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Le travail des enfants dans les mines en Angleterre et en France en 1840

Plusieurs catastrophes alertent l’opinion publique britannique sur la question du travail des enfants. À l’été 1838, dans le sud du comté de Yorkshire, des pluies torrentielles provoquent une inondation du fond qui cause la mort de 26 enfants, âgés de 8 à 17 ans. En France, différentes lois sont également votées et des décrets pris entre 1813 et la fin du XIXe siècle. Le 3 janvier 1813, un décret interdit aux enfants de moins de 10 ans de travailler au fond, mais ce n’est que soixante ans plus tard qu’un nouveau texte tente de s’attaquer aux abus des compagnies minières en la matière. La loi du 19 mai 1874, ainsi que les décrets du 13 mai 1875 et du 31 octobre 1882, mettent un terme à l’emploi souterrain des garçons de moins de 12 ans.
En Angleterre
L’Angleterre possède, dans sa partie occidentale, d’immenses et profondes couches de houille, si riches que les géologues ont pu affirmer que vingt siècles d’exploitation ne suffiraient pas pour les épuiser. Aussi peut-on dire que l’Angleterre tire de ses mines de charbon les éléments de sa puissance industrielle et commerciale. La consommation domestique absorbe annuellement 17 000 000 de tonnes; les forges produisent annuellement 800 000 tonnes de fer, qui consomment 4 000 000 de tonnes de houille ; les fonderies de cuivre emploient 500 000 tonnes de charbon pour la fonte de 185 000 tonnes de métal; les manufactures de coton , 800 000 ; celles de laine, de soie, de lin, 600 000; enfin, si l’on y joint le contingent des autres industries et des exportations, qui, en 1837, était de 1 100 000 tonnes, le chiffre total de la production houillère de l’Angleterre s’élève à environ 26 000 000 de tonnes, ce qui, en évaluant la tonne au prix moyen de 10 fr., représente annuellement la somme de 260 000 000 de francs.
Mais, il faut le dire, cette extraction de la houille, l’une des plus grandes sources de richesse pour l’Angleterre, a été jusqu’ici d’une influence déplorable non seulement sur la santé de ceux dont elle occupe les bras, mais aussi sur leur moralité et leur bonheur.
La population des mines est répartie entre quatre catégories de travailleurs. Au sommet de la hiérarchie sont les overmen et les deputies-overmen, chargés de la police de l’exploitation ; ils doivent veiller à l’exécution des travaux et à la sécurité de la mine. Immédiatement au-dessous d’eux sont les mineurs proprement dits, les ouvriers qui extraient le minerai ou la houille (hewers). Ce sont en général des hommes faits; ils descendent dans les travaux à deux heures du matin, et reçoivent les ordres des depulies-overmen. Leur journée se termine à deux heures après midi. Leur salaire est, dans les grands districts houillers, d’environ 100 fr. par mois.
Ensuite viennent les putters ; ce sont des jeunes gens et quelquefois des enfants ; ils descendent dans la mine à quatre heures du matin. Leur occupation consiste à enlever toutes les deux heures, dans de petits chariots, le charbon extrait par les mineurs, et à le traîner jusqu’aux grandes galeries ; ces chariots chargés représentent un poids d’environ huit quintaux. Le putter pousse son chariot par derrière, dans une posture très allongée, afin de gagner plus de force, et surtout d’éviter de se briser le crâne contre le toit de la galerie, qui a rarement plus d’un mètre de hauteur. Le putter ne quitte la mine que deux heures après le hewer; son salaire varie de 25 à 38 fr. par mois.
Le charbon amené par le putter aux grandes galeries y est chargé sur des wagons traînés par des chevaux, des poneys ou des ânes, et conduits par des enfants de douze à quinze ans, que l’on nomme drivers, au puits principal, d’où il est enlevé par des machines à vapeur ou des manèges de chevaux, ou même par des roues mises en mouvement en certains endroits par des femmes. A la fin de sa journée, qui est de douze heures, le driver a fait ordinairement dans les galeries huit à neuf lieues (35 kilomètres) de chemin.
La dernière classe des travailleurs et la plus intéressante est celle des plus jeunes enfants ; de leur vigilance dépend la sûreté de la mine, car le soin de fermer les portes (traps) des galeries, sur lesquelles repose l’aérage de la mine, leur est confié. Le but de l’aérage des mines est, comme l’on sait de prévenir le danger le plus terrible auquel on y soit exposé, la formation des gaz dont l’embrasement cause trop souvent de grands malheurs.
Le petit trapper est éveillé par sa mère à deux heures du malin; il se lève et se rend en toute hâte à la mine, emportant ordinairement pour sa nourriture de la journée un morceau de pain et du café dans une bouteille d’étain.
Arrivé au fond du puits, il s’achemine vers celle des galeries étroites et basses dont la garde lui est remise. Il prend sa place dans une niche creusée derrière la porte qu’il doit ouvrir aussitôt qu’il entend le roulement du chariot d’un putter, et refermer dès qu’il a passé (Figure I). Il demeure ainsi douze heures de suite dans l’isolement le plus complet, sans autre lumière que la clarté faible et vacillante de la chandelle placée devant les chariots des putters; son mince salaire ne lui permet pas de s’acheter une chandelle, et malheur à lui s’il succombe à l’ennui et s’endort ; la main d’un deputy-overman faisant la ronde ne manquera pas de lui rappeler durement que le sort de la communauté repose sur lui. A quatre heures, le mot Liberté ! Liberté ! (Loose ! Loose !) part du point principal, et se répète rapidement dans les parties les plus éloignées de la mine; mais le trapper n’est pas encore libre ; il doit demeurer à son poste jusqu’à ce que le dernier putter ait passé ; il remonte alors à la chaumière de la famille, et après un pauvre dîner, il se hâte de se coucher.
Quoique la tâche confiée aux trappers mérite à peine le nom de travail, pourtant l’immobilité et la solitude auxquelles elle condamne ces pauvres enfants, sont nécessairement fatales au développement de leur corps et de leur intelligence. Victimes de la pauvreté ou de la cupidité de leurs parents, ils sont enfermés dans les mines dès l’âge le plus tendre. Il n’est pas rare d’y rencontrer des enfants de quatre ou cinq ans ; mais le plus grand nombre des trappers a de six à sept ans.
Le travail qui occupe le plus d’enfants de l’un et de l’autre sexe, est celui des putters. Dans quelques houillères, les putters poussent leurs chariots sur des rails; mais, dans le plus grand nombre, ils les traînent à l’aide de courroies. Dans les galeries les plus basses, le putter, assimilé à une bête de somme, attelé au chariot par une chaîne qui passe entre ses jambes et se lie à une ceinture de cuir qui entoure son corps, traîne son pénible fardeau en rampant sur ses mains et sur ses pieds. Ce mode de traction, fort en usage, arrachait à un vieux mineur, interrogé à ce sujet, cette énergique exclamation : «Monsieur, je ne puis que répéter ce que disent les mères : c’est une barbarie !» (Figure II).
Le peu d’épaisseur des couches de houille dans un grand nombre de localités, et par suite le peu d’élévation des galeries, est la cause de cet emploi abusif des enfants. Il a été constaté par une commission d’enquête, que dans beaucoup de mines les galeries ont de 60 à 75 centimètres de hauteur, et même, dans certaines parties, elles n’ont que 45 centimètres. Dans le Derbyshire, où la plupart des couches n’ont que deux mètres d’épaisseur, les enfants ont été employés à tous les travaux de l’exploitation de la houille. Les plus âgés extraient le charbon étendus sur le dos et dans les positions les plus pénibles. (Figure III). Il en est de même dans le canton d’Halifax, où les couches n’ont en beaucoup d’endroits que 50 centimètres en moyenne, et n’en ont souvent que 35. Dans l’est de l’Écosse, les enfants commencent à extraire le charbon à l’âge de douze ans, et dans la principauté de Galles à sept. Et encore, dans beaucoup de ces mines, l’aérage est très imparfait, et l’épuisement des eaux y est tellement négligé, que les enfants travaillent tout le jour les pieds dans la boue et même dans l’eau. Il faut ajouter à cela que c’est dans les lieux les plus malsains que l’on occupe les enfants de l’âge le plus tendre, et de préférence les jeunes filles.

La plupart des enfants des deux sexes employés dans les houillères, appartiennent aux familles mêmes des ouvriers mineurs, ou aux familles pauvres établies dans le voisinage des mines. Le fruit de leur travail augmente le bien-être de leurs parents, et par conséquent n’est pas toujours perdu pour eux. Mais il y a des districts houillers où un certain nombre de ces malheureuses créatures passent les plus belles années de leur jeunesse dans le plus dur esclavage, sans retirer aucun profit de leurs peines: ce sont des orphelins, des enfants pauvres, dont les paroisses, à la charge desquelles l’indigence les a placés, se délivrent en les cédant comme apprentis à des ouvriers mineurs. Le nombre en est assez considérable. Des maîtres ouvriers les prennent avec eux; et comme pour les travaux des mines il n’est pas besoin d’apprentissage, ils retiennent leurs salaires jusqu’à ce qu’ils aient atteint l’âge de vingt et un ans, subvenant à peine aux modiques frais de leur entretien et de leur nourriture. Il serait difficile d’imaginer tous les mauvais traitements que ces infortunés ont à subir. Un de ces apprentis racontait ainsi à un commissaire qui l’interrogeait sa triste histoire : « Je ne sais pas l’âge que j’ai ; mon père est mort, ma mère aussi, j’ignore depuis combien de temps. Je suis entré dans les mines àl’âge de neuf ans ; je ne sais pas depuis quand j’y suis : il y a longtemps. mon maître s’était engagé à me nourrir et à me vêtir ; il me donnait de vieux.habits qu’il achetait chez les chiffonniers, et je n’avais jamais assez pour apaiser ma faim. Je le quittai, parce qu’il me maltraitait ; deux fois il m’a frappé avec sa pioche. » – Ici, dit le commissaire, je fis déshabiller l’enfant, et je trouvai en effet sur sa poitrine une large cicatrice indiquant une blessure faite avec un instrument tranchant ; Il avait aussi sur le corps plus de vingt blessures qu’il s’était faites en poussant les chariots de charbon dans les galeries basses. – « Mon maître me battait tant et me traitait si mal, que je résolus de le quitter et de chercher une meilleure condition. Pendant longtemps, je dormis dans les puits abandonnés, ou dans les cabanes qui sont au bord des puits exploités, ne mangeant pour toute nourriture que les bouts de chandelle que les ouvriers laissaient dans les travaux.» .
Parmi les faits nombreux recueillis par l’enquête qui peignent la brutalité et même la férocité des mineurs, je choisis le suivant : « Dans le Lancashire, un enfant fut amené au D. Milner, médecin à Rochdale. Il l’examina, et trouva, sur son corps vingt-six blessures. Les reins et toute la partie postérieure de soncorps n’étaient qu’une plaie ; sa tête, dépouillée de cheveux, portait la trace de plusieurs blessures graves ; un de ses bras était fracturé au-dessous du coude, et paraissait l’être depuis longtemps. Quand ce malheureux enfant fut amené devant les magistrats, il ne pouvait ni se tenir debout, ni demeurer assis; on fut obligé de le déposer à terre dans une espèce de berceau. L’instruction prouva que. son bras avait été cassé par un coup de barre de fer, que la fracture n’avait jamais été remise, et que pendant plusieurs semaines il avait été obligé de travailler avec le bras dans cet état. II fut ensuite prouvé que son maître, qui l’avoua, avait coutume de le battre avec un morceau de bois à l’extrémité duquel était fixé un clou long de plusieurs pouces. Cet enfant manquait souvent de nourriture, comme le montrait l’état de maigreur dans lequel il était. Son maître l’employait à traîner des chariots, et lorsqu’il l’eut mis dans l’incapacité de travailler, il l’avait renvoyé à sa mère, qui était une pauvre veuve. »
La condition des femmes et des jeunes filles qui travaillent dans les mines est encore plus déplorable. Les Jeunes filles sont employées aux mêmes travaux.que les garçons: elles poussent les chariots et les traînent comme eux ; mais on les assujettit, ainsi que les femmes, à des travaux auxquels les ouvriers de l’autre sexe ne veulent à aucun âge se soumettre. Ainsi en Écosse, où dans beaucoup de mines il n’y a pas de machines pour élever le charbon à la surface de la terre, ce sont des femmes et des jeunes filles qui le montent sur leur dos dans des corbeilles, par des échelles ou des escaliers grossièrement construits. Elles sont si peu vêtues, qu’elles n’osaient paraître devant les commissaires chargés par le gouvernement d’une enquête sur ces tristes faits. (Fig.IV)

La décrépitude atteint tous ces pauvres êtres avec une effrayante rapidité. A quarante ou cinquante ans, le mineur est incapable de travail, et paraît aussi faible qu’un vieillard de quatre-vingts ans. Parmi les ouvriers mineurs, on compte moitié moins d’hommes âgée de soixante-dix ans que dans la population agricole. Leurs mœurs semblent s’empreindre, dans la dureté de leurs travaux, d’une rudesse et d’une brutalité qui va souvent jusqu’à la férocité.
Nulle part donc les effets du travail excessif et prématuré des enfants sur la condition physique et morale des classes ouvrières ne sont plus funestes que dans l’industrie houillère. Devant les faits révélés par l’enquête à laquelle nous avons emprunté les détails qui précèdent, l’Angleterre ne pouvait pas tarder plus longtemps à réprimer les monstrueux abus qu’elle dévoilait.
Aussi une loi, votée à la fin de la dernière session par le Parlement, interdit le travail des femmes dans les mines ; les enfants désormais ne pourront y descendre avant l’âge de dix ans, et jusqu’à quinze ils ne pourront pas y travailler plus de trois jours par semaine ; enfin les exploitations souterraines de tout le Royaume-Uni seront soumises à la surveillance des inspecteurs des manufactures créés par la loi de 1833.
Il est impossible de ne pas considérer ces lois anglaises comme dictées par une bienfaisance éclairée : elles tendent à opposer un obstacle au mouvement inconsidéré qui porte les populations pauvres vers l’industrie ; à tenir le gouvernement et l’opinion, au moyen d’une surveillance vigilante, toujours au courant de la situation des classes ouvrières.
Ces résultats inestimables n’ont pu manquer de frapper nos hommes d’état.
En France
Aussi a-t’on en France une loi sur le travail des manufactures à l’imitation de celle votée en 1833 par nos voisins. En effet, la loi promulguée en France le 22 mars 1841 s’applique aux manufactures, usines et ateliers à moteur mécanique et à feu continu, et à toute fabrique occupant plus de vingt ouvriers. ( https://travail-emploi.gouv.fr/sites/travail-emploi/files/files-spip/pdf/loi_22_mars_1841-2.pdf ). Elle divise les enfants, aux intérêts desquels elle a voulu pourvoir, en deux catégories marquées par des limites d’âge : la première comprend les enfants de huit à douze ans, la seconde ceux de douze à seize. Tout travail dans les manufactures désignées est interdit au-dessous de l’âge de huit ans. Pour la première catégorie, le travail effectif ne peut être de plus de huit heures sur vingt-quatre, et de plus de douze heures pour la seconde. La journée de travail est limitée entre cinq heures du matin et neuf heures du soir. Tout travail entre neuf heures du soir et cinq heures du matin est considéré comme travail de nuit, et à ce titre interdit aux enfants au-dessous de treize ans, en comptant deux heures pour trois dans le cas où il serait exigé par suite du chômage d’un moteur hydraulique, ou par des réparations urgentes, ou, encore dans les établissements à moteur continu dont la marche.ne peut être suspendue dans le cours des vingt-quatre heures. Telles sont les prévisions restrictives de la loi qui veillent aux intérêts de la santé des enfants et à leur développement physique. L’article 5 pourvoit à leur développement intellectuel et moral; il exige que jusqu’à l’âge de douze ans les enfants reçoivent l’instruction primaire. Pour l’application de la loi, une grande latitude est laissée au pouvoir réglementaire de l’administration. Parmi les mesures auxquelles il lui est spécialement recommandé de pourvoir, il faut remarquer celles qui doivent assurer aux enfants l’Instruction primaire et l’enseignement religieux, et prescrire les conditions de salubrité et de sûreté nécessaires à la vie et au bien-être des enfants. L’article 10, qui autorise le gouvernement à nommer des inspecteurs pour surveiller l’exécution des mesures arrêtées, est aussi l’un des plus importants, puisque l’efficacité de la législation dépend évidemment de la vigilance cl de l’activité du contrôle qui sera exercé par les agents spéciaux du gouvernement sur les établissements auxquels elle doit s’appliquer. Mais rien n’a été arrêté par la loi sur le système d’inspection à adopter ; on n’a pas voulu créer des fonctions salariées dont l’expérience seule pouvait faire apprécier l’importance. Le ministre du commerce a déclaré, dans la discussion, aux deux chambres, qu’il confierait le mandat honoraire d’inspecteur à des personnes considérées, établies dans les arrondissements où les manufactures seraient situées.
11 y a déjà plus d’une année que la loi du 22 mars 1841 doit avoir commencé à être exécutées : on ignore ses résultats; il est même permis de dire qu’on la un peu trop oubliée. Cependant l’exemple de l’Angleterre prouve qu’elle met entre les mains du pouvoir un instrument moral de gouvernement qu’on aurait tort de négliger, et il faut espérer que l’administration ne tardera pas à donner à cette loi les développements qu’elle réclame.
Quant à la loi sur le travail des enfants dans les mines, il est douteux que le gouvernement suive l’exemple de nos voisins; rien n’en prouve la nécessité. Les femmes ne sont pas employées dans nos mines ; un décret de 1813 y interdit le travail des enfants au-dessous de l’âge de dix ans. L’usage de portes tombant d’elles-mêmes dispense, dans nos houillères, d’employer de jeunes enfants au service abrutissant des trappers anglais ; et à notre connaissance, ce n’est que dans les mines de lignite du département des Bouches-du-Rhône, où les couches n’ont que 60 à 75 centimètres d’épaisseur, que les enfants sont employés aux travaux de l’exploitation : ils y sont chargés, comme en Angleterre, du roulage intérieur ; leur nombre est très petit, et, excepté dans quelques cas, leur âge est au-dessus de celui que prescrit le décret de 1813. La tâche de ces travailleurs, que l’on nomme mendits dans le pays, consiste à traîner des chariots bas et à porter sur le dos des cabas pleins de charbon, en grimpant le long de puits inclinés garnis d’escaliers taillés dans le roc. D’ailleurs la condition de ces enfants est loin d’être aussi malheureuse que celle des enfants anglais. Pour eux comme pour les mineurs, la journée de travail n’est que de huit heures, et leur salaire varie, suivant leurs forces, de 1 fr. à 2 fr. par jour, ce qui est considérable eu égard à la pauvreté au pays. Il faut ajouter que leur nombre diminue chaque jour, et qu’ils seront bientôt remplacés par les machines.
Il est à noter, selon une enquête officielle de 1861, qu’il a été relevé une situation où quinze petits garçons de moins de dix ans employés à une machine à dévider. Ils étaient assis sur des tabourets très-élevés pour les empêcher de descendre et tenir leur attention plus éveillée. Chacun avait devant lui trois ou quatre bobines et en aspirait sans relâche les flocons. L’un d’eux, un peu moins jeune tournait la roue, et on voyait son pauvre corps se dévier et la sueur perler sur son front toujours assombri. Ces exemples sont nombreux dans le département du Nord.
En outre, dans le Nord dans les années 1880, le chef de gare allait prévenir le directeur de la mine quand arrivait l’inspecteur chargé de constater les irrégularités dans le fonctionnement de son établissement – notamment les conditions de travail des enfants. Un homme a été embauché en 1880, par les mines de Lens, à l’âge de 9 ans.
Article de Mr Grimblot paru en 1840