Les assiettes parlantes

On les appelle assiettes parlantes parce qu’elles racontent des histoires.
En France, aux 17e et 18e siècles, les faïences – non seulement les assiettes, mais aussi des pièces de forme (pichets, brocs, gourdes, etc.) – comportent des décors et inscriptions peints : slogans politiques, poèmes, proverbes, thèmes maçonniques, religieux ou patronymiques.
L’assiette parlante n’est donc pas une invention du 19e siècle, mais elle connaît un développement sans précédent en France à cette époque, grâce au procédé d’impression sérielle du décor, et elle fera l’objet d’un engouement général.
Véritable phénomène de mode au 19e siècle et très populaires au début du vingtième siècle, les assiettes en faïence fine dites « parlantes » comportent un décor historié et légendé. Les sujets sont extrêmement variés : la vie militaire, la chasse, les monuments ou les mœurs de la société urbaine et rurale française. Fables, rébus, proverbes et chansons populaires sont également représentés ou inscrits sur ces pièces souvent satiriques ou caricaturales.
Leur but n’était pas seulement décoratif : elles servaient aussi à informer, divertir ou transmettre une morale. À l’époque, tout le monde ne savait pas lire, donc les images simples et les phrases courtes étaient un moyen efficace de communiquer.
Elles étaient bon marché et conçues pour le grand public, le plus souvent en terre de fer avec un décor imprimé qui permettait de les produire en grande série, tout en conservant une qualité optimale.
Elle étaient en général éditées par collection sur un thème précis (les personnages historiques, les grandes batailles, les fables de la Fontaine …).
Elles font partie de séries, le plus souvent au format assiette à dessert ornées de rébus et Il fallait découvrir la solution en retournant l’assiette.
Leur fond est aussi bien orné de vignettes solennelles à l’image d’une France glorieuse et rayonnante – commémoration de hauts faits militaires ou exaltation patriotique –, que de scènes humoristiques, moins flatteuses, où hommes, femmes, bourgeois, paysans ou étrangers sont tournés en dérision. Personne n’est épargné ! Média de propagande à large diffusion, les assiettes historiées imprimées véhiculent des messages politiques, religieux ou pédagogique
Leur apparition découle de la mise au point de deux nouvelles techniques céramiques au milieu du 18e siècle.
• D’une part, le développement de la faïence fine – une argile fine de couleur claire, très plastique, additionnée de silex calciné et de chaux, recouverte d’une glaçure transparente – en France et en Angleterre. Cette « porcelaine opaque » est bien moins onéreuse que la précieuse porcelaine.
• D’autre part, l’invention anglaise de l’impression sur céramique (transfer printing) : le procédé consiste à graver un motif sur une plaque puis à le reporter sur une pièce par transfert. Dans l’esprit de la révolution industrielle, la mécanisation permet une fabrication à grande échelle et la reproduction sérielle des décors.
Grâce à l’impression, à partir d’un seul original gravé, on peut désormais reproduire un décor en de multiples exemplaires sans faire appel aux peintres. Cela constitue une économie de main d’œuvre considérable ; en effet, le décor peint à la main est plus long à exécuter et plus coûteux. Auguste Renoir a travaillé à ses tout débuts à la peinture sur assiette comme le raconte son fils Jean Renoir. Désormais, il n’y a plus qu’un seul artiste : le graveur. En outre, la mécanisation du décor permet aux manufactures de varier facilement et rapidement les sujets pour correspondre au mieux aux modes et au goût du moment.
Au 19e siècle, la France est impliquée dans de nombreux conflits armés (Algérie, Tunisie, Maroc, Mexique, Chine, Italie, Crimée, etc.). Qu’elle soit proche ou lointaine, la guerre, tout comme l’armée et la vie des soldats sur le champ de bataille, a abondamment été représentée sur les assiettes parlantes. Sur la faïence fine, l’iconographie de la guerre est celle d’une histoire officielle qui exalte la grandeur de l’armée et dépeint les dirigeants et soldats en héros. Il s’agit de sujets d’actualité, car les assiettes sont contemporaines des événements qu’elles illustrent.
Ces assiettes ont été produites surtout en France, dans des faïenceries comme Sarreguemines, Creil-Montereau ou Choisy-le-Roi (manufacture Hautin Boulenger, connue pour l’utilisation de la « terre de fer », une faïence plus blanche et plus résistante).
La manufacture de Sarreguemines en Lorraine voit le jour au début de la Révolution française en 1790. Au cours du XIX
- La manufacture de Creil & Montereau est l’une des plus importantes faïenceries françaises du XIXᵉ siècle. Issue de la fusion des manufactures de Creil (fondée en 1797) et de Montereau (fondée en 1749), elle se distingue par la qualité de sa faïence fine, inspirée des productions anglaises, ainsi que par l’excellence de ses décors imprimés. Creil & Montereau joue un rôle majeur dans la démocratisation de la vaisselle décorée, proposant des thèmes variés : scènes de la vie quotidienne, événements historiques, caricatures, proverbes et bien sûr assiettes parlantes à rébus. L’impression en noir, sobre et précise, permettait une production en série tout en conservant une grande lisibilité des scènes. Aujourd’hui, les pièces de Creil & Montereau sont très recherchées par les collectionneurs, tant pour leur valeur historique que pour leur charme graphique intemporel.
- La faïencerie de Choisy-le-Roi a été fondée par les trois frères Paillart le 21 floréal an XIII (11 mai 1805). Valentin, Melchior et Nicolas Paillart se rendent acquéreurs d’un terrain de 4 hectares, situé sur une partie de l’ancien domaine royal, pour y installer leur manufacture de faïence. Ils vont commencer à produire de la faïence fine à décor imprimé à partir de 1808, en collaboration avec Christophe Potter (1751-1817). En 1920, l’entreprise H.B. & Cie rachète la Manufacture de Montereau, propriétaire de la marque Creil-Montereau, et devient H.B.C.M(Hippolyte Boulenger-Creil-Montereau). Elle ferme ses ateliers de Choisy en 1936, ceux de Montereau en 1955. Dirigée par la famille Boulenger, la faïencerie de Choisy-le-Roi est une actrice majeure. Elle est particulièrement connue pour l’utilisation de la « terre de fer », une faïence plus blanche et plus résistante En 1967, l’entreprise prend le nom de Établissement Boulenger, entreprise de revêtements. https://www.choisyleroi.fr/wp-content/uploads/2024/08/La-faiencerie-Hippolyte-Boulenger-et-Cie.pdf

Exemple ci contre en faïence de Montereau tiré d’une fable de La Fontaine :
O volages femelles !
La femme est toujours femme ; il en est qui sont belles, Il en est qui ne le sont pas. S’il en était d’assez fidèles, Elles auraient assez d’appas.
Un autre exemple

La solution :

Explication de la solution :
Laie (la femelle du sanglier) russe (facile avec l’étiquette née à Moskou et le casque) o rond (Dans l’écriture ronde, les ovales deviennent des cercles) baux (un bail des baux) /fer/ /les/ /A liés/ (A attachés avec des cordes) p’/rang/ (un rang de soldats) /dron/ /7bas/ /sto/ /pôle/
Autrefois reines des desserts ou du divertissement familial au XIXe siècle, elles ont fini reléguées au fond des buffets de grands-mères. En France, les assiettes parlantes ont déserté les tables de tous les jours pour devenir des objets de collections et de décoration prisés, oscillant entre nostalgie patrimoniale et regain d’intérêt sur le marché de la brocante où certaines pièces d’époque se négocient jusqu’à une centaine d’euros.
Sources:
www.proantic.com/magazine/assiettes-parlantes-decors-histories-imprimes-faience-fine-xixe-siecle/
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