service de passage d’eau * entre le lieu-dit la Roche et la rive située en aval du fort, où se situait le port Lupin**.
* Un chemin est dessiné, de part et d’autre du fleuve, entre le lieu-dit la Roche et Soubise sur une carte de la coste de La Rochelle, de Chastillon, datée de 1627, laissant supposer que le passage existe en aval du fort Lupin. Ce passage d’eau est ensuite mentionné sur la carte de l’embouchure de la rivière de Charente, levée en 1704 par Claude Masse : un petit chemin à la sortie nord-est du hameau de Lupin aboutit à la rivière. De l’autre côté, sur la rive droite, une maison dite « du Passage » figure du côté ouest du chemin menant au hameau de Roche-Basse sur la commune de Saint-Laurent-de-la-Prée. Le passage est ainsi décrit dans la légende accompagnant une autre carte de l’embouchure, à la même époque : « Passage du fort Lupin ou de la Roche où l’on traverse la Charente dans un bac pour les gens de pied et de cheval et non les charois ». Et dans l’un de ses mémoires, Claude Masse précise : « Quand on va de La Rochelle à Brouage on passe à St Laurent, à la Roche on suit une mauvaise levée de plus de 500 toises et l’on traverse la Charente en batteaux au fort Lupin. »
Lors de son enquête sur la pêche, en 1727, François Masson du Parc note que le passage entre le port de la Roche et la Saintonge n’existe plus. Cette interruption du passage semble durer assez longtemps. Le chemin sur la rive gauche ne figure pas sur le plan cadastral de 1824 de Saint-Nazaire, et aucun passage d’eau n’est indiqué, à cet endroit, sur la carte d’état-major de 1866.
Le passage est rétabli en juillet 1882, à la suite d’une autorisation ministérielle accordée le 21 janvier 1880 pour répondre à la demande du Conseil général. Les graves ont été aménagées par les deux communes reliées par le bac, Saint-Laurent-de-la-Prée et Saint-Nazaire-sur-Charente. Le passage forme « une voie de communication assez convenable pour la circulation des voyageurs ». Cependant, en 1885, les passages trop rares n’assurent pas au batelier un revenu suffisant et l’Etat décide de lui accorder une aide financière en cas d’insuffisance des recettes. Dès 1886, une pétition des propriétaires et fermiers de Saint-Nazaire réclame la suppression de ce passage au profit d’un nouveau qui serait créé au Port-Neuf. Ce dernier est mis en service en 1888, mais le bac de Lupin fonctionne encore en 1897.
** Le port Lupin est mentionné sur plusieurs cartes des années 1630 et une autre du Cours de la Charente de 1689. Ce port, associé à un hameau, préexistait donc au fort construit à partir de 1683 à son amont. Un passage d’eau, qui existait entre cet endroit et la rive droite de Saint-Laurent-de-la-Prée, semble déplacé un peu en amont, à côté du fort, après ou au moment de la construction de ce dernier.
Ce port est cité dans l’enquête menée par François Le Masson du Parc en 1727-1728, qui y compte six bateaux traversiers, onze petites filadières pour la pêche dans l’estuaire et des acons, embarcations servant à se déplacer sur la vase.
Le port Lupin semble avoir décliné au cours du 18e siècle. Il n’est pas mentionné sur le plan cadastral de la commune de Saint-Nazaire-sur-Charente de 1824, mais l’on peut supposer qu’il était situé sur les bords du chenal Lupin de la section B9
Le plan proposé par Vauban est celui d’une batterie soutenue d’une tour et d’une clôture de maçonnerie, qui prend place dans sa série des tours côtières. La batterie en forme de fer à cheval, à 22 embrasures rayonnantes, à la gorge brisée en dedans, est associée à une tour servant de réduit, implantée au rentrant. Placée en diagonale et protégée par un fossé du côté de la batterie, la tour est dotée de trois niveaux : un magasin à poudre et un arsenal se partagent le rez-de-chaussée, deux salles dont l’une aménagée en chapelle occupent le premier étage et, au sommet, un hourd en bois fait saillie sur les façades. De part et d’autre, une caserne de quatre chambres présente des meurtrières du côté de la terre. L’ouvrage est complété par un corps de garde, un four et des latrines. Côté terre, l’ouvrage est entouré d’une douve en étoile protégée par un chemin couvert et une demi-lune. Un pont-levis précède l’entrée.
Dès sa construction, la défense de ce fort est en inadéquation avec l’évolution de l’artillerie, alors que des mortiers sont montés sur des navires pour lancer des bombes explosives sur les constructions côtières. Cependant, lors de sa tournée militaire de 1753, Antoine-René de Voyer d’Argenson note que ce fort est ordinairement armé de vingt canons et qu’il est plus considérable que le fort de la Pointe (ou fort Vasou).
En 1806, le fort tombe en ruine et l’on supprime alors le troisième étage pour le remplacer par une toiture en ardoise, et l’on modifie l’accès au donjon par une porte d’entrée au rez-de-chaussée.
Déclassé des fortifications en 1949, le fort est remis au Domaine pour être adjugé. Son classement en tant que monument historique en juin 1950 évite qu’il ne soit alors acheté pour ses pierres et démoli. Il est acquis par des particuliers qui le remettent en état et l’entretiennent depuis lors.
Le fort se situe sur la rive gauche de la Charente, à environ 3 kilomètres de son embouchure et à l’aval d’un grand méandre du fleuve. Formant autrefois une avancée sur le fleuve, il est aujourd’hui précédé d’atterrissements de ce côté-là. Sa lourde masse émerge d’un paysage plat. Un fossé d’une quinzaine de mètres le protège du côté sud-est, batteries en demi-cercle côté fleuve, remparts en étoile et douves en eau côté terre.
Le fort Lupin, fort de surveillance, est construit sur le plan-type établi par Vauban pour les tours à batterie basse ; le fort se présente comme un ouvrage massif constitué de plusieurs volumes imbriqués et symétriquement disposés, dont l’aspect est unifié par les toitures de tuile creuse et la couleur grisée de la pierre de taille et de l’enduit : batterie en demi-cercle aplati, tour-réduit en tronc de pyramide posée en diagonale, et casernes parallélépipédique de part et d’autre. L’ensemble est dominé par la solide tour-réduit, à trois niveaux et aux murs talutés, bâtie en moellon enduit avec chaînages d’angles et de renfort en pierre de taille. Elle possède deux angles abattus à la jonction avec le mur d’enceinte : à l’étage, une ouverture carrée est ménagée dans ces pans coupés, identiques aux deux qui sont percées dans chaque élévation. Elle est couverte d’un toit en pavillon. Elle comporte : un magasin à poudre et un arsenal au rez-de-chaussée, une chapelle au premier étage, et un hourd au sommet. La tour est en diagonale et protégée par un fossé sec du côté de la batterie. Deux casernes de quatre chambres chacune, et percées de meurtrières côté terre, occupent les deux côtés de la tour. Un corps de garde, un four et des latrines complètent l’ouvrage.
Les deux casernes de part et d’autre sont identiques. Leur façade principale, du côté de la batterie, présente deux niveaux séparés par un bandeau plat ; deux travées de fenêtres sont encadrées par une porte en rez-de-chaussée. Leur façade sud-est est percée de fentes correspondant à des embrasures de tir. Ils sont couverts d’un toit à longs pans à croupes. Dans leur prolongement, l’angle de la courtine avec la batterie est occupé par une échauguette. Le portail d’entrée s’ouvre dans le mur au nord-est de la caserne orientale. Il est encadré de piliers à bossages en tables et surmonté d’un entablement interrompu par les flèches du pont-levis.
La batterie, en pierre, est en forme de fer à cheval de 72 mètres d’ouverture et de 32 mètres de rayon. La circonférence est percée de 22 embrasures de tir en éventail. Trois échauguettes existent, situées au centre et à chaque extrémité. On accède à la banquette de tir par des escaliers droits en pierre.
Les fossés sont remplis d’eau par la marée par l’intermédiaire de deux vannes ménagées chacune dans un batardeau en bâtière surmonté d’une dame interdisant tout passage. Une batterie existe aux deux extrémités de ce fossé. Il ne reste que des traces de la demi-lune. Côté terre, le fort est défendu par un chemin couvert doté de deux places d’armes rentrantes. Un pont permet de franchir le fossé en eau.
Bien que menacé de destruction sous le Premier Empire, le fort Lupin existe toujours et est très bien conservé ; le hourd de la tour est le seul élément à avoir disparu. Déclassé par l’État en 1950, il a été racheté dans les années 1960 et restauré par la famille Descubes, classé au titre des Monuments historiques.
Fort Terron
La pyrotechnie occupe un endroit dédié depuis la deuxième moitié du 17e siècle à la protection de Rochefort d’une incursion par le fleuve, mais également par les terres depuis la baie d’Yves. Ce promontoire, qui domine la Charente sur la rive droite et les marais du côté nord, est en effet choisi pour l’installation de deux batteries en 1673, puis un campement en 1674 ; l’ensemble est alors appelé Fort Terron. D’après Michel Bégon en 1698, ce fort, armé de 44 pièces de canons, contrôle une estacade, ou chaîne, qui traverse la rivière. Un petit port existe à proximité.
Une redoute y est aménagée en 1759 puis, à l’extérieur de cette dernière, un magasin servant au stockage des poudres de l’arsenal de Rochefort y est construit par Onésime Augias, ingénieur de la Marine, entre 1771 et 1774. Le réduit, à l’intérieur de la redoute, abrite les logements pour 40 hommes, le chef de poste et le gardien de batterie, un magasin à poudre pour 5250 kilogrammes et les magasins nécessaires pour l’artillerie et les vivres. Une fontaine, située près de la redoute, est destinée à alimenter la garnison. En 1812, l’ouvrage est armé de seize canons de 18.
En 1844, la Marine construit, en vis à vis du magasin aux poudres, un bâtiment dit magasin d’apprêté, pour la préparation des gargousses (sacs de toile renfermant la poudre noire), complété, en 1850, par deux magasins à munitions, formant ainsi un quadrilatère.
A partir de 1880, la poudrerie devient une usine de produits explosifs avec, notamment, la construction d’un grand magasin à explosifs construit hors les murs et des ateliers établis en bordure du fleuve, ainsi que sa desserte par chemin de fer. De nombreux ateliers et magasins sont édifiés entre 1890 et 1900, et la superficie de l’établissement augmente encore jusqu’en 1910.
La pyrotechnie relève des services de l’artillerie à Rochefort qui est chargée des travaux relatifs à la défense des côtes : l’entretien et la réparation du matériel d’artillerie, ainsi que la visite des munitions. En 1923, 10 000 tonnes environ de munitions y sont stockées. L’établissement est chargé d’assurer la surveillance technique, l’entretien, la réparation ou la démolition des munitions qui sont emmagasinées sur place ou dans les ouvrages de côte situé entre la Loire et l’Espagne. A la fermeture de l’arsenal de Rochefort en 1927, le Parc d’artillerie navale subsiste, ainsi que son annexe la pyrotechnie.
Lorsque l’ancienne redoute est cédée par le ministère de la Guerre à la Marine, en 1932, elle est dérasée et cinq nouveaux magasins y sont implantés. Une nouvelle enceinte est édifiée en 1933. La pyrotechnie de Vergeroux est classée par un décret du 27 septembre 1937 et un polygone d’isolement autour de son emprise est créé.
Après 1948 et jusqu’à sa fermeture en 1993, la Pyrotechnie du Vergeroux est toujours dévolue à la destruction des armements et des munitions déclassés. A partir de 1958, elle est rattachée à l’établissement des constructions et armes navales de Ruelle. Un décret du 5 mai 1997 abroge celui de 1937, le site est déclassé en tant que dépôt servant à la conservation, à la manipulation ou à la fabrication des poudres, munitions, artifices et explosifs.
En 1961, 85 personnes y travaillent ; dans les années 1980, elles sont 41.
Le bâtiment d’apprêtés des gargousses est en moellon enduit et couvert d’une charpente en bois et d’un toit en tuile. Les ateliers de la fin du 19e siècle sont en pan de pierre et remplissage de brique, et couverts de charpentes en bois et toits en tuile mécanique. Le magasin de fulmicoton, terminé en 1910, est en pan de béton et moellon, à charpente métallique et toit en tuile mécanique.
L’Île de Ré

L’Île de Ré en 1696
Par sa position stratégique au milieu des pertuis Breton et d’Antioche et par la morphologie de ses côtes propices à un débarquement, l’Île de Ré a été, dès le Moyen Age, un important poste militaire avancé du littoral charentais dont témoigne son architecture et son paysage.
En regardant la carte, on imagine bien les raisons stratégiques qui ont conduit à l’établissement de ports comme Brouage, La Rochelle, Rochefort et la nécessité de leur protection. On comprend mieux pourquoi on voit autant de fortifications, de toutes les époques, sur le littoral charentais.
Sébastien Le Prestre, « fils d’Albin Le Prestre, escuyer, et de damoiselle Edmée de Carmignole, fille d’un « escuyer » est né le 15 mai 1633. En 1655, il devient ingénieur ordinaire du roi sous le nom de Vauban, du nom de la terre familiale de Vauban dans le Morvan. Vauban fait une première mission à l’île de Ré en 1674. Il établit trois redoutes, à Rivedoux, au Martray et aux Portes.
Vauban est parfaitement conscient de l’importance stratégique de l’île de Ré pour la protection du littoral. La perte de l’île de Ré peut conduire à la perte de La Rochelle et à la perte de Rochefort.
Vauban devient en 1678, à l’âge de 45 ans, Commissaire Général des Fortifications.
De 1681 à 1685, il effectue plusieurs missions dans l’île de Ré. C’est la période de la construction des fortifications et de la citadelle de Saint-Martin-de-Ré.
A l’époque de Vauban, l’artillerie devient plus performante. Les villes deviennent des places fortes.
L’enceinte et la citadelle de Saint-Martin-de-Ré


L’enceinte et la citadelle de Saint-Martin-de-Ré sont souvent qualifiés de « plus bel exemple d’un réduit insulaire ». C’est le premier système de Vauban adapté à un site de plaine. Il apparaît aujourd’hui remarquablement conservé et mis en valeur par son glacis non urbanisé. Un réduit est en fait un camp retranché. On est frappé par les dimensions considérables de l’enceinte conçue par Vauban. En fait, cette enceinte doit être capable d’accueillir toute la population de l’île, et son bétail, en cas de débarquement ennemi. Les historiens parlent de 16 000 habitants à l’époque à l’île de Ré.
Vauban construit la citadelle sur l’assiette de l’ancienne forteresse édifiée en 1627, au nord-est. L’enceinte en demi-cercle, de 1,5 km de rayon, s’appuie sur la citadelle et se déploie vers l’ouest. Côté mer, les remparts ont la base dans l’eau. Côté terre, les remparts sont enterrés et un glacis, espace libre, s’étend en avant. Il s’agit de ralentir l’ennemi à l’approche des fortifications. L’enceinte est percée de deux portes monumentales, la porte des Campani à l’ouest et la Porte Toiras à l’est.
Les premières forteresses sont construites sur l’île par les familles de Mauléon et de Thouars aux 12e et 13e siècles. Ces édifices ont aujourd’hui entièrement disparu mais le paysage de l’Ile de Ré témoigne encore des nombreux conflits qui ont ravagé le territoire au cours des Guerres de Religion, entre le 16e et le 17e siècle. Suite à la victoire du duc de Guise sur l’armée protestante en 1621, le roi Louis XIII décide de fortifier l’île. La citadelle, le Fort La Prée et la redoute du Martray sont édifiés en 1625 par les ingénieurs Le Camus et d’Argencourt. Le roi nomme Toiras maréchal de France et gouverneur de l’île. Suite au siège de Saint-Martin par la flotte anglaise commandée par le duc de Buckingham en 1627, le roi décide de raser les fortifications de l’Ile de Ré. Le Fort La Prée échappe cependant à la destruction.
Sous le règne de Louis XIV, une nouvelle organisation défensive est mise en place afin de défendre le site de Rochefort, nouveau port de guerre construit en 1666. Le roi fait appel à l’ingénieur Vauban qui propose en 1674 de remanier le Fort La Prée, de construire les redoutes de Sablanceaux et des Portes (lieux possibles de débarquement) et de reconstruire la redoute du Martray (lieu de communication entre le sud et le nord de l’île).
En 1681, Vauban est nommé Commissaire général des fortifications du royaume. Il dirige les travaux de la nouvelle citadelle de Saint-Martin et de la fortification de la ville qui doit permettre aux habitants de l’île de s’y réfugier en cas d’attaque. La première pierre de la nouvelle citadelle est posée le 29 juin 1681.
Le système défensif mis en place par Vauban au 17e siècle est complété au 18e siècle par l’installation de plusieurs batteries de côte (9 batteries en 1701, 19 batteries en 1755). Toutes ces batteries sont désarmées entre le 20 juin et le 1er septembre 1814. Ces ouvrages de défense sont régulièrement entretenus au cours des siècles suivants et ne subissent pas de transformations majeures jusqu’à la création en 1841 de la Commission mixte de révision de l’armement qui définit les ouvrages à supprimer ou à améliorer.
Les progrès de l’artillerie sous le Second Empire conduisent à la construction de traverses-abris à Saint-Martin et au fort La Prée ; le réduit de la batterie de Sablanceaux et le magasin à poudre de la citadelle de Saint-Martin sont enterrés sous un massif terrassé en 1875.
A partir de 1873, la citadelle de Saint-Martin est transformée en lieu de transit pour les déportés au bagne de Nouvelle-Calédonie jusqu’en 1897, puis vers la Guyane de 1898 à 1938.
Au cours de la Seconde Guerre mondiale, l’armée allemande occupe l’Ile de Ré et établissent des ouvrages de défense (blockhaus, hérissons thèques, portes belges) rapprochée pour empêcher un possible débarquement des Alliés. Ils élèvent aussi des batteries d’artillerie de côte, parmi lesquelles le plus important est le site de Karola à Ars. A la Libération, 49 ouvrages bétonnés sont recensés sur les plages de l’île alors que le territoire n’a jamais été attaqué.
L’inventaire du patrimoine militaire sur l’Ile de Ré a permis de recenser 40 ensembles (Vieux château de La Flotte, citadelle et fortifications de Saint-Martin-de-Ré, Batterie Karola à Ars-en-Ré), édifices (fort La Prée, Hôtel des Cadets-Gentilshommes, caserne Toiras, poudrière Saint-Louis, Hôpital de la Marine, 5 redoutes, arsenal) ou ouvrages militaires (12 corps de garde, 20 batteries, 2 portes fortifiées).
Des forteresses du Moyen Age sur l’Ile de Ré, les archives ne révèlent rien de leur composition et il n’en reste aujourd’hui aucun vestige. De tels édifices semblaient exister à La Flotte et à Saint-Martin.
Les deux plus anciennes constructions de défense sont le fort La Prée et la première citadelle de Saint-Martin, tous deux construits en 1625. Le fort était pourvu d’une double enceinte (détruite en 1680), d’un port au sud et de quatre bastions reliés par des courtines en demi-cercle. La citadelle se composait également de quatre bastions mais était dépourvue de port ; les courtines étaient protégées par des demi-lunes à l’exception de celle du nord qui était défendue par deux tenaillons. Chaque bastion était protégé par une lunette. Ces édifices abritaient des logements pour la garnison, une chapelle, des magasins aux vivres et des citernes afin de permettre aux soldats de subsister en cas de siège.
Les redoutes du Martray et des Portes, construites en 1674, sont établies sur le même modèle et diffèrent de celles du Grouin à Loix et de Sablanceaux qui sont identiques.
La citadelle reconstruite par Vauban en 1681 à l’emplacement de la première se compose de quatre bastions, trois demi-lunes et une contre-garde avec fausse-braie et un port. A l’intérieur, se retrouvent tous les bâtiments nécessaires à sa garnison : 4 casernes et 1 pavillon des officiers, 1 arsenal avec des citernes, 1 chapelle, 2 magasins à poudre, 1 prion, 1 magasin aux vivres, 1 fourneau à rougir les boulets.
La ville est fortifiée par 5 bastions, 5 demi-lunes, une contre-garde. Deux portes fortifiées protègent l’entrée de la ville. A l’intérieur de l’enceinte, 12 corps de garde, la caserne Toiras, la poudrière Saint-Louis, l’arsenal (Hôtel Clerjotte), un hôpital militaire et un ouvrage à cornes assurent la défense de la ville.
Les autres ouvrages de défense répartis sur l’île sont restreints à de simples postes avancés de la ville de Saint-Martin et sont réduits en effectif de garnison. Les batteries de Sablanceaux et du Grouin sont les seules à profiter d’une modernisation de leur silhouette en 1860 : elles sont alors pourvues chacune d’un corps de garde crénelé.
Parmi les ouvrages de défense établis par l’armée allemande au cours de la Seconde Guerre mondiale, la batterie Karola à Ars est le plus important. Il se constitue de deux blocs autonomes portant chacun une tourelle à deux pièces de 203 mm et d’un poste de commandement et de direction de tir avec tour d’observation portant un télémètre à grande puissance sous coupole cuirassée. Karola était armée de quatre pièces de 220 mm installées en cuve à ciel ouvert et comportait des abris à personnel et à munitions, des nids de mitrailleuses, de DCA (Défense Contre les Avions) et de défense rapprochée.
Les batteries que l’armée allemande fait élever sur les côtes sont constituées en majorité d’anciennes pièces de récupération mises sous casemates.
Fort (redoute) du Martray

Un premier fort est construit en 1626 en même temps que la citadelle de Saint-Martin-de-Ré et le fort La Prée à La Flotte, à la demande de Jean de Saint-Bonnet, seigneur de Toiras et gouverneur de l’île de Ré. Ce fort devait permettre d’interdire le passage obligé entre les deux parties de l’île mais il ne semble pas avoir été terminé et n’a joué aucun rôle militaire lors des évènements de 1627.
Le fort doit être reconstruit en 1674. Il se compose alors de l’ancienne redoute carrée à fossé revêtu, qui subsiste, et d’une enceinte-enveloppe à deux petits fronts bastionnés (dits front d’Ars et front de La Couarde ou du Moulin), barrant l’isthme de part et d’autre de la redoute. L’enceinte est rasée en 1683. L’ouvrage, réparé régulièrement, conservera la même disposition jusqu’en 1942 : redoute carrée avec une cour de 24 m de côté dans laquelle se trouvent un bâtiment carré à deux niveaux, servant de corps de garde et de logement, et dans les angles un dépôt de poudre, un four, un magasin aux palissades et une écurie. L’entrée est constituée d’une porte, percée au milieu de la façade ouest, et protégée par un pont-levis à flèches, qui donne accès à une galerie voûtée traversant le rempart et débouchant dans la cour centrale. L’ouvrage est entouré d’un fossé de 10m de large à contrescarpe et d’un chemin couvert avec parapet soutenu par un mur en maçonnerie raccordé au terrain naturel par un glacis en pente douce. Vers 1700, le chemin couvert qui faisait saillie sur la plage a été rongé par la mer et a du être rectifié en pan coupé.
Un projet de construction d’un éperon à la place du mur construit en pan coupé a été exécuté avant 1706.
Pendant la période révolutionnaire, plusieurs projets de construction d’un magasin à poudre permettant de conserver celle-ci à l’abri de l’humidité ont été pensés. Les écuries sont démolies.
En 1826, la proposition d’augmenter la capacité de logement au moyen de casemates n’a pas été suivie d’effet. Entre 1846 et 1870, d’autres projets, non réalisés, prévoyaient de renforcer l’ouvrage (voir Dossier Inventaire, 1970).
En 1942, les Allemands transforment la redoute en point d’appui d’infanterie baptisé du nom de code « Ilse » : démolition partielle du terre-plein du rempart des faces nord-ouest et nord-est pour agrandir la cour; démolition du bâtiment central ; élargissement de la porte d’entrée ; construction de quatre emplacements de guet et de tir type « tobrouk » aux quatre saillants de la redoute et de deux autres aux saillants nord et ouest du chemin couvert ; construction à l’intérieur et en retrait de la face sud-ouest d’un bloc type 642 tirant à droite à travers une entaille de l’escarpe et flanquant la plage et la digue littorale vers l’ouest ; l’escarpe de l’ouvrage est raccordée au bloc par des murs en maçonnerie rétablissant la continuité de l’obstacle ; aménagement d’un petit emplacement de tir en cuve (casemate) dans le terre-plein du rempart au milieu de la face sud-est. Les constructions, qui n’ont jamais été attaquées, ont été rendues lors de la capitulation du 8 mai 1945.
La casemate, implantée au sud-est, a été transformée en habitation.
Implantée sur une levée de terre dite « isthme du Martray » reliant les trois communes occidentales au reste de l’île, la redoute est bordée au nord par le Fier d’Ars et au sud par l’anse du Martray. Construite de manière à interrompre les communications entre les deux parties de l’île, elle est bordée au nord par la RN 735 et au sud par la mer qui a rongé une partie de l’enceinte.
L’ensemble est constitué par des levées de terre avec revêtement de l’escarpe en pierre calcaire, les faces nord-est, nord-ouest et sud-ouest sont en pierre de taille de moyen appareil, la face sud-est est en moellon et les angles en gros appareil. A l’intérieur, les murs apparents sont en moellon.
L’ouvrage, de plan carré, est entouré d’un fossé avec contrescarpe soutenue à l’extérieur par un mur en maçonnerie. La face sud-ouest de la redoute a été entaillée de manière à établir un bloc allemand. A l’intérieur, les terre-pleins nord-ouest et nord-est ont été supprimés pour agrandir la cour, mettant à nu la maçonnerie, et un corps de bâtiment moderne a été construit contre le mur nord-est. A l’est, un escalier en équerre permet d’accéder au terre-plein sud-est et un autre, droit, à l’ouest, conduit au terre-plein sud-ouest. A chaque angle de la redoute, se trouve un emplacement de guet et de tir.
Côté escarpe, les murs de la redoute sont talutés et couronnés par un bandeau. Dans la face nord-ouest, s’ouvre une porte couronnée par un linteau en fer et surmontée par des entailles qui sont l’ancien logement des flèches et du pont-levis. Au revers, la porte est surmontée d’un arc en plein-cintre.
La redoute du Martray est très représentative d’un type d’ouvrages que l’on rencontre aussi bien aux frontières maritimes qu’aux frontières terrestres, soit isolément, soit faisant fonction d’ouvrage avancé à mission ponctuelle d’interdiction (redoutes de Sablanceaux ou des Portes, du Conquet près de Brest, de l’île Madame, etc.). Malgré sa position géographique, elle ne peut pas être considérée comme un ouvrage spécifique de défense des côtes, mais plutôt comme un ouvrage de fortification terrestre employé à l’interdiction d’un passage obligé.
Redoute de Sablanceaux
La redoute de Sablanceaux est construite en 1673 d’après les plans dressés par l’ingénieur Vauban afin de défendre cette partie du littoral où avaient débarqués la flotte anglaise en 1627. Elle consiste alors en un ouvrage carré de 25 toises (45 mètres) de côté dont l’angle est est orienté vers la pointe de Sablanceaux. Sa cour, accessible par un long couloir voûté, contient toujours un puits, un magasin à poudre et deux petits bâtiments servant de corps de garde et de magasin. L’entrée, percée dans l’angle ouest, était protégée par un pont-levis à flèches qui a disparu, comme l’étroit fossé et le glacis qui entourait alors la redoute. Elle est pourvue, à l’est seulement, d’une contrescarpe et d’un chemin couvert et est prolongée par deux épaules maçonnées recouvertes de terre qui permettaient de barrer entièrement l’isthme de Sablanceaux qui était moins large qu’aujourd’hui.
En 1681, Vauban propose de remplacer la redoute existante par un ouvrage plus important à quatre bastions barrant totalement la péninsule. Ce projet n’aboutit pas, ni les suivant. En 1741, Bertaud propose un projet original consistant à remplacer l’ouvrage par deux redoutes trapézoïdales à deux étages de locaux casematés, situées chacune sur une rive de l’isthme et reliées par un fossé et une double caponnière crénelée. Mais ce projet ne verra pas le jour.
La redoute est régulièrement entretenue au cours des 18e et 19e siècles. Les ingénieurs militaires décident de renforcer la défense de cette pointe et font construire dès 1701 trois batteries détachées destinées à battre les plages entourant l’isthme. A la fin du 18e siècle, deux autres batteries sont construites pour renforcer le dispositif. Les embrasures de la redoute sont bouchées, son parapet est relevé et son terre-plein est revêtu au début de la Révolution. L’ouvrage est désarmé en 1827. Le parapet qui était à l’origine en moellon de la banche locale, trop fragile pour les ingénieurs du 18e siècle, est remplacé en 1862 par un parement en pierre de taille.
Cette redoute incitent les ingénieurs militaires à proposer de nombreux projets de réorganisation entre le 17e et le 19e siècle sans qu’aucun ne voit jamais le jour. La redoute, qui n’a jamais été attaquée, a subi peu de transformations lors de l’occupation allemande qui se contente d’y aménager un abri pour les réserves. La redoute a ainsi pu conserver son état d’origine.
Le Fort de la Prée

Construit entre 1625 et 1626 sur ordre de Toiras, gouverneur de l’Ile de Ré, avec des matériaux provenant de l’abbaye des Châteliers, le fort La Prée est le plus ancien ouvrage militaire de l’époque moderne conservé dans l’île. Il comprend alors quatre bastions reliés par de petites courtines concaves en demi-cercle. L’escarpe, revêtue, était haute de vingt pieds, et le fossé, large de trente, était inondable. L’entrée du fort se faisait au milieu de la face sud-est, par un passage couvert précédé d’un pont-levis, aujourd’hui remplacé par un pont dormant. Côté mer, au nord-est, se trouvait une fausse-braie revêtue, pourvue en son milieu d’un redan.
En 1665, le fort est agrandi, trois bastions et trois redans sont construits sur ordre de François Blondel. Entre 1673 et 1680, des demi-lunes et des contre-gardes, dessinées par le chevalier de Clerville, viennent s’ajouter à l’ouvrage de défense.
En 1684, les dehors sont rasés par Ferry et divers travaux sont faits à l’intérieur et à l’extérieur : construction d’un chemin couvert, d’un long corps de caserne pourvu aux extrémités et au centre d’un pavillon pour officiers avec, en retour, au sud-est, un hangar pour l’artillerie. A l’intérieur du fort, étaient disposés plusieurs bâtiments (le logement du commandant, des magasins, la chapelle Sainte-Barbe), ainsi que trois citernes et, sous la bastion sud, une poudrière. En 1783, plusieurs sections du front de mer menacent ruine, les galets obstruent l’entrée du port, certains bâtiments sont très endommagés.
En 1793, le fort est restauré : le chemin couvert est reprofilé, palissadé et pourvu de huit traverses; les parapets, les portes, le pont dormant et les corps de garde sont réparés. En 1803, l’armement du fort se compose de vingt-deux pièces de différents calibres et un mortier.
En 1859, il est prévu de détruire les deux bastions sud et ouest et de construire un corps de garde défensif du même type que ceux du Grouin et de Sablanceaux à l’emplacement de la place d’armes du fort. Finalement le projet n’aboutit pas mais les casernes de la fausse-braie sont détruites. Dans les années 1870, quatre obusiers de 22 cm sont installés et après 1875 deux traverses-abris sont édifiés sur les bastions nord et est.
Le fort est déclassé en 1934, remis aux Domaines en 1948. Au moment de la construction du Mur de l’Atlantique, un blockhaus d’observation et une batterie dite Berta sont construits en 1942 par l’armée allemande.
Le fort La Prée constitue un excellent appui logistique où peuvent être logées des troupes et déposées des munitions, cependant sa conception traduit plusieurs faiblesses : étant donné le peu de longueur de ses courtines, chaque face de bastion ne pouvait être protégée que par un seul canon et le fort était trop petit pour loger la garnison nécessaire à sa défense. N’ayant jamais pu être modernisé, il demeura une place de second ordre, la création de la place de Saint-Martin l’avait privé de tout son intérêt.
Le 23 avril 1949, l’œuvre des Pupilles de l’École Publique du département de l’Eure acquiert le fort La Prée pour y installer une colonie de vacances. Plusieurs travaux sont réalisés par Henri Gilbert, architecte à Saint-Martin-de-Ré. Deux bâtiments sont surélevés pour pouvoir y installer des dortoirs dans l’aile gauche et un nouveau bâtiment est construit pour abriter l’infirmerie au rez-de-chaussée et le logement du personnel à l’étage en 1960. La cuisine est agrandie et un étage est ajouté pour le logement du personnel en 1962. L’étage de l’ancienne chapelle est aménagé pour accueillir le logement du personnel en 1965. Une clôture et des sanitaires sont aménagés en 1967. La colonie de vacances, qui fonctionne de juin à septembre, accueille 200 enfants des deux sexes de 6 à 9 ans. La colonie profite de la proximité de la plage, de terrains situés derrière le fort et d’un petit bois. Des tentes sont installées à l’extérieur du fort pour héberger les enfants.
En 1962, la FEL du département de l’Eure acquiert la Ferme Deraze, à côté du fort, pour étendre la colonie de vacances qui appartient au département de l’Eure et est louée par l’œuvre des Pupilles de l’Education Publique.
Toute l’escarpe du front sud-ouest s’est effondrée vers 1980, le fort est alors acheté par le Comité national des œuvres sociales de l’administration pénitentiaire.
Le fort La Prée est situé sur la côte nord-est de l’île, à mi-chemin entre Rivedoux et La Flotte, à l’extrémité d’un petit cap constituant un lieu idéal pour assurer la surveillance de la rade de La Pallice. Les sept bâtiments qui composent l’ensemble s’étendent sur un terrain de 4ha 50a 48ca, accessible par un petit chemin de terre qui passe entre le port et le bastion sud. On distingue trois parties : le fort, entouré d’un fossé, qui renferme sept bâtiments, deux abris de munitions et un magasin à poudre ; l’enceinte protégeant l’ouvrage du côté de la mer, au nord-est et au sud-est ; le port qui s’ouvre sur le flanc sud-est de l’enceinte.
L’ensemble du front de mer et les murs de quais sont construits en pierre de taille avec à certains endroits quelques reprises faites dans un appareil plus petit, voire en moellon ou en brique. En revanche, la porte d’entrée, les chaînes d’angle, les échauguettes, le cordon d’escarpe et la tablette du corps de place sont en pierre de taille ; le gros-oeuvre est constitué par une levée de terre retenue par un mur de soutènement en moellon et le parapet est fait, en grande partie, de brique. Les bâtiments abrités par le corps de place sont eux aussi édifiés en moellon de calcaire avec encadrements de baies, chaînes d’angle et corniche en pierre de taille. Le passage d’entrée est couvert de dalles de pierre et tous les autres bâtiments sont en tuile creuse.
Le fort se compose de quatre bastions reliés entre eux par des courtines en demi-cercle. L’escarpe, dont le fruit est assez important, est divisée en trois parties par un bandeau plat et le cordon d’escarpe, surmonté par le parapet. Seule l’entrée est pourvue d’éléments décoratifs : bossages, pilastres, fronton brisé.
Deux bâtiments rectangulaires en rez-de-chaussée cavé, qui abritaient d’anciens fours et moulins à bras, flanquent l’entrée du fort qui se fait par un passage couvert, voûté en berceau, donnant accès à une cour. Le bâtiment bordant la cour au sud-ouest est une ancienne chapelle avec logement pour l’aumônier. Il a perdu son campanile et subit des transformations : fenêtre de gauche doublée en largeur et adjonction d’un bâtiment à l’extrémité droite. Cette construction a abrité la cuisine et le réfectoire de la colonie de vacances dans la partie nord, ainsi qu’un dortoir, une lingerie dans la partie sud et un logement de service dans un bâtiment isolé.
Le bâtiment au nord-est est l’ancien logement des officiers et sous-officiers construit vers 1870, converti en logement pour le gardien et infirmerie pour la colonie de vacances. Il présente un étage avec grenier. A sa gauche est édifié une petite construction ayant servi à la direction de la colonie puis de salle de consultation et de bureau du médecin.
Cinq casemates sont édifiées au nord-est.
Le magasin à poudre construit vers 1878-1879 sous le bastion sud est un bâtiment enterré au sud-ouest. Sa base a été élargie par les occupants pour pouvoir supporter une base de canon et un abri.
Le front de mer se compose de deux parties: le front sud-est consiste en deux longs remparts formant entre eux un angle rentrant. A leur rencontre, se trouve l’entrée du port couverte par une demi-lune dite « contregarde du Havre » ou « l’éperon ». Un blockhaus est construit par les Allemands à la pointe sud-est. Le front nord-est est flanqué par le redan de la mer, simple avancée placée en son milieu. A son extrémité nord, le rempart dessine un angle saillant, puis un angle rentrant. Des restes d’une ancienne construction qui a pu servir de soute à munitions à la batterie haute à souterrain sont visibles.
Le port est un simple bassin rectangulaire bordé de quais, pourvu d’une petite cale au sud et à l’ouest, d’une écluse qui, à l’origine, permettait l’inondation des fossés du corps de place.
La Redoute de Rivedoux

Elle est située à l’est du village de Rivedoux. L’édifice carré de 45 mètres de côté a été construit en 1674 pour barrer le passage de Sablanceaux. La Redoute de Rivedoux était armée d’une douzaine de pièces d’artillerie.
La redoute de Sablanceaux est construite en 1673 d’après les plans dressés par l’ingénieur Vauban afin de défendre cette partie du littoral où avaient débarqués la flotte anglaise en 1627. Elle consiste alors en un ouvrage carré de 25 toises (45 mètres) de côté dont l’angle est est orienté vers la pointe de Sablanceaux. Sa cour, accessible par un long couloir voûté, contient toujours un puits, un magasin à poudre et deux petits bâtiments servant de corps de garde et de magasin. L’entrée, percée dans l’angle ouest, était protégée par un pont-levis à flèches qui a disparu, comme l’étroit fossé et le glacis qui entourait alors la redoute. Elle est pourvue, à l’est seulement, d’une contrescarpe et d’un chemin couvert et est prolongée par deux épaules maçonnées recouvertes de terre qui permettaient de barrer entièrement l’isthme de Sablanceaux qui était moins large qu’aujourd’hui.
En 1681, Vauban propose de remplacer la redoute existante par un ouvrage plus important à quatre bastions barrant totalement la péninsule. Ce projet n’aboutit pas, ni les suivant. En 1741, Bertaud propose un projet original consistant à remplacer l’ouvrage par deux redoutes trapézoïdales à deux étages de locaux casematés, situées chacune sur une rive de l’isthme et reliées par un fossé et une double caponnière crénelée. Mais ce projet ne verra pas le jour.
La redoute est régulièrement entretenue au cours des 18e et 19e siècles. Les ingénieurs militaires décident de renforcer la défense de cette pointe et font construire dès 1701 trois batteries détachées destinées à battre les plages entourant l’isthme. A la fin du 18e siècle, deux autres batteries sont construites pour renforcer le dispositif. Les embrasures de la redoute sont bouchées, son parapet est relevé et son terre-plein est revêtu au début de la Révolution. L’ouvrage est désarmé en 1827. Le parapet qui était à l’origine en moellon de la banche locale, trop fragile pour les ingénieurs du 18e siècle, est remplacé en 1862 par un parement en pierre de taille.
Cette redoute incitent les ingénieurs militaires à proposer de nombreux projets de réorganisation entre le 17e et le 19e siècle sans qu’aucun ne voit jamais le jour. La redoute, qui n’a jamais été attaquée, a subi peu de transformations lors de l’occupation allemande qui se contente d’y aménager un abri pour les réserves. La redoute a ainsi pu conserver son état d’origine.
Le Fort de Chapus ou Fort Louvois

Le fort de Chapus ou Fort Louvois est une forteresse située en mer, à quatre cents mètres de la côte en prolongement de la pointe du Chapus entre Bourcefranc et l’île d’Oléron. Ce fort contrôle une partie du « coureau » d’Oléron, garantissant au sud la sécurité de l’estuaire de la Charente et, par-delà, celle de l’arsenal royal de Rochefort.
Ce fort est accessible à partir de la pointe du Chapus, à marée basse par une chaussée submersible. A marée haute, le fort est complètement cerné par les flots.
La construction du fort commanditée par Louvois pour protéger la côte sud-est d’Oléron est décidée en 1690 : Le marquis de Louvois, célèbre ministre de la Guerre de Louis XIV écrit à Michel Begon, intendant de la Marine à Rochefort pour lui commander de faire construire une forteresse sur le rocher du Chapus.
A la mort de Louvois le 16 Juillet 1691, ce premier fort assez primitif, basé sur une forme ovale, est fortement remanié par Vauban. L’architecte François Ferry qui était le maître d’œuvre poursuit donc la construction en suivant les directives du génie de l’art des fortifications. La construction est achevée en 1694.
Le fort dans sa version définitive, est constitué d’une tour fortifiée de trois niveaux, dont un angle donne directement sur la mer, entourée d’un fossé puis d’une muraille de douze mètres de haut en forme de fer-à-cheval, formant une batterie de dix embrasures pour placer l’artillerie.
Le fort Louvois est un derniers ouvrages de fortification maritime du grand Siècle, édifié par la protection de l’Arsenal de Rochefort.
La ville fortifiée de Brouage
A l’origine, Hiers fut un petit village médiéval bâti sur les bords de l’ancien golfe de Saintonge. Les alluvions charriés par les fleuves de la Charente au nord et de la Seudre au sud, ainsi que ceux déposés par l’océan à chaque marée, provoquèrent petit à petit son envasement. Le golfe comblé, la mer retirée, les hommes façonnèrent peu à peu ce paysage marécageux jusqu’à en faire au Moyen-Âge le grenier à sel du royaume de France avec l’apparition de nombreux marais salants. Le sel produit était exporté vers tout le nord de l’Europe. Les navires de commerce remontaient jusqu’à la tour de Broue* pour faire le plein sel. Pour avoir la même ligne de flottaison à l’aller comme au retour, ces bateaux arrivaient lestés de sable et de gravas et s’en délestaient à l’entrée du Havre. « L’îlot » ainsi constitué permit en 1555 à Jacques de Pons, seigneur de la châtelaine d’Hiers, d’y ordonner la construction d’un port de commerce du sel : Jacopolis sur Brouage.

A l’origine, Hiers fut un petit village médiéval bâti sur les bords de l’ancien golfe de Saintonge. Les alluvions charriés par les fleuves de la Charente au nord et de la Seudre au sud, ainsi que ceux déposés par l’océan à chaque marée, provoquèrent petit à petit son envasement. Le golfe comblé, la mer retirée, les hommes façonnèrent peu à peu ce paysage marécageux jusqu’à en faire au Moyen-Âge le grenier à sel du royaume de France avec l’apparition de nombreux marais salants. Le sel produit était exporté vers tout le nord de l’Europe. Les navires de commerce remontaient jusqu’à la tour de Broue* pour faire le plein sel. Pour avoir la même ligne de flottaison à l’aller comme au retour, ces bateaux arrivaient lestés de sable et de gravas et s’en délestaient à l’entrée du Havre. « L’îlot » ainsi constitué permit en 1555 à Jacques de Pons, seigneur de la châtelaine d’Hiers, d’y ordonner la construction d’un port de commerce du sel : Jacopolis sur Brouage.
* Ce donjon est le vestige d’un château qui, à l’époque médiévale, protégeait un village et, au nord, un port. Un bras de mer qui s’avançait alors jusqu’à Broue. L’ancien village a disparu et les pierres de ses maisons ont été utilisées pour bâtir le village actuel de Saint-Sornin. Au Moyen-Âge, le château de Broue, fief des puissants seigneurs de Pons, veillait sur la production et le commerce du sel qui se faisaient en contrebas. L’envasement progressif du Golfe de Saintonge a permis l’aménagement de marais salants. Le développement florissant de l’activité salicole fit la richesse de la région et modela profondément le paysage du marais.
Les sires de Pons garderont le château jusqu’au début du XVIIème siècle et finiront pas l’abandonner du fait de l’envasement de l’ancien golfe.
Ce donjon quadrangulaire de 25 mètres de haut est classé à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis 1925.
La ville de Brouage a eu une importance stratégique primordiale pour le Royaume de France et ce au cours des siècles. Capitale de l’or blanc, elle est devenue un grand port européen d’exportation de sel pour la conservation des aliment.
L’architecte Italien Bellmarto édifia les premiers remparts (constitués primitivement de terre et de bois) autour de cette nouvelle cité qui se posait en concurrente de la cité de La Rochelle.
Dès 1571, Brouage, étoile de pierre, est dotée d’impressionnantes fortifications en pierres et en briques conçues par l’ingénieur Robert de Chinon.
En 1562 et 1598, la place forte passe des mains des protestants à celles des catholiques.
Elle devient ville royale en 1578, par son rachat par Henri III pour contrer la place protestante de La Rochelle et la rebaptise Brouage.
Le port de commerce devient une place-forte, passant aux mains des protestants et des catholiques. Ces derniers s’en emparent définitivement en 1578, devenant cité du pouvoir royal et des administrations. Lorsque le cardinal de Richelieu, également gouverneur de la cité, s’apprête à assiéger La Rochelle en 1627, la place-forte devient centre des opérations militaires.
En 1622, le Cardinal de Richelieu qui songe déjà au futur siège de La Rochelle (1628), entreprend de fortifier toutes les places fortes entourant la cité rebelle protestante. Richelieu confiera à Pierre d’Argencourt la rénovation des défenses de Brouage et du Château d’Oléron.
Entre 1630 et 1640 ces fortifications seront améliorés en Brouage deviendra l’arsenal le plus puissant de la côte Atlantique.
Brouage compte 7 bastions, 19 échauguettes, 7 courtines, 2 km de remparts, 4 poternes, 2 ports souterrains, 4 latrines publiques. Tout cela pour assurer le quotidien des 4000 habitants civils de Brouage au 17e siècle, ainsi que des 500 à 2000 soldats en garnison. Outre les remparts, elle comportait: la forge royale, la forge prison appelée ainsi car ayant servie de cellules pour les prisonniers, la halle aux vivres, la glacière, le port souterrain et les poudrières. Etoile de pierres au milieu des marais, la citadelle offre le spectacle surprenant d’un port au milieu des terres.
En 1685, alors que Brouage envasé est remplacé par Rochefort comme Arsenal principal, Vauban remaniera à nouveau les fortifications de la cité Saintongeaise.
Brouage est la ville natale (1574) de Samuel de Champlain, premier gouverneur du Québec. Le célèbre explorateur quitte ce port de jeunesse pour fonder la Nouvelle-France en 1608 et découvrir le Vermont.
C’est au milieu du XVIIème siècle, que, Brouage s’enlisant, Colbert décida en 1665 de construire un arsenal et un port sur la Charente, à une vingtaine de kilomètres de la mer, distance protégeant la ville d’une invasion maritime, supprimant toute utilité maritime et militaire à Brouage.

Les défenses de l’embouchure de la Charente sur une carte de Claude Masse de 1704
Sources :
- www.bernezac.com/Vauban-fortifications-estuaire-charente.
- www.patrimoine-nouvelle-aquitaine.fr/default
- www.theudericus.free.fr/Mer_Ocean/Marais/Forts/Forts
![]()