L’HÔPITAL DE CREST

L’hôpital de Crest




 



Un tour d’horizon dans lequel s’inscrivent plus de 800 ans d’existence de l’hôpital de Crest.

 


Dès le XIIe siècle, les Chevaliers revenant des Croisades apportèrent avec eux la terrible maladie, la lèpre, qui sévissait en Palestine ; on la connaissait peu en France.

Rapidement, on dut créer des refuges que l’on nomma « maladreries » ou « lazarets » ; ils rassemblèrent ces malheureux en dehors des agglomérations, afin d’éviter de contaminer les populations.

Ainsi, mis à l’écart, ils furent alors soignés grâce à la sollicitude et au dévouement des « Chevaliers de Saint-Lazare ». La création de cet Ordre fut confirmée par une bulle du Pape Alexandre IV en 1255. Leur nom venait du pauvre Lazare, couvert d’ulcères, qui mendiait à la porte du riche, dans l’Evangile.

Pour Crest, cette maladrerie fut bâtie et mise en service sur les terres situées au devant de la rive droite du ruisseau nommé la Lozière, non loin, à gauche, du pont sur lequel passait la route allant de Crest à Aouste.

Ces lépreux, ainsi séparés du monde, avaient besoin du réconfort spirituel de la religion chrétienne ; aussi fut-il créé une chapelle à l’intérieur de l’enceinte, sous le vocable de Saint-Vincent.

Et c’est depuis lors que le quartier tout proche fut appelé Saint-Vincent, alors que l’emplacement même de la léproserie fut baptisé «Maladière» ; ces dénominations ont subsisté de nos jours.

La lèpre devenant heureusement plus rare, en France, au XVe et XVIe siècles, la «Maladrerie» fut insensiblement désaffectée et ses biens furent versés en partie dans les caisses des finances royales ; par la suite, ils furent totalement affectés à l’hôpital de «l’Aumône», qui venait d’être créé.

Situé au levant de la place du Marché, il fut appelé de «l’Aumône», vraisemblablement en raison des nombreux dons sollicités pour son érection et son entretien.

C’est ainsi qu’un testament du nommé Pons Lombard, habitant de Crest, daté de 1313, donnait la somme nécessaire pour l’entretien d’un lit dans cet hôpital-hospice, qui recevait les vieillards, les infirmes et donnait des soins aux malades et nécessiteux.

La direction et les soins étaient assurés par les religieuses qui se dévouaient sans compter. Malheureusement, arrivèrent le triste temps des guerres de religion, dont les funestes effets ne tardèrent pas à chasser les religieuses ; bientôt «l’Aumône» fut totalement ruiné.

C’est alors que les archives de l’Hôpital nous apprennent, au registre des délibérations en 1587, qu’il fut décidé d’urgence de construire un nouvel hôpital-hospice dans le quartier que l’on appelait Trou ou Pertus du Loup.

Au sud de celui-ci, on s’appuierait sur les remparts longeant le quai de la rive droite de la Drôme, à quelques dizaines de mètres en aval du pont. On peut encore en voir aujourd’hui le grand mur s’élevant à droite de la tranquille ruelle appelée rue des Angles, partant de la place Frédéric Mistral, pour déboucher en pente raide sur la rue Maurice Long, non loin du pont.

Cet hôpital-hospice ouvrirait largement ses portes aux malades, mais aussi aux nécessiteux, fort nombreux en ces temps-là. Il se chargerait lui-même des enfants abandonnés. A ce sujet, on retrouve dans une délibération du 1er avril 1625, les précisions suivantes : « On a trouvé un beau enfant devant la boutique du sieur Dumont cordonnier, joignant du côté du levant, la maison du Seigneur de Chabrillan, dans un maillot portant attaché sur le cœur un écriteau contenant ces mots : «Ce beau enfant appartient à Antoine Dupert, cuisinier de Madame de Chabrillan. On le nourrira et lui cherchera une nourricière comme le veut l’usage.»

Nous croyons qu’il est plaisant de rapporter ensuite, une des ordonnances types, délivrées à cette époque par un médecin de Crest ; elle révèle les traitements qui souvent étaient à peu près les mêmes pour toutes les maladies.

Cette ordonnance est du docteur Gui de Passis, d’une famille d’origine florentine, fixée à Crest à la fin du XVe siècle. Ce médecin avait fait ses études médicales à la faculté de Montpellier. L’exécution de cette ordonnance s’étale sur deux mois.

Ces remèdes étaient administrés par le «barbier-chirurgien», qui percevait le montant des soins donnés suivant un tarif adéquat.

Après cela, il ne faut plus s’étonner que Molière, dans son «Malade Imaginaire», ait fait une satire si moqueuse des pratiques de la médecine au XVIIe siècle.

En 4 siècles, l’hôpital de Crest a connu bien des vicissitudes

Les conseillers assistés des recteurs, recherchèrent avec beaucoup de constance les noms des particuliers, qui depuis François 1er avaient constitué des revenus perpétuels et annuels en faveur de l’hospice ; ils réussirent à reconstituer la filiation de ces familles et, c’est ainsi qu’en 1610, l’hospice disposa de 3000 livres de rentes permettant d’assister 34 malheureux.

Des mesures de ségrégation

La misère devait être grande en cet hiver 1614 car le 2 janvier 1614 la municipalité prend des dispositions pour protéger ses « pauvres » et écarter les étrangers.

Parmi celles là figurent, le renvoi des étrangers mendiants pauvres et infirmes sur leur province d’origine et l’obligation de porter sur eux un bulletin indiquant leur endroit d’origine. S’ils étaient valides on les utilisait pour les réparations de l’hôpital ; enfin il leur était interdit à tous de quêter dans les églises et dans les lieux publics.

En fait, l’hôpital ne recevait plus que les malades et les estropiés du pays en même temps qu’il continuait à recueillir les enfants abandonnés dont le nombre constitue un triste bilan ainsi que nous le verrons plus loin.

La participation financière des églises réformées

Les Eglises Réformées ne vont pas tarder à participer…disons contraintes et forcées par l’Ordonnance royale du 21 août 1684, en versant – les fonds que les consistoires locaux avaient recueillis pour les pauvres – dans les caisses des hospices les plus proches.

L’hôpital de Crest exigera et obtint les revenus et les titres de propriété des paroisses protestantes d’Aouste, Piègros, Beaufort, Poët-Célard, Bourdeaux, Saou, Eurre, Loriol, La Baume-Cornillane et de Crest soit un capital de 3 630 livres. De plus, après la révocation de l’Edit de Nantes, l’hôpital percevra une rente de 1 200 livres sur les biens appartenant aux émigrés.

Cet apport d’argent frais n’était point négligeable puisque le capital s’augmentait sensiblement de façon inattendue.

Cette aisance de trésorerie, favorisée par ailleurs par la participation en nature du couvent des Brisans et de l’église collégiale de Saint-Sauveur, permettra de secourir un plus grand nombre d’assistés, qui de 31 en 1627, passe à 660 en 1709.

La transformation en hôpital général

La centralisation excessive qui « ligote » le commerce, l’industrie, la vie politique, religieuse et morale va se manifester pour l’hôpital de Crest, que l’autorité royale veut transformer non seulement dans son appellation mais aussi dans sa gestion.

Les administrateurs ne sont point disposés à accepter cette intrusion du pouvoir royal, dans la gestion de cet hôpital qui, disent-ils, est un établissement appartenant aux Crestois, un hôpital créé par eux et pour eux, qui a fait ses preuves et qu’ils se refusent à considérer comme fondation royale.

Que s’est-il passé qui justifiait l’intérêt du pouvoir royal pour l’hôpital de Crest ?

L’historien André Mailhet, dit que le 26 janvier 1696, l’Evêque de Die : Séraphin de Pajot de Piouy demanda aux consuls en quoi consistaient les revenus de la Maladrerie et de l’hospice de Crest, leur faisant pressentir que le Roi avait l’intention de prendre ces deux établissements sous sa protection.

Les consuls répondirent aux renseignements demandés non conseillers et les autres officiers de la cité ont toujours eu la direction de cet hôpital et qu’ils sont en droit de nommer les recteurs de deux ans en deux ans. Ils fournirent, bien entendu, la liste des miséreux, le montant des secours, l’assistance dispensée, etc.

Le roi ordonne …

D’après Mailhet, l’Evêque de Die avait le 25 janvier 1796, pressenti les conseillers de l’hôpital de Crest de l’intention royale de prendre l’hôpital sous sa protection.

Or, deux choses l’une, ou Mailhet a fait une erreur de date ou bien l’Evêque de Die devait être informé de la décision royale à intervenir ou déjà prise car, d’après un document que nous reproduisons in-extenso, le Roi ordonne le 20 janvier 1796 ce qui suit :

Extrait des registres du Conseil d’Etat

« Sur ce qui a été présenté au Roy étant en son conseil que lui revienne de l’hospital de la ville de Crest se trouvent de beaucoup diminués par la négligence de ceux qui en ont eu jusqu’à présent l’administration, qu’il n’y a ni archives ni inventaire de papiers, que ces revenus sont mal distribués, et qu’il ne se trouve aucun compte rendu depuis près de vingt années, en sorte que les pauvres n’en reçoivent pour le soulagement qu’ils en doivent attendre à quoi sa Majesté voulant remédier sa Majesté estant en son cabinet a ordonné qu’à la diligence du Saint Evesque de Dye, il sera étably un bureau dans lequel présidera le dit Saint Evesque, et en son absence son grand Vicaire, lequel bureau sera composé de deux recteurs pris l’un du corps de ville, l’autre de celuy des gentilshommes, de ceux ecclésiastiques qui seront nommés par le chapitre de l’Eglise de Saint Sauveur de la ville de Crest, vu Vice Sénéchal, du Procureur du Roy, du Maire, de deux consuls et de quatre des principaux bourgeois de la ville de Crest, dans lequel bureau leur cy devant nommez Recteur du dit hospital, rendront incessament leurs comptes de leur administration par devant le dit Saint Evesque et autres cy dessus nommez qui doivent composer le dit bureau, en quoi les dits Recteurs seront contraints par toutes… et raisonnables comme aussi de payer le reliquat de leurs comptes après qu’ils auront été examinés par ceux qui seront nommés d’office par le dit bureau ils en feront leur rapport gratuit.

«  Fait au Conseil d’Etat du Roy sa Majesté y étant bien à travailler le vingtième jour de janvier mil six cent quatre vingt seize » (Archives de l’hôpital de Crest).

Ainsi la direction de l’hôpital et le bureau chargé de son administration passèrent sous la tutelle d’un ecclésiastique.

Les Crestois réagirent et se plaignirent qu’on les eût diffamés auprès de sa Majesté Royale. Un long procès s’engagea sans que l’administration change.

C’est ainsi que l’Evêque de Die étant décédé sera remplacé le 22-5-1713 par Monseigneur Gabriel de Cosnac. Celui-ci proposa aux administrateurs de remplacer la directrice par des religieuses de Saint Joseph, ce qui fut accepté. Ainsi apparaît, pour la première fois, semble-t-il, à Crest du personnel congréganiste.

Le litige concernant la transformation de cet établissement dura jusqu’en 1716, le 26 mai, où par lettres patentes du Parlement de Grenoble fut créé cet hôpital général.

En fait l’édit royal de 1662 créant des hôpitaux généraux dans les villes importantes ne fut exécuté à Crest, en Dauphiné, que 54 ans après c’est dire que l’autorité royale et le pouvoir centralisé s’étaient heurté à la résistance, passive, de nos concitoyens

Durant un demi siècle, le caractère confessionnel a persisté et le personnel religieux a occupé la plupart des emplois. Il est vrai qu’en raison de l’impuissance médicale à cette époque, les soins de l’âme avaient la primauté sur ceux du corps, lesquels consistaient surtout en saignées et en purgations.

L’hôpital se transforme

Dix ans après, l’hôpital se transforme en hôpital militaire et de charité.

Il s’était passablement relevé au point de vue financier, grâce à l’un des administrateurs : le notaire Chaix qui, par un effort tenace, avait réussi à constituer un capital important et à récupérer les literies léguées par des personnes charitables mais que les héritiers avaient omis de remettre à l’hôpital.

On y trouve de nombreux militaires en traitement pendant la guerre de Succession de Pologne (1733-1735) puis des centaines d’hospitalisés au cours de la guerre de 7 ans.

Enfin, pendant la Révolution il rendit les plus grands services en raison de son équipement et surtout de son capital qui s’élevait à plus de 10 000 livres.

Le service de Santé rendit également de précieux services durant la terrible épidémie de peste qui dura de 1721 à 1729, au cours de laquelle Crest fut épargnée grâce aux mesures de protection et aux mesures sanitaires prises par la municipalité et par l’hôpital.

Ainsi, l’hôpital de Crest continuera sa mission en s’occupant des blessés, des malades, des miséreux et aussi des enfants abandonnés.

Deux cents ans après la fondation de l’hôpital-hospice, éclate la révolution de 1789 ; c’est alors que les sœurs de la Visitation, occupant leur vaste couvent au somment du quartier de Rochefort, sont expulsées et leurs biens totalement confisqués.

L’hôpital de Crest comportait une supérieure, de l’ordre des Trinitaires, remplissant les fonctions d’économe ; les autres sœurs occupent des emplois de personnel soignant et servant.

Leur monastère, mis en vente est acheté par la ville, qui s’empresse d’y transférer le vieil hôpital, aux bâtiments trop vétustes et nettement insuffisants.

Asile d’enfants abandonnés

En 1816, écrit Delacroix, l’hôpital de Crest est très connu pour son asile d’enfants abandonnés, dont le nombre va croissant.

On en trouve dans les hospices :

        • de Valence : 580

        • de Montélimar : 160

        • de Crest : 260

Crest arrive bon premier dans ce triste classement si l’on considère que Montélimar compte 5 864 habitants, Valence 8 212 et Crest 4 370.

Le « tour » qui était l’agencement discret où la maman déposait le bébé qu’elle voulait abandonner existe encore au vieil hospice ou plutôt la niche de ce « tour ».

Ces infortunés enfants étaient placés chez les nourrices qui leur donnaient la même éducation qu’à leurs enfants, les employant à la garde des troupeaux et les préparant à devenir domestiques de ferme : d’autres devenaient manœuvres dans les hôpitaux auxquels ils appartenaient.

Delacroix souligne avec beaucoup de talent et de conviction l’action bénéfique des personnels congréganistes utilisés dans les hospices et les salles d’enfants abandonnés.

L’hôpital de Crest comportait une supérieure, de l’ordre des Trinitaires, remplissant les fonctions d’économe ; les autres sœurs occupent des emplois de personnel soignant et servant.

Par présence de personnels congréganistes à l’hôpital de Crest est mis l’accent sur son action bénéfique auprès des hospitalisés et des enfants abandonnés.

La situation de ces personnels est en général peu connue et, c’est pourquoi il est intéressant de la décrire avant de présenter le bilan et la statistique de l’hôpital.

Le statut du personnel congréganiste

Avec la Révolution, le personnel congréganiste s’efface, mais, dès le début du XIXe siècle s’annonce le retour des sœurs hospitalières et bien que les fonctions d’économe soient définies par l’Ordonnance du 19 novembre 1831, il n’est pas rare, comme c’est le cas à Crest, à une certaine époque de trouver des supérieures conserver ce titre.

A la fin du second Empire, on assiste à une diminution du personnel congréganiste. Cela est dû aux difficultés de recrutement qui se fait jour. En revanche, le personnel laïc augmente.

Une loi de 1901 sur les associations de personnes fixe qu’elles peuvent se former librement sans autorisation mais, exclut les congréganistes de ce régime.

Après pas mal de vicissitudes, la situation sera légalisée en 1941 et 1943 par des textes précisant que le service intérieur des hôpitaux et hospices peut être confié à des sœurs hospitalières.

Il a été également prévu un contrat à passer entre la commission administrative et la congrégation hospitalière pour fixer le nombre de sœurs, les conditions de leur admission et les émoluments tant en nature qu’en argent auxquelles elles peuvent prétendre.

Mais l’emploi des sœurs est de plus en plus difficile. Les difficultés résident, semble-t-il, dans la diminution des vocations religieuses qui font que certains ordres disparaissent peu à peu. Il y a aussi le fait que les sœurs hospitalières de certaines congrégations n’ont pas suivi l’évolution des techniques modernes médicales et enfin que certains hôpitaux ne peuvent offrir à une congrégation des conditions d’habitat satisfaisantes.

Conditions spirituelles des sœurs

Les sœurs sont groupées dans un établissement hospitalier en une communauté placée sous la tutelle d’une supérieure nommée par la supérieure générale de la congrégation.

Les mutations des sœurs sont prononcées par la supérieure, la commission administrative n’intervenant pratiquement pas dans ce domaine.

En revanche, le remplacement d’une sœur peut être provoqué par la commission administrative, soit pour insuffisance professionnelle, soit pour manque d’autorité dans ses fonctions.

Au sein de la communauté, les sœurs sont exclusivement soumises à l’autorité du supérieur ecclésiastique et de la supérieure générale.

Elles observent leur règle religieuse mais les exigences du service hospitalier (service de chirurgie) notamment, obligent souvent les religieuses à passer plus de temps au service de l’hôpital qu’à leur communauté.

Qu’il y ait ou non un aumônier à l’hôpital, les sœurs vont à la messe d’assez bonne heure, ce qui ne va pas sans inconvénient, dans les petits établissements où le personnel étant restreint, c’est le moment, précisément, où la sœur surveillante étant partie, les malades se trouvent sans garde en attendant l’arrivée du personnel de jour.

Il appartient au directeur de prendre toutes dispositions utiles.

Conditions temporelles des sœurs

Les sœurs qui ont la responsabilité d’un service doivent être titulaires du diplôme de capacité professionnelle d’infirmières hospitalières de l’Etat.

Une dérogation coutumière veut que cette obligation ne soit pas toujours respectée, mais avec les progrès de la technique médicale, il importe de plus en plus qu’une surveillante d’un service hospitalier ait le diplôme d’infirmière ; c’est pourquoi les congrégations s’appliquent à former des personnels soignants.

Dans l’exercice de leurs fonctions, elles sont soumises à l’autorité du directeur dans le cadre des attributions dévolues à ce dernier. Elles sont soumises à l’autorité du médecin chef de service au point de vue médical et technique.

Quant à la Supérieure, elle exerce la surveillance générale des services à la tête desquels se trouvent des sœurs.

De la sorte, elle concourt à assurer le bon ordre et la discipline intérieure de l’Etablissement et veille à l’exécution des ordres du directeur et des médecins.

En fait c’est une surveillante générale sur laquelle le directeur se repose, pour toutes les questions visant les personnels. Enfin et en dernière analyse, c’est l’intermédiaire entre le personnel et l’Administration.

Tâche capitale qui nécessite chez la Supérieure, tact, autorité, sur les personnels tant laïcs que religieux. Diplomatie aussi pour normaliser les rapports de service entre les médecins, l’administration et la congrégation.

Signalons que vis-à-vis de la Sécurité sociale, les sœurs sont en tout temps et en toutes circonstances considérées comme filles de la maison et non comme des salariées.

En dehors de l’âge et des infirmités, le statut prévoit qu’une sœur peut être admise à la reposance (retraite) si elle a subi ou contracté, en service, ou à l’occasion du service un accident ou une affection dûment constatés, la mettant hors d’état de continuer son travail.

De toute façon, la sœur reposante bénéficie des mêmes avantages en nature qu’avant. Evidemment, elle est remplacée dans son service.

Si la sœur, pour quelque cause que ce soit, ne peut être conservée à l’Etablissement, elle regagne la Maison mère à charge pour l’hôpital de verser, à la Congrégation une indemnité annuelle égale, en général à trois mois d’indemnité de vestiaire et ce jusqu’à la mort de la sœur. Les frais d’enterrement sont à la charge de l’hôpital.

Le statut est en voie de refonte ; il comportera, vraisemblablement :

      • la fixation d’un repos annuel ;

      • la fixation de l’indemnité de vestiaire sur la base d’un indice de référence ;

      • la fixation impérative d’une limite d’âge d’activité pour les religieuses infirmières.

Il faut signaler les services rendus par cet hôpital durant la grande guerre de 1914-1918, au cours de laquelle, transformé en hôpital militaire complémentaire, il reçut et soignât des milliers de blessés et de malades.

En raison des progrès de la médecine, des conditions nouvelles de vie, il était urgent de construire un nouvel hôpital plus vaste et mieux adapté aux exigences des soins.

Dès 1920, un Crestois, Alfred Peyson, ingénieur des Ponts et Chaussées pour la région de Crest, est désigné pour tracer les plans en s’inspirant des spécialistes en la matière.

Le nouvel hôpital s’élèvera en face de l’ancien, formant entre les deux une cour intérieure ; elle permettra de pouvoir accéder à l’ancien bâtiment et de laisser l’espace nécessaire pour admirer la splendide façade de la vieille chapelle de l’ancien couvent des sœurs de la Visitation d’Annecy, spécimen remarquable et parfait de l’architecture du XVIIe siècle.

En 1924, l’édifice est terminé. L’ensemble est de belle facture, aux lignes élégantes et sobres. L’intérieur est conçu selon les normes les plus modernes, et s’adapte parfaitement aux impératifs des soins et des interventions chirurgicales.

C’est dans ces dispositions favorables que se développent, année par année, les installations les plus récentes et bénéfiques pour les différents traitements.

En 1962

L’hôpital de Crest compte 209 lits répartis comme suit :

        • service de l’hospice : 120

        • service de chirurgie : 40

        • service de médecine : 36

        • service de maternité : 13.

A l’hôpital, les malades sont admis, sur leur demande, soit en régime hôpital ; dans ce cas ils sont soignés par le médecin chef du service dans lequel ils sont hospitalisés ; en régime hôpital, le malade peut, s’il le désire, moyennant le paiement d’un supplément, être admis en chambre particulière.

Soit en clinique ouverte, dans ce cas ils sont soignés par le médecin de leur choix et aux conditions d’honoraires fixées par ce dernier.

Le nombre de journées d’hospitalisation est passé de 13 500 en 1952 à 65 000 en 1962.

Le nombre d’admission pour l’hôpital a été de 1480.

Le prix de la journée qui comprend tous les frais hôteliers et les soins autres que ceux dispensés par les médecins et les chirurgiens est :

        • 10,80 Francs pour l’hospice ;

        • 20,40 Francs pour la médecine ;

        • 23,40 Francs pour la chirurgie et la maternité ;

        • 30 Francs pour la clinique ouverte.

L’effectif des agents est de 54. Celui des médecins de 6.

Le budget alimenté par le montant des journées d’hospitalisation s’élève à 180 millions d’Anciens Francs sur lesquels il est réservé 80 millions d’A.F. pour les investissements en constructions neuves et aménagements.

La commission administrative comprend 9 membres :

        • 1 président : le maire de Crest ;

        • 2 conseillers municipaux ;

        • 2 délégués médecins ;

        • 2 représentants la Sécurité Sociale ;

        • 1 conseiller général ;

        • 1 représentant du Préfet.

Cette commission d’administration prend les décisions importantes après l’avis de la commission consultative médicale notamment, en ce qui concerne : les constructions neuves, les aménagements, l’équipement et le fonctionnement médical.

Le nombre de personnes qui ont été hospitalisées se répartit comme suit :

        • médecine : 393 ;

        • chirurgie : 655 ;

        • maternité : 294.

Pour la chirurgie, le nombre des interventions est de 586.

En maternité, il y a eu 263 accouchements normaux, 25 accouchements dystociques.

La médecine offre 14 000 journées d’hospitalisation et a eu 9 565 journées d’occupation.

Quant à la chirurgie, elle dispose de 15 000 journées et en a utilisé 9 133.

Les marges entre les possibilités et les besoins sont normales ; il faut, en effet prévoir : les jours de pointe d’où la nécessité d’avoir une maintenance, une réserve, permettant précisément d’absorber les « à coups » qui se produisent dans un établissement hospitalier.

Les projets de modernisation

Dans les projets et, dans l’ordre d’urgence, citons :

        1. – La modernisation et l’agrandissement du bloc opératoire, radio, pharmacie, administration. Les avant-projets sont en attente d’approbation-

        2. – Réaménagement des services de médecine

        3. – La construction d’un pavillon pour vieux ménagers

Lorsque ces réalisations projetées furent exécutées la ville disposa d’un établissement hospitalier moderne à l’échelle de sa mission.

Mais au début des années 2000, devant l’accroissement de la population du bassin crestois d’environ 30 000 habitants, l’exiguïté, la vétusté des bâtiments et le manque de place, il fut décidé la construction d’un nouveau centre hospitalier destiné à améliorer les conditions d’exercice et de prise en charge des patients de Crest et sa région.

Après plus de 2 ans et demi de travaux et avec 8 mois de retard, le nouvel établissement situé quartier Mazorel ouvre le 18 juin 2013 et aura coûté 11,5 M € d’investissements

L’ancien hôpital du site Sainte Marie conserve différentes activités para-hospitalières. En février 2016 il regroupe les EHPAD Armorin, Jardins de la Tour et Les Flamants. Une maison d’assistantes maternelles « Les Minots de la Tour » a également investi le rez-de-chaussée depuis le mois de septembre 2013.

Rapport d’activité 2018 :

    • Médecine : nombre de journées et de séjours en augmentation : 9 815 journées / 1 558 séjours

    • Soins palliatifs : 2 933 journées en 2018

    • Chirurgie ambulatoire : activité en progression avec 1 601 séjours (+137 par rapport à 2017)

    • Urgences : un service qui poursuit sa progression d’activité depuis 2013 avec en 2018 : 11 905 passages aux urgences (+447 par rapport à 2017).

    • Consultations : 12 550 venues.

    • HAD (Hospitalisation A Domicile) : 47 626 journées, soit 130 patients par jour.

    • SSIAD (Service de Soins Infirmiers à Domicile) : un taux d’occupation important : 92,58 % (19 938 journées réalisées).

    • Hébergement complet en gériatrie : 42 062 journées

    • Hébergement temporaire en gériatrie : 972 journées (+85 par rapport à 2017)

    • Accueil de jour en gériatrie : 1 617 journées (+68 par rapport à 2017)

    • PASA (Pôle d’Activités de Soins Adaptés) : 1 552 journées (+187 par rapport à 2017).

 Dortoirs du service hospice – hommes

En terminant, il nous reste un devoir, celui de la reconnaissance envers le personnel soignant.Le travail dans les milieux de soins est souvent très ingrat, notamment si on tient compte de la somme d’efforts exigée du personnel ainsi que des heures supplémentaires qui sont fréquentes et souvent obligatoires. Qui plus est,la reconnaissance des autorités s’exprime assez rarement, alors que celle des malades et de leurs proches se révèle la plupart du temps plutôt timide. À peu près tous les intervenants en poste d’autorité, que ce soient les directions du personnel, les infirmières-cadres ou les médecins, tous sont plus souvent portés vers la critique plutôt que vers la valorisation, quand ils ne manifestent pas tout simplement de l’indifférence.Comme de bons petits soldats, les infirmières doivent répondre à toutes espèces d’obligations de changements d’horaires, de surcharge de travail, de modifications de postes, d’urgence des situations,alors que tout ceci n’est considéré que normal et ordinaire.

 

Sources :

      • Le Dauphiné Libéré des 21 et 25 Janvier 1963 – Article de L. Chaix

      • Le Dauphiné Libéré du 15 Janvier 1977 : Notes historiques sur les origines lointaines des services hospitaliers de Crest Par Charles Chalamel

     

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