Sur les enseignes d’autrefois

Photo 1
Chez les anciens, chaque marchand , pour attirer les regards sur sa boutique et la faire mieux connaître, plaçait une enseigne composée, pour l’ordinaire, d’un tableau grossièrement peint avec de la cire rouge, et représentant un combat, une figure hideuse, ou les marchandises elles-mêmes. Quelques enseignes étaient sculptées.
Les villes d’Herculanum et de Pompeï ont transmis des types curieux et significatifs telles les deux enseignes découvertes à Pompéi. (photos 1 et 2)

Photo 2
On y voit aussi, dans l’Île des Bains, à la porte d’un maître d’armes, ou professeur de gladiateurs, une peinture représentant deux combattants. Un maître d’école avait pour enseigne un enfant recevant le fouet.
Les mêmes intérêts ont donné lieu aux mêmes usages dans les temps modernes.
Les archives municipales, et surtout les actes du tabellionage (notariat), révéleraient une longue série d’enseignes.
Sous le titre de : Échantillons curieux de statistique, Ch. Nodier, dans une de ses notices publiées en 1835, rappelle un certain nombre d’enseignes des tavernes de Rouen, dont un édit du parlement de Normandie, de la fin du seizième siècle, avait interdit l’entrée aux habitants de la ville. défendant à ceux qui les tenaient ouvertes d’asseoir désormais aucun homme du lieu.
« II y avait, dit-il, au bout du pont : le Croissant, la Lune, l’Ange, les Degrés, les Flacons, et l’Image de saint François.
«Sur les quais: l’Épée, le Baril d’or, le Trou du Grédil, le Penneret (ou Pavillon), l’Éléphant, l’Agnus Dei. le Hable, le Cerf, le gros Denier, le Moustier, l’Esturgeon, le Daulphin, le Chauderon, le Holà du bœuf, la Chasse-marée, le Grand moulin, et la Fontaine bouillante.
« Au port du Salut : le Salut d’or, la Pensée, la Teste sarrazine, la Verte maison, et les Pelotes.
« Au pied du Mont Sainte-Catherine ou aux environs: l’Image sainte Catherine, le Petit lion, la Salamandre, et le Chaperon.
« Près de la Halle : la Teste-Dieu, la Croix verte, les Saulciers, l’Ours, le Coulomb (ou Pigeon), la Coupe, la Fleur de lys, la Barge (photo 3)( La maison de la Barge (barque) existe encore rue Grand-Pont ; elle porte le numéro 36. L’enseigne en relief a été transportée au Musée d’antiquités du département. Elle était montée à l’entrée de la maison, sur le pignon de la porte surbaissé en moulures gothiques du quinzième siècle. Elle représente une barque, la voile enflée et voguant sur les flots agités), l’Écu de France, le Grand Grédil, le Loup, la Hache, et la Hure.
« Sur Robec : la Pelle, les Avirons, le Chaperon saint Nicaise, le Coq, les Balances, la Petite taverne, qui était particulièrement fréquentée par les jeunes gens de mauvaise conduite ; l’Escu de sable, l’Agnelet, le Pot d’étain, le Rosier, la Rose, le Moulinet, la Chèvre, les Maillots, les Signots, saint Martin, la Cloche, et l’Arbre d’or.
« Au Marché-Neuf : les Coquilles, le Petit pot, le Pèlerin, la Tour pierrée, et la Croix blanche.
« Près de Beauvoisins : le Chapeau rouge, la Bonne foi, les Trois Mores, le Lièvre, l’Estrieu, le Barillet, et la Pierre.
« Il y avait encore la Pomme d’or près la porte Cauchoise, et on avait laissé ouvertes aux Cauchois les tavernes de saint Gémis.
« Quant à l’Image saint Jacques, elle fut privilégiée, il parait qu’elle eut le précieux monopole des Trimballes (trimballe ou triballe, du vieux verbe trimballer, traîner, rouler, conduire après soi.

Photo 3 – L’enseigne de la Barge— Bas-relief conservé au Musée de Rouen.
Dans la même notice se trouvent mentionnées quelques enseignes de la ville de Paris :
« La Pomme de pin, le Petit diable, la Grosse tète , les Trois maillots , saint Martin, l’Aigle royal, le Riche laboureur, le Grand cornu, la Table du valeureux Roland, la Galerie, l’Échiquier, les Trois entonnoirs, l’Escu, la Bastille, l’Escharpe, l’hôtel du Petit saint Antoine, les Torches, les Trois quilliers. »
Un fou de cabaretier de la rue Montmartre avait pour enseigne la Tête-Dieu ; le curé de Saint-Eustache eut bien de la peine à la lui faire ôter. Il fallut une condamnation pour cela. (Tallement des Réaux.)
Tallement raconte aussi l’histoire d’une enseigne de Notre-Dame, sur le pont Notre-Dame, que le peuple croyait avoir vue pleurer et jeter du sang. L’archevêque la fit ôter.
Le même auteur raconte qu’un commis borgne ayant exigé d’un cabaretier des droits qu’il ne devait pas, le cabaretier, pour s’en venger, fit représenter le portrait du commis à son enseigne, sous la forme d’un voleur, avec cette inscription : « Au Borgne qui prend. » Le commis s’en trouvant offensé, vint trouver le cabaretier et lui rendit l’argent des droits en question , à la charge qu’il ferait réformer son enseigne. Le cabaretier, pour satisfaire à cette condition , fit seulement ôter le P; si bien qu’il resta : « Au Borgne qui rend, » au lieu du « Borgne qui prend. »
Il y avait un éveillé de cordonnier à la rue Saint-Antoine, à l’enseigne du Panlalon, qui, quand il voyait passer un arracheur de dents, faisait semblant d’avoir une dent gâtée , puis le mordait bien serré, et criait : Au renard ! Un arracheur de dents qui savait cela cacha une petite tenaille dans sa main, et lui arracha la première dent qu’il put attraper ; puis il se mit à crier : Au renard !
Du reste , ce n’étaient pas les marchands seuls qui plaçaient des signes particuliers sur la façade de leurs maisons.
Pierre Costar, historiographe , né à Paris en 1603, mort le 13 mai 1660, était fils d’un chapelier de Paris, qui demeurait sur le pont Notre-Dame, à l’Ane rayé (zèbre). Son père le lit étudier; il réussit, et ne manquant pas de vanité , non plus que d’esprit, il se voulut dépayser et demeura presque toujours dans la province; de sorte que la première fois qu’il revint à Paris, il se voulut faire passer pour un provincial ; mais quelqu’un lui dit joliment qu’il ferait tort à Paris de lui ôter la gloire d’avoir produit un si honnête homme, et que quand il le nierait, Notre-Dame pourrait fournir de quoi le convaincre. Il faisait allusion à l’enseigne de la boutique du père Costar.
Collier, médecin de Louis XI, que celui-ci voulait faire périr un jour, se bâtit une maison à Paris avec cette enseigne-rébus : « à l’Abri-Cotier. »
Jacques Androuet, architecte, né à Paris, avait pris pour enseigne de sa maison, qui était située à l’entrée du petit Pré aux Clercs, près de la porte de Nesle, un cerceau ou cercle qui était appendu au-devant de son habitation. De ce cerceau, il fit une appellation qu’il ajouta à son nom de famille, comme une espèce de titre seigneurial fort à la mode en ce temps-là, et qui l’est encore de nos jours.
A Paris, l’imprimerie et le commerce de la librairie s’étaient établis dans le quartier latin ; toutefois ils étaient descendus jusque dans la Cité, où demeurait Simon Vostre, connu pour ses livres d’Heures, à l’usage de différents diocèses de France, imprimés à la fin du quinzième siècle et au commencement du seizième. Simon Vostre demeurait rue Neuve-Notre-Dame, et sa boutique portait pour enseigne saint Jean-Baptiste.
Thielman Kerveo, autre imprimeur libraire en 1525, avait pris pour enseigne la Licorne. Il demeurait rue Saint-Jacques.
Nicolas Bonfons, annotateur des Antiquités de Paris, de Gilles Corrozet, dont une nouvelle édition parut en 1536, demeurait rue Neuve-Notre-Dame, et avait adopté pour enseigne saint Jean-Baptiste.
Au coin de la rue Charretière et de la rue Fromentel, il existe une ancienne maison à la façade de laquelle se voyaient plusieurs inscriptions, dont l’une indiquait la date de sa construction, 1606. Le propriétaire avait pris pour enseigne le roi régnant, Henri IV, sous le patronage duquel cette maison a été connue jusqu’à ce jour; et comme il voulait consacrer cette désignation par on signe durable, il fit sculpter la statue en pied du monarque, laquelle est restée sur son support jusqu’à l’année 1792, où elle fut détruite. Ce n’est qu’à la restauration de la maison de Bourbon que cette enseigne fut rétablie, non en pierre comme l’ancienne, mais en peinture à l’huile, et couronnée d’un auvent avec l’inscription : « Au grand Henri. »
Afin de rabattre un peu l’orgueil de ceux qui croient le monde plus spirituel qu’il y a trois siècles, et se figurent que le moderne charlatanisme surpasse tout, il convient de faire observer que certaines enseignes burlesques dont l’étymologie semble bizarre à plus d’un négociant parisien, sont les tableaux morts de vivants tableaux, à l’aide desquels nos ancêtres, fins matois, réussissaient à amener les chalands dans leurs maisons. Ainsi la Truie qui file, le Coq-Héron, le Singe vert, etc., furent des animaux en cage dont l’adresse émerveillait les passants, et dont l’éducation prouvait la patience de l’industriel au quinzième siècle. De semblables curiosités enrichissaient plus vite leurs heureux possesseurs que les enseignes dévotes, telles que la Providence, la Grâce de Dieu, la Bonne foi, la Décollation de saint Jean-Baptiste, le Signe de la Croix, que l’on voit encore rue Saint-Denis et dans d’autres vieux.quartiers.
L’ouvrage Intitulé : Histoire et recherches des Antiquités de la ville de Paris (t. III), par Henri Sauval, donne quelques détails sur des enseignes ridicules :
« A la Roupie », une pie et une roue.
« Tout en est bon », c’est la Femme sans tête.
« A l’Assurance », un A sur un ance (anse).
« La Vieille science », une vieille qui scie un ance (anse).
« Au Puissant vin », un puits dont on tire de l’eau.
« Les Sonneurs pour les trépassés », des sous neufs et des poulets tués.
Sauvai ajoute : « L’enseigne de la Truie qui file., qu’on voit à une maison du marché aux Poirées , rebâtie depuis peu, est fameuse par les folies que les garçons de boutique des environs y font à la mi-carême, comme étant sans doute un reste du paganisme. »
Ce bas-relief de la Truie qui file existe encore à la maison qui porte le n° 24, au coin de la rue de la Cossonnerie., Cette enseigne a eu la vogue dans son temps, car on la voyait à Amiens, à Caen, à Chartres, à Dieppe, au Mans, au Mont Saint-Michel. Un relief, représentant ce sujet, existait aussi à l’intérieur de la cathédrale de Chartres, sur une console placée au-dessus de « l’Ane qui vielle. »
Le même auteur fait connaître qu’autrefois, à Paris, les marchands de divers métiers avaient la coutume de mettre à leurs fenêtres et sur leurs portes des bannières en forme d’enseignes, où se trouvaient figurés le nom et le portrait du saint ou de la sainte qu’ils avaient choisi pour patron. Cependant on rencontrait aussi parfois, au lieu d’une figure de moine ou de vierge martyre, divers emblèmes ou rébus du genre de ceux citer précédemment.
On voyait jadis à Troyes une enseigne avec ce titre : « le Trio de malice;» elle représentait un singe, un chat et une femme.
Souvent on employait pour emblème un animal ou un objet quelconque, une idée bizarre où absurde, comme « le Chien qui rit;» ou une épigramme, comme «le Grand passe-partout, » représenté par un louis d’or.
Le Signe de la Croix est une enseigne en forme de rébus encore assez commune aujourd’hui : c’est un cygne surmonté d’une croix, ou bien c’est une croix seulement.
Quelquefois la marque ou l’insigne de la profession de l’habitant était reproduite en sculpture. Un ou plusieurs barils indiquaient un tonnelier ou un cabaret, etc.
On a vu à Rouen, sur la maison de bois occupée par un taillandier, rue des Bons-Enfants, un bas-relief représentant un sac d’où sortaient des outils de serrurier ou de maréchal.
A Caen, trois fers de cheval sont sculptés sur la clef de l’arche d’une maison, rue de Bayeux. C’est évidemment l’enseigne d’un maréchal ferrant.
A Pont-Audemer (Eure), une maison bâtie dans le dernier siècle, place Maubert, par un maréchal ferrant, ainsi que le constate une inscription, porte, à sa façade, un bas-relief relatif à la profession du propriétaire, et les outils aux clefs de voûte des fenêtres.
A Strasbourg, dans une petite rue aboutissant à la place Kléber, la maison en pierre d’un boulanger a pour enseigne un écu des derniers temps du moyen âge, chargé de trois brechstel, ou petits pains enlacés, de manière à figurer un trilobé.
A Graçay, à 24 kilomètres de Vierzon, un écusson du dix-septième siècle, avec deux moutons, une tête de bœuf, un soufflet, des couteaux, semble indiquer que la maison qui le porte appartenait à un boucher.
Sur l’une des premières maisons, bâties au Havre, on voyait au poteau d’encoignure un bas-relief en forme d’enseigne, représentant une barque à rames avec un batelier et un passager. On croit qu’elle était la demeure du batelier qui passait d’un bout à l’autre de la crique séparant les quartiers Notre-Dame et Saint-François. Ce poteau est déposé dans le Cabinet des modèles relatifs aux travaux du port. On croit que la maison à laquelle il appartenait, démolie en 1823 pour faciliter l’accès du pont Notre-Dame, a été bâtie en 1523.
Il existe à Rouen, rue des Hermites, n° 23, une maison portant le millésime de 1607, et décorée de trois bas-reliefs : elle était sans doute occupée, comme elle l’est encore aujourd’hui , par un tanneur. A la gauche du spectateur, on voit sculpté en pierre un saint Jean-Baptiste, patron du propriétaire-constructeur ; à droite, une sainte Marguerite, patronne de sa femme, et au milieu un arbre, qui est un chêne, dont l’écorce s’emploie dans les tanneries, symbole de la profession du maître de la maison.
On trouve dans la même ville un chiffre curieux, que nous ne pouvons expliquer, sculpté sur la boutique de la maison , rue Écuyère, n° 22, avec la date de 1603. Des chiffres de. même genre, où l’on voit aussi quelquefois un 4, ont été employés par des imprimeurs dans les marques de leurs livres, lesquelles, fort souvent aussi, leur servaient d’enseignes, et vice versa. Peut-être la maison dont il s’agit était-elle habitée par un imprimeur.
La marque que l’imprimeur Adam Cavelier avait adoptée pour les livres qu’il éditait, se retrouve, comme enseigne, à la façade de la maison qu’il habitait à Caen, rue des Jésuites, actuellement rue de la Préfecture. Cette maison porte le millésime de 1628 et le n° 30. C’est un grand médaillon en bas-relief, parfaitement conservé et très-bien exécuté, représentant un cavalier armé de toutes pièces, ayant sur la poitrine le monogramme du nom de Jésus avec la légende : IN NOMINE TVO SPERNEMVS INSVRGENTES IN NOBIS. Psa. 4|3.(photo 4)
Une enseigne-rébus, «le Petit cornet dor, » existait encore, il y a moins de trois ans, à Rouen, rue Saint-Nicolas, sur la maison qui fait aujourd’hui l’encoignure de la rue de la république. On lisait ces mots : av petit, gravés sur la pierre, et au-dessous se trouvait un cornet sculpté.
On disait autrefois d’un méchant portrait, d’un méchant tableau, qu’il était bon à faire une enseigne. Les choses ont bien changé depuis un siècle. Watteau fit pour une marchande de modes du pont Notre-Dame, à Paris, une enseigne qui obtint les honneurs de la gravure. A peu près dans le même temps, on admirait, à la descente du Pont-Neuf, l’enseigne du «Petit-Dunkerque. » Sous Louis XIV, celle d’un armurier du pont Saint-Michel fut achetée, comme tableau, par un riche financier.
Au commencement du dix-neuvième siècle, on citait parmi les enseignes remarquables celle d’un marchand de cristaux dans la rue qui a repris le nom de rue Royale, près la porte Saint-Honoré. Malheureusement cette enseigne était peinte sur des volets, et le marchand ayant changé de domicile , elle fut effacée.
En 1804, « la Fille mal gardée», enseigne d’un marchand de cotonnades, attira la foule rue de la Monnaie. En 1808, « la Toison de Cachemire, » rue Vivienne, obtint les suffrages de tous les connaisseurs. Bientôt après parurent dans la même rue « les Trois Sultanes; » puis « le Couronnement de la Rosière, Joconde, » encore dans la même rue ; « le Comte Ory » sur les boulevards. Communément ce sont ainsi des pièces de théâtre qui fournissent aux marchands les sujets de leurs enseignes. Dès qu’une pièce a la vogue, c’est à qui, le premier, en fera peindre une scène ; quelquefois l’enseigne est un contre-sens. Comment ne pas sourire quand on voit pour enseigne, au magasin de deux associés, « les Deux Gaspard, » qui se filoutent à qui mieux mieux? Quel fonds devrait-on faire, si l’on prenait au sérieux les enseignes, sur un établissement de commerce qui s’annonce sous les auspices des Danaïdes, ces stériles travailleuses qui s’épuisent à remplir un tonneau toujours vide? Est-ce enfin pour encourager les gens qui achètent, que cet autre marchand a fait peindre M. Guillaume laissant emporter ses dix aunes de drap marron par « l’Avocat Patelin? »
Des enseignes parfaitement analogues à leur objet, sont : « les Architectes canadiens, » au-dessus de la boutique d’un marchand de chapeaux, et « le Débarquement des chèvres du Thibet, » au-dessus d’un magasin de châles.
Outre les tableaux, il y a des enseignes parlantes ; et comme chacun veut enchérir sur son voisin, on voit des gants dont chaque doigt est de la grosseur du bras, et des hottes qui contiendraient autant de liquide qu’un muid. Quand tous veulent se distinguer, personne ne se distingue.
Il y a soixante-dix ans, c’était encore pis. Un moraliste, qui écrivait au milieu du dix-huitième siècle, dit : « J’ai vu suspendre aux boutiques des Volants de six pieds de hauteur, des Perles grosses comme des tonneaux ; des Plumes qui allaient au troisième étage. » La police fit réduire ces enseignes à une grandeur raisonnable.
En 1826 parut un livre de 160 pages, intitulé : Petit dictionnaire critique et anecdotique des enseignes de Paris, par un batteur de pavé; imprimerie de H. Balzac (le fameux romancier ), rue des Marais Saint-Germain, n° 17, avec cette épigraphe : « A bon vin, point d’enseigne. »
L’auteur de cet ouvrage ne s’est occupé que des enseignes modernes peintes, qu’il a rangées par ordre alphabétique, et qu’il critique ou loue plus ou moins. Il cite l’enseigne : « A l’Épi-scié,» boulevard du Temple, n° 4, débit d’eau-de-vie, etc. (un moissonneur, une faucille à la main, vient de couper un épi que l’on voit couché sur le sol); et une « Fontaine de Jouvence, » magasin de nouveautés, rue des Moineaux, n° 3.
Une ordonnance de Moulins de 1567 prescrit à ceux qui veulent obtenir la permission de tenir auberge, de faire connaître au greffe de la justice des lieux leurs noms, prénoms, demeures, affectes et enseignes.
Pus tard, l’enseigne fut exigée par l’article 6 de l’édit de Henri III, de mars 1577, qui ordonne aux aubergistes d’en placer une aux lieux les plus apparents de leurs maisons, « à cette fin que personne n’en prétende cause d’ignorance, même les illettrés. »
Sous Louis XIV, l’enseigne devint purement facultative, et l’ordonnance de 1693 permet aux hôteliers de mettre, pour la commodité publique, telles enseignes que bon leur semblera, avec une inscription contenant les qualités portées par leurs lettres de permission.
On a vu des modèles d’armatures, potences et cadres d’enseignes du seizième siècle, composés par Jacques Androuet du Cerceau, et gravés, en 1570, dans ses Détails de serrurerie.
Les enseignes des boutiques des marchands de Paris et autres lieux étaient jadis suspendues à de longues potences en fer ou en bois au-dessus de la rue , au grand péril des passants. Pour remédier à cet inconvénient, le lieutenant de police de Sartines publia en 1761, le 17 septembre, une ordonnance qui enjoignait à toutes personnes se servant d’enseignes de les faire appliquer en forme de tableaux contre le mur des boutiques ou maisons , et de telle sorte qu’elles n’eussent pas quatre pouces de saillie. Cette mesure de police fut successivement adoptée par les autres grandes villes du royaume, et, depuis bien longtemps, il n’y a guère que les petites villes et les bourgs qui aient conservé l’ancien usage des enseignes pendantes.
Antérieurement à l’année 1728 , les noms des rues de Paris n’existaient que dans la mémoire des habitants. On prescrivit par une ordonnance de cette année qu’à l’avenir les noms des rues seraient inscrits sur des feuilles de tôle à toutes les encoignures des rues. On voit encore de ces plaques où le millésime de 1728 est ajouté au nom de la rue. Les autres grandes villes de France durent imiter ce qui venait de se pratiquer à Paris. Il existe aussi à Rouen quelques-unes de ces premières inscriptions sur plaque de tôle ou de fer-blanc, repoussées en bosse, et dont l’ancienneté se marque par l’emploi de V pour U, et vice versa.
Après l’usage de la tôle vint la gravure en creux sur la pierre même des maisons ou des murs peinte en noir ; puis l’écriture sur la pierre , en lettres de couleur sur un fond d’une autre couleur ; et eu dernier lieu l’emploi de plaques de porcelaine, dans quelques villes où des fabriques de ce genre d’industrie sont établies ou près desquelles il s’en trouve, comme Bayeux et Caen.
L’usage de numéroter les maisons est tout à fait moderne. Ce n’est qu’en 1788 qu’eut lieu pour la première fois, à Rouen, le numérotage qui avait été ordonné à Paris vingt ans auparavant, dit-on, mais qui ne fut mis à exécution que beaucoup plus tard, puisque, même en 1788, on ne voit encore que des exemples partiels de numérotage sur des maisons de libraires.
Pour aider à trouver la demeure des habitants, souvent on divisait une rue en plusieurs parties auxquelles on donnait un nom différent. Mais le moyen qui facilitait le plus la reconnaissance des maisons était l’emploi d’enseignes appartenant en propre à un grand nombre d’entre elles , comme on en voit encore de nos jours aux hôtelleries. Ces signes ou enseignes étaient sculptés sur la pierre ou le bois, ou bien étaient figurés sur une feuille de tôle peinte, pendant à une potence mobile fixée à la façade, comme cela se pratique encore de nos jours aux auberges qui sont hors des grandes villes.
Richard Goupil, célèbre imprimeur du commencement du seizième siècle (1510), habita la maison de la « Tuile d’or, » que nous avons vue rue Malpalu, n° 24, à Rouen. Ce bout de la rue Malpalu s’appelait alors, de l’enseigne de cette maison , « rue de la Tuile d’or ». Il est aujourd’hui compris dans la rue de la République. L’enseigne consistait en une tuile d’or figurée sur une feuille de tôle, non plus libre à sa potence, mais clouée à la muraille, comme toutes les antres.
Une des plus vieilles enseignes peintes sur panneau de bois (elle doit avoir quelque cent vingt ans), existe à Rouen, à la maison n° 26 , rue des Bons-Enfants. C’est celle d’un fabricant de pompes à incendie. La partie du centre offre, dans un cartouche ornementé comme au milieu du dix-huitième siècle, une pompe à incendie avec cette inscription : « A la Pompe royale; » et autour : « NsThillaye, fabricatevr de pompes par privilége du roy. »
On voit dans la même ville plusieurs curieuses enseignes exécutées en bas-relief.
On citera d’abord celle de la rue Étoupie, indicative d’une maison qui n’était pas habitée par un commerçant, et qui est gravée clans la Description historique des maisons de Rouen. Cette enseigne représente une ville en perspective cavalière ou à vol d’oiseau entourée de son fossé plein d’eau, de ses murailles garnies de tours, et dans le sein de laquelle on voit deux églises avec leurs clochers, des rues et des portes fortifiées. Deux voyageurs ou pèlerins de très grande taille, relativement, se dirigent vers la ville. Cette maison a conservé le nom de la cité de Jérusalem, de son bas-relief qui est daté de 1580.
Les autres enseignes sont les suivantes :
« La Samaritaine, » rue Caqucrel, n° l3 (date de 1580) ;
« Le Havre de Grâce, » rue Ecuyère, n° 20, représentant un port de mer, exécuté à la fin du seizième siècle ;
Une figure de l’Espérance, avec cette suscription gravée : « Bon espoir, » et le millésime de 1622, a donné le nom de Bon-Espoir à la rue où on la voit servant de décoration à la maison n° 11. …
Le Musée d’antiquités du département de la Seine-Inférieure (Seine Maritime) a recueilli trois bas-reliefs qui étaient des enseignes de maisons.
Le premier provient d’une maison en bois rue Grand-Pont, n° 36, appelée la Barge (barque), d’après un titre qui remontait à l’année 1458.
Le deuxième a été retiré d’une maison faisant face à la place Saint-Ouen, et dont l’entrée est rue de l’Hôpital, n° 2. Une femme a les pieds appuyés sur une conque traînée par deux chevaux marins et portant une voile enflée. C’est la Fortune, et non une Vénus marine, ainsi qu’on l’a dit par erreur.
Le troisième bas-relief est la belle enseigne de l’Île du Brésil (photo 5)(Dans les premières relations adressées du pays de Santa-Cruz en Portugal, ce vaste pays est désigné sous le nom d’île. Les navigateurs normands partageaient naturellement cette erreur avec les premiers explorateurs du pays.) que l’on voyait rue Malpalu avant le percement de la rue de la République ; enseigne dont la sculpture sur bois était dépassée par les charmantes figurines, presque de ronde bosse, qui ornaient les montants ouvragés d’une très remarquable façade perdue à toujours par l’incurie d’un charpentier.
Ce bas-relief se compose de deux parties, et représente l’exploitation et l’embarquement de bois du Brésil, bois qui est employé dans la teinture, et probablement à la destination de Rouen, dont les négociants entretenaient des relations avec le Nouveau-Monde. Le bois du Brésil fut pendant longtemps le seul objet commercial qui appelât les Rouennais dans l’Amérique du Sud. Moyennant quelques bagatelles, les Indiens allaient débiter ce bois dans les. forêts lointaines, et ils le rapportaient toujours à dos d’hommes, malgré d’extrêmes fatigues. De grandes fortunes furent réalisées à Rouen grâce à ce trafic. Il est aussi très-vraisemblable que ce bas-relief fut exécuté vers l’année 1550, c’est-à-dire à l’époque où Henri II, roi de France, et Catherine de Médicis, sa femme, firent leur entrée à Rouen. Une.relation du temps, extrêmement rare et curieuse, rapporte que, entre autres divertissements, le corps municipal les régala du singulier spectacle de la représentation du pays et des naturels du Brésil, dans lequel figurèrent plusieurs espèces de singes et grand nombre de perroquets et autres oiseaux, que les navires des bourgeois de Rouen avaient apportés du pays pour la circonstance, ainsi que trois cents hommes façonnés et équipés à la mode des sauvages, parmi lesquels il y eu avait bien, dit la relation, cinquante naturels sauvages. Le style des figures de cette enseigne est imité de Michel-Ange, mais un peu outré.
Il y a soixante ans, la ville de Paris possédait une grande quantité d’enseignes dont beaucoup devaient être très-curieuses; depuis ce temps il s’y est opéré tant de changements, tant de maisons ont disparu et avec elles leurs enseignes, que de celles-ci il ne reste qu’un très petit nombre. On en a retrouvé quelques-unes, entre autres (photo 4):
« La Gerbe d’or, » sculptée en pierre, à la maison n° 2, rue aux Fèves, dans la Cité (seizième siècle).
« Le Fort Samson, rue du Dragon, n° 24, en face la petite rue Taranne. (C’est un fort remarquable médaillon en faïence émaillée du seizième siècle, représentant Milon de Crotone. )
« La Fontaine de Jouvence, » rue du Four-Saint-Germain, n° 67, jolie sculpture du seizième siècle. (On se rappelle que Jouvence était une nymphe que Jupiter métamorphosa en une fontaine aux eaux de laquelle il donna la vertu de rajeunir ceux et celles qui iraient s’y baigner, ou qui en boiraient.)
« La Petite Hotte, » rue des Prêcheurs, n°30. (Dans une niche en pierre, on voit une petite hotte supportée par un cul-de-lampe orné de feuilles d’eau et surmonté d’un dais également.sculpté. La hotte est remplie de fruits à pépins: c’est un travail du commencement du seizième siècle.)
« La Chaste Suzanne, » rue aux Fèves ; bas-relief en pierre que le propriétaire a vendu à un amateur ; la perfection du style le faisait attribuer à. Jean Goujon. C’est un moulage en plâtre de ce bas-relief qui en occupe aujourd’hui la place.
« Le Puits sans vin, » près de l’église Saint-Magloire ; enseigne d’un marchand de vin.
« Au Cheval blanc, » rue de l’Arbre-Sec, n° 19, un cheval sculpté en ronde bosse, au-dessous duquel on lit en lettres gravées sur un marbre noir : « Au Cheval blanc, » et plus bas la date de 1618. C’est une enseigne rapportée à une maison moderne.

Photo 4
On indiquera quelques enseignes de la rue Saint-Denis, comme le Chat noir, maison n° 82 ; le Centaure, maison n° 77; Hercule, au n° 400, lesquelles paraissent dater du siècle dernier, de même que le Chien rouge, rue de la Ferronnerie ; le Gagne-Petit, rue des Moineaux ; le Cherché-Midi, rue du Cherche-Midi, n° 19 , etc. ; mais on arrêtera l’attention sur le Puits d’amour, ancienne enseigne tirée d’une légende,et que l’on voyait il n’y a pas longtemps au n° 15 delà rue de la Grande-Truanderie, à l’angle de la Petite-Truanderie. Un boulanger qui occupait cette maison ayant transporté son établissement au n° 14, a enlevé l’enseigne et l’a replacée à son nouveau domicile. Cette enseigne du Puits d’amour a une origine toute dramatique, dont les détails sont racontés par Sauval ( Antiquités de Paris), et aussi par Sainte-Foix (Essais sur Paris). Une jeune fille, nommée Agnès Hillebik, fille d’un haut personnage de la cour de Philippe-Auguste, ayant été abandonnée par son amant, de désespoir se précipita dans un puits, qui était originairement placé à l’angle des rues de la Grande et de la Petite-Truanderie. Trois siècles après cet événement, un jeune homme, désespéré par les dédains d’une jeune fille qu’il désirait épouser, s’y jeta, mais avec une chance plus heureuse; car la rebelle, vivement émue de cet acte de désespoir, eut le temps de lui jeter une corde et de le soustraire au trépas dont il était menacé. Pour consacrer sa reconnaissance par un monument public, ce jeune homme fit refaire le puits à neuf et graver sur la margelle l’inscription suivante :
L’amour m’a refait
En 1523 tout à fait.
« Le Verd soufflet » est une enseigne qui appartient à Abbeville, et que l’on voit dans la rue des Jacobins, au n° 20 (dix-septième siècle).
« Le Corbeau » est une autre enseigne de la même ville, rue des Lingers, n° 26 : la maison porte la date de 1663. Toutes deux sont en pierre.
On a fait à Amiens une assez ample moisson d’enseignes intéressantes; on en cite quelques-unes. (Photo 4)
« L’Espousée, » (seizième siècle) recueillie au musée d’antiquité de la ville. Cette enseigne appartenait au marché aux herbes.
« Au Noble d’or » rue des Chaudronniers. Le Noble d’or est une allusion à la monnaie de ce nom. C’est un personnage à mi-corps portant une couronne et tenant de la main gauche une espèce de sceptre. Deux écus non blasonnés l’accompagnent. Au-dessus de celui qui est ù sa gauche se trouvent les lettres A. L.
« Au Sagittaire » rue des Vergeaux. C’est le signe du zodiaque qui existait aussi sur une maison d’Orléans.
« A l’Assurance » petite rue de Beauvais, un A sur une anse. Sauval (Antiquités de Paris), parle de cette enseigne-rébus que l’on voyait aussi à Paris.
Parmi les autres enseignes existant à Amiens, sont :
« Au Dromadaire, » rue de la Hautoie. Un dromadaire est porté sur une console.
« Saint Jean-Baptiste » rue de la Hautoie. C’est une tête de saint Jean inscrite dans un cercle.
« Au Somon d’argent » rue des Chaudronniers. Au-dessus du poisson on lit la date de 1731.
« Les Trois Cornets » rue des Chaudronniers.
« Au Blan beuf » marché aux Herbes, date de 1674.
« A la Barbe d’or » marché aux Herbes.
» A la Roue d’argent » rue Saint-Leu, date de 1657.
« A l’Anonciation » rue des Orfèvres (1680).
« A l’Agnus Dei » rue Saint-Leu (1716).

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Outre ces vieilles enseignes, on en voyait beaucoup d’autres qui ont disparu depuis quinze à vingt ans seulement, appartenant aux quinzième et seizième siècles, et dignes d’intéresser les antiquaires et les physiologues; tels étaient le Fourché (fourche), l’Affligent, le Cappel de violettes, l’Espée Ogier, le Haubregon, le Blan Coulon, l’Estoile poinchineuse, le Heaulme, etc.
Le Blan Coulon, ou Blanc Coulon, vent dire le blanc pigeon. On se sert encore en Picardie de ce mot, si vieux qu’il soit, et qu’il ne faut pas traduire par coulomb ou colombe. On y dit communément dans beaucoup de villages, « des biaux coulons » pour de beaux pigeons.
On voyait aussi, il n’y a pas encore bien longtemps, sur la Grande-Place d’Arras, l’hôtellerie du Heaume , dont la façade était décorée d’un heaume.
On n’emprunte à Beauvais que l’enseigne de l’épicier-moutardier. C’est une de ces facéties dont nos pères, plus rieurs que nous ne le sommes à présent, ne se faisaient pas faute. Ce relief était placé sur une maison située dans la rue du Châlié. Elle est conservée au musée d’antiquités de la ville.
Il existe encore à Bourges quelques enseignes remarquables. On signalera celle que l’on voit dans la rue des Trois-pommes, et qui a donné son nom à cette rue. L’enseigne du Barbeau, clans la cour du Barbeau, section Saint-Privé , porte l’inscription suivante en caractères gothiques : « Au Barbeau coronca »

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On reproduit aussi un pilier d’angle, sculpté de trois flûtes énormes, prises dans une seule pièce de bois, au coin des rues Joyeuse et Bourbonnoux.
La Poissonnerie de Bourges, bâtie en bois au quinzième siècle, nous offre un écu chargé de trois poissons placés l’un sur l’autre les têtes en haut; une à gauche, une à droite, la dernière an milieu.
Les poissonneries de plusieurs autres villes sont aussi décorées de semblables insignes.
Ainsi, à Chartres, un saumon est sculpté sur la poutre d’une maison de la place de la Poissonnerie.
A Rouen , place du Vieux-Marché, à l’endroit où se vend le poisson, la maison n° 17 porte une pièce de bois sculptée représentant un triton, une syrène et un poisson, qui parait être un dauphin, an milieu de ces deux figures.
La ville d’Évreux ne possède plus qu’une seule de ses anciennes enseignes : « Les Quatre Fils Aymon, » type curieux tiré d’une vieille légende et qui s’est multiplié dans, toutes nos villes au seizième siècle. On voit aussi, à Lille, ce sujet sur une maison rue de la Barre.
La même enseigne existait à Blois, à Beauvais, où elle a passé dans les mains d’un amateur, à Valenciennes, etc.
Les quatre fils Aymon sont représentés casque en tète, cuirassés et armés, montés sur le même cheval qui est bardé de fer. L’un porte une hallebarde, l’autre une rondache; le troisième a la main sur un long poignard, appelé miséricorde; et le quatrième l’a sur une épée. L’armure du cheval est composée de cinq pièces, savoir : du chanfrein, espèce de masque ou de petit bouclier modelé sur la. forme de la tôle du cheval et s’y appliquant exactement ; de la crinière ou barde de crinière, pièce composée de tasseaux articulés et mobiles qui protégeaient la partie supérieure du cou ; du poitrail ou devant de barde (ainsi que l’appelle une ordonnance de Henri II, de l’an 1549), et des flançois, La première de ces pièces garnissait le poitrail, et les deux autres les flancs du cheval. Ce sujet est placé dans un paysage, où l’on voit à gauche une église, et à droite un fort.
On remarque dans la Grande-Rue, au Mans, une maison gothique, en bois, à deux étages. Sur les poteaux d’encorbellement du rez-de-chaussée, on voit deux personnages vêtus comme au quinzième siècle, entre lesquels s’élève un écusson sur lequel on lit en lettres modernes à l’encre : « Aux deux Amis ». Un autre personnage paraît être un voyageur qui porte un ballot sur le dos. C’était probablement l’enseigne d’une hôtellerie.
Orléans a fourni dans ses enseignes du seizième siècle plusieurs sujets sculptés en pierre. Telle est l’enseigne de l’Ours : « A l’Ovrs, » marché à la Volaille, n°4 , fort bien exécutée en bosse ; celle de « la Carpe », « rue des Hôtelleries, n° 11, sculptée sur un joli cartouche du temps de Henri II ; et celle de « l’Écrevisse » rue de l’Écrevisse (photos 6 et 7). C’est une écrevisse, figurée en terre cuite ronge, encastrée dans un mur, base ancienne d’une maison démolie. Une étoile et un poisson sont au-dessus pour faire connaître probablement que là on trouvait gîte de jour et de nuit.

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Beaucoup d’autres curieuses enseignes au nombre desquelles on citait : « les Lacs d’amour, le Tabour (tambour), la Fontaine de Jouvence, etc. » ont successivement disparu d’Orléans depuis vingt-cinq ans environ.
Dans la rue de la Pierre-Percée est l’enseigne du « Sagittaire,» mais le bas-relief est fruste, et totalement dégradé. « Le Bon Pasteur,» rue Vieille-Peignerie, n° 9, est une sculpture assez bien conservée.
A part la maison de la rue aux Fèvres, couverte de sculptures de l’époque de Louis XII, et qu’une assez juste célébrité a protégée jusqu’ici, Lisieux a perdu en grande partie sa physionomie du moyen fige.
On a été assez heureux, cependant, pour rencontrer dans la rue de la Boucherie, une maison de la fin du quinzième siècle ou du commencement du seizième, à la porte de laquelle un médecin et un apothicaire sont sculptés, chacun à part, sur les montants. Le médecin., vêtu d’un long manteau, a la tête couverte d’un chapeau et regarde le contenu d’une bouteille qu’il tient d’une main, tandis que l’autre est appuyée sur une escarcelle. Devant lui est un lutrin portant un livre ouvert. L’apothicaire a dans les mains un tamis double. Une sorte de torsade très peu apparente, qui se trouve au milieu de la partie cylindrique, semble indiquer la place du crin. Ces bas-reliefs sont fort curieux pour le costume et pour l’ameublement. Au-dessous de chacun d’eux se trouve un écu dont les armoiries ont été mutilées. Trois cornets font partie du blason que l’on voit sous l’apothicaire. Aussi la maison s’appelait-elle l’hôtel des Trois-Cornets.
Par une coïncidence qui paraîtrait singulière si l’on ne savait qu’au Moyen Age et à la Renaissance les reproductions identiques étaient fréquentes, il se trouve que le même sujet de médecin avec l’accessoire du lutrin existe à la cathédrale de Rouen, côté à gauche du portail, du Nord ou des Libraires. C’est le septième médaillon en remontant à la hauteur de la troisième grande niche vide de sa statue. Non loin du médecin en figure un autre, mais sous une forme épigrammatique. C’est une oie dont la partie supérieure représenté un homme une fiole à la main.
A Sillé-Ie-Guillaume (Sarthe), sur le pilier d’angle d’une maison bâtie au seizième siècle, vis-à-vis du château, on voit un bas-relief représentant un personnage pilant dans un mortier. Ce personnage et ce pilier sont peints de couleur verte, et au-dessous du relief sont gravés les mots : « Au Pilier vert ». C’était, évidemment la maison d’un apothicaire. A Nantes, on voyait aussi la curieuse enseigne d’un apothicaire, à l’angle d’une maison détruite il y a douze ans environ. Elle consistait en un haut-relief en bois, colorié, d’environ un mètre de proportion, représentant un garçon apothicaire; revêtu du costume en usage au temps de Louis XII, et pilant des drogues dans un mortier. (photo 8)

Photo 8
A Argentan, on voyait encore, il y a quelques années, une enseigne d’apothicaire semblable aux précédentes.
On peut citer : « l’Agnus Dei » ancienne auberge de Caen, rue de Bayeux, qui a conservé son enseigne en pierre : « l’Agneau Pascal » ; — dans la rue de la Cloche, au n° 40, à Donay, un fort demi-relief, très explicitement expliqué par cette suscription : « A.la Cloche» ; « le Chapeau rouge » en face du grand portail de l’église de Neufchâtel (Seine-Inférieure) (Seine Maritime) : c’est un chapeau de cardinal, demi-relief en pierre ; et à Valenciennes, un bas-relief en pierre représentant une ville avec ses clochers gothiques en pyramides, dit « la Ville de Rome » où cependant on n’a jamais vu de semblables monuments ; enfin « le Cheval volant » enseigne de l’époque de Louis XV.
On termine en notant que Lille et Lyon, surtout, possèdent encore un grand nombre d’enseignes des dix-septième et dix-huitième siècles.
Sources : Le Magasin Pittoresque – 1851