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Histoire de l’ancienne faculté de médecine de Paris

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L’histoire de l’ancienne Faculté de médecine de Paris nous reporte au berceau de nos anciennes Écoles, mais aussi fait connaître les mœurs d’autrefois et nous montre les idées progressistes en lutte avec l’immobilisme, et quelle nous fait entrevoir l’émancipation de notre science dans la personne d’ardents défenseurs.
I. — Les maîtres-chirurgiens et apothicaires
La Bibliothèque Nationale (ex-Impériale) possède une belle collection des jetons des doyens de la Faculté de médecine de Paris. Ces pièces offrent un double intérêt au point de vue de l’art et historique. Elles sont comme les annales de la Faculté, et permettent de relever la chronologie des doyens. Leur exécution, généralement remarquable, est due, pour un grand nombre, au célèbre graveur Duvivier. que nous possédions de quelques doyens et médecins célèbres.
Avant de donner la liste des doyens, voici un rapide historique de la Faculté antérieurement à la révolution, qui, en 1794, l’a reconstituée ainsi que tant d’autres institutions entraînées dans la chute de l’ancien régime.
Ce fut vers la fin du treizième siècle que les diverses facultés ou sections enseignantes se séparèrent de l’Université. La Faculté de médecine prit un sceau particulier (une verge surmontée d’une masse d’argent), eut des statuts, commença à tenir des registres dont les plus anciens que l’on possède, sous le nom de Commentarii, datent de 1395. Ils furent acquis sous le décanat (fonction de doyen) de Gui Patin. En 1695, le nombre des médecins à Paris était de 31, sans compter toutefois les licenciés et les chirurgiens. On le voit monter, en 1500, à 72; en 1566, à 81 ; en 1634, à 101 ; en 1675, à 105; e 1768, à 148. Jamais le nombre des docteurs régents ne s’était élevé, â Paris, à plus de 200 sous le régime de l’ancienne Faculté.
Jusqu’en 1505, la Faculté de médecine n’eut pas d’école particulière. Les leçons journalières se donnaient dans des salles basses de la rue du Fouarre, où les écoliers étaient assis sur de la paille en été et du foin en hiver; une botte de plus marquait la chaire du professeur. Ce local était partagé avec la Faculté des arts. Un chanoine de Paris, Jacques Desparts, premier médecin de Charles VII. fit don à la Faculté de meubles et de manuscrits, et d’une somme de 300 écus d’or, afin qu’elle put se construire des écoles convenables. Les bâtiments, commencés en 1472. furent achevés vers 1495. Desparts contribua également aux progrès de la médecine : il commenta et interpréta Avicenne. En ce temps, la bibliothèque de la Faculté n’était pas nombreuse ; elle ne possédait environ qu’une douzaine d’ouvrages, parmi lesquels deux petits volumes totum continens Rhasès, le plus beau joyau et le plus singulier, comme la Faculté l’écrivait à Louis XI pour se défendre de lui prêter cet ouvrage. Il fallut que le roi fournit bonne caution : douze marcs de vaisselle d’argent, un billet de 100 écus d’or, sans quoi la Faculté ne se fût jamais dessaisie de son Rhasès. Rhasès était le plus célèbre dus médecins arabes. Il naquit un Perse, étudia la médecine, puis passa au Caire et du Caire à Cordoue. où il exerça longtemps cet art. Il a écrit le premier sur la petite vérole, maladie qui parut en Égypte du temps d’Omar, dans le septième siècle de notre ère.
Dès l’époque la plus reculée, la Faculté de médecine de Paris eut à sa tête des doyens. Ce titre, donné d’abord au maître le plus ancien, fut conféré, à partir de 1280, par l’élection et au scrutin. Le mode d’élection adopté en 1566 se maintint jusqu’à la fin du dix-huitième siècle. Les fonctions du doyen duraient deux années ainsi que celles des professeurs de la Faculté. Au bout de ce temps, on procédait à du nouvelles élections. Les noms des docteurs présents, divisés en deux catégories, les anciens et les jeunes, c’est-à-dire ceux qui avaient plus et ceux qui avaient moins de dix années exercice de la médecine, étaient jetés dans deux urnes. Le doyen sorti de charge tirait trois noms de l’urne des anciens et deux noms de l’urne des jeunes : les cinq noms ainsi désignés étaient les noms des électeurs. Ceux-ci se rendaient à la chapelle, invoquaient les lumières de l’assistance divine, et nommaient à la majorité des suffrages trois hommes comme candidats au décanat. On jetait ces noms dans une urne : le plus âgé des électeurs tirait au sort celui du nouveau doyen qui était proclamé. Le même mode d’élection s’observait pour chacun des professeurs.
Le doyen élu prêtait serment devant l’assemblée, s’engageant à sévir sans distinction contre tous ceux qui pratiquaient illicitement la médecine, et à rendre exactement ses comptes dans la quinzaine qui précéderait l’expiration de sa charge. A partir de 1674, il fut établi que le doyen ou les professeurs pourraient être rééligibles lorsque l’ordre entier des docteurs y consentirait.
Les professeurs, en entrant en fonctions, juraient « de faire leurs leçons en robe longue à grandes manches, ayant le bonnet carré sur la tête, le rabat au cou et la chausse d’écarlate à l’épaule »
Aujourd’hui (en 1857), le doyen ne peut être choisi que parmi les professeurs : c’était le contraire autrefois.
L’enseignement était public. Le professeur de médecine se faisait assister d’un chirurgien barbier qui devait se borner à la démonstration des parties dont le professeur avait fait la description. Lorsqu’on créa, en 1634, à côté des chaires de médecine et de pharmacie qui existaient déjà, une chaire de botanique et une chaire de chirurgie, on avisa à ce que le professeur de chirurgie n’empiétât pas sur les attributions du professeur de médecine, en limitant son enseignement aux opérations et en définissant l’anatomie, « un exercice manuel propre à faire connaître le corps humain. » Pendant toute son existence, la préoccupation constante de l’ancienne Faculté fut d’assurer la prééminence de la médecine sur la chirurgie, et de tracer entre les deux parties de la science une ligne de démarcation profonde.
Jusqu’en 1744, l’enseignement eut lieu dans un amphithéâtre ouvert à fous les vents. Ce fut sous le décanat de Guillaume de l’Épine qu’on en construisit un autre en pierre de taille, avec des fenêtres.vitrées. Les leçons étaient faites en latin : on permit cependant aux professeurs de chirurgie de s’énoncer en français.
Les chirurgiens s’engageaient solennellement : 1° à obéir à la Faculté; 2° à ne point donner un médicament sans l’avis d’un médecin ; 3° à laisser deux fois l’an visiter leurs officines par le doyen, et quatre maîtres ou régents de la Faculté. En 1507, les chirurgiens sont cités devant la Faculté, sur ce qu’ils ordonnaient des « clystères, apozèmes et médecines». Ils comparurent le 1er juin, écoutèrent humblement les remontrances qui leur furent faites, et jurèrent sur les saint Évangiles de ne plus retomber en pareille faute.
Les apothicaires, de leur côté, faisaient serment : de vivre et mourir dans la foi chrétienne; d’honorer, respecter et rendre service aux docteurs médecins et pharmaciens ; de ne médire d’aucun des anciens docteurs et maîtres; de rapporter tout ce qui serait possible pour la gloire, l’ornement et la majesté de la médecine, etc.
Dans l’origine, la Faculté ne fut presque exclusivement composée que d’ecclésiastiques. Mais une bulle d’Honorius III, au quatorzième siècle, défendit aux prêtres l’exercice de la médecine ; enfin le légat du Saint-Siège, en 1452, déclara absurde et impie l’obligation du célibat que l’on imposait aux maîtres régents. La chirurgie fut abandonnée aux laïques, et on s’efforça de maintenir son infériorité par rapport à la médecine en en concentrant l’exercice parmi les gens illettrés. J.es chirurgiens se divisèrent en deux corps : les lettrés ou de robe longue, qui possédaient une instruction assez étendue, et les barbiers. Ce fut à ceux-ci que l’on permit de faire des cours en français. Ils eurent toujours, en raison même de leur ignorance, les préférences et les faveurs de la Faculté.
Après plusieurs examens pénibles, difficiles, dont les juges étaient élus par les docteurs, examens dans lesquels on avait à déployer toutes les ressources de la dialectique et d’un organe infatigable, on obtenait le tître de maître bachelier.
Deux ans après leur réception, les bacheliers demandaient à être admis à l’examen sur la pratique (examen depraxi). Cet examen était celui auquel on attachait le plus d’importance et dans lequel on multipliait les épreuves les plus sérieuses. Lorsqu’il l’avait subi victorieusement, le candidat, devenu licencié, avait la licence et faculté de lire, enseigner, interpréter et exercer la médecine hic et uhique terrarum.
Mais, pour avoir voix délibérative à l’école et aux élections, il fallait être docteur. La réception du candidat à ce grade, à la suite d’argumentation et de discours en latin, se faisait avec une grande solennité. Sommé de prendre l’engagement d’observer les lois, les statuts, les droits, les coutumes de la corporation, etc., le récipiendaire prononçait le fameux Juro, dans une scène que la verve de Molière a immortalisée.
L’ancienne Faculté s’attacha, comme unique moyen de conservation, à la défense de ses dogmes, hostiles en principe aux idées et aux découvertes nouvelles. C’est ainsi qu’elle repoussa successivement l’emploi de l’antimoine, de l’opium, du mercure, du quinquina, quand il lui fut: proposé. Il fallut une ordonnance pour autoriser l’usage de ces remèdes auquel elle s’opposait. L’inoculation trouva dans son sein des détracteurs passionnés, comme ceux qu’avaient suscités l’antimoine et le quinquina. Enchaînée à la routine, la médecine se vit bientôt dépassée par la chirurgie qui marchait à pas de géant.
La réhabilitation de la chirurgie est due à Maréchal. C’est lui qui fonda une société d’hommes dévoués aux progrès de l’art, qui obtint du roi, en 1724, l’érection de cinq chaires de démonstrateurs royaux en chirurgie, et qui présida la première séance publique de l’Académie de chirurgie fondée en 1731. A peine née, l’Académie décida qu’elle décernerait tous les ans un prix sur une question mise au concours. Jamais les questions n’ont été oiseuses et frivoles, tandis que les thèses de l’ancienne Faculté de médecine roulent assez souvent sur des subtilités ou des sujets ridicules, tels en 1670 ou 1692. Etc.
L’Académie de chirurgie, confirmée en 1748, fut soutenue avec la plus vive sympathie par le gouvernement, qui ordonna l’érection d’un collège de chirurgie, aujourd’hui l’École de médecine. Le jour même où Louis XVI en posa la première pierre, il y fonda une chaire de chimie, 1774. L’édifice fut terminé en 1776, et l’Académie y tint ses séances.
Cet événement fut pour la Faculté la cause d’un déplaisir profond. Depuis quatre cents ans, elle était parvenue à empêcher toute scission sérieuse dans son sein et à faire échouer les tentatives de sociétés rivales qui avaient entrepris à plusieurs reprises de lui disputer ses privilèges. La plus sérieuse fut celle dite de 1a Chambre royale. Les docteurs des facultés de province, et particulièrement de l’École de Montpellier, s’unirent à Théophraste Renaudot pour fonder une seconde Faculté qui, sous le nom de Chambre royale de médecine, aurait conféré des grades, ainsi que le droit d’exercer à Paris, à la suite d’une thèse et d’un examen assez superficiels. La lutte dura plus de vingt ans. Enfin la persévérance de la Faculté, l’habileté des doyens, de Gui Patin entre autres, et, plus que tout cela, l’assistance de Colbert, amenèrent la dissolution de la Chambre royale. La Faculté victorieuse ouvrit son sein aux vaincus, appela dans ses rangs et à sa tête les médecins les plus distingués de la Chambre royale, et se trouva ainsi fortifiée, accrue, par des circonstances qui avaient paru devoir l’affaiblir ou la ruiner.
En 1776, les choses se passèrent moins favorablement pour elle. La Faculté de médecine était abandonnée par l’opinion, qui la voyait employer tous ses efforts à défendre ses prérogatives et à combattre aveuglément les innovations. Déjà la chirurgie s’était émancipée et la foule accourait à son collège, tandis que les écoles de la Faculté étaient désertes et abandonnées. Cette année même, le roi, sans la consulter, nomma une commission chargée exclusivement de l’étude et de l’histoire des épidémies. Celle-ci devint le noyau d’une société rivale, formée par les médecins qui comprenaient la nécessité de sortir des voies de la routine et de réformer les statuts de l’École ainsi que l’enseignement. La Faculté crut avoir affaire à une autre Chambre royale; mais les armes dont elle s’était servie autrefois avec succès furent impuissantes cette fois. La Société royale de médecine, protégée par l’autorité, soutenue par l’opinion, vit accourir à elle les hommes les plus éminents de la Faculté. Celle-ci semblait arrivée tout d’un coup à une sorte de décrépitude, lorsque la Révolution lui donna le coup de grâce par la loi du 18 août 1792, qui supprima toutes les corporations savantes, enseignantes ou académiques.
II. — Les doyens de la Faculté de Médecine
Un des plus anciens des doyens de la Faculté de médecine de Paris est Guillaume Duval qui fut proclamé doyen en 1640. La Faculté le nomma par acclamation, honneur qui n’avait encore été accordé à personne. A la fin de son décanat, par reconnaissance pour la bienveillance singulière qu’on lui avait témoignée, il distribua à tous les docteurs des jetons d’argent sur lesquels il avait fait graver d’un côté les armes de la Faculté et de l’autre les siennes. « Il paraît qu’il est le premier qui ait fait graver des jetons. Par la suite (dix ans après), à son imitation, les doyens ont distribué des jetons; mais ils ont fait graver leurs bustes, et au revers ils ont marqué l’événement le plus important de leur décanat. »
Toutefois, Duval n’est pas le premier qui ait fait graver des jetons, puisque deux jetons de Philippe Hardouin et de Simon Bazin, dont le décanat fut antérieur à celui de Duval portent l’un et l’autre la date de 1638.
Duval était très pieux. Sur sa proposition, la Faculté exigea que toutes les thèses fussent publiées avec cette invocation placée en tête : Deo optimo, maximo, uni et trino, virgini Dei parœ, et sancto Lucæ, orthodoxorum medicorum patrono. A la fin du dix-huitième siècle, cet usage existait encore.
Ce fut lui qui établit aux Écoles des consultations gratuites pour les pauvres ; elles eurent lieu tous les samedis : la Faculté approuva et maintint cette institution charitable.
Michel Delavigne, nommé doyen en 1642, soigna Louis XIII pendant sa dernière maladie, et fit l’autopsie de ce prince. Le décanat de Delavigne fut laborieux, car il eut à défendre les droits de la Faculté contre Renaudot et les médecins des universités provinciales. A la fin de son administration, la compagnie lui accorda un honoraire beaucoup plus considérable qu’à l’ordinaire, pour reconnaître sa gestion et les services qu’il lui avait rendus, principalement pendant le cours du procès important qu’il gagna contre Renaudot ; distinction, au reste, plus flatteuse que lucrative.
Jean Merlet est mentionné comme doyen en 1646.
Jacques Perreau assure la doyenné en 1648.
Jean Piètre, 1648-49, sous son décanat, la Faculté arrêta qu’aucun de ses membres ne pourrait approuver un remède ou un livre sans consulter la compagnie; elle décida aussi que l’on ne nommerait pour doyen ou professeur aucun docteur attaché à la famille royale, parce que le professeur Ivelen avait été obligé d’interrompre ses leçons pendant deux ans pour suivre la cour.
Jean Piètre appartenait à une famille de médecins aussi distingués par leur science que par leur probité. Son père, Nicolas, avait été professeur et maître de Guy Patin, qui, dans ses lettres, ne parie jamais de cette famille sans éloge et sans attendrissement.
Guy Patin, plus célèbre comme homme de lettres et comme savant que comme médecin, était né le 31 août 1601, dans le Bourg-Oudin en Bray, du diocèse de Beauvais. Son père, Jean Patin, avait vu sa maison mise au pillage à cause de son attachement à la cour et de sa fidélité à Henri IV. En 1632, Guy Patin fut nommé professeur de chirurgie et, plus tard, professeur au collège royal, en remplacement de Riolan. En 1628, il avait épousé une demoiselle Miron, descendante de Marc Miron, premier médecin de Henri III.
En 1650, il fut élu doyen. Il eut à combattre les prétentions de Renaudot, qui travaillait à établir une nouvelle Faculté de médecine. Dans cette lutte avec un adversaire opiniâtre et habile, il trouva l’occasion de déployer toute sa facilité oratoire et tout son esprit. Du reste, la Faculté ne put que se féliciter de l’ardeur qu’il mit à défendre ses privilèges. Comme témoignage de ce zèle, on a la rédaction qu’il fit des annales de la compagnie au moyen des annales de la Faculté, conservées dans des registres dont un particulier avait fait restitution.
Guy Patin était fort attaché aux anciens, étudiant sans cesse Hippocrate, Galien, Fernet, Duret, etc., et prétendant que les autres ouvrages n’étaient que des réchauffés de ces bons auteurs. On connaît la guerre qu’il déclara à l’antimoine, et qui se trouve attestée à chaque page de la volumineuse correspondance qu’il entretenait avec tous les savants.de l’Europe. Patin haïssait l’antimoine autant que le cardinal Mazarin. Il tenait registre des malades tués, selon lui, par l’émétique, et il appelait sa liste le Martyrologe de l’émétique, ou le Témoignage de la vertu énétique (ab enecando) de antimoine. On en a publié une partie qui forme sept volumes in-8 (Rotterdam, 1665), ouvrage précieux pour l’histoire des lettres, de la politique et de l’esprit humain vers le milieu du dix-septième siècle.
Paul Courtois. En 1652/1654.
Jean de Bourges, 1652/1656
Roland Merlet, 1652/1658
François Blondel,1660
Philibert Morisset. 1652/1662
Antoine Morand, 1662-63/1664.
François Le Vignon, 1666
On sait que Théophraste Benaudot fonda le premier journal qui ait paru dans notre pays, sous le nom de Gazette de France. C’était un homme singulièrement entreprenant et actif, doué du génie des grandes entreprises industrielles. De nos jours, il eût fait une fortune colossale. On peut dire qu’il inventa en même temps le journal et la réclame, le corps et l’âme de la spéculation. Il annonça dans sa feuille qu’il donnerait des consultations gratuites, amorce à laquelle on se laissa prendre, et qui lui valut bientôt une nombreuse clientèle. Le journaliste faisait valoir le médecin, et réciproquement. Bien qu’il n’ait pas été doyen, un jeton d’argent a été gravé avec la date de 1665.
Jean-Armand de Mauvillain, 1668.
Jean Garbe. 1670.
Jean-Baptiste Moreau. 1674. Fils de René Moreau, le doyen de 1630, Jean-Baptiste fut élevé à cette dignité en 1672. Son père avait le premier combattu les desseins de Renaudot, médecin de Montpellier, qui voulait établir une Faculté rivale de celle de Paris, avec les mêmes privilèges, et moyennant beaucoup moins d’épreuves pour la collation des grades. A l’époque du décanat de Jean-Baptiste, les efforts des médecins de province étaient sur le point d’aboutir à un succès complet, lorsque Moreau obtint de Colbert un acte par lequel étaient confirmés les privilèges dont jouissait exclusivement la Faculté de Paris.
L’association des médecins des universités provinciales vit dans la suite tous ses projets déjoués par Fagon.
Moreau n’échappa au poignard d’un assassin que par hasard. L’individu qui voulait le tuer se présenta trois fois chez lui sans le rencontrer. A la fin, ce misérable trouva Guibert Puylon, lui demanda une consultation, et le frappa de coups de couteau pendant qu’il l’écrivait.
Antoine-Jean Morand. 1676/1678.
Antoine Lemoine. 1678.
Claude Quartier. 1680.
Nicolas Liénard, 1682.
Bertin Deuxyvoie. 1684.
Claude Puylon. 1680.
Pierre Perreau.
Pierre Legier. 1690. On rapporte de lui, et comme un fait à son honneur, une anecdote qui montre les habitudes des médecins de ce temps, et la juste critique qu’en a faite Molière. Legier fut prié de venir en consultation avec un médecin étranger qui se trouvait à la cour. Il accepta, à la condition qu’on désignerait un troisième médecin, qui serait arbitre entre eux. Quand le médecin étranger eut donné son avis, Legier le réfuta avec vivacité et avec une érudition qui confondit son confrère. Cette discussion brillante fit tant de bruit que l’adversaire de Legier fut éloigné de la cour et exclu de la capitale. On exprimait le vœu que ces luttes eussent lieu beaucoup plus souvent. On ne comprend pas quelle utilité elles avaient pour le malade, qui pouvait passer de vie à trépas avant que ses médecins se fussent mis d’accord ou que la supériorité de l’un sur l’autre fût reconnue et établie.
Claude Berger.1694 Pendant un second décanat, en1695, Berger fit frapper en l’honneur de Fagon un jeton
Guy-Crescent Fagon était fils de Louise de la Brosse, nièce de Guy de la Brosse, médecin de Louis XIII et petit-fils d’un médecin de Henri IV. Guy de la Brosse peut être regardé comme le fondateur du jardin des Plantes de Paris, où il fit le premier, en 1640, des leçons publiques de botanique. C’est là que naquit Fagon. La langue de la botanique fut sa langue maternelle, et l’amour qu’il avait pour cette science le mit plus tard en état de relever les collections du jardin royal, qui devint l’un des plus riches du monde.
Fagon accompagnait la cour en qualité de premier médecin de la reine lorsque Louis XIV tomba malade de sa fistule. L’opération fut faite par le premier chirurgien Félix, qui reçut 50 000 écus; le premier médecin, d’Aquin, eut 100 000 francs; Fagon, 50 000.
En 1693, du vivant de d’Aquin, Fagon reçut le titre de premier médecin. Cet événement fut fatal à la Chambre royale, contre laquelle Fagon obtint des arrêts qui ordonnaient sa suppression. Au reste, la Faculté ouvrit généreusement son sein à ses anciens adversaires. Pour témoigner sa reconnaissance à Fagon, elle chargea Rigaud de faire son portrait en pied qu’elle plaça dans la salle de ses assemblées.
Nommé administrateur du jardin des Plantes, Fagon s’y retira après la mort de Louis XIV. Il y mourut, âgé de quatre-vingts ans, en 1718. Il avait été, en 1702, opéré de la pierre par Mareschal, auquel cette cure valut le titre de premier chirurgien du roi.
Sa vie a donné l’exemple de rares vertus. Son premier soin, après avoir reçu le titre de premier médecin, avait été de réduire les revenus de sa charge par la suppression d’abus et de droits qu’une avarice inventive s’était ingéniée à multiplier autour d’elle..
Les médecins et chirurgiens de la cour avaient fort à faire sous Louis XIV, si on s’en rapporte aux mémoires du temps, et particulièrement au Journal de Dangeau, dans lequel sont consignées jour par jour, heure par heure, les moindres actions du roi.
La table était une des grandes distractions de cette existence oisive, où les plus vives émotions naissaient des questions d’étiquette. On faisait chaque jour on ne sait combien de collations, de déjeuners, de dîners et de soupers. Vatel a sans doute poussé l’héroïsme du point d’honneur au delà de toutes les limites du raisonnable, en se tuant par désespoir un jour que la marée était en retard; mais si on eût, à la cour, attaché moins d’importance à ces questions, Vatel, vraisemblablement, n’aurait pas cru qu’il était perdu et ne se serait pas suicidé. Si on parcoure le huitième volume du Journal de Dangeau, on verra que M. Félix et M. Fagon étaient occupés. Le 19 mars 1701: M. Félix saigna Monseigneur, et lui fit prendre une grande quantité d’émétique qui agit par le haut et par le bas; c’était plénitude de sang, et ce que les médecins appellent jectus sanguinis, etc. Le lendemain, nouvelle saignée de quatre palettes de sang, outre celles de la nuit, etc. » Le 8 mai. Monseigneur se fit saigner par précaution, etc.» On se gorgeait de viandes, d’aliments de toute espèce. Afin de soulager un estomac chargé, on avait recours à l’émétique, à des purgatifs de toutes sortes, et le moins possible, à la dernière extrémité, à la diète c’était le grand, le suprême remède. Pour échapper à la pléthore, on appelait à son aide la saignée. Monsieur, frère de Louis XIV, mourut pour ne s’être pas fait saigner à temps. Les indigestions dont Dangeau a tracé l’historique n’ont pas toujours un dénouement sérieux. M. Fagon était là pour y mettre bon ordre. Le 13 octobre 1701, le roi se leva un peu plus tard qu’à l’ordinaire parce qu’il s’était relevé trois fois la nuit. Il ne tint point de conseil, et, aussitôt après avoir dîné, il entra chez Mme de Maintenon; mais, sentant que son dévoiement augmentait, il revint se coucher sur les cinq heures. Sur les sept heures, il s’endormit, et en se réveillant, à dix heures, il prit de la sauge et de la véronique, comme il a coutume d’en prendre tous les matins, et puis se rendormit. Le 14 octobre, le roi dormit jusqu’à six heures et demie sans se réveiller et se rendormit ensuite jusqu’à neuf heures. A dix heures il entendit la messe dans son lit.
Le 20 octobre, le roi se releva quatre fois la nuit, il n’alla point à la chasse, et mangea peu. Le 21 octobre, le roi se releva encore quatre fois la nuit; il ne sortit point de tout le jour, mangea en particulier et mangea peu, et, le soir, il se trouva entièrement quitte de cette incommodité, etc. » Dans ces quelques lignes, la majesté du grand roi est en déshabillé. L’habitude qu’il a de prendre tous les matins la sauge et la véronique en dit assez sur la sobriété de sa vie. Certainement, les fonctions de M. Fagon et de M. Félix n’étaient pas des sinécures.
Jean Boudin. 1696/1698. Aimé de M. Fagon, il fut nommé successivement médecin de Mme la Dauphine et du Dauphin jusqu’à leur mort, médecin perpétuel ordinaire du roi et conseiller d’État, premier médecin de la reine jusqu’en 1725, époque de sa mort.
C’est au sujet du premier médecin de la reine qu’il convient de mentionner un empiétement sur ses attributions et sur celles de l’apothicaire, que révèle Saint-Simon dans est curieuse. Saint-Simon la raconte en parlant de Mme dans ses notes sur le Journal de Dangeau (tome IV). L’anecdote est curieuse. Saint-Simon la raconte en parlant de Mme de Vizé. « Mme de Vizé était une sœur bâtarde de la reine, la seule Espagnole qui demeurât avec elle, etc. Tous les jours, dès qu’après le dîner la reine s’était tenue un moment avec ce qui s’y était trouvé, elle entrait dans un cabinet où Mme de Vizé l’attendait avec un remède qu’elle prenait aussitôt. Elle ne faisait pourtant que manger à crever après un déjeuner de viande suivi de chocolat. La collation y répondait, et elle n’en soupait que mieux. Il y aurait de plaisants contes à faire de cette bonne et vertueuse princesse, si c’en était le lieu. »
Les décanats de Farcy, de Vernage, de François Saint Yvon, de Louis Poirier, de François Afforty, de Philippe Douté, de 1700 à 1710, ne présentent aucun événement bien important. L’influence exercée par Fagon sur le corps médical est attestée par la présence de son portrait, qu’on retrouve sur les jetons de plusieurs doyens, entre autres de Vernage.
Philippe Huquet. 1713.
gauche, signé des initiales N. R. Au revers, le même Sur un autre jeton, au droit, le portrait du doyen à sujet que sur le jeton précédent, avec un dessin chiferent et la date 1714.
Jean-Baptiste Doye. 1715 et 1716.
Ce sujet mythologique ne renfermerait-il pas une allu- sion peu modeste à la victoire de la Faculté de Paris, personnifiée dans Jupiter, sur les universités provinciales?
Armand Douté. Il fut élu doyen en novembre 1716. On a vu que les électeurs nommaient plusieurs candidats dont les noms. étaient mis dans un bonnet de docteur. On tirait au sort celui du doyen. Pour que le nom de Douté ne restât pas au fond du bonnet, les électeurs le désignèrent par acclamation. L’augmentation de moitié des honoraires des professeurs, l’établissement de l’enseignement de la chirurgie en langue française, l’institution gratuite, etc., marquérent ce décanat.
Erasme Emerez. 1711 et 1712.
Philippe Caron. 1724
Nicolas Andry, élu doyen en 1724.
Etienne-François Geoffroy. 1728. Pharmacien et chimiste distingué avant de s’occuper de médecine, Geoffroy ne passa ses thèses de bachelier et de licence qu’assez tard et âgé de plus de trente ans. Il prenait toujours pour ses thèses des sujets utiles et intéressants. Celle où il demandait: Si l’homme a commencé par être ver, piqua tellement la curiosité des dames, et des dames du plus haut rang, qu’il fallut la traduire en français, afin de les initier aux mystères dont elles n’avaient pas la théorie. M. Andry se chargea de la traduction.
Une preuve, choisie avec plus de discernement, de l’estime que les médecins avaient pour Geoffroy, et de son mérite, en disant qu’on l’appelait toujours en consultation, et qu’il était celui dont tous les autres voulaient emprunter les lumières, chacun le plaçant le second après soi dans son esprit.
Les deux années de son décanat expirées, il fut appelé une seconde fois à l’exercice de cette magistrature, dont les fatigues abrégèrent ses jours.
Hyacinthe-Théodore Baron. 1731-32-33-34.
Pendant son décanat, il eut à défendre les droits de la Faculté contre le premier médecin du roi, qui, soutenu par l’autorité, voulut établir une académie rivale de la Faculté. L’exemple de Renaudot et de la Chambre royale était encore récent. Le danger paraissait grave pour la Faculté, lorsque la mort du premier médecin assura son triomphe.
Sous son décanat, la bibliothèque de la Faculté fut fondée par un legs de M. Picoté de Belêtre. Philippe Huquet ajouta, aux 2000 volumes qu’elle avait reçus, 1 300 volumes de bons ouvrages, et, en mourant, 100 volumes in-fo et in-4°. La présidente Amelot enrichit encore la bibliothèque, à laquelle Baron donna un règlement pour assurer au public l’usage et la conservation de ces utiles collections.
M.-L. Reneaume, 1734 à 1736.
Louis-Claude Bourdelin. 1736, 1737, 1738. Son père, Claude Bourdelin, aussi bon mathématicien que savant helléniste, avait fait de la médecine par goût, et on peut ajouter par bienfaisance. Quand il était appelé par des malades, il accordait la préférence aux plus pauvres. Il souffrait visiblement lorsqu’on lui donnait ce qui lui était dû. Au retour de ses visites, il était toujours accueilli par une troupe de malheureux qui l’attendaient. Son fils fut doyen en 1736. Sous son décanat, il fit adopter des règlements utiles pour la biblio- thèque.
J.-B. Chomel. 1738, 1739, 1740.
Urbain Leaulté, 1738-39.
Elias Col de Villars, 1741, 1742.
Guillaume de l’Épine, 1744-45-46.
J.-B.-T. Martineng.
H.-T. Baron, 1751. Second décanat de Baron.
J.-B.-L. Chomel. 1754-55-56.
J.-B. Boyer, 1756.
Jean le Thieullier. 1760-61-62.
J.-J. Belleteste. 1762-63-64. 1766, 1767.
Pierre Bercher, 1766, 1767
L.-P.-F.-R. le Thieullier, 1768, 1769, .
J.-L. Alleaume, 1774, 1775
J.-C. Dessessartz. 1776 et 1777.
Th. Levacher de la Feutrie. ; 1779, 1780
J. Philippe. 1780, 1781.
Et. Pourfour-Dupetit. 1782.
Ch.-Henri Sallin. 1784, 1785.
Edm.-Cl. Bourru. 1786-87-88, 1790