LE SOURCIER, LE PUISATIER ET LES PUITS

Le sourcier, le puisatier et les puits




 



Le sourcier, magie, dons « divinatoires »… Qui est le sourcier ? Sourcier ou sorcier ?

 

Le sourcier

 

Un sourcier est une personne qui est réceptive à la perception de l’eau.

C’est le sourcier qui va entrer en scène en premier pour trouver l’eau. Des signes extérieurs trahissent la présence de l’eau dans le sous-sol comme la persistance de flaques en certains endroits durant l’hiver et le printemps. Les zones humides possèdent une végétation très caractéristique : jonc, renoncule, menthe, saule… La présence de vers de terre également, de crapauds, de limaces constitue un indice précieux comme la persistance de buées matinales accompagnées de vols de moucherons. Si rien sur le terrain ne signale de trace de l’eau, le sourcier à l’aide de sa baguette va déterminer où se trouve la nappe phréatique ou la source.

Il recherche les veines d’eau , les nappes phréatiques et les failles géologiques , tous les passages et croisements pour les besoins de particulier ou de professionnels. Il indique la profondeur, le débit, le sens d’écoulement de l’eau, la potabilité de l’eau, les croisements ou les superpositions. Il indique aussi et c’est le plus important si les veines sont sèches ou productives, car la mémoire de la terre peut l’induire dans l’erreur.

 

 

De tous temps l’eau a été le centre d’intérêt de toutes les populations, et les sourciers étaient attendus comme le messie lorsqu’elle venait à manquer. Autrefois quand on voulait s’installer quelque part, il fallait qu’il y ait de l’eau donc un puits. C’est alors que le sourcier vérifiait les circulations d’eau souterraines et la maison n’était pas édifiée sur un de ses passages. C’était la personne la plus importante avant le chef de village ou le prêtre. Il était consulté dés qu’un hameau devait se construire car sans eau le hameau ne pouvait survivre. De l’eau pour les habitants et de l’eau pour le jardin, le bétail. Chaque village avait son sourcier et chaque ferme son puits. Disposer d’un puits était jadis la meilleure façon de se procurer l’eau (potable ou non) dont on avait besoin, et les seules méthodes pour justifier l’emplacement d’un puits était alors l’approche scientifique, rare, et le sourcier. Il faut remonter aux années 1950 pour voir arriver l’eau courante dans nos maisons.

Avant notre époque les appareils de recherche n’existaient pas et pourtant des puits ont été creusés et même à grande profondeur. Comment ces hommes et ces femmes savaient-ils que l’eau était présente ? Un début de réponses est que certains avaient la sensibilité à trouver l’eau , avec les outils du sourcier ( baguette ou pendule ) ou tout simplement avec leur corps par des réactions de celui-ci . Les premières découvertes des traces de sourciers ont eu lieu lors de fouilles archéologiques en Égypte. Le pendule (qui ne se prête pas) n’est pas récent : en Chine, on a retrouvé des traces de pendules ainsi que dans les sarcophages funéraires datant de plus de 8000 ans.

 

Fresques de l’ancienne Egypte montrant des sourciers

 

Dans l’Antiquité, la baguette est utilisée comme moyen de divination pour interroger les dieux. Certaines gravures du Tassili au nord du Sahara gravées il y a 8000 ans représentent des sourciers en action. Les Esquimaux, les Sumériens, les égyptiens, les Chaldéens, les Hébreux, les Brahmanes de l’Inde, les Celtes, les Grecs, les Germains ou les Romains avaient des sourciers parmi leurs prêtres, leurs chefs ou guides. Un des plus connus est Moïse, chef Hébreu qui vers 1250 avant J.-C. chercha l’eau dans le désert du Sinaï à l’aide de son bâton augural de sourcier. Autrefois, les rois et les princes avaient recours à des sourciers pour détecter les cours d’eau souterrains et les minerais ou métaux enfouis sous la Terre.

Les alchimistes attribuent à cette pratique des vertus magiques ; en 1517, Luther la condamne. Pendant le règne du roi de France Louis XIII, Jean du Châtelet baron de Beausoleil et son épouse Martine de Bertereau découvrirent avec succès 150 mines en France à l’aide de différentes baguettes de sourcier, puis ils popularisent son usage pour trouver de l’eau souterraine. Accusée de sorcellerie, Martine de Bertereau fût envoyée à la prison d’Etat de Vincennes et son mari à la prison de la Bastille.

Malgré l’interdiction de l’Eglise, de nombreux jésuites et prêtres ont pratiqué avec succès l’art du sourcier. En 1693, le père jésuite Le Lorrain professeur de physique au collège Louis le Grand fait paraître un livre intitulé « La Physique Occulte ou Traité de la Baguette Divinatoire » sous le pseudonyme d’abbé de Vallemont. Par arrêt du 26 octobre 1701, ce livre fut mis à l’index après une enquête de l’Inquisition. C’est l’abbé Bouly, curé de Hardelot-Plage, dans le Pas de Calais (1865-1968) qui baptisa l’art du sourcier du nom de radiesthésie (du latin radius, rayon et du grec aisthésis, sensibilité). L’abbé Mermet (1866-1937) fut très sollicité pour rechercher des sources sur plan ainsi que des sources thermales. Toutefois, on note que l’abbé Paramelle, au XIXe siècle, aurait découvert plus de 10 000 sources.

En 1948, 1949 et 1952, des médecins allemands comme les docteurs Hartmann, Curry et Wissmann découvrirent des réseaux telluriques et donnèrent leurs noms à ces quadrillages. Les géobiologues tiennent compte dans leurs analyses et recherches de ces réseaux Hartmann, Curry et Wissmann.

Historiquement, la baguette du sourcier est faite en bois de noisetier également appelées baguettes de coudrier. Elle sont aussi taillées en forme de Y dans du saule, du figuier, du roseau… etc. La baguette est relativement facile à fabriquer à partir d’une branche fourchue dont on a préalablement enlevé les bourgeons et les feuilles. Les paumes de la main tournées vers le ciel, de sorte à serrer les branches de la baguette entre les mains, le sourcier avance lentement. Lorsque la baguette se met à vibrer puis à piquer irrésistiblement en direction du sol pour annoncer la présence de l’eau. Il ne lui reste plus qu’à se déplacer sur le terrain où il se trouve pour trouver le point d’eau. Ce sont les ondes qui agissent.

Il est également possible de remplacer la baguette de sourcier traditionnelle par des baguettes de sourcier parallèles. Les baguettes de sourcier parallèles se tiennent les poings fermés, les bras le long du corps et les avant bras relevés, pratiquement à l’angle droit. Suivant la convention établie, un écartement intérieur ou extérieur des baguettes est le signe qu’une onde a été détectée. Elles ont la même utilisation que les baguettes de sourcier classiques (chercher de l’eau, identifier toutes sortes d’ondes, de sources ou d’objets dans le sous-sol). Certains utilisent deux baguettes métalliques en cuivre ou laiton.

Le sourcier utilise aussi un pendule, deuxième instrument indispensable à cet art. On utilise aussi un pendule pour trouver des sources ou des mines date de la fin du XVIIe siècle; son usage se répand en Europe au XVIIIe et au XIXe siècle, puis il se raréfie au XXe siècle.

Un art plus qu’un métier, en vertu du don que le sourcier possède, trouver des sources naturelles. Aucune école de sourcier n’existe en réalité et aucune ne pourrait nous inculquer une faculté que l’on ne a pas. Ce don est le fait d’un état d’être permettant de « ressentir » les radiations dégagées par l’eau en mouvement dans le sol. Certains parlent de don , mais peut-être que le sourcier est une personne proche de la nature et qui sait regarder et donner ce que la terre veux bien nous donner.

On a souvent associer l’art du sourcier comme un fait paranormal, ne pouvant l’expliquer scientifiquement. Cet art pratiqué depuis la plus haute Antiquité, était autrefois nommé rhabdomancie (du grec rhabdos, baguette et manteia, divination). La fourche en bois du sourcier, utilisée pour la détection des poches d’eau dans le sol, est une pratique ancienne dite « sourcelerie » ou encore « rhabdomancie » appelée radiesthésie depuis 1930.

Pour la plupart, expliquer cet art, c’est se pencher sur tous les arts divinatoires. Cependant certains s’y sont risqués.

Selon certains, la vibration de la baguette ou la rotation du pendule partirait des tremblements imperceptibles du bras du manipulateur et pourrait s’expliquer par ce qui est appelé un effet de suggestion ou d’auto-suggestion.

La radiesthésie fait appel à une concentration mentale, à une transformation d’une réaction mentale en réaction physique et en une analyse aboutissant à un résultat, objet de la recherche. La radiesthésie est confrontée comme n’importe quel art divinatoire à un scepticisme certain pour lequel on cherche des preuves, des explications. Et l’on passe du charlatan au sourcier de bonne foi, de la théorie de micro contractions musculaires involontaires quant aux vibrations de la baguette à un phénomène d’autosuggestion.

Dans les années 1960, le physicien Yves Rocard affirmait que la vibration s’expliquait par une sensibilité des sourciers à des variations locales du champ magnétique terrestre. Sa théorie n’a jamais pu être confortée scientifiquement. La plus grande expérimentation jamais conduite a été menée à l’université de Munich entre 1986 et 1988 avec plus de 800 essais effectués. D’autres expériences dites à l’aveugle ont suivi (le sourcier n’a aucune information sur l’environnement géologique, végétal, géographique, etc.). Le traitement statistique des résultats obtenus pour ces essais a montré qu’il n’y avait aucune différence entre la performance des radiesthésistes et une détection effectuée au hasard. Si les résultats des sourciers ne font pas douter les population qui font appel à eux, pour les personnes dubitatives leurs succès s’expliqueraient par leur bonne connaissance du milieu conjuguée avec le hasard.

De nombreux scientifiques se sont penchés sur le problème pour trouver une solution rationnelle à ce phénomène. Leur théorie part du principe que la circulation d’eau dans des roches poreuses, en filtrant à travers le sol, peut créer de très faibles courants électriques et donc des champs magnétiques. L’étude de la radiesthésie a permis de se pencher sur d’autres phénomènes énergétiques tels que la radiesthésie vibratoire, qui s’intéresse aux ondes de formes. Selon cette théorie, certains objets ou certaines formes émanent des ondes ou énergies bénéfiques ou maléfiques.

D’autres sceptiques affirment que l’eau prisonnière ou en mouvement commencera de toute façon à s’écouler dans la direction du trou du forage, le mouvement de l’instrument s’expliquant par l’autosuggestion.

Une autre théorie est, comme chez certains animaux, il pourrait y avoir dans le corps de l’être humain des particules comme la magnétite.

Le traitement statistique des résultats obtenus pour ces essais a montré qu’il n’y avait aucune différence entre la performance des radiesthésistes et une détection effectuée au hasard. Si les résultats des sourciers ne font pas douter les population qui font appel à eux, pour les personnes dubitatives leurs succès s’expliqueraient par leur bonne connaissance du milieu conjuguée avec le hasard.

 

 

Vue la préciosité de l’eau de plus en plus évidente, le sourcier devient un acteur indispensable dans le développement de divers domaines tels que l’agriculture, l’abreuvage des bêtes, le forage… etc.

Le sourcier aujourd’hui, on y revient . Il est consulté avant une construction afin d’éviter les passages d’eau sous les maisons ou les collectivités ainsi que pour certaine entreprises, il ne faut pas oublié que certaines ondes telluriques négatives perturbent les habitants (veines d’eau ou failles) est importante car malsaines surtout si un croisement de réseaux est situé sous la maison. Les agriculteurs contactent le sourcier pour trouver de l’eau pour l’irrigation et pour le bétail. Un forage constitue généralement des dépenses importantes c’est pourquoi il est préférable de consulter l’avis d’un sourcier. En France, de nos jours, des sourciers collaborent avec des entreprises privées et des artisans dans la recherche d’eau et pour trouver les lieux adéquats pour le forage. Aujourd’hui le sourcier se diversifie et pratique aussi la géobiologie et beaucoup d’entre eux sont magnétiseurs.

Le sourcier laissait ensuite la place au puisatier, qui avait pour fonction de creuser et d’entretenir le puits.

 

Le puisatier

 

Dans le silence de la campagne, le bruit d’une poulie qui grince, un seau en fer qui tape sur une margelle, de l’eau versée sur la pierre… Ces sons reposants, familiers des siècles passés, ont aujourd’hui disparu. Pourtant, la corvée de l’eau au puits n’est pas si ancienne en France. C’est une tâche quotidienne, comme laver son linge au lavoir par exemple, pratiquée jusqu’aux années 50 dans les villes et les années 60, voire 70 pour bien des villages. Car c’est après la Seconde Guerre mondiale que notre pays se dote peu à peu de réseaux de distribution d’eau potable et d’assainissements. Les châteaux d’eau et les canalisations en fonte vont transformer les puits en ornements désaffectés que l’on ferme d’une grille pour éviter les accidents. Ils sont bâtis dans les jardins, les cours de ferme, au coin des rues où chacun puise son eau. Mais il y a surtout une multitude de ces petits édifices construits à l’extérieur des villages. Ils constituent à présent un patrimoine oublié, méconnu, méprisé.

 

 

Dans chaque village, un ou plusieurs cultivateurs remplissent ce rôle. On leur a transmis de père en fils ce savoir-faire qui demande adresse et courage. Certains on fait de cette activité un métier à part entière. Ils sillonnent une bonne partie de l’année, les campagnes qu’ils creusent inlassablement. Le puisatier, aidé par le propriétaire du champs qui fait office de manœuvre, à moins qu’il n’ait un ou deux ouvriers avec lui, dispose d’un équipement rudimentaire : une pioche, une pelle au manche court, un seau pour remonter la terre, de la corde, une chèvre en bois avec une simple poulie… A l’endroit du futur puits, il trace un cercle sur le sol, à l’aide d’un compas grossier (une tige en fer fichée en terre avec une corde fixée à son extrémité). Avec de la chaux, il renforce le trait de cette circonférence. Le forage est lancé et la campagne environnante va vibrer pendant quelques semaines des coups sourds des pioches et des pelles. Les terrassiers avancent plus ou moins vite en fonction de la nature du terrain. Un sol dur, des couches de pierre, du tuf ralentissent l’entreprise. Mais quelle que soit la vitesse du chantier, il faut obtenir une paroi verticale qui suit parfaitement le cercle tracé au départ. Le puisatier progresse en piochant en colimaçon pour aller plus vite et être efficace. Il peut avancer d’un mètre 50 par jour environ. Au fur et à mesure qu’il descend, il étaye l’excavation. Lorsque le trou devient profond et que l’échelle en bois n’est plus assez longue, il met en place un autre système. Il plante en terre un piquet en fer muni d’un anneau et il y attache une corde pour la descente et la remontée. A l’aplomb de la corde, des encoches sont creusées dans la paroi pour l’emplacement de ses pieds. En progressant dans le trou, le puisatier est de plus en plus seul, coupé du monde, de ses bruits, de sa lumière, hanté par la peur d’un éboulement. Ils sont légion, les puisatiers, à avoir creusé leur tombe en même temps que le puits d’un client. En effet, si le forage atteint en général 8 à 10 mètres de profondeur, il faut descendre souvent bien au-delà : 20, 30 et parfois 50 mètres. Dans le noir quasi absolu de son excavation, l’homme emporte la lampe à huile dite « lampe de puisatier ». Elle est en fer blanc, d’une hauteur d’une quinzaine de centimètres, elle est la compagne qui rassure, éclaire. Une astuce que l’on se transmet : autrefois pour détecter une éventuelle poche de gaz, il suffit, avant de rentrer dans le puits, d’y descendre une bougie allumée avec une corde et si, une fois au fond, rien ne se passe, alors, on peut y aller. Alors qu’il risque la mort en cherchant l’eau source de vie, inutile de préciser, le bonheur du puisatier qui devine les premières traces d’humidité, l’odeur de l’eau, les filets sourdant sous les coups de pioche… Autrefois, ils faisaient des choses extraordinaires pour réaliser des puits dans le roc. Il n’avait pas encore de dynamite… C’était titanesque ! Dans certains vieux puits, on trouve même parfois des portes secrètes condamnées.

 

Creusement d’un puits en 1905

 

Après avoir enfin trouvé l’eau, il faut garantir au puits sa solidité légendaire. L’artisan habille les parois nues de l’édifice en pierres. Il les empile en respectant la disposition classique du « plein sur joint », c’est-à-dire, en croisant les pierres, en les plaçant à cheval, pour éviter les lézardes, les fissures. Lente remontée, pénible, qui demande de la concentration et de l’adresse…

Lorsque le bâti intérieur est terminé, place à la couronne de pierres au-dessus du sol et la margelle qui signent quasiment la fin de la construction. Certains puits sont alors couverts d’une voûte ou d’une petite toiture de tuiles qui assurent une protection naturelle contre les feuilles et les saletés qui pourraient pénétrer à l’intérieur. En été, ce système a l’avantage de réduire l’évaporation. Certains de ces puits sont de véritables ouvrages d’art. D’autres puits sont ouverts, surmontés d’une ferronnerie à laquelle sont accrochés chaîne, poulie et seau en métal. Ces puits vont alors soulager le cultivateur qui pourra disposer d’eau pour faire boire ses animaux. Il aura aussi l’eau nécessaire pour préparer sa bouillie bordelaise et bien d’autres produits de traitement qui protègent sa récolte. Il va pouvoir se servir de son puits pour cultiver son potager. A l’occasion d’un repas dominical en famille, le puits offre l’eau du repas mais rafraîchit aussi la bouteille de vin ou le melon glissé dans un seau ou une cruche… C’est une douce récompense terrestre après avoir touché l’enfer.

Sans l’œuvre de Marcel Pagnol,  » La Fille du puisatier « , les machines de forages n’auraient laissé subsister aucune trace de ce métier traditionnel dans nos mémoires.

C’est un métier qui est en voie de disparition, être puisatier, c’est dur, il faut avoir le cœur solide. Il faut aussi avoir une bonne connaissance des dangers que l’on peut rencontrer dans un puits comme des poches de gaz ou les risques d’éboulement. Un puits est très important et en posséder un est une chance incroyable, c’est une richesse quand on sait que l’eau du robinet coûte très cher. Il est dommage que les gens qui possèdent un puits chez eux les laissent à l’abandon.

 

 

Les puits

 

On sait tous la place importante du puits pour les villageois d’une époque révolue, l’eau coulant désormais sur l’évier. Ouvrir son robinet pour faire couler l’eau est aujourd’hui devenu un geste banal. Pourtant, il fut un temps où l’eau se partageait entre les villageois autour du puits public, alimenté grâce à des sources. Les puits privés, construits à proximité des maisons, ne se multiplièrent que dans le courant du XIXe siècle.

L’eau de puits sert à tout. Le puits a longtemps été la seule source d’approvisionnement en eau avec les sources et les rivières. Les premiers puits apparaissent à la période du Néolithique avec l’agriculture et la sédentarisation de l’être humain.

 

 

Nos ancêtres honoraient le puits, bâti par des maçons habiles à manier la truelle et le fil à plomb, et respectueux de la belle ouvrage. Au jour de l’An, et même parfois deux autres fois au cours de l’année, les villageois offraient des présents à l’eau du puits, y jetant une tranche de pain bis beurrée, une poignée de grains de blé, des fruits et certains y ajoutaient un verre de bon vin, blanc ou rouge. Cette coutume puisait ses origines dans une autre tradition plus ancienne : à l’époque néolithique, les gens célébraient les fontaines, symbole de richesse et de fécondité. Ainsi, la personne qui, au village, déposait une offrande à minuit, dans une fontaine, était assurée d’une grande prospérité, de même que d’une protection durable vis-à-vis de nombre de maladies ou encore des mauvais esprits. Et pour garder un niveau constant à l’eau d’un puits, il est une condition bien connue des villageois du temps passé : en puiser assidûment. Si, au Moyen-âge, certains puits étaient utilisés pour l’alimentation en eau et d’autres étaient abandonnés pour insuffisance de production ou pour jeter les ordures et les cadavres d’animaux. Étant souvent liés à un même nappe souterraine, ils ont favorisé l’expansion de diverses épidémies.

Autrefois, tous les villages disposaient de puits communs ou privés. Ouvrages qui étaient alors régulièrement entretenus, car essentiels au quotidien. Ces puits rythmaient la vie des villageois.

Pendant des siècles, certaines communes n’ont eu recours qu’à cette ressource. En ville, le puits est couvert et le plus souvent assez discret puisque placé à l’endroit de la veine d’eau : autant au milieu d’une place qu’au fond d’une cour ou au tournant d’une ruelle. Certains sont même accessibles de l’intérieur des bâtisses publiques ou des maisons. Les puits bien visibles sont ceux de la campagne : placés en bordure des parcelles, ils se signalent par leur structure hors sol qui s’ouvre dans le sens de la pente. Leurs formes et leurs dimensions sont standardisées et leurs abords agrémentés de niches, de vasques, d’abreuvoirs, de banquettes et de plantations de fleurs (lilas, roses), d’arbustes (laurier sauce), d’arbres à ombrage et à fruits (chêne, tilleul, amandier, cerisier).

Selon les époques, les puits étaient érigés selon différentes méthodes et sous différentes formes:

    • Rond : Les puits à margelle ronde sont les plus anciens et les plus nombreux.
    • Sculpté : les puits médiévaux (XIIIe siècle) avaient une margelle sculptée.
    • Monobloc : au XVIIIe siècle, les puits étaient faits d’un seul bloc de pierre.
    • Octogonal : certains puits sont octogonaux, surmontés d’un treuil et d’une pompe manuelle à chaîne.

Les belles margelles de nos humbles puits témoignent de toute l’importance qu’on attribuait à ces ouvrages vitaux, creusés par nos aïeux et entretenus par eux avec beaucoup d’amour et de soins. Il en est des puits comme de tout élément traditionnel. Les puits, comme les maisons, sont ce qu’en ont fait les habitants de la contrée où ils sont implantés, avec les matériaux dont ils disposent. Dans les pays d’argile, où sont implantées tuileries et briqueteries, les margelles des puits sont maçonnées de briques. On perçoit rarement de l’extérieur la profondeur d’un puits. On peut deviner qu’elle est importante lorsqu’il possède une imposante margelle et un treuil d’un diamètre supérieur à la normale. On peut toujours tenter d’évaluer la profondeur de l’eau, en écoutant tomber une pierre lancée par-dessus la margelle.

L’habitude de couvrir les puits ou de les entourer est née d’un besoin de protéger les humains et les bestiaux du danger qu’ils représentent. On a voulu en même temps sauvegarder la pureté de leur eau, en empêchant qu’il y tombe des éléments étrangers, source de contamination. Les puits sont presque toujours protégés par un bâti de bois ou bien cerclés de pierre ou de briques. Un appareillage les complète, composé principalement d’une poulie ou d’un treuil à manivelle. Autrefois, on puisait l’eau à l’aide d’un crochet de bois rustique avec lequel on descendait et remontait le seau à l’aide de cordes de chanvre. Le treuil et la poulie permirent de tirer l’eau avec un effort moindre.

Les puits sont souvent, comme les sources, aux côtés d’une chapelle, au chevet d’une église, et même il en est un à l’intérieur. Que vient donc faire un puits au beau milieu de la maison de Dieu ? On avance en général qu’il s’est agi là d’une mesure de défense. L’eau aurait été nécessaire pour le cas où l’église aurait été assiégée. La vraie raison est que nous nous trouvons toujours en un lieu où l’on pratiquait un culte, antérieurement au christianisme. Nos ancêtres ne pouvaient ignorer ce lieu sacré. Ils étaient restés fidèles à son eau, véhicule des aspects bénéfiques de la sacralisation. La nouvelle religion avait à choisir entre la destruction des anciennes croyances et leur adaptation aux rites qu’elle recommandait. Dans ce cas particulier; il est évident qu’elle a préféré les intégrer; les annexer, les sanctifier. Cela lui a semblé préférable à une destruction quasi impossible.

Le puits est aussi source de légendes comme celle d’un seigneur, assiégé par ses ennemis et prêt de se rendre, avait jeté dans le puits de son château , la totalité de sa vaisselle d’or et ou d’argent, qu’il voulait soustraire aux pillards. Depuis, on a essayé maintes fois de le récupérer mais de malins esprits ont toujours détruit, la nuit, les travaux d’approche entrepris pendant le jour. Personne n’a jamais réussi à découvrir quoi que ce soit. Celles aussi de cloches jetées dans les puits et qui sonnent lors d’un malheur.

Mais aussi cette anecdote : lors de l’évacuation d’un village en 1940, un villageois cacha des bouteilles de champagne et d’huile au fond de son puits. Rentré au pays, il dut le faire assécher pour récupérer son « trésor ».

Aujourd’hui, ces petits monuments constituent davantage un élément de décoration extérieure. Ils racontent pourtant une histoire et font partie d’un patrimoine local à sauvegarder.

 

 


Sources
:

    • Livre « En Provence, l’eau est d’or » Henri Joannet
    • Livre : Le petit bâti – sud de la France. Hubert Delobette

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