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Le cartonnage à Valréas

Le Cartonnage est une technique très ancienne puisqu’elle est née en Égypte entre -945 et -715 av. J. C. sous la XXIIe Dynastie. C’était un matériau peu coûteux, imitant le bois, une sorte de papier mâché composé de couches de tissu et de papier que l’on mouillaient puis que l’on immergeaient dans des adhésifs naturels et du gypse. Le composé était modelé puis séché, après quoi il était suffisamment résistant pour être peint. On y écrivait des prières ou incantations et ils étaient décorés parfois d’incrustations de verre et de feuilles d’or. La momie, protégée par ce cartonnage, était ensuite placée dans un ou deux sarcophage, lui-même déposé dans une tombe.
En 105, le chinois Tsai-Lun élabore lui-même un produit à partir d’une pâte aqueuse de fibres de chanvre et d’écorce de mûrier qu’il étale en couches minces pour fabriquer du papier. Il s’est inspiré des guêpes qui édifiaient des structures en carton à partir de fibres végétales.
A Valréas, Ferdinand Revoul
Plus près de nous, au milieu du XIXe siècle, Valréas vivait principalement de la production de soie. Cependant, l’industrie de la soie commençait à décliner, laissant un vide économique. C’est à ce moment qu’un imprimeur local, Pierre Chapelle, a eu une idée brillante : fabriquer des boîtes en carton haut de gamme pour l’industrie du luxe. Cette innovation a rapidement trouvé son marché, avec des dizaines d’ateliers se lançant dans la production de cartons fins et élégants.
La région valréassienne était un centre très important de sériciculture. Une grave épidémie avait décimé les vers à soie et la famille Meynard s’était vue contrainte de faire de fréquents voyages au Japon et en Chine pour se fournir en œufs. Cependant, au passage de la Mer Rouge, en raison d’une hygrométrie particulièrement élevées, beaucoup mouraient.
Il existait déjà une boîte couverte de trous faite à cet effet en Allemagne, alors seule productrice de boîtes en carton, mais Monsieur Meynard en avait fait l’expérience : elle était guère solide.

Au milieu du XIXe siècle, suite à la conversation d’un barbier bricoleur, Ferdinand Revoul avec son client sériciculteur, Monsieur Meynard, Ferdinand Revoul, qui avait un esprit inventif, suggéra à son client de lui fabriquer une boîte permettant aux graines de vers à soie de respirer tout en les préservant de l’extérieur. Ce boîtage était adapté au délicat transport des œufs de bombyx importés pour la culture du vers à soie, en plein développement dans le Comtat Venaissin au milieu du XIXe.
C’est ainsi que naquit la « boîte à courant d’air », une boîte munie d’une fenêtre grillagée ou de trous mieux répartis, fabriqués par les tous nouveaux Établissements Revoul.
La « boîte à courant d’air » participa à la naissance d’une activité industrielle florissante à Valréas qui atteint une renommée mondiale au début du XXe : le cartonnage !

« La « boîte à courant d’air »
Fort de son succès il imagine d’autres boîtes en carton imprimé, destinés à la confiserie, la cosmétique, la parfumerie, la bijouterie, la pharmacie, confiserie…En aval de la chaîne des opérations de façonnage en atelier, de nombreuses femmes, expertes en pliage, collage et dorure à chaud, y apportaient un savoir-faire artisanal reconnu. En ville ou à la campagne, dans la journée ou le soir à la veillée, les ouvrières à domicile constituent une part importante et bon-marché de la main d’œuvre féminine dans l’industrie du cartonnage valréassien. Elles sont payées « à la grosse » : « 150 boîtes et la une ! »


Ouvrières à domicile
D’une part, les ateliers de découpage donnaient aux boîtages des formes originales et séduisantes et d’autre part, l’imprimerie permettait de transformer l’emballage neutre en boite personnalisée, pour en faire un objet attractif, voire luxueux.

Ouvrières en atelier

L’entreprise se mit rapidement à produire également des boîtes pour les pharmaciens, puis grâce à la qualité de sa fabrication, il trouva d’autres débouchés de plus en plus importants comme des coffrets et autres boîtiers pour les bijoutiers, photographes, parfumeurs, chocolatiers et dentistes.
En 1900 son entreprise emploie plus de 1 000 ouvriers et dans son sillage se créent de nombreux ateliers d’imprimerie et de lithographie.
Les Établissements Revoul, ont fermé leurs portes en 1950 après avoir fabriqué des boîtes pendant un siècle qui ont été diffusées dans le monde entier, mais nous ont laissé un formidable héritage.


L’imprimerie
A partir des années 1870, on observe un développement parallèle à l’activité cartonnière ; Celle de l’imprimerie et de la lithographie où typographes, graveurs et imprimeurs créent des étiquettes. La boîte en carton constitue alors un support publicitaire de choix.
En amont de l’impression lithographique, le travail du graveur sur pierre, a fait naître dans Valréas une catégorie professionnelle privilégiée. Considérés comme le haut du pavé, au sein de l’industrie du cartonnage qui fait prospérer la ville, les graveurs, véritables artistes, travaillent en chambre. Issus pour la plupart du compagnonnage, ils effectuent leur tour de France avant de s’installer. Certains d’entre-eux, venus de l’étranger (Italie, Allemagne, Angleterre) apportent des savoir-faire différents , assurant à l’industrie locale le maintien d’une création toujours renouvelée.
La découverte du principe de la lithographie en 1797 permet d’imprimer une composition tracée (sans aucune gravure) au crayon, à la plume ou au lavis au pinceau sur une pierre calcaire plane. L’impression à partir de cette même pierre matrice est basée sur un principe physico-chimique. En 1802 ce procédé révolutionnaire fait son apparition en France mais ne trouve un développement réel qu’à partir de 1816 avec la dextérité de pressiers d’art de grand talent.
On utilise un calcaire de teinte gris clair, très pur, d’une porosité quasi nulle et en usant de toutes les techniques habituelles du dessin au crayon et de l’encre de Chine. L’œuvre achevée , il convient d’en fixer fermement l’image sur la pierre en utilisant une solution de gomme arabique légèrement acidulée qui renforce l’absorption du gras sur la surface calcaire tout en rendant particulièrement aquaphiles les plages vierges de dessin.


Le tirage se fait, après nettoyage à l’essence de térébenthine , sur le chariot de presse. Dans le cas de lithographies de plusieurs couleurs, il est utilisé des pierres distinctes que de couleurs nécessaires.
Ce procédé d’impression connaît un essor fulgurant dès la première moitié du XIXe siècle car il permet de se libérer de la gravure sur cuivre et sur bois, beaucoup plus laborieuse et de réalisation beaucoup moins rapide.
A partir de 1860, le matériel s’est augmenté de presses semi-automatiques pouvant « rouler » 600 à 700 feuilles à l’heure alors que la presse à bras est limitée à une dizaine d’épreuves à l’heure. Puis l’offset à introduit l’usage de la plaque de zinc ou d’aluminium en lieu et place de la pierre et est devenu la bête à tout faire de l’impression industrielle.


La typographie, technique mise au point en 1440 par Gutenberg, est la technique d’impression qui utilise le principe du relief comme les caractères mobiles en plomb et en bois , mais aussi les images en relief d’abord gravures sur bois puis clichés en métal. C’était à l’origine l’art d’assembler des caractères mobiles afin de créer des mots et des phrases et de les imprimer. Elle a été pratiquement la seule forme d’impression jusqu’au XXe siècle.
Pour produire un journal, il fallait une armée de compositeurs. Les propriétaires des grands quotidiens cherchaient par tous les moyens une solution pour réduire les coûts qu’entraînaient cette main-d’œuvre et peu productive . L’invention de la Monotype puis de la Linotype remédiera à cette nouvelle organisation du travail ; elle accomplissait le travail d’une douzaine de compositeurs. Dans les années 1960-1970, la photocomposition pris la relève de la composition au plomb. Aujourd’hui, l’infographie pratique à l’aide d’ordinateurs et de différentes imprimantes un métier semblable à la typographie.
Aujourd’hui
Au sommet de son développement, Valréas comptait près de 80 entreprises liées à la production de carton et à l’imprimerie. Cette industrie représentait quasiment la moitié de la population active de la ville. Loin d’être une simple production industrielle, le travail du carton à Valréas était un art, particulièrement apprécié pour son raffinement.
Malheureusement, comme souvent dans les industries traditionnelles, l’arrivée de nouvelles technologies a mis un terme à l’essor du cartonnage à Valréas. Dès les années 70-80, le plastique et les procédés de production de masse ont envahi le marché. Les grandes marques de parfumerie et de confiserie ont opté pour des emballages moins chers et plus rapides à produire, au détriment de l’élégance des boîtes en carton. Cette révolution industrielle a précipité la fermeture des ateliers, et aujourd’hui, seule une entreprise locale subsiste.
Aujourd’hui, environ 140 employés poursuivent toujours la production au sein de l’entreprise Packetis, spécialisée dans la fabrication d’emballages pharmaceutiques (étuis pliants et chevalets pour ampoules).

La profession du cartonnage représente, dans son ensemble , tout ce qui relève de la transformation du carton et l’éventail des articles qu’elle produit est extrêmement large :
- carton pliant : 41 %
- carton ondulé : 24 %
- carton recouvert : 10 %
- tubes, fûts, barils et boîtes mixtes : 7%
- divers:18 %
