Un bureau de poste sous Louis XV

Les premiers titres relatifs à ces messageries primitives datent de 1296 et de 1315. Au XIVe siècle, l’Université de Paris avait en charge un système de messageries qui assuraient le transport des voyageurs, des paquets et des correspondances. Louis XI créa définitivement les postes, cependant, malgré tant d’améliorations successives, Paris n’avait point de poste particulière : elle communiquait avec la province, avec l’étranger, mais elle ne communiquait pas avec elle-même.
Sur la gravure reproduisant un bureau de poste sous Louis XV, c’est l’heure de la distribution des lettres.
On est dans un bureau qui est encore loin du confortable bureau moderne. Au fond, une grande fenêtre à petits carreaux dont le jour vif met en relief les solives du plancher. Les murailles nues ont pour tout ornement quatre boites en carton, quelques affiches, un râtelier supportant autant de timbres à numéros qu’il y a de jours dans le mois le plus long de l’année. Çà et là, quelques sacs-à dépêches.
Une partie de la pièce est occupée par une grande table divisée en autant de cases qu’il y a de points à desservir.
Tout autour, une douzaine de facteurs attentifs. L’un part, l’autre va partir; le reste attend le signal de l’employé qui préside à la distribution, plume en main; son fauteuil et sa robe de chambre rayée annoncent qu’il est là chez lui.
A ses côtés, un commis paraît apposer une marque particulière sur une lettre. L’encre grasse nécessaire au timbrage imbibe ces deux gros tampons qui dressent, à droite et à gauche, leurs pelotes à forme évasée.
Bien que tous ces facteurs desservent la ville, — le service des campagnes ne devait être organisé que bien plus tard, — leur tenue sent plutôt le paysan que le citadin. II y a loin de ces chapeaux cornes, de ces grandes capotes, de ces longs cheveux tombant en désordre sur le collet, au képi et à la tunique verte qui donnent à nos facteurs modernes une tournure militaire. Un sac de cuir leur tient lieu de boite. Comme les concierges n’existaient guère en dehors des hôtels aristocratiques, chacun avait, de plus, une cliquette dont il jouait le plus bruyamment possible pour donner l’éveil aux locataires de chaque étage. Cette cliquette ressemblait tout à fait à celle dont se servent encore, en 1868, à Paris certains marchands de gaufres, — une petite pièce de bois battue par une poignée de métal.
Il convient d’ajouter quelques détails sur le service des postes à l’époque où a été faite la gravure, c’est-à-dire de 1730 à 1760.
« On compte,— dit un historien contemporain, Lequien de la Neuville, — plus de neuf cents bureaux de poste dans le royaume (il y en a 4 700 en 1868)au nombre desquels sont ceux qui suivent les armées du roy. Chaque bureau a un directeur, des contrôleurs, des commis, des distributeurs et des facteurs. Tous ces officiers commissionnaires ( pourvus de commissions) ont des appointements proportionnés à la nature de leurs emplois. Les uns sont ambulants dans les provinces, pour observer s’il ne s’y passe rien contre les ordres du roy sur le fait des Postes, contre le service du public et contre celuy des interressez dans les Postes »
Les officiers ambulants sont nos inspecteurs d’aujourd’hui. Quant aux « interressez », c’étaient les fermiers, car les Postes constituaient une des fermes générales, et le sur-intendant général n’en avait que l’inspection.
« Les autres emplois sont fixes, dit Lequien, et n’ont pour objet que la conduite et la direction des bureaux. Les maisons qu’il faut louer, l’achapt et le renouvellement des chevaux qu’il faut faire, sans compter l’entretien des équipages, montent à des sommes immenses »
Los fermiers généraux réglaient à leur gré la taxe des lettres et des paquets. Ce n’est qu’en 1759 seulement qu’une déclaration royale substitua un tarif régulier.
Paris n’avait pas alors plus de trente-sept boites aux lettres ; c’est à peine ce que possède aujourd’hui un seul quartier de la capitale.
C’est vers ce temps aussi {1742) qu’une autre ordonnance régla les dispositions pénales du service. Toute interception de lettres devait être punie des galères ou du bannissement à l’étranger. Celui qui décachetait une lettre pour en soustraire le contenu encourait la peine de mort. Néanmoins, on est forcé d’avouer que le gouvernement auquel étaient dues ces lois protectrices ne les respecta point toujours, pour, son propre compte.
Sous Louis XV, lors du différend soulevé entre les parlements et la royauté, le scandale devint tel que certains personnages avaient pris le parti de ne plus fermer leurs lettres qu’avec des épingles.
Il n’est pas inutile d’ajouter que le service de la poste parisienne, dite petite poste, ne date que du 8 juillet 1759. Voici on quels termes sa création est annoncée par le Journal de l’avocat Barbier, un contemporain :
« Le roi établit un bureau de correspondance par poste, entre les citoyens de la ville de Paris, dans l’enceinte des barrières, moyennant doux sols par lettre, que l’on payera d’avance au bureau où l’on mettra la lettre, sans gêner, néanmoins, la liberté de ceux qui voudront envoyer des lettres dans Paris par des domestiques, Savoyards, ou autres, comme l’on a fait ci-devant.
» L’augmentation des lettres, et cet établissement de poste dans Paris, auront lieu à commencer du premier août prochain.
« Cette déclaration a été registrée en Parlement, les chambres assemblées, purement et simplement, en suppliant néanmoins Sa Majesté, après la guerre, de faire cesser ou de diminuer les impositions les plus onéreuses à ses peuples.
« On ne croit pas que l’établissement de cette poste, qui doit se tenir pour le compte du roi, ait un grand succès. »
Les prévisions de l’avocat Barbier ne se sont pas réalisées. La petite poste est devenue et elle est restée une des grandes nécessités de la vie parvienne. Aujourd’hui, comme en 1759, elle se borne à vous demander la modique rétribution de deux sols. Quant aux Savoyards porteurs de lettres, le télégramme à cinquante centimes leur a porté un coup mortel.