ENSEIGNEMENT CONGREGATIONISTE ET PRIVE A AOUSTE

Enseignement congrégationiste et privé – Ecole du quartier Saint Christophe







Depuis le Moyen-Âge, l’église catholique a toujours eu le souci de développer l’enseignement.

  • L’enseignement supérieur par les Jésuites.

  • L’enseignement de base par les Frères des Écoles Chrétiennes, Maristes, religieux et religieuses, etc.


A noter aussi que les premières universités ont été catholiques.

Les lois Ferry (1881-1882) instituent la laïcité et la gratuité de l’école publique. L’instruction religieuse est remplacée par l’instruction morale et civique (article I). L’enseignement religieux est effectué hors de l’enceinte scolaire (article 2). L’instruction primaire est obligatoire pour garçons et filles de 6 à 13 ans.

Dans les années 1950, l’ État a passé une convention avec le « privé » (loi Debré de 1959), dans la mesure où celui-ci respecte les programmes définis par l’État. Les enseignants sont payés par l’État si l’établissement est sous contrat d’association.

 

 


Historique de l’école Saint Christophe

 

C’est à la demande du curé de la paroisse, Monsieur Canon, que quatre religieuses de la congrégation Sainte-Marthe (de Romans), vinrent ouvrir à Aouste-sur-Sye, en 1843, une école de filles avec pensionnat.

Les locaux situés quartier Saint-Christophe, ont été prêtés par Monsieur Des Essarts, pendant plusieurs années.

Voici le texte:

«  L’école a été fondée en 1843. Monsieur Canon qui était curé, appela nos sœurs.

Monsieur Desessard (Des Essarts) contribuera à la bonne œuvre en fournissant le local gratuitement pendant plusieurs années.

Quand il a fallu payer la location, notre très honorée Mère Marie Félix Revoil, voyant que la commune ne pouvait pas faire cette dépense, consentit à sacrifier les 150 francs qu ‘elle donnait aux sœurs, qui ont été obligées de s’imposer des privations. En 1858 la fabrique a acheté le local, a fait des dépenses pour le réparer. Monsieur le curé Perrot a promis que nos sœurs recevraient les 150 francs, dès que les frais seraient payés. Il n’y a que 4 sœurs. »

A noter : le 20 juillet 1880, Marie Aldegonde Belle, née à Tain, est décédée à Aouste-sur-Sye à 48 ans, après 22 ans de présence à Aouste-sur-Sye.

à cette époque, c’était une école communale dont l’Académie assurait le fonctionnement.

à noter que, parmi les religieuses de Sainte-Marthe (de Romans), sept étaient d’origine aoustoise.

à Aouste-sur-Sye, jusque vers 1980, seule l’école privée accueillera les enfants « hors obligations scolaires », (classes maternelles).

 

Les bâtiments de l’école Saint Christophe

 

Dans les documents d’archives, on découvre :

a) L’acte de vente, établi en l’étude de Maître Pierre Gresse, notaire à Aouste-sur-Sye, en date du 21 septembre 1861. (photocopie ci-jointe de l’acte n°17946) .

Il s’agit de la vente par Monsieur Fabre des Essarts à la « Fabrique de la Paroisse d’Aouste » , représentée par Monsieur Célestin Perrot, curé du village.

Sur l’acte de vente sont mentionnés les bâtiments sur deux étages, la chapelle Sainte-Philomène, deux cours, l’une au nord, l’autre au sud et un jardin.

b) Autre acte de vente, datant du 11 décembre 1908, celui réalisé en l’étude de Maître Gustave Gresse, notaire à Aouste-sur-Sye ;

Il s’agit de la vente par Monsieur Célestin Perrot, ancien curé d’ Aouste-sur-Sye, des « dits bâtiments » à Monsieur Adrien Girardon. (Photocopie ci-jointe de l’acte n° 13711).

c) à la fermeture de l’école Saint-Christophe, l’ensemble (bâtiments, cours, jardins) a été vendu à un couple de restaurateurs.

d) C’est finalement la municipalité d’ Aouste-sur-Sye qui a racheté l’ensemble le 7 août 2001, occupé au rez-de-chaussée par un atelier d’art.

 

Séparation de l’Eglise et de l’Etat

 

1 – Le 27 juin 1902 paraît un décret ordonnant la fermeture des écoles congrégationistes.

Malgré les protestations d’une partie de la population – (un abondant courrier l’atteste) – ordre fut donné de fermer l’école.

2 – le 11 juillet 1902 : expulsion des religieuses. Antérieurement à cette expulsion, l »Inspecteur d’Académie ayant créé une école à Blacons et à Piégros, enlève à la « Maison » 26 Blaconnaises, en exigeant qu’elles restent dans leur village.

3 – Le 6 octobre : Réouverture de l’école. Les Religieuses furent remplacées par des laïques dont Mademoiselle Gabrielle, religieuse « sécularisée », pour pouvoir assurer la pérennité de sa mission.

Deux classes seront ouvertes à la rentrée 1902 :

– une classe enfantine mixte (3-7 ans)

– une classe primaire de filles (7-14 ans).

4 – Fondation de l’école libre à Aouste-sur-Sye qui devra vivre de ses propres ressources. (photocopie répartition des enfants par âge de 1904 jusqu’en 1925) .

5 – Suite à la loi Debré (1959), le personnel enseignant dans les écoles libres, possédant les diplômes voulus et appliquant les programmes scolaires officiels, pourrait être rétribué par l’état.

6 – Le 15 septembre 1960, signature du contrat simple (1), concrétisant ce qui précède.

(1) Contrôle pédagogique  » limité  » , horaire  » simple  », enseignants de droit privé, agréés et rémunérés par l’état. (loi n° 59.1557 du 31 décembre 1959).

Quelques souvenirs d’une « instit » des années 1950-1960: Mademoiselle Michèle Apaix:

 

1 – Les sorties scolaires :

 

« En ces années là, point n’était besoin de demander de multiples autorisations.

Lorsque toute l’école allait en promenade, les plus petits de la classe enfantine (3 – 4 ans) étaient installés dans des «  remorques » tirées par les plus grandes de la classe du certificat d’études.

La belle campagne environnante nous offrait des espaces de jeux très prisés. Sur le plateau des Arras, nous avons ainsi profité d’une escapade pour souffler les vingt bougies en l’honneur de l’anniversaire de Geneviève, la maîtresse de la petite classe !

Autre lieu sympathique : le bois du Puy-Saint-Pierre, où après le goûter, les couturières en herbe rivalisaient d’ingéniosité pour « habiller » les plus jeunes à l’aide de feuilles de chêne reliées par des aiguilles de pin !

Notre plus grand voyage nous a conduits à la forêt de Saoû . Le Père Lafond, curé de la paroisse, s’était fait un plaisir de nous y accompagner ».

 

2 – La préparation au certificat d’études :

 

« Le programme de cet examen (supprimé en 1989) était complet.

– Français (avoir 5 fautes à la dictée était éliminatoire).

– Mathématiques (calcul mental, opérations, problèmes, etc.).

– Histoire, géographie, sciences, dessin, chant, etc.

– Mais aussi une épreuve de gymnastique, comprenant les « mouvements du landi » et des épreuves d’athlétisme (course, saut, lancer de poids, grimper à la corde, etc.).

Pour mettre toutes les chances de leur côté, les futures candidates avaient le « privilège » de faire des heures supplémentaires. Alors qu’à cette époque, il n’y avait que deux jours de congé par semaine : le jeudi et le dimanche.

L’examen se passait à Crest, à l’ancienne école publique où se trouve actuellement le GRETA.

Une journée pleine d’émotion ; parmi les « reçues », l’école libre a eu la satisfaction une année, d’avoir présenté la première du canton ».

 

3 – Les récréations :

 

« En hiver, la petite cour était privilégiée pour son ensoleillement et son préau. Mais la cour du nord offrait un espace beaucoup plus vaste et très propice aux parties de « ballon prisonnier ».

Au printemps, un événement exceptionnel donnait lieu à une récréation supplémentaire : le passage d’un troupeau de moutons en transhumance !

Aux premiers tintements de clochettes, les classes se vidaient et tout ce petit monde se retrouvait sur le trottoir, rêvant sans doute d’évasion !

C’était une époque où les routes n’étaient pas encombrées ! »

 

4 – Les fêtes de l’école – les « kermesses » :

 

« Deux fois par an, pour Noël et en juin, tous les enfants de l’école montaient en scène au « patronage » (l’actuelle salle paroissiale), et offraient à leurs familles et au village un spectacle minutieusement préparé : chants mimés, danses, sketches entre autres :

– « Les Pierrots au clair de lune »

– « Quand je serai grand »

– « Ballets chinois »

– « Les contes de fées »

– « Les poupées à vendre »

– « Le mariage »

– « La petite diligence »

Les artistes en herbe, dans de beaux costumes réalisés avec beaucoup de talent par Madame Francia Fermond, étaient récompensés par des tonnerres d’applaudissements ! C’était la fête qui continuait dans la cour où étaient installés de nombreux stands.

Tout en offrant des moments de grande convivialité, ces fêtes apportaient en outre, quelques ressources bienvenues en complément des « scolarités », pour assurer le salaire des institutrices et les frais de fonctionnement de l’école. A cette époque, on vivait de peu (mais on était heureux) ! »

 

Directrices et Enseignantes

 

      • Gabrielle Geneviève Richoilley (1904 – 1924)

      • Marcelle Bergier-Bonnard (1929 – 1939 – 1952)

      • Henriette Ribeyre (1952 – 1954)

      • Madeleine Maneval (1954 – 1960)

      • Michèle Apaix (1951 – 1966)

      • Yvonne Blachon (1960 – 1962)

      • Geneviève Bossan (1962 – 1965)

      • Bernadette Chastaing (1965 – 1966)

      • Paulette Ceccanti (1966 – 1975)

      • Monique Philibert (1967 – 1968)

      • Chantal Rostaing (1975 – 1984)


 

Conclusion

 

Tout au long de son existence, l’école libre a connu bien des problèmes de trésorerie (entretien des locaux, renouvellement du mobilier scolaire, etc.) pour répondre aux normes établies par l’ Académie.

Mais les parents d’élèves attachés à leur « petite école » ont souvent répondu « présents ».

Avec beaucoup de bonne volonté et de compétence, ils ont pu ainsi effectuer diverses réparations et aménagements : en particulier, lorsqu’avec la mixité, l’école dut ouvrir une troisième classe.

Dans les années 1980, le caractère confessionnel de l’école Saint-Christophe n’avait plus la même importance pour un certain nombre de parents d’élèves. Ceci ajouté aux difficultés matérielles, entraîna la décision de la fermeture.

Racheté en 2001 par la municipalité aoustoise, son premier étage a été loué. Son rez-de-chaussée accueille actuellement un atelier d’art, où petits et grands viennent développer leurs talent. ( de 2016 à 2018, le bâtiment a aussi abrité la MJC ).

« Ces pages ont été écrites pour que ne s’efface pas la mémoire de notre « petite école » !

Elle a pleinement joué son rôle durant cent cinquante années, en aidant tant de jeunes, générations après générations, à préparer leur avenir dans une optique chrétienne de fraternité  ».

 Alain Miroux


NB : Voir aussi l’étude
«
 Sur le chemin  de l’école  ….1629 à 1913 »

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